‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 87 sur 381 · Au premier acte · texte numérisé non relu

Au premier acte

6. Parce que ces indices prouvent, suivant les lois de la chevalerie, (pie Tancrède n'a pas encore combattu.

tout cela forme une action qui sert au nœud essentiel de la pièce. Mais faire paraître un échafaud, pour le seul plaisir d'y mettre quelques valets de bourreau, c'est déshonorer le seul art par lequel les Français se distinguent, c'est immoler la décence à la barbarie ; croyez-en Boileau. qui dit :

Mais il est des objets que l'art judicieux Doit offrir à l'oreille, et reculer des yeux.

(L'Art poél., chant III, v. 53.)

Ce grand homme en savait plus que les beaux esprits de nos jours.

J'ai crié, trente ou quarante ans, qu'on nous donnât du spectacle dans nos conversations en vers, appelées tragédies ; mais je crierais bien davantage si on changeait la scène en place de Grève. Je vous conjure de rejeter cette abominable tentation.

J'enverrai dans quelque temps Tancrède, quand j'aurai pu y travailler à loisir; car figurez-vous que, dans ma retraite, c'est le loisir qui me manque. Fanime* suivra de près ; nous venons de l'essayer2 en présence de M. le duc de Villars, de l'intendant de Bourgogne, et de celui de Languedoc. Il y avait une assemblée très choisie. Votre rôle est plus décent, et par conséquent plus attendrissant, qu'il n'était; vous y mourez d'une manière qu'on ne peut prévoir, et qui a fait un effet terrible, à ce qu'on dit. La pièce est prête. Je vais bientôt donner tous mes soins à Tancrède. Quand vous aurez donné la vie à ces deux pièces, je vous supplierai d'être malade, et de venir vous mettre entre les mains de Tronchin3, afin que nous puissions être tous à vos pieds.

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