‹ Lettres (volume 2)Chapitre 114 sur 195 · Voyez ci-dessus, lettre LXIX, note · texte numérisé non relu

Voyez ci-dessus, lettre LXIX, note

Les ennemis ont fini leur campagne en Flandres par la prise de Santvliet. On dit qu'ils la finiront en Allemagne par celle de Hombourg. Quoi qu'il en soit, ils se sont éloignés du maréchal de Villars. Le duc de Marlborough est allé à Vienne dès le 26 du mois passé et doit être de retour à La Haye dans quatre ou cinq jours ; on dit qu'il va presser l'Empereur de faire de nouvelles levées, et revoir les projets pour la campagne prochaine, pour laquelle les Anglois et HoUandois prétendent lever encore trente mille hommes. Il a vu le prince de Bade à Rastadt selon que les Etats-Généraux l'ont exigé de lui ;jene sais s'ils sont cependant bien raccommodés.

Pour ce que vous me mandez du siège de Turin, mes lettres vous auront éclairci par avance sur ce que vous vouliez savoir ; car il n'y a rien eu qui ait été à négociation, du moins que je sache. On dit qu'on va assiéger le château de Nice, qui sera un morceau très dur ; c'est le duc de Berwick qui en est chargé.

M™" la duchesse de Bourgogne eut avant-hier et hier la fièvre de fluxion avec la migraine, elle en est quitte aujourd'hui et de bonne humeur ' ; elle n'a pu cependant, à cause de sa tête ébranlée, écrire à la reine ; je crois qu'elle a chargé M™® de Maintenon de le faire de sa part. Le Roi a aussi eu à Marly quelques ressentiments de goutte, qui. Dieu merci ! n'ont eu nulle suite. Pour moi, je me porte toujours à merveille et mieux que je n'ai fait il y a

1. Le Journal de Dangeau, tome X, p. 469-471, a enregistré cette indisposition.

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longtemps. Adieu, mon très cher frère, aimez-moi toujours et soyez persuadé de ma tendresse ; mes compliments, je vous prie, à la reine.

Louis.

Je joins à cette lettre un placetqui m'a été donné il y a longtemps ; il est d'un homme à qui j'ai dit que je le recommanderois ; je vous l'envoie pour m'en acquitter ; il vous expliquera de quoi il s'agit.

LXXin.

A Versailles, le 26 novembre 1705.

Vous verrez, mon cher frère, dans les lettres du Roi ce qu'il pense sur tout ce que vous proposez et sur ce que vous entreprenez. Je crois que, comme vous voyez les choses de plus près, vous pouvez mieux juger que nous de l'endroit où vos troupes et celles du Roi sont les plus nécessaires; le maréchal de Tessé, qui est aussi sur les lieux, ne peut rien conseiller que de bon, et d'ailleurs j'avoue, pour votre gloire jointe à votre intérêt, que je suis ravi de vous voir sortir de l'oisiveté de Madrid pour aller vous-même défendre votre royaume et remettre les révoltés sous votre obéissance. Il me semble aussi que le Roi cherche les moyens de vous envoyer de nouveaux secours parterre; car, pour ceux de mer je les crois difficiles, vu la saison avancée où nous sommes, le long temps qu'il faut pour achever un

armement , et que l'on dit qu'il reste encore trente vaisseaux ennemis dans la Méditerranée, qui seroient maîtres de la mer pendant que nous armerions, et à qui il pourroit revenir des renforts considérables. Il me paroît, et cela doit vous faire un grand plaisir, que le Roi traite vos affaires comme les siennes propres et qu'il n'oublie rien de ce qu'il peut pour les maintenir en bon état et rétablir ce qui va mal. Je ne saurois raisonner bien profondément sur des choses qui sont si éloignées de moi et, comme je vous l'ai déjà dit, je crois qu'avec les gens que vous avez auprès de vous, vous devez prendre les meilleurs partis.

La campagne est entièrement finie en Flandres et va, je crois, finir sur le Rhin.

M. de Beauvillier perdit hier le plus jeune de ses deux fils de la petite vérole ^ , qui a beaucoup couru ici cette année ; l'aîné- l'a aussi; elle sort bien ; mais on ne sauroit répondre d'une maladie aussi traîtresse que tout à la fin,

M""^ la duchesse de Bourgogne se porte fort bien présentement et toute la famille royale aussi.

Adieu, mon très cher frère, il n'y a qu'à laisser

1. Paul-Jean-Baptiste, titré marquis de Beauvillier, mourut le 25 novembre; il n'était âgé que de treize ans.

2. Louis, dit le comte de Saint-Aignan, né en 1690, venait d'avoir un régiment de cavalerie, quoiqu'il n'eût pas encore seize ans ; il mourut de la même maladie que son frère le 2 décembre suivant. On ne peut sempecher de remarquer avec quelle froideur le prince parle de ce malheureux événement, qui causa tant de chagrin à son précepteur, qui n'avait pas d'autre fils : voyez les Mémoires de Saint-Simon, édition Boislisle, tome XIII, p. 177-179.

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agir la tendresse paternelle du Roi ; elle fera mieux pour vous que nous tous; je m'y emploierai pourtant tout du mieux qu'il me sera possible, ne pouvant assez vous témoigner ma tendresse ni vous demander la continuation de la vôtre. Cette lettre écrite un peu à la hâte n'aura peut-être ni sens ni rime ; car je m'aperçois que je répète à tout bout de champ la même chose.

Louis.

A LA REINE D'ESPAGNE

A Versailles, le 26 novembre 1705.

Je crois. Madame, que le retour de ce courrier vous portera d'ici d'assez bonnes nouvelles, et il me semble que le Roi tâche de mettre le roi mon frère en état de reconquérir aisément la Catalogne. Je me suis persuadé que, quelque peine que vous ayez à vous séparer de lui, le personnage qu'il va faire ne peut point vous être désagréable et que vous seriez même fâchée qu'il ne songeât pas à défendre et reprendre ses États par lui-même. Le Roi fait de lui-même au-dessus de tout ce qu'on peut lui demander, et je ne puis ici, Madame, que vous remercier des nouvelles marques de votre estime et de votre amitié dans la confiance que vous me marquez, et me servir de cette occasion favorable pour vous renouveler les assurancss de la mienne, qui ne peut être ni plus vive ni plus tendre. Vous verrez

dans la lettre que j'écris au roi que M'"^ la duchesse de Bourgogne se porte à présent parfaitement bien.

Louis.

A Versailles, le 13 décembre [17051.

Je comprends comme vous, mon très cher frère, l'extrême importance de l'entreprise sur la Catalogne et quelle réussisse entièrement par le recouvrement de Barcelone. Les troupes commencent à s'ébranler de tous côtés pour y marcher, et je ne doute pas que le succès ne réponde à votre altente; mais, pour ce qui regarde Barcelone, on ne peut en juger que quand on aura vu le commencement, et vous savez mieux que moi que ce sera la saison qui en pourra décider. Cependant voici de nouvelles troupes qui vont être libres ; j'entends celles qui formoient le blocus de Montmélian : le gouverneur de cette place, manquant de vivres, avoit capitulé le l""" de ce mois pour sortir le 1^"^ de janvier, en cas qu'il ne fût point secouru ^ ; mais depuis il a changé

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