‹ Lettres (volume 2)Chapitre 115 sur 195 · On lit au 5 décembre dans le Journal de Dangeau (tome · texte numérisé non relu

On lit au 5 décembre dans le Journal de Dangeau (tome

X, p. 485) : « Le gouverneur de Montmélian a demandé à

capituler. Ilya près de deux ans que la place est bloquée, et la garnison est réduite par la famine aux dernières extrémités. Cependant ils demandent par la capitulation à ne sortir de la place que le l^"" de janvier, et cela même n'est qu'on cas qu'ils ne soient point secourus jusqu'à ce temps-là. Le Roi a renvoyé... sur-le-champ ordre... de faire dire à la garnison

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d'avis et, par les nouvelles d'aujourd'hui, il devoit nous livrer une porte dans le château le 12, qui étoit hier, et en sortir le 17 avec sa garnison. Cette prise nous délivre sept bataillons et met à couvert toute la Savoie, qui sans cela auroit été sujette aux incursions de ceux qui auroient tenté d'y jeter du secours, ainsi que cela étoit déjà arrivé plusieurs fois.

D'un autre côté, on bat le château de Nice avec plus de soixante pièces de gros canon et vingt-quatre mortiers. Il est vrai que c'est d'un peu loin ; mais le nombre suppléera à la distance et obligera, à ce que j'espère, ce château à suivre bientôt celui de Montraélian.

L'Empereur, outre les affaires de Hongrie, en a présentement une nouvelle sur les bras : des paysans se sont révoltés en Bavière ; la pelote grossit tous les jours ; on dit qu'ils sont à présent au nombre de plus de douze mille, qu'ils ont pris plusieurs châteaux et même la ville de Braunau^. Cela seroit excellent, si cela pouvoit continuer ; mais, comme il ne paroît point de chefs, on craint que cela ne soit pas de durée.

qu'il n'y avoit point de capitulation à espérer s'ils ne se rendoient en deux fois vingt-quatre heures. Les sept bataillons et le régiment de dragons qui sont au blocus de cette place sont destinés à marcher en Roussillon, et l'on croit que l'on fera sauter Montmélian. » Voir aussi au 13 décembre, p. 491.

1. La Gazette de France ne parle pas de ces révoltés de Bavière, qui, comme ceux de Hongrie, s'appelaient aussi les Mécontents ; mais la Gazette d'Amsterdam y fait allusion à diverses reprises ; voyez notamment l'Extraordinaire XCIX. La ville de Braunau dont parle le prince est en Autriche, mais à la frontière bavaroise, dont elle n'est séparée que par le cours de rinn.

Le Roi va demain 14 à Marly jusqu'à samedi 19.

Je crois que le comte d'Aguilar ' partira pendant ce temps-là. Ainsi je vous écrirai encore, et à la reine aussi, dans deux ou trois jours. En attendant faites-lui mes compliments et recevez les assurances de ma tendresse fraternelle.

Louis.

A Versailles, le 21 décembre 1705.

Quoique ce fût hier le jour du départ de l'ordinaire, mon très cher frère, j'ai cependant attendu à vous écrire aujourd'hui par le courrier de M. Amelot qui doit repartir ce soir.

M™^ la duchesse de Savoie est accouchée d'un troisième fils le l^"" de ce mois^ ; vous en ferez bien mes compliments à la reine, en attendant la lettre que lui rendra le comte d'x\guilar, qui repart aprèsdemain.

1. Inigo-de-la-Croix Manrique de Lara, comte d'Aguilar, fils du comte de Frigilliana, était un des capitaines des gardes du corps de Philippe V, qui lavait envoyé à Versailles pour demander à son grand-père l'envoi des renforts nécessaires à la reprise projetée de Barcelone.

2. La duchesse de Savoie était Anne-Marie d'Orléans, nièce de Louis XIV, et mère de la duchesse de Bourgogne et de la reine d'Espagne ; le jeune prince dont elle accoucha reçut le nom d'Emmanuel-Philibert, mais mourut le 19 décembre (voir ci-après, lettre LXXXI).

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On eut hier nouvelle que la garnison de Montmélian étoil sortie le 17 au nombre d'environ cinq cents hommes; on a trouvé dans cette place trois cent cinquante milliers de poudre, cinquante à soixante pièces de canon et quarante mille boulets.

Le canon a commencé à tirer à Nice et fait un horrible bruit et un terrible fracas^ ; c'est la marine qui sert les batteries et qui a fourni et les pièces et les munitions; on y a perdu deux des principaux ingénieurs, qui ont été tués d'un même coup de canon. Les ennemis faisoient un assez grand feu avant que notre artillerie eût tiré ; mais elle a bientôt mis celle des ennemis en désordre, et leur feu s'est bien ralenti.:

Les paysans de Bavière ont encore pris plusieurs places et sont à présent environ vingt mille ; ils grossissent tous les jours. Pour les Mécontents de Hongrie, il n'y a plus d'apparence d'accommodement entre l'Empereur et eux, et je ne doute pas que le soulèvement de la Bavière ne les encourage beaucoup.

Le duc de Marlborough est arrivé à la Haye le 14 de ce mois, ayant passé à Berlin et à Hanovre à son retour de Vienne ; je crois qu'il doit passer incessamment en Angleterre.

La flotte ennemie est arrivée à Plymouth le 7, et les Hollandois, en arrivant au Texel, ont perdu un de leurs plus gros vaisseaux, qui a péri avec toute sa

1. Sur le siège du château de Nice, voyez les Mémoires de Saint- Hilaire, édition de la Société de l'histoire de France, tome IV, p. 208 et suivantes.

charge à la réserve de l'équipage ^ ; s'ils avoient dû essuyer les coups de vent qu'il a fait ici depuis quelques jours, je ne sais s'ils en auroient été quittes à si bon marché. Leurs nouvelles portent qu'il est demeuré à Lisbonne quarante vaisseaux, à ce qu'il me semble, tant anglois qu'hollandois. Pour les augmentations de leurs troupes de terre, je ne sais si elles avancent beaucoup. Pour ce qui est de l'escadre que vous demandez, je liens qu'elle ne seroit pas suffisante, si ce n'étoit qu'une simple escadre, et qu'il faudroit pour le moins le même nombre de vaisseaux qu'il en est demeuré aux ennemis à Lisbonne ; car vous savez qu'il n'y a pas loin de là à la Méditerranée. Les troupes marchent aussi de ces côtés-ci pour la Catalogne; le duc de Noailles est allé à son gouvernement de Roussillon pour y prendre connoissance de l'état des choses, et tout me paroît se disposer à faire bientôt retourner les affaires du bon côté. Je le souhaite par toutes sortes de raisons, et vous embrasse, mon cher frère, vous priant d'avoir toujours autant d'amitié pour moi que j'en ai pour vous.

Louis.

1. Le prince prend toutes ces nouvelles dans la Gazette de France ou dans celles de Hollande.

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LXXVIÏ.

.4 Versailles, le 23 décembre 1705.

J'ai reçu ce matin vos deux lettres du 9 et 14, mon très cher frère. Le malheur de Valence est fâcheux^ ; j'espère que le remède réussira ; mais il le faut prompt. Celte lettre vous sera rendue par le comte d'Aguilar, qui ne se pressera apparemment point dans son retour, et d'ailleurs il n'y a rien de nouveau depuis ces trois jours. Je finirai donc en vous embrassant aussi tendrement que je vous aime.

Louis.

A LA REINE D'ESPAGNE

A Versailles, le 23 décembre 1705.

Le comte d'Aguilar étant sur le point de partir, Madame, je profite de cette occasion pour vous faire un peu ressouvenir de moi et vous faire en même temps mes compliments sur l'heureux accouchement de Madame votre mère et la naissance du prince votre troisième frère.

1. Le prince fait allusion à la révolte d'un régiment de cavalerie employé au siège de Dénia, dans le royaume de Valence, qui s'était mutiné et était passé à l'Archiduc : Dangeau, p. 498.

Le porteur de cette lettre a paru s'acquitter ici avec beaucoup de zèle de la commission dont il étoit chargé, et il me paroît qu'on y a bien répondu de ce côté-ci ; c'est de quoi j'espère que nous verrons bientôt des effets. Je les attends avec impatience et vous supplie, Madame, de me continuer l'honneur de votre amitié et de recevoir le renouvellement des sincères témoignages de la mienne.

Louis.

A Versailles, le 3 janvier 1706.

Je commence aujourd'hui ma lettre, mon très cher frère, par vous souhaiter une heureuse année et dans laquelle vous puissiez être victorieux de vos ennemis, chasser l'Archiduc de Catalogne et demeurer paisible sur votre trône.

Le siège de Nice continue toujours avec vigueur. On dit que M. le duc de Savoie veut marcher pour secourir ce château et qu'il s'est déjà avancé luimême pour cela de ce côté-là ; mais, comme il n'a pas beaucoup de troupes, je crois qu'il aura peine à en tirer beaucoup d'Aoste et de Turin et à s'éloigner pour longtemps de ces deux places, s'il les avoit dégarnies. On travaille au rasement de Montmélian.

Les révoltés de Bavière continuent courageusement; ils ont pris de nouvelles places; mais ils en ont aussi reperdu ; cependant les Impériaux sont rentrés en Transylvanie, ayant forcé les retranche-

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menls des Mécontents, à qui ils ont pris vingt-cinq pièces de canon et tué assez de monde sans beaucoup de résistance.

Il a fait ces jours-ci une grande tempête, et ici et sur nos côtes, qui y a fait du ravage K Je ne doute pas que nous n'apprenions par les premières lettres qu'elle en aura fait aussi beaucoup en Hollande. Si la flotte avoit pu être encore en mer, elle auroitpéri ; mais malheureusement elle est rentrée.

J'ai été un peu incommodé ces derniers jours de quelques langueurs et autres maux, accompagnés de rougeurs qui n'ont eu nulle suite ; une saignée m'a tiré d'affaire, et je me porte fort bien à présent^. Comme il a couru beaucoup de maux de venin depuis quelque temps et qu'il en court encore, cela peut bien y avoir contribué, et que je ne me suis pas trouvé assez mal disposé pour être tout à fait malade.

Adieu, mon très cher frère, aimez-moi cette année comme les autres et soyez persuadé que je n'ai pas pour vous une moindre tendresse.

Louis.

1. Les Mémoires de Sourc/ies (tome X, p. 3 et 4-5) donnent des détails sur cet ouragan, qui causa surtout des dégâts en Bretagne et en Normandie.

2. Les journaux de la cour ne parlent pas de cette indisposition.

A Versailles, le 17 janvier 1706'.

J'ai été ravi d'apprendre, mon très cher frère, les succès heureux qu'on a eus à l'entrée du royaume de Valence- et qui donnent lieu d'espérer qu'ils continueront; mais je ne l'eus pas été moins de savoir que, quelques manèges qu'on pût faire pour vous retenir oisif à Madrid, vous persistiez toujours dans la résolution de vous mettre à la tête de votre armée pour défendre et reconquérir vous-même vos États ; c'est à quoi je crois que la promptitude est nécessaire, de crainte que l'Archiduc ne s'affermisse par les nouveaux secours qu'il pourra recevoir d'Angleterre; car il paroît que les Anglois ont résolu de le soutenir et qu'ils s'en font un point d'honneur.

Les Mécontents de Bavière et ceux de Hongrie ont reçu deux échecs, ceux-ci aux passages de la Transylvanie, où les Impériaux les ont forcés dans leurs retranchements, avec moins de perte de leur part, cependant que les ennemis en avoient fait

1. Cette lettre, que le prince a datée par mégarde du 17 janvier 1705, a été classée parmi celles de cette année ; mais, comme par son contexte il est facile de voir qu'elle est de 1706, nous la remettons à sa date réelle.

2. M. de las Torrès avait battu une petite troupe d'Impériaux et de révoltés espagnols.

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courre le bruit d'abord, et ceux-là près de Munich, où un corps de trois à quatre mille hommes, s'étant avancé pour se rendre maître de cette place, a été enveloppé et défait avec beaucoup de pertes. Cela ne leur a point néanmoins l'ait perdre courage ; ils se rassemblent en plus grand nombre. Cleux du Haut- Palatinat, suivant leur exemple, ont pris les armes, se sont emparés de plusieurs châteaux, et parlent même d'aller en Bohème pour y exciter une rébellion, à laquelle on dit que les peuples sont très disposés.

Vous saurez déjà apparemment la reddition du château de Nice '. La brèche étoit laite en état d'y monter, et on y devoit donner l'assaut du jour que la place a capitulé ; la garnison fort diminuée par la désertion, en est sortie le 6 au nombre d'environ huit cents hommes, avec six pièces de canon et deux mortiers. Ainsi voilà les frontières de France tranquilles de ce côté-là. Je crois qu'on fera du château de Nice comme de celui de Montmélian, et qu'on le rasera aussi.

Les atfaires pourroient bien se brouiller tout de bon du côté de la Basse-Allemagne. Les troupes danoises du prince qui se prétend coadjuteur de Lùbeck ont pris de force le château d'Eutin sur celle de l'Administrateur de cet évèché, qui est de la maison d'Holstein'-. La plupart des princes de ces can-

1. La capitulation avait été signée le 4 janvier ; mais on ne le sut que le 12 à Versailles.

2. L'évéché de Lùbeck appartenait depuis le milieu du xvn^ siècle à la famille de Holstein-Gottorp ; mais, en 1705,

tons sont pour les uns ou pour les autres, et on attend les suites de cet acte d'hostilité.

La tempête du 30 du mois dernier, qui a fait beaucoup de dégât en Bretagne, en Normandie et dans nos autres provinces voisines de la mer du côté de la Hollande, y en auront fait sans doute beaucoup aussi, et en Angleterre, où un vaisseau danois, qui s'est sauvé à grand'peine, a rapporté avoir vu périr dix des plus gros vaisseaux de guerre, sans compter une infinité de bâtiments marchands K Les vents n'ont guère cessé depuis ce temps-là ; mais on n'a point eu de gelée jusqu'ici, et la saison qui s'avance fait appréhender qu'il n'y en ait guère cet hiver. Voilà à peu près les nouvelles de ce pays-ci.

Mon incommodité n'a eu nulles suites et, depuis que j'ai été saigné, je me porte beaucoup mieux qu'auparavant.

Aimez-moi toujours, mon cher frère, et soyez toujours persuadé de ma tendresse et des souhaits que je fais pour la prospérité de vos armes. Faites bien mes compliments à la reine.

à la mort de l'évèque Auguste-Frédéric, le prince Charles^ frère du roi de Danemark Frédéric IV, contesta la possession de l'évêché à Christian-Auguste de Holstein-Gottorp, neveu de l'évèque défunt, qui avait été élu coadjuteur en 1701 ; il s'empara de la ville d'Eutin, située à quatre lieues de Lùbeck et où l'évèque faisait ordinairement sa résidence ; mais, l'Empereur s'étant déclaré contre lui, il dut renoncer à ses prétentions et rendre sa conquête.

1. Dangeau raconte cela à peu près dans les mêmes termes (tome XI, p. 8).

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A Versailles, le 24 janvier 1706.

On reçut nouvelles il y a quelques jours, mon très cher frère, que le troisième fils de M. le duc de Savoie, né le l*"^ de décembre, était mort le 19 du même mois ' ; ainsi la joie causée par sa naissance n'a pas été longue.

Je suis bien aise des petits avantages remportés sur les rebelles ; il faut espérer qu'ils conduiront à de plus considérables, lorsque vous aurez marché en personne. On arrive à Toulon, les troupes arrivent en Roussillon, et il me paroit capital de ne perdre que le moins de temps qu'il sera possible pour rentrer en action tout de bon.

Il gèle enfin ici depuis huit jours ; on va sur les patins; nous apprenons, mon frère de Berry et moi, et souhaitons fort que le froid continue. Il n'y a pas grand nouvelle de plus, et je finis en vous embrassant et vous priant, mon cher frère, de m'aimer toujours comme vous l'avez fait jusqu'ici.

1. C'est le prince dont il a été parlé ci-dessus, dans la lettre n° LXXV.

A LA REINE DESPAGNE.

A Versailles, le 24 janvier 170G.

C'est avec bien du chagrin. Madame, que je change aujourd'hui de langage pour vous faire les compliments de condoléance sur la mort du nouveau frère qui vous étoit né. Il est vrai que, parmi toutes les personnes qui vous touchent, c'étoit apparemment celui que vous craigniez le moins de perdre ; mais ces pertes sont toujours sensibles aux bons cœurs.

Il me paroît, Madame, que les rebelles ne font pas trop bien leur devoir contre les troupes du roi mon frère, ou plutôt qu'ils le font fort bien en se laissant battre. J'espère que les choses iront toujours de mieux en mieux.

Clonservez-moi toujours votre amitié. Madame, me permettant de vous assurer toujours de mon tendre et sincère attachement.

Louis.

Lxxxni.

A \ ci'sailles, le 21 février 1706.

Vous saurez déjà sans doute, mon très cher frère, l'heureux succès de l'entrée du due de Noailles en

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Catalogne, comment il a battu les miquelets, secouru Roses, chassé devant lui les Anglois et les Hollandois, regagne le Lampourdan et poussé ses quartiers jusqu'à trois lieues de Girone ^ Les troupes continuent cependant d'y arriver, elj'espère que le corps entier passera plus aisément encore, quand il en sera temps, que n'a fait la tète. Il est agréable pour le duc de Noailles qu'il ait commencé à mettre le pied en Catalogne, et, si les alFaires continuent à y bien aller, on pourra dire qu'il aura donné le premier branle. On doit même attendre un effet présent de ce premier succès; car l'Archiduc, qui est demeuré dans Barcelone avec mille hommes de nouvelles levées pour envoyer ses vieilles troupes vers les royaumes de Valence et d'Aragon, sera obligé d'en rappeler une bonne partie, et cela soulagera d'autant le côté d'Espagne. Nous attendons ici avec impatience les nouvelles qui en viendront et celles de votre départ, que je regai^de toujours comme nécessaire dans une conjoncture aussi pressante. On

1. Les Mémoires de Sourches donnaient les mêmes nouvelles le 19 février (tome X, p. 33-34) : « Le 19, on sut que, dès le 7, le duc de Noailles étoit entré en Catalogne avec dix bataillons seulement, le régiment de dragons delà Fare, douze compagnies de miquelets, toutes les milices du Roussillon et douze petites pièces de canon ; que d'abord il avoit trouvé

huit cents hommes des ennemis qui avoient pris la fuite ;

qu'il avoit marché à Figuières,... dont les habitants avoient apporté les clefs;... que le duc de Noailles avoit détaché d'Arnould pour aller se saisir de Bascara, poste avantageux à deux lieues de Girone;.... qu'il avoit fait lever le blocus de Roses,.... et que le chemin étoit libre de Perpignan à cette place, tout le Lampourdan étant soumis. »

rappelle Mylord Peterborough ' en Angleterre pour envoyer en sa place le même général (dont j'ai oublié le nom-) qui pilla, il y a trois ans et demi, le Port-Sainte-Marie -^ à la première descente des ennemis en Espagne. M. le comte de Toulouse, qui partit il y eut hier huit jours, peut être présentement arrivé à Toulon, et je ne doute pas qu'il ne mette à la voile le plus tôt qu'il le pourra.

M. de Vendôme arriva à Marly le 12 et doit partir le 15 du mois prochain pour retourner par mer en Italie. Il assure que l'on prendra Barcelone, quelque sorte de garnison qui soit dedans, et quand même les ennemis y jetteroient du secours par mer, pourvu qu'ils ne soient point assez forts pour faire sortir une armée capable de combattre celle qui assiégera cette place, ce qui leur sera très difficile faute de cavalerie. Je ne sais pas s'il n'y auroit pas un peu à rabattre de cette proposition ; car M. de Vendôme se flatte assez aisément ; mais il est vrai de dire que les secours que les ennemis pourront apporter par mer, principalement de vivres, ne pourront être ni si grands ni si fréquents qu'ils le seroient pour une ville moins éloignée et moins grande que n'est Barcelone.

1. Charles Mordaunt, comte de Peterborough, commandait le corps de troupes anglaises donné par la reine Anne à l'Archiduc ; mais, comme il ne s'entendait pas avec les autres généraux, on changea son commandement militaire en un titre d'ambassadeur auprès de l'Archiduc.

2. Ce doit être lord Galloway, fils du marquis de Ruvigny, protestant français réfugié en Angleterre.

3. Puerto-Santa-Maria, dans la partie nord de la baie de Cadix.

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Le maréchal de (lœuvres ' doit monter cette année un vaisseau différent de celui de Monsieur le Comte '^ ; il n'a été mêlé personnellement dans aucune des affaires qui ont regardé le cardinal d'Estrées et l'abbé'^ ; il a toujours parlé sur ces choses et sur vous aussi sagement cl aussi respectueusement qu'il a dû ; d'ailleurs vous avez paru avoir de la considération et de l'estime pour lui ; il se flatte donc, et je crois avec justice, que vous ne l'envelopperez point dans un crime qui ne peut regarder que les personnes, n'étant nullement coupable de fautes que son oncle et son frère peuvent avoir commises dans leur ministère. Je vous dirai que vous feriez contre vous d'en user autrement, et que de pareilles affaires ne doivent jamais passer des personnes aux familles entières, surtout pour des gens comme vous.

On a eu nouvelles que le roi de Suède s'étoit approché inutilement des retranchements du roi Auguste et du Czar pour les combattre et qu'il s'étoit retiré de devant eux après les avoir tournés par plusieurs côtés sans juger à propos de les attaquer.

1. Victor-Marie, comte puis duc d'Estrées, avait été nommé vice-amiral en survivance de son père dès 1684 ; ayant reçu en 1703 le bâton de maréchal de France, il prit le nom de maréchal de Cœuvres pour se distinguer de son père.

2. C'est le nom qu on donnait couramment au comte de Toulouse.

3. Le cardinal d'Estrées, et ensuite son neveu l'abbé d'Estrées, avaient été successivement chargés des affaires de France en Espagne dans les premières années du règne de Philippe V, et avaient encouru la disgrâce de M™* des Ursins et partant celle des souverains espagnols ; voyez le chapitre iv, t. I^"", de Philippe V et la Cour de France.

On lève encore en Hollande et en Angleterre divers régiments de nos religionnaires réfugiés ; le fameux Cavalier^ est un des colonels, et on les doit, dit-on, envoyer en Catalogne, pour passer de là dans les Cévennes, ou en Portugal.

Voilà à peu près, mon cher frère, les nouvelles du jour et du temps ; je finis ma lettre avec elles en vous priant de m'aimer toujours autant que je vous aime et de faire bien mes compliments à la reine.

Louis.

A LA REINE D'ESPAGNE

A Versailles, le 25 avril 1706.

Il me semble, Madame, qu'il } a longtemps que je n'ai eu l'honneur de vous faire souvenir de moi et que je dois rompre aujourd'hui mon silence pour vous faire compliment sur le commencement des succès du roi d'Espagne^. Je ne doute pas qu'il ne vienne bientôt à bout de son entreprise et qu'achevant de chasser les ennemis de toute la côte sur

1. Jean Cavalier, ancien garçon boulanger d'Anduze, avait été un des chefs des camisards des Cévennes dans la révolte de 1704; ayant fait sa soumission au maréchal de Villars, il reçut de Louis XIV une commission de colonel; mais il passa peu après à Genève et prit du service parmi les troupes des Alliés.

2. Depuis le 3 avril, Philippe V était arrivé à l'armée du maréchal de Tessé qui assiégeait Barcelone, et l'on pensait que la place, manquant de vivres, ne tarderait guère à se rendre.

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Inquello il csl présentement, il ne puisse avant la fin de l'année renvoyer les Portugais chez eux et leur enlever ce qu'ils auront pu lui prendre pendant le temps ([u'il est occupé à chasser l'Archiduc. Si on pouvoit le prendre dans Barcelone, ce seroit certainement ce c[ui pourroit nous arriver de plus avantageux ; mais ce coup seroit trop heureux pour oser s'en flatter par avance, quoiqu'on ait jusqu'ici assuré qu il est encore dans la place et que les bourgeois même l'ont empêché d'en sortir. Je souhaite. Madame, et pour le roi d'Espagne et pour vous, qu'il puisse bientôt, victorieux de tous ses ennemis et échappé des périls auxquels son courage ne le fera exposer que trop volontiers, se retrouver auprès de vous pour votre contentement réciproque.

Je crois qu'il n'est pas besoin, Madame, en finissant ma lettre de vous renouveler les assurances de mon amitié respectueuse, et, quoique j'ose me flatter qu'il n'en est pas besoin non plus, j'ose vous prier néanmoins de me conserver toujours (|uelque part dans l'honneur de la vôtre.

Louis.

A Marly, le 12 mai 1706.

Si le chevalier de Tessé ^ n'est pas encore parti 1. René-François de Froullay, chevalier de Tessé, était le

de Paris, mon très cher frère, ce sera lui qui vous rendra cette lettre ; sinon, elle vous arrivera par le premier courrier.

Nous attendons bientôt ici des nouvelles de la prise de Barcelone ; car on espère qu'à présent vous vous en êtes rendu le maître ; pour ce qui est de la personne de l'Archiduc, je n'ose m'en flatter; car je crois qu'il n'oubliera rien pour ne pas tomber entre vos mains. Vous saurez déjà les nouvelles d'Italie et d'Allemagne ; il seroit à souhaiter que celles d'Espagne fussent aussi bonnes. Quand Barcelone sera prise, vous irez porter remède au reste et renvoyer les Portugais chez eux. Il n'y a encore rien en Flandres.

On a observé ce matin ici une belle éclipse de onze doigts, et on prétend qu'elle aura été totale vers le pays où vous êtes. Il y avoit ici deux de ces Messieurs de l'Observatoire avec plusieurs lunettes, et ce spectacle n'a pas laissé que d'amuser la compagnie pendant plus de deux heures '.

second fils du maréchal ; il servait d'aide de camp à son père pendant la campagne de 1706 et était arrivé le 4 mai à Versailles pour apporter des nouvelles du siège de Barcelone.

1. On lit dans les Mémoires de Sourches (tome X, p. 79) : « Le 12, il y eut une éclipse de soleil très considérable ; le Roi avoit fait venir exprès à Marly le vieux Lahyre et le jeune Cassini, avec tous les instruments nécessaires pour faire bien voir et connoître aux princes et aux dames le commencement, le progrès et la diminution de l'éclipsé, laquelle eut plus de pouvoir sur les dames que n'auroient eu de bien bonnes raisons, puisqu'elle les fit lever dès huit heures du matin. » Voir aussi le passage du Journal de Dangeau, tome XI, p. 100, et 1 article du Mercure de mai, p. 140-144, qui est très élogieux pour le duc de Bourgogne et pour ses connaissances en astronomie.

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Voilà à peu près toutes les nouvelles de ce paysci. J'en attends des vôtres; car il me semble qu'il y a bien longtemps que je n'ai eu le plaisir de recevoir de vos lettres. J'espère toujours néanmoins que vous ne m'en aimez pas moins, et que vous êtes toujours persuadé de ma tendresse pour vous et de la part que je prends à tout ce qui vous regarde.

M'"" la ducbesse (le Bourgogne me ebarge de vous l'aire bien des compliments de sa part.

T. ouïs.

A Versailles, le 30 mai 1706.

Voici, mon très cber frère, bien des malbeurs coup sur coup de tous côtés, et on a besoin d'autant de religion que vous en avez pour le souffrir patiemment.

Nous avons appris ici en quatre jours la malheureuse bataille de Flandres ^ la levée du siège de Barcelone - et la perte du Brabant ^. Ce qui me console

1. La bataille de Raraillies, gagnée par Marlborougli sur le maréchal de Villeroy le 23 mai.

2. Philippe V avait été contraint de lever le siège par l'arrivée de nombreux renforts amenés sur la flotte anglo-hollandaise, que les vaisseaux du comte de Toulouse n'avaient pu empêcher de débarquer dans le port de Barcelone. Le pays, mal sourais, sétant soulevé contre les Français à la suite de ce débarquement, Philippe V avait dû repasser le Ter et reprendre le chemin du Roussiilon.

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