‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 366 sur 381 · Cécité · texte numérisé non relu

Cécité

Cahen. — Lettre? du xvine siècle. 29

minutes en ma vie? que j'ai séduit le commandant1 qui depuis dix-huit mois se loue constamment de ma conduite? que je trompe tout le monde, excepté vous, vous seul dans l'univers? que je suis un hypocrite, un scélérat, un monstre, qui ne mérite pas même qu'on me donne le choix du supplice ?. . . Eh bien, mon père, je m'attends à ces discours : ils ont été prononcés, écrits, imprimés mille et dix mille fois ; il est plus aisé de les répéter encore aujourd'hui : car autrefois j'y pouvais répondre, et maintenant je ne le puis... Je m'y attends, dis-je, et mon parti est pris. 0 Dieu! Dieu juste! Dieu vengeur, si vous existez, n'accablez pas l'oppresseur dont je n'ai pu fléchir l'âme barbare ; adoucissez seulement, touchez son cœur pour mon fils2; que cet enfant ne subisse pas les mêmes épreuves que son malheureux père; il y succomberait sans doute : sauvez-le de tant de cruautés. Je n'ai rien à demander pour moi qu'une mort prompte et le pardon de mes fautes ; mais que votre clémence daigne s'étendre sur mon père comme sur moi.

Mirabeau fils.

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