‹ Lettres (volume 2)Chapitre 189 sur 195 · Vol. Guerre 2084, u · texte numérisé non relu

Vol. Guerre 2084, u

mouvement, apparemment pour s'approcher de la Lys, soit pour y cantonner, comme quelques-uns le disent, soit, ce qui est le plus apparent, pour se porter sur le canal de Gand à Bruges, s'y faire jour, et tirer un convoi du Sasde-Gand, soit aussi pour se porter sur l'Escaut, tâcher de percer par quelque endroit, et marcher au secours de Bruxelles. L'Electeur arriva hier à trois quarts de lieue de cette ville, et n'avoit point encore son artillerie. Quand il étoit encore à Mons, il lui est venu plus de trente personnes principales de cette ville l'assurer qu'il n'avoit qu'à s'y présenter et que les portes lui en seroient ouvertes malgré la garnison. Pour moi, je ne sais si la bourgeoisie pourra exécuter cette bonne volonté, ou si l'affaire ne se tournera point en un siège dans les formes. Je suis convenu avec le duc de Vendôme qu'il ne falloit point changer la situation avant que nous eussions vu ce premier dénouement; mais, de savoir s'il convient au service de Votre Majesté d'en venir à un siège dans les formes, qui peut durer quelque temps, et de tâcher de garder l'Escaut tant qu'il durera, c'est ce que je ne sais point et ce que Votre Majesté seule peut décider. Je ne réponds pas cependant, si l'ennemi se portoit du côté de Deynze, qu'il ne pût, en donnant une égale jalousie à l'Escaut et au canal, trouver moyen de se faire un passage sur l'un des deux, et, en ce cas, si on ne pouvoit l'empêcher de marcher à Bruxelles, on pourroit ou le suivre avec l'armée rassemblée, ou tomber sur le corps resté devant Lille et à la Bassée. Il paroît que les ennemis, qui viennent d'abandonner le Furnenbach et Saint- Venant, ne sont pas bien déterminés à garder ce poste, ayant, à ce que Cheyladetm'a mandé, donné ordre de l'évacuer, puis de le garder. Dans la nouvelle forme que prend tout ceci, le comte de la Motte m'a mandé qu'il se rapprocheroit de Bruges à mesure que les ennemis s'éloigneroient du Furnenbach. Je lui ai écrit, ainsi que j'ai eu l'honneur de le marquer à Votre Majesté, que je croyois qu'il devoit rassembler ses

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troupes derrière le grand canal qui va de Bruges à Gand ; il sera là à portée d'en disputer et môme d'en empêcher le passage aux ennemis, de me faire passer des troupes, s'il éloit assez à temps, pour défendre celui de l'Escaut, ou de me joindre si l'armée des ennemis avoit passé pour aller à Bruxelles, ce qui me rendroit supérieur à eux des deux côtés et en étal de marcher où je voudrois, selon ce que je viens déjà d'exposer à Votre jNIajesté ; ce qui me fait penser que le projet sur Bruxelles doit réussir et que les ennemis ne s'exposeront point à se voir ainsi séparés. Après cela, de quelque manière que ce soit, la chose ne pourra être bien longue, et l'on pourra bientôt suivre vos intentions pour le repos et le rétabHssement de vos troupes. J'espère que Votre Majesté aura lieu d'être contente de cette fin de campagne et que je lui pourrai rendre encore quelque service proportionné au désir que mon zèle et mon attachement m en font avoir.

A Chamillart^.

Au ramp du Saussois, le 23 novembre 1708.

J'envoie au lloi, Monsieur, les deux lettres que j'ai reçues hier du maréchal de Boufïlers. Vous verrez aussi que je lui mande des nouvelles et ce que je pense sur l'affaire de Bruxelles. Plus j'y pense et plus je crois qu'elle doit réussir et que le duc de Marlborough n'avancera jamais son armée au point que, me faisant joindre par tout ce qui est avec le comte de la Motte, je le pussse séparer du prince Eugène. Cette même raison fera que l'on gardera cette ville après l'avoir prise, les troupes du Roi étant toujours à portée de s'y rassembler et de faire ce mouvement, si les ennemis retiroient une partie de leur armée, non plus à Bruxelles, mais encore bien plus loin.

Si les ennemis viennent et s'établissent sur la Lys, il ne sera plus question du projet de M. de Vendôme.

Au Roi 1.

Au camp du Saussois, le 25 novembre 1708.

Je reçus hier après midi les lettres des 22 et 23 que Votre IMajesté m'a fait l'honneur de m'ccrire. J'ai celui de vous en envoyer plusieurs du maréchal de Boulllers, que je viens de recevoir. La dernière étoit arrivée dès hier. Il n y a pas lieu de douter que les ennemis ne soient sur le point de laire un mouvement pour venir sur la Lys. Beaucoup d'avis disent qu ils veulent passer 1 Escaut à Audenarde ou àGavere; pour moi, j ai peine à croire, ainsi que je l'ai déjà mandé à Votre Majesté, qu'ils séparent leurs forces de manière que je puisse me mettre avec l'armée entière de Votre Majesté entre les leurs séparées pour profiter de cet avantage d'un côté ou d'un autre. Je n'ai point encore eu de nouvelles de Bruxelles en droiture ; j'ai cependant vu, par une lettre interceptée, que les batteries y avoient été faites avant-hier après midi, et que, le soir et la nuit, il y avoit eu un très grand feu de mousqueterie. Cette entreprise suspend nos mouvements, et, jusqu'à ce que l'on en voie l'issue, on ne peut penser à exécuter le projet que Votre ^Majesté vient d'approuver. Il me paroît cependant que, comme il a été fondé sur la grande séparation des ennemis, on ne pourroit plus y penser s'ils se rapprochent de la Lys, et encore plus s'ils viennent en deçà, comme plusieurs avis le disent. Je pense, ainsi que Votre Majesté, que, si Bruxelles étoit prise, on pourroit la soutenir, et les ennemis abandonneroient Lille à ses propres forces s'ils en alloient faire le siège. Je compte toujours sur la conservation des bontés de Votre Majesté; mon respect

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