Duclos (voir page 65, note
2. Dictionnaire de l'Académie. Duclos lut l'un des plus actifs collaborateurs du Dictionnaire. On lui doit une grande partie de l'édition de 1762.
3. D'entreprise plus digne de l'Académie. Ce projet, exposé par Fénelon dans sa Lettre à YAcadémie, avait été discuté plusieurs lois depuis 1714 mais sans résultat et venait d'être remis à l'étude. Voltaire s'était empressé décrire à Duclos pour lui faire savoir qu'il tenait à écrire le com-
mentaire sur Corneille (lettre du 10 avril .
',. Voltaire s'est montré, à ce sujet, d'une sévérité excessive .'1 l'égard de Corneille, taxant souvenl ce grand poète d'impropriété, de bassesse ou d'incorrection, là où une critique plus judicieuse eùl noté seulement une tournure ou une expression usitée dans les premières années du xvne siècle cl tombée depuis en désuétude.
5. Une édition in-quarto. La rc édition est de 1764 en 12 vol.
in-8°.
lage du seul homme qui porte aujourd'hui le nom de Corneille, el pour celui de sa fille !.
Je ne peux laisser à Mlle Corneille qu'un bien assez médiocre ; ce que je dois à ma famille ne me permet pas d'autres arrangements. Nous lâchons, Mme Denis et moi, de lui donner une éducation digne de sa naissance. Il me paraît de mon devoir d'instruire l'Académie des calomnies que le nommé Fréron2a répandues au sujet de cette éducation. Il dit clans une des feuilles de cette année, que cette demoiselle, aussi respectable par son infortune et par ses mœurs que par son nom, est élevée chez moi par un bateleur de la Foire 3, que je loge et que je traite comme mon frère.
Je peux assurer l'Académie, qui s'intéresse au nom de Corneille, et à qui je crois devoir compte de mes démarches, que cette calomnie absurde n'a aucun fondement ; que ce prétendu acteur de la Foire est un chirurgien dentiste du roi de Pologne, qui n'a jamais habité au château de Ferney, et qui n'y est venu exercer son art qu'une seule fois. Je ne conçois pas comment le censeur'' des feuilles du nommé Fréron a pu laisser passer un mensonge si personnel, si insolent, et si grossier, contre la nièce du grand Corneille.
J'assure l'Académie que cette jeune personne, qui rem-
i. Il s'agil de Jean-François, iils d'un cousin germain du grand Corneille, et père de Marie Corneille, don' ii a été parlé dans la lettre pn cédente.
Fréron (1719-1770), journaliste el critique, fondateur de l'Année littéraire; il soutint contre Voltaire une lu! te acharnée et ne lui épargna pas les appréciations les plus >e\ èr nier riposta par la
comédie l'Ecossaise où Fréron, sente sous le nom de Frelon, était accablé de traits sanglants.
Cependant il s'était, l'un des presé au sort de la famille Corneille. Grâce à son intervention, la Comédie-Française avait représenté Rodogune au profit de Jean-François et de sa fille.
'.',. Un bateleur de la Foire. Fréron avait conçu quelque dépit en voyant
la jeune fille recueillie à Ferney.
ïl l'avait manifesté d'une façon fâcheuse en écrivant dans l'Année littéraire (10 décembre 1760) : // y a près d'un an que M. de Voltaire [ail le même bien aa sieur Lécluse, ancien acteur de l'Opéra-Comique qu'il loge chez lui, qu'il nourrit, en un mot qu'il traite en frère. Il faut avouer qu'en s, triant du couvent, Mlle Corneille va tomber en de bonnes mains. — En réalité L'Ecluse, qui avait, dans sa jeunesse, joué à l'Opéra-Comique.
était alors chirurgien dentiste.
\. Voltaire s'adressa même à M. de Malesherbes, directeur de la librairie, pour obtenir justice de cet outrage ; il voulut intenter un procès à Fréron, mais ses démarches n'eurent aucun résultat. Il se vengea lui-même dans un pamphlet des plus caustiques : les Anecdotes sur Fréron (1761).
VOLTAIRE
plit tous les devoirs de la religion et de la société, mérite tout l'intérêt que j'espère qu'on voudra bien prendre à elle. Mon idée est que l'on ouvre une simple souscription, sans rien payer d'avance.
Je ne doute pas que les plus grands seigneurs du royaume, dont plusieurs sont nos confrères, ne s'empressent à souscrire pour quelques exemplaires. Je suis persuadé même que toute la famille royale donnera l'exemple l.
Pendant que quelques personnes zélées prendront sur elles le soin généreux de recueillir ces souscriptions, c'està-dire seulement le nom des souscripteurs, et devront les remettre à vous, monsieur, ou à celui qui s'en chargera, les meilleurs graveurs de Paris entreprendront les vignettes et les estampes à un prix d'autant plus raisonnable, qu'il s'agit de l'honneur des arts et de la nation. Les planches seront remises ou à l'imprimeur de l'Académie, ou à la personne que vous indiquerez. L'imprimeurm'enverra des caractères qu'il aura fait fondre par le meilleur fondeur de Paris : il me fera venir aussi aussi le meilleur papier de France ; il m'enverra un habile compositeur et un habile ouvrier. Ainsi tout se fera par des Français et chez des Français. Ce libraire n'aura aucune avance à faire ; les deniers de ceux qui acquerront l'ouvrage imprimé seront remis à une personne nommée par l'Académie, et le profit sera partagé entre l'héritier du nom de Corneille et votre libraire, sous le nom duquel les œuvres de Corneille seront imprimés; la plus grosse part, comme de raison, pour M. Corneille.
Je supplie l'Académie de daigner en accepter la dédicace. Chaque amateur souscrira pour tel nombre d'exemplaires qu'il voudra.
Je crois que chaque exemplaire pourra revenir à cinquante livres.
i. Le roi Louis XV souscrivit pour deux cents exemplaires ; l'empereur et l'impératrice d'Allemagne, pour le même nombre: l'impératrice de Russie el sa belle-fille, pour deux cent cinquante. Les
grands seigneurs, les financiers, les gens de robe, les étrangers voulurenl également figurer sur la liste. — Voltaire offrit des exemplaires aux gens de lettres sans fortune.
Les sieurs Cramer1 se feront un plaisir et un honneur de présider sous mes yeux à cet ouvrage ; on leur donnera pour leurs honoraires un certain nombre d'exemplaires pour les pays étrangers.
Je prendrai la liberté de consulter quelquefois l'Académie dans le cours de l'impression. Je la supplie d'observer que je ne peux me charger de ce travail, à moins que tout ne se fasse sous mes yeux ; ma méthode étant de travailler kmjours sur les épreuves des feuilles, attendu que l'esprit semble plus éclairé quand les yeux sont satisfaits. D'ailleurs il m'est impossible de me transplanter, et de quitter un moment un pays que je défriche.
Je peux répondre que l'édition une fois commencée, sera faite au bout de six mois. Telles sont, monsieur, mes propositions, sur lesquelles j'attends les ordres de mes respectables confrères.
Il me paraît que cette entreprise fera quelque honneur à notre siècle et à notre patrie ; on verra que nos gens de lettres ne méritaient pas l'outrage qu'on leur a fait, quand on a osé leur imputer des sentiments peu patriotiques, une philosophie dangereuse, et même de l'indifférence pour l'honneur des arts qu'ils cultivent.
J'espère que plusieurs académiciens voudront bien se charger des autres auteurs classiques. M. le cardinal de Bernis et M. l'archevêque de Lyon2 feraient une chose digne de leur esprit et de leurs places de présider à une édition des Oî^aisons funèbres et des Sermons des illustres Bossuetet Massillon. Les Fables de La Fontaine ont besoin de notes, surtout pour l'instruction des étrangers. Plus d'un académicien s'offrira à remplir cette tâche qui paraîtra aussi agréable qu'utile.
Pour moi, j'imagine qu'il me convient d'oser être le commentateur du grand Corneille, non seulement parce qu'il est mon maître, mais parce que l'héritier de son nom est \m nouveau molif qui m'attache à la gloire de ce grand homme.
i. Libraires de Genève.
■>.. Montazet (1712-1788), membre de l'Académie française en 1707, avait succédé au cardinal de Tencin à Lyon : prélat connu pour l'appui
qu'il donna aux jansénistes, il désapprouva entièrement l'attitude de l'archevêque de Paris dans l'affaire des billets de confession (voir p. 76, n. 4).
VOLTAIRE
Je vous supplie donc, monsieur, de vouloir bien faire convoquer une assemblée assez nombreuse pour que mes offres soit examinées et rectifiées, et que je me conforme en tout aux ordres que l'Académie voudra bien me faire parvenir par vous, etc.