C'est-k-dire sur les revenus de la traite des nègres
resse à tout ce qui le regarde, et il mérite que l'on fasse pour lui.
Soyez persuadé de ma tendresse, mon très cher frère, et conservez-moi toujours votre amitié.
Louis.
A LA REINE D'ESPAGNE
Au camp de Lède, le 8 juillet 1708.
Ce n'éloit pas assez des villes de Gand et de Bruges, Madame; il nous falloit encore le château de Gand; mais il n'a pas tardé, et ce matin nos troupes en ont pris les portes, et la garnison en sortira aprèsdemain. C'est un grand bonheur qu'on ait fait si aisément ces conquêtes, et j'espère qu'on n'en demeurera pas là et que, avant la fin de la campagne, j'aurai encore plusieurs bonnes nouvelles à vous mander.
J'ai reçu il y a quelques jours la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et j'y aurois fait plus tôt réponse si nos mouvements n'avoient été un peu trop vifs. Rien ne me fait un plus grand plaisir. Madame, que de recevoir des marques de votre amitié. Conservez-la-moi toujours, je vous en supplie, et soyez persuadée que la mienne pour vous ne sauroit être plus sincère.
AL ROI DESr.VG.NK l'HlLUM'E V. 257
AU KOI PHILIPPE V.
Au camp de Lovondeghem, le 21 juillet 1708.
Je n'ai pas eu la l'orée de vous écrire, mon très cher frère, depuis notre malheureuse journée du Il '. Nous nous sommes retirés ici, derrière le canal de Bruges à Gand, pour vous conserver nos conquêtes, et j'espère. Dieu aidant, que nous y réussirons. Je ne crois pas les ennemis en état de faire les sièges de Tournay, de Lille, ni d'Ypres, surtout le maréchal de Berwick étant auprès de Douay avec un corps de trente mille hommes. Notre perte n'est point si considérable qu'on l'avoit cru d'abord, et, quand nous aurons été rejoints par huit ou neuf mille hommes qui se sont retirés dans les places que je viens de vous nommer, nous serons encore à peu de chose près aussi forts que les ennemis.
Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de vous faire aucun détail de la bataille ; vous en saurez déjà les particularités. J'espère que Dieu, qui m'a humilié dans ma première action de guerre, me soutiendra, si j'en vois d'autres, et qu'il ne nous abandonnera pas tout à fait, et, si, comme je l'espère, nous soute-
1. La défaite d'Audenarde. Sur cette bataille, consulter l'Appendice V du tome XVI des Mémoires de Saint-Simon, édition Boislisle, dans lequel sont indiquées les diverses relations qui en furent données.
nons Gaiid et Bruges, les ennemis y perdront plus qu'ils n'ont gagné à leur victoire, et Tavantage de la campagne nous restera encore. J'attends de bonnes nouvelles du siège de Tortose.
Faites, je vous prie, mes compliments à la reine, et soyez persuadé de la tendre amitié que je conserverai toute ma vie pour vous.
Louis.
Au camp du Saussoy ', le 23 septembre 1708.
Que direz-vous de mon long silence, mon très cher frère, ou plutôt n'en devinerez-vous pas aisément la cause ? Je n'ai point voulu ^ous écrire que les mouvements proche des ennemis que nous avons faits pendant quinze jours ne fussent finis, et que l'affaire ne fût dévolue ; car, quand j'arrivai à Tournay le 1" de ce mois, je ne doutai pas qu'il ne se dût passer une bataille générale avant très peu dejours. La situation avantageuse des ennemis égaux à nous et retranchés ne l'a pas permis. Le parti de leur couper toute communication avec leurs places et leurs convois a été choisi comme le plus sûr et le plus apparent pour réussir, et nous y travaillons depuis huit jours. Nous tiendrons absolument l'Es-
1. Le Sauchoir ou Saussoy était une abbaye de cisterciennes à deux kilomètres de Tournav.
AU noi d'kspaoe PinLU'i'K v, 259
oaul (le ce côté-ci, et j'envoie trente bataillons et dix-huit ou vingt escadrons au comte de la Motte pour en faire autant du côté d'Ostende. Cependant, au bout d'un mois entier de tranchée ouverte devant Jjille', les ennemis viennent, la nuit d'avant-hier à hier, de manquer le chemin couvert pour la seconde fois et n'ont pu se loger que sur l'angle d'un des deux tenaillons qui sont au centre de leur attaque; quelques-uns disent même qu'ils ont été rechassés la nuit dernière. Quoi qu'il en soit, on ne peut rien ajouter à la défense du maréchal de Boufïlers, qui fait la fonction de simple gouverneur, sans aucun autre commandement.
J'ai reçu plusieurs de vos lettres, et dernièrement une tout à l'heure, qui m'a fait prendre le parti de vous écrire toujours celle-ci ; car j'ai des réponses à faire à la reine et à la princesse des Ursins; mais, pour aujourd'hui, je n'en ai véritablement pas le temps, ce qui m'arrive souvent, soit pour monter à cheval, soit pour écrire. Vous pouvez présentement être hors d'inquiétude sur les périls que nous pouvons courir, mon frère de Berry et moi, n'y ayant pas grande apparence de voir d'actions d'ici à la fin de la campagne, sans cependant que l'on puisse répondre de rien.
Faites, je vous prie, bien des compliments à la reine de ma part, et soyez persuadé, mon très cher frère, que ma tendresse pour vous est au-dessus de toute expression.
1. Sur le siège de Lille, on peut consulter l'ouvrage très documenté du capitaine Sautai, Le Siège de Lille en 1108.
J'ai rendu votre lettre au roi d'Angleterre, qui est poui' nous Chevalier de Saint-Georges, et qui a soutenu les fatigues mieux que je ne l'aurois cru. Le prince Eugène a été un peu blessé à la tête d'un éclat de grenade à l'attaque du 21 au 22.
Louis.
Si j'en ai le temps dans quelques jours, je vous ferai un récit de tout ce qui s'est passé depuis mon départ de Gand.
Au camp du Saussoy, le 15 novembre 1708.
Il y a infiniment longtemps que je ne vous ai écrit, mon très cher frère, quoique j'aie reçu dans cet intervalle beaucoup de lettres de vous. J'ai eu depuis ce temps le désagrément de la perte de Lille, que nos précautions n'ont pu empêcher ^ et je crains bien que la citadelle n'ait bientôt le même sort. Je vous aurois envoyé la petite relation que je vous ai dit si j'avois eu le temps de la faire ; mais j'ai quasi incessamment des affaires, soit conférences, soit raisonnements, soit promenades, qui empêchent de travailler de suite.
1. La ville de Lille avait capitulé le 23 octobre, et la citadelle ne se rendit que le 7 décembre sur l'ordre formel de Louis XIV [Journal de Dangeau, tome XII, p. 280 et 282- 283).
AU ROI d'eSPAGNE PHILIPPE V. 261
Je vous envoie un mémoire que Montviel m'a donné ii v a quelques jours au sujet de ce que je vous avois demandé pour lui. Vous me ferez plaisir certainement de lui en faiie en ce qu'il sera possible.
C.rovez, je vous en prie, mon très cher frère, que, si je ne vous écris pas plus souvent, ma tendresse n'en est pas moins véritable.
Louis.