La Lithuanie est limitrophe de la Prusse propre
VOLTAIRE
Pour trémousser et secouer Un bourguemeslre ' apoplectique; Mais certe il fut fait pour rouer Un petit Français très étique, Tel que je suis, sans me louer.
J'arrivai donc hier à La Haye, après avoir eu bien de la peine d'obtenir mon congé2.
Mais le devoir parlait, il faut suivre ses lois ;
Je vous immolerais ma vie ; Et ce n'est que pour vous, digne exemple des rois,
Que je peux quitter Emilie.
Vos ordres me semblent positifs, la bonté tendre et touchante avec laquelle Votre Humanité3 me les a donnés me les rendait encore plus sacrés. Je n'ai donc pas perdu un moment. J'ai pleuré de voyager sans être à votre suite; mais je me suis consolé, puisque je faisais quelque chose que Votre Majesté souhaitait que je fisse en Hollande.
Un peuple libre et mercenaire '♦, Végétant dans ce coin de terre, Et vivant toujours en bateau, Vend aux voyageurs l'air et l'eau, Quoique tous deux n'y valent guère.
Là plus d'un fripon de libraire Débite ce qu'il n'entend pas, Comme fait un prêcheur en chaire ; Vend de l'esprit de tous Etats, Et fait passer en Germanie Une cargaison de romans Et d'insipides sentiments, Que toujours la France a fournie -j.
La première chose que je fis hier, en arrivant, fut d'aller chez le plus retors et le plus hardi libraire du pays, qui s'était chargé de la chose en question. Je répète encore à Votre Majesté que je n'avais pas laissé dans le ma-
i. Bourguemeslre est écrit ainsi par licence : l'orthographe est bourgmestre.
?.. Mon congé, de la part de M-1" du Chàtelèt. celle qu'il appelle Emilie, et chez qui il demeurai! à Cirey, en Champagne.
3. Votre Humanité (comme on dit, en général, Votre Majesté) : Voltaire veut faire entendre par là
(fii on vrai philosophe Frédéric sail qu'il est homme avant d'être roi. et se montre plus fier du premier titre que du second.