A M. L'ABBE AUNILLON
Octobre 1742.
Allah ! illah! Allah; Mohammed rezoul, Allah2 !
Je baise les barbes de la plume du sage Aunillon, fils d'Aunillon, resplendissant entre tous les imans3 de la foi du Christ.
Votre lettre a été pour moi ce que la rosée est pour les llcurs, et les rayons du soleil pour le tournesol. Que Dieu vous couronne de prospérité comme vous l'êtes de sagesse, et qu'il augmente la rondeur de votre face ! Mon cœur sera dilaté de joie, et la reconnaissance sera dans lui comme sur mes lèvres, quand mes yeux pourront lire les doctes pages du généreux iman qui fortifie la faiblesse de mon drame par la force de son éloquence. J'attends avec impatience sa docte dissertation 4. Mais comme la poste des infidèles est très chère, et que le plus petit paquet coûte un sultanin5, je vous supplie de vouloir mettre
1. Abbé Aunillon (vers 1690-1766), auteur d'une comédie représentée au Théâtre-Français: il avait écrite Voltaire une lettre en style oriental au sujel de la tragédie de Mahomet.
2. Allah! illah ! Allah. Exactement : La ilah illâ'llahl Mohamed resoul Allah ! Il n'y a pas d'autre (iieu que Dieu (littéralement : nulli
dii nisi Deas)l Mahomet est le prophète de Dieu.
?>. Iman, prêtre de la religion musulmane.
/,. Cette dissertation de l'abbé Aunillon sur Mahomet ne parait pas avoir été puhliée, ni connue d'un autre que Voltaire