Prêt de, on emploie aujourd'bu la locution prêt à
4. Les faveurs. Il s'agit des insignes de chambellan, de la croix de l'ordre du Mérite, et des litres des pensions, que Frédéric tenait à recouvrer.
5. Une (jarde à ma porte. Voltaire subit en effet cette mésaventure h; 20 juin. Il avait voulu s'échapper :
il me force à signer un écrit par lequel je promets de ne point sortir jusqu'à ce que les poésies du roi son maître soient revenues ; et il me donne un billet de sa main conçu en ces termes :
« Aussitôt le grand ballot que vous dites d'être à Leipzig- ou à Hambourg- sera arrivé, et que vous aurez rendu
Y œuvre de poëshie à moi, que le roi redemande, vous pourrez partir où bon vous semblera. »
J'écris sur-le-champ à Hambourg pour faire revenir
Y œuvre de poëshie pour lequel je me trouve prisonnier dans une ville impériale, sans aucune formalité, sans le moindre ordre du magistrat, sans la moindre apparence de justice. Je n'importunerais pas Sa Sacrée Majesté s'il ne s'agissait que de rester prisonnier jusqu'à ce que Y œuvre de poëshie, que M. Freytag redemande, fût arrivée à Francfort ; mais on me fait craindre que M. Freytag n'ait des desseins plus violents, en croyant faire sa cour à son maître, d'autant plus que toute cette aventure reste encore dans le plus profond secret.
Je suis très loin de soupçonner un grand roi de se porter, pour un pareil sujet, à des extrémités que son rang et sa dignité désavoueraient, aussi bien que sa justice, contre un vieillard moribond qui lui avait tout sacrifié, qui ne lui a jamais manqué, qui n'est point son sujet, qui n'est plus son chambellan, et qui est libre. Je me croirais criminel de le respecter assez peu pour craindre de lui une action odieuse... Mais il n'est que trop vraisemblable que son résident se portera à des violences funestes, dans l'ignorance où il est des sentiments nobles et généreux de son maître.
C'est dans ce cruel état qu'un malade mourant se jette aux pieds de Votre Sacrée Majesté, pour la conjurer de daigner ordonner, avec la bonté et le secret qu'une telle situation me force d'implorer, qu'on ne fasse rien contre les lois, à mon égard, clans sa ville impériale de Francfort.
mais Freytag le rattrapa à la porte même de Francfort, le lit ramener en ville et garder à vue dans une mauvaise auberge. Frédéric en-
voya bien de nouvelles instructions, mais elles arrivèrent trop tard. Quant à Freytag, le roi ne lui reprocha que sa maladresse.
VOLTAIRE
Elle peut ordonner à son ministre en celte ville de me prendre sous sa protection ; elle peut me faire recommander à quelque magistrat attaché à son auguste personne.
Sa Sacrée Majesté a mille moyens de protéger les lois de l'empire et de Francfort; et je ne pense pas que nous vivions dans un temps si malheureux que M. Freylag puisse impunément se rendre maître de la personne et de la vie d'un étranger, dans la ville où Sa Sacrée Majesté a été couronnée l.
Je voudrais, avant ma mort, pouvoir être assez heureux pour me mettre un moment à ses pieds. Son Altesse Royale Madame la duchesse de Lorraine, sa mère2, m'honorait de ses bontés. Peut-être d'ailleurs Sa Sacrée Majesté pousserait l'indulgence jusqu'à n'être pas mécontente, si j'avais l'honneur de me présenter devant elle, et de lui parler.
Je supplie Sa Majesté Impériale de me pardonner la liberté que je prends de lui écrire, et, surtout, de la fatiguer d'une si longue lettre ; mais sa bonté et sa justice sont mon excuse.
Je la supplie aussi de faire grâce à mon ignorance, si j'ai manqué à quelque devoir dans cette lettre, qui n'est qu'une requête secrète et soumise. Elle m'a déjà daigné donner une marque de ses bontés 3, et j'en espère une de sa justice.
Je suis avec le plus profond respect, etc.
Voltaire,
Gentilliomme ordinaire de Sa Majesté Très-Chrétienne.
i . On sait que l'empereur .
chef du Saint-Empire romain était couronné dans la salle du Rômer, hôtel de ville de Francfort.
Louis XIV. On lui donnait le titre de Madame Royale.
3. L'empereur avait envoyé, en 1 7 -""»■! . une montre et une tabatière
2. Sa mère : Elisabeth-Charlotte \ à Voltaire, pour le remercier de d'Orléans (1676-1744), sieur du Ré- I lui avoir adressé son Siccle de gent et par conséquent nièce de | Louis XIV.
Cahen. — Lettres du wmc siècle.