‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 90 sur 381 · A M. DUCLOS · texte numérisé non relu

A M. DUCLOS

A Ferney. ier mai 1761.

Après le Dictionnaire de i Académie'2, ouvrage d'autant plus utile que la langue commence à se corrompre, je ne connais point d'entreprise plus digne de l'Académie 3, et plus honorable pour la littérature que celle de donner nos auteurs classiques avec des notes instructives.

Voici, monsieur, les propositions que j'ose faire à l'Académie, avec autant de défiance de moi-même que de soumission à ses décisions. Je pense qu'on doit commencer par Pierre Corneille, puisque c'est lui qui commença à rendre notre langue respectable chez les étrangers. Ce qu'il y a de beau chez lui est si sublime, qu'il rend précieux tout ce qui est moins digne de son génie : il me semble que nous devons le regarder du même œil que les Grecs voyaient Homère, le premier en son genre, et l'unique, même avec ses défauts. C'est un si grand mérite d'avoir ouvert la carrière, les inventeurs sont si au-dessus des autres hommes, que la postérité pardonne leurs plus grandes fautes. C'est donc en rendant justice à ce grand homme, et en même temps en marquant les vices de langage où il peut être tombé \ et même les fautes contre son art, que je me propose de faire une édition inquarto5 de ses ouvrages.

.l'ose croire, monsieur, que l'Académie ne me désavouera pas, si je propose défaire cette édition pour l'avan-

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