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Toutes ces localités sont au sud-sud-ouest de Bruxelles

avoir une armée de trente mille hommes sur la Moselle; peu de jours nous en éelairciront. J'espère, mon cher frère, que, si nous trouvons une occasion heureuse, nous pourrons remettre sous votre obéissance une partie des pays que vous perdîtes il y a deux ans, et, sans penser au bien public, qui doit toujours aller le premier, la tendresse infinie que j'ai pour vous me feroit ressentir avec bien du plaisir que j'y aurois eu quelque part. Répondez toujours à cette amitié, mon cher frère, et soyez persuadé de la sincérité de la mienne.

Louis.

J'oubliois de vous dire que M. le comte de Bergeyck, qui gouverne ici vos finances, est un homme qui nen peut payer {sic) et qu'il vous sert, et le Roi aussi, au-dessus de tout ce qu'on peut désirer ; c'est de moi-même au moins que je vous dis ceci ; vous pouvez en être assuré.

Le 31 au matin.

Ma lettre n'étant pas encore partie, je vous dirai, mon cher frère, que les ennemis ont marché avant hier une lieue en avant et qu'ils sont campés la droite à Haute-Croix et la gauche à Tubize. Je profite encore de cette occasion pour vous renouveler les assurances de ma tendresse.

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A LA REIÎSE D'ESPAGNE.

Au camp de Soignies, le 29 mai 1708.

J'ai bien tardé, Madame, à vous rendre le devoir indispensable dont je m'acquitte aujourd'bui ; mais comme j'avois prié le roi devons fiiire part du voyage que j'allois faire, je crois qu'il vaut mieux avoir attendu jusqu'à présent pour pouvoir dater ma lettre ainsi que je le fais aujourd'bui. Il y a quatre jours que l'armée est assemblée ; il y a longtemps qu'on n'en a vue une si nombreuse, si belle, et de si bonne volonté, et je suis persuadé qu'à la première occasion que nous donneront nos ennemis, nous leur ferons voir qu'ils ne sont pas devenus invincibles. Ce m'est une grande joie de penser que je puis rendre au roi mon frère une bonne partie de ce qu'il a perdu en ce pays-ci ; je suis sûr toujours qu'il ne tiendra pas à moi, et j'ose vous assurer que cela arriveroit s'il nousvenoit quelque avantage considérable.

Conservez-moi toujours l'honneur de votre amitié. Madame, et soyez persuadée que je vous suis encore plus attaché par le cœur que par le sang.

Louis.

cxxxvm.

Au camp de Braine-lAlleu, le 20 juin [1708].

Nous sommes ici fort tranquillement depuis le commencement du mois, mon très cher frère, étant partis de Soignies, comme vous savez, le l" au soir et ayant dérobé une marche aux ennemis. Nous les tenons derrière la forêt de Soignes, entre Louvain et Bruxelles, et nous vivons aux dépens du Brabant pour la plupart. Nous sommes dans une situation à nous porter à droite ou à gauche selon qu'il nous plaira et y prévenir toujours les ennemis, qui attendent nos mouvements pour y régler les leurs. Ils sont entre leurs places et n'ont pas marqué tant de désir de combattre qu'ils le publioient auparavant. Nous sommes en attente de ce que deviendra l'armée qui s'assemble sur la Moselle, où le prince Eugène n'étoit pas encore arrivé le 12 ; mais je crois que les mesures que l'électeur de Bavière a prises pour s'y opposer à lui déconcerteront ses projets. On prétend qu'ils le sont déjà par la supériorité que nous avons ici, et que Marlborough n'a pu y envoyer cinq ou six mille hommes qu'il avoit promis d'envoyer. Il faut espérer que la campagne, qui a bien commencé, continuera de même et que Dieu, nous protégeant, nous conduira à une bonne et heureuse paix.

J'appris hier que M. le duc d'Orléans avoit bien

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commencé de son côté ; l'avantage qu'il a eu sur les ennemis et la prise de leuis bestiaux sont très considérables et lui laeilileiont la continuation de ses entreprises ^ j)ourvu que les chaleurs ne l'empêchent pas. J'ai aussi appris que le marquis de Bay éloit en présence des l'orlugais, et je ne doute pas qu'il ne profite de quelqu'un de leurs mouvements pom^ les attaquer avec avantage ; car on dit que la qualité de ses troupes est meilleure que celle des ennemis.

Je crois que je vous ferai plaisir, mon très cher frère, en vous disant que mon frère de Berry s'y prend à merveille ; il raisonne juste; il entre dans tout et paroît fort secret ; il n'épargne point sa peine ; il s'applique pour s'instruire ; l'amitié que nous avons pour lui fait que nous nous en devons réjouir ensemble. Je suis aussi fort content du roi d'Angleterre, qui est incognito sous le nom de Chevalier de Saint-Georges, et il s'applique aussi. Il a marqué dans son voyage d'Ecosse beaucoup de courage et de bonne tête, et certainement la fermeté paroît bien mieux dans l'adversité que dans la prosj)érité ; vous ne le savez que trop par vous-même, mon très cher frère ; mais j'espère que Dieu, qui vous a éprouvé, ne permettra pas que cela aille plus loin et que, vous conservant ce qu'il vous a donné, nous serons tous contents.

On ne peut vous aimer plus tendrement que je le

1. Ceci fait allusion d'abord à la défaite, le 2 juin, d'un corps de deux mille cinq cents hommes par Gaetano, lieutenant du duc d'Orléans, ensuite à l'enlèvement d'un convoi de bestiaux destiné à Tortose par Don Joseph Vallejo.

fais, mon très cher frère, ni vous souhaiter plus de bonheur que moi. Je serois bien heureux si je pouvois y contribuer ici ; conservez-moi toujours, je vous prie, votre ancienne amitié et soyez persuadé que la mienne durera autant que ma vie.

Louis.

Au camp de Braine-l'Alleu, le 20 juin 1708.

Il me semble, Madame, que la campagne ouvre assez bien. Les avantages que M. le duc d'Orléans a remportés en Catalogne, de ce côté-ci les ennemis resserrés entre leurs places et derrière une grande forêt, sur la Moselle l'Électeur prévenant les projets du prince Eugène et sur lesquels les ennemis fondoient une partie de leurs espérances, tout cela donne lieu d'espérer que les suites en seront heureuses et favorables aux intérêts du Roi et du roi d'Espagne. Je mande au roi mon frère que je m'estimerois bien heureux si je pouvois contribuer à remettre sous son obéissance les pays qu'il a perdus de ces côtés-ci, et je puis vous assurer que j'y travaillerai de tout mon pouvoir. J'y serois bien sensible et par l'intérêt que je prends au bien des deux royaumes et par l'amitié que j ai pour le roi mon frère; j'oserois aussi y ajouter, par celle que j'ai pour vous. Madame, qui ne sauroit être ni plus sincère, ni plus tendre. Permettez-moi ce mot et cou-

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liniuv.-moi toujours, je vous en supplie très liumblemeiU, l'honneur de la vôtre; je ferai tout ce qui me sera possible pour la mériter toujours et pour avoir aussi cjuelque part clans votre estime.

Louis.

Près de Ninove, le 6 juillet 1708.

Je vous avois bien dit, mon très cher frère, que je ferois ce que je pourrois pour remettre sous votre obéissance une partie des pays que les ennemis vous avoient enlevés il y a deux ans, et Gand, dont vous êtes maître depuis hier, en est une des meilleures preuves K Je ne saurois vous dire assez de bien du comte de Bergeyck, qui a conduit l'entreprise, du sieur de la Faille', grand bailli de cette ville, qui l'a exécutée, et du peuple de Gand qui n'a cessé de crier : Vive le Roi ! et de donner toutes les marques d'une joie et d'une affection extraordinaire pour vous. Marlborough a été attrapé pour cette fois, et, en une seule marche, partant de Braine-l' Alleu avant-hier au soir, nous achevons de passer la

1. Gand fut surpris le 4 juillet par un détachement français commandé par M. de Chémerault, auquel le grand bailli la Faille fit ouvrir une porte ; le Mercure, numéro supplémentaire d'août, renferme un récit détaillé de l'expédition.

2. Il était brigadier dans les troupes d Espagne, et les ennemis lui avaient enlevé ses fonctions de grand bailli; il s'appelait la Faille ou la Faye.

Dendre à Ninove ce matin. Il y a apparence que le château suivra bientôt la ville, ainsi que Bruges, dont je dois apprendre la réduction incessamment'. Vous me permettrez pour aujourd'hui de ne vous en pas dire davantage ; car il me reste encore quelques affaires. Ce m'est une chose bien douce d'avoir pu par les effets vous témoigner l'extrême amitié que j'ai pour vous.

Louis.

Faites, je vous prie, bien des compliments à la reine ; j'espère qu'elle sera contente de moi.

Au camp de Lède, le 8 juillet 1708.

Je vous envoie Don Michel de Grimaldi ~, mon très cher frère, pour vous apprendre l'entière réduction de Gand sous votre obéissance par la prise du château, dont nous avons eu la porte ce matin, et celle de Bruges, dont les magistrats ouvrirent les portes aussitôt qu'ils surent la prise de Gand. Vous ne saurez reconnoître assez le zèle et la bonne con-

1. Bruges se rendit le lendemain au comte de la Motte-Houdancourt.

2. Ce Michel de Grimaldi était un neveu du marquis Antoine de Grimaldi, alors lieutenant général dans les troupes d'Espagne. Voyez une lettre de Philippe V au duc de Vendôme dans les Mémoires de Saint-Simon, tome XVI, p. 569.

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(luil(> (lu comte dp Kcrgeyck, du sieur de la Faille, grand bailli de Gaïul, et l'extrême affection de vos peuples, qui la témoignent de toutes manières. Nous allons présentement travailler à vous les conserver et à vous en acquérir encore d'autres. Je vous envoie jointe à cette lettre la lelation de ce qui s'est passé ces quatre jours et des mouvements qu'ont faits les armées. Le prince Eugène est arrivé avant hier, de sa personne, à celle des ennemis, et ses troupes y seront dans quatre ou cinq jours ; mais Saint-Frémonl et ensuite rKlecteur ne tarderont pas à arriver, et je ne crois pas que cette jonction leur profite beaucoup, d'autant plus que leurs projets doivent être présentement fort déconcertés. Je ne saurois vous exprimer à quel point je suis sensible au plaisir de travailler avec succès pour vos intérêts.

Montviel ^ , qui sert dans cette armée de maréchal des logis et qui remplit cette place avec application et capacité, qui vous a suivi en Espagne et en Italie, et que vous connoissez depuis longtemps, n'a rien reçu depuis cinq ans de la pension que vous lui avez accordée. Il demanderoit que cette pension, qui est de six cents pistoles d'or avec ses avantages, lui fût payée sur l'assiento des nègres 2. Vous me ferez plaisir de lui accorder cette grâce ; je m'inté-

1. Jacques de Vassal, marquis de Montviel, gentilhomme de la manche des jeunes princes, avait accompagné Philippe V en Espagne et en était revenu en 1702 ; brigadier d'infanterie en 1703, il remplit jusqu'en 1713 la charge de maréchal général des logis à l'armée de Flandres, parvint en 1734 au grade de maréchal de camp et mourut en 1744, à quatre-vingt-cinq ans.

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