Vol. Guerre 2082, n
passé la Lys auprès de Menin. Je fus avant-hier à Gand ; les magistrats me reçurent à la porte avec les flambeaux, qui est la cérémonie du pays ; je fus conduit ainsi jusqu'à la grande église où l'évêque dit la messe, et le Te Deum fut chanté ensuite. De là j'allai à l'hôtel de ville où je fus harangué par le conseil de la ville, dont le sieur Sersander, qui en est président, et, je crois, connu de Votre ^lajesté, portoit la parole, et par les Etats de Flandre. Je dînai aux dépens de la ville ; mais le repas étoit apprêté par les officiers de Votre Majesté, selon la coutume ; ensuite de quoi, je revins au camp. On y fera ce soir les réjouissances pour la prise de Tortose. Je supplie Votre Majesté de croire que mon respect et mon attachement à sa personne sont au delà de toute expression.
Je n'ai point eu l'honneur de mander à Votre Majesté que j'avois enfin renvoyé le comte de Rochechouart, malade depuis le commencement de la campagne d'une fièvre lente et d'ime fluxion sur la poitrine, après l'avoir pressé de partir pendant trois semaines ; les fatigues des marches, dans le temps de la prise de Gand et du combat d'Audenarde, empirèrent si fort son mal qu il prit enfin le parti de songer uniquement à sa santé comme le seul moyen de continuer à vous servir ; il est précisément dans l'âge que son père mourut de la poitrine, et il seroit menacé de ne pas vivre longtemps, s'il ne se metloit absolument dans le réorime.
Au RoiK Au camp de Lovendeghem, le 17 août 1708.
J'ai répondu aujourd'hui à trois lettres que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire. Vous me donnez dans la première, qui est du 10, les mêmes ordres pour secourir
1. Vol. Guerre 2082, n*^ 192. Au n° 193, lettre du même jour à Chamillart.
APPENDICE. .'i2l
Mous que pi)ur Lille et pour Tournay ; vous m'y niai'(juiez (jue vous compreniez les dilficuilés du siège d'Audenarde, à qut)i il n'est plus possible de penser, les emiemis faisant celui de Lille. Votre .^hljesté pensoit aussi qu'il laut montrer de la hardiesse aux ennemis, que l'on est toujours en état de s'opposer à leurs entreprises et qu'il y a des occasions où il est plus avantageux d'hasarder une bataille que dose tenir sur la défensive.
Par la seconde qui est du 13, vous me mandez que le convoi des ennemis est plus considérable qu'on ne le croyoit d abord; les avis (jue j'ai eus se ra[)portent absolument à ceux qui ont été donnés à Votre Majesté, et il va bien à six mille charrettes ou chariots, et pour le nombre d'artillerie je le crois moindre, ii moins qu ils n'en eussent trouvé à Menin, ce qui n'est pas possible; car il n'y en avoit point (juand nous nous sommes rendus maîtres de Gand.
Dans la troisième, du 14, étant précisément informé que les ennemis s'étoient déterminés au siège de Lille, vous me laites l'honneur de me marquer que, par les comparaisons de nos forces faites avee celles des ennemis, et après les déductions nécessaires de part et d'autre, elles se trouveront à peu près égales lorsqu'il s'agira d'en venir à une action, mais que la nécessité où se trouveront les ennemis de garder leurs tranchées et leurs parcs d'artillerie les afioiblira et nous redonnera l'avantage de la supériorité ; car, s'ils rassembloient toutes leurs forces pour nous venir combattre, dès lors le siège seroit levé et nous serions en état de leur livrer et de leur refuser la bataille selon qu'elle pourroit nous être utile ou désavantageuse par notre situa- . lion.
Votre Majesté verra, par une lettre que le duc de Vendôme écrit au sieur de Dernières, les précautions que nous prenons pour être prêts à faire la jonction avec le maréchal de Berwick dès lors qu'il sera nécessaire, et les mesures pour rassembler nos troupes et pour notre marche. M. de Vendôme voudroit voir le canon des ennemis tirer
avant que de s'ébranler d'ici ; pour moi, je craindrois que ce ne fût s'y prendre un peu tard, et je presserai nos dispositions, selon l'ordre de Votre Majesté, le plus qu'il me sera possible pour être à portée des ennemis dans les derniers jours du mois.
Il nous faut cinq jours pour aller à Tournay ; il faudra que l'armée s'y repose et que de là elle marche vers la haute Marque, qui sera le lieu le plus aisé pour le secours. De cette manière, il nous faudra ébranler d'ici le 22 et le 23, qui est apparemment le temps que les ennemis ouvriront la tranchée. Le comte de la Motte m'avoit demandé si instamment de me suivre au secours de Lille que je n'avois pu le lui refuser, bien entendu qu'il seroit retourné de ces côtés-ci à la moindre apparence de quelque chose ; si c'est l'intention de Votre Majesté qu'il reste toujours ici, je vous supplie de me le marquer, afin qu'il n'ait point lieu de se plaindre que j'aie changé ce que je lui avois promis.
Le duc de Vendôme envoie à Votre Majesté un mémoire au sujet des passeports usités en ce pays depuis quelques années, et dont la révocation pourroit être à propos dans cette occasion. Ce mémoire en explique suffisamment les raisons à Votre Majesté, et c'est à elle à en décider.
Dans la lettre du 13, Votre Majesté me parloit encore du bon traitement que les habitants de Bruxelles faisoient à nos prisonniers, ce dont je savois déjà une bonne partie, et de toute l'affection qu'ils marquoient, et que nous pourrions prendre cette occasion pour remettre cette ville et par conséquent le reste du Brabant sous l'autorité de son légitime roi, sans cependant m'en donner d'ordre absolu. Mais, dans celle du 14, vous m'avez marqué précisément de n'y point penser et d'être uniquement attaché à l'objet présent, qui est le secours de Lille, et à la conservation de la frontière de Votre INIajesté. Quand vous auriez plus insisté sur l'entreprise de Bruxelles, j'aurois eu plusieurs difficultés à vous objecter, sur quoi il seroit inutile de m étendre présentement.
APPENDICK. 323
Je comprends, comme Votre Majesté me fait l'honneur de me le marquer, rim|)orlancc de ce que nous allons exécuter, et ce (jue vous nreii dites ne lait que redoubler mon zèle pour le bien de l'Etat, heureux que ma gloire personnelle s y trouve jointe aussi étroitement (|u'elle l'est ici.
Le baron de (]a[)res et le sieur de la Faille étant venus aujourd'hui ici pour me rendre compte de l'état de la ville de Gand, je leur ai dit ce ([ue vous m'avez ordonné, afin qu ils le répandent parmi le peuple, et je ne doute pas que cela ne fasse un très bon efi'et.
Le roi Auj^uste et le land<;rave de H esse sont arrivés, il y a quelques jours, à Bruxelles, et je ne sais s'ils ne seront point aujourd'hui ii l'armée des ennemis. Je supplie Votre Majesté d'être incessamment persuadée de la sincérité et du respect de mon attachement à sa personne.
A Chamillart^.
Au camp de Lovendeghem, le 21 août 1708.
La lettre que j écris au Roi-, Monsieur, explique ce dont il est question aujourd'hui pour exécuter ses ordres de la manière la plus convenable et la plus facile, et je n'ai rien à y ajouter. jXous touchons à un temps bien important, et il faut prier Dieu que toutes choses se passent heureusement ; car il n'y a que lui qui sache comment cela finira. Je suis aussi très impatient de savoir ce que le Roi aura résolu sur ce que M. de Vendôme lui manda hier; car cela me paroît d'une très grande conséquence.
J'ai oublié de marquer au Roi que, le duc de Malborough m'ayaut écrit il y a quelques jours une lettre, et m'en envoyant une autre de ^Madame la duchesse de Bourgogne que M. de Ruffey avoit apportée, je lui ai fait une réponse honnête où je ne crois pas avoir rien mis contre le service du Roi.