Vol. Guerre 2084, n
avantageuse, si elle déborde ; car l'eau en est présentement fort haute. Comme l'affaire de Bruxelles nous oblige à garder l'Escaut, j'ai fait marcher ce matin à Berckem les brigades de Bourbonnois et de Lée, faisant neuf bataillons, et celle de Champagne à Pottes. Je n'ai plus ici que la brigade des Gardes, celles de Picardie, qui est à Hérinnes, et la cavalerie, que j'ébranlerai aussi dès que je saurai les ennemis déterminés à marcher sur l'Escaut. Le comte de la Motte, qui est à Gand, doit s'avancer sur la hauteur de Gavere, et même jusqu à la Zwalm, avec les troupes les plus à portée, et l'on se prépare à disputer aux ennemis le passage de l'Escaut, en cas qu'ils s'y présentent. J'ai déjà eu Ihonneur de dire à Votre Majesté que cétoit l'ajBaire de Bruxelles qui nous obligeoit à tenir cette conduite ; car, nos subsistances nous empêchant de demeurer longtemps dans la même situation, il vaudroit autant quitter l'Escaut quatre jours plus tôt que quatre jours plus tard, en épargnant aux troupes une fatigue qui pourra être considérable pendant quelques jours.
Il V a des avis non encore confirmés que les ennemis ont abandonné la Bassée ; ce sera, si cela étoit vrai, un temps favorable de jeter quelque secours dans la citadelle de Lille, et j'en fais écrire à Cheyladet, afin qu'il voie ce qu'il pourra faire là-dessus, tandis que l'armée ennemie sera occupée d'autre part.
Les nouvelles que j'ai reçues de Bruxelles ce matin sont que le canon n'avoit pu tirer hier et qu'une batterie de douze pièces étoit dressée à cent pas du chemin couvert. Quand cette entreprise fut proposée, je n'avois pas compté qu'elle fût suivie, si elle se tournoit en siège dans les formes. Je ne répéterai pas à Votre Majesté ce que je lui en ai écrit, il v a quelques jours. J'informe le comte de Bergeyck de ce qui se passe ici, afin que l'Electeur se règle sur ce qu'il croira pouvoir faire; car il se peut très bien que, malgré nos oppositions, les ennemis forcent un passage sur l'Escaut, et, en ce cas, il seroit en danger s il cou-
tinuoit son siège. Je suis toujours embarrassé cependant lorsque je pense que les ennemis séparent leurs l'orces s'ils passent l'Kscaut une fois, et que nous pouvons rassembler derrière eux celles de Votre Majesté, et il n'y a que la crainte de [)erdre Bruxelles qui puisse les obliger à prendre ce parii. Nous devons «^tre éclaircis de leur dessein entre ci el irès peu de jours, et je continuerai d'inlormer exactement Votre Majesté de tout ce qui se passera. J'espère que vous aurez lieu d'èlre content de nous dans ce dénouement ; pour moi en mon particulier, je ferai toujours ce que je croirai du service de Votre Majesté et selon ses intentions, ainsi que mon devoir et mon tendre et respectueux attachement à sa personne m'y obligent.
A Chamillart ^.
Au camp du Saussois, le 26 novembre 1708.
Il y a plus d'apparence que jamais. Monsieur, que nous touchons au dénouement de tout ceci, et qu'incessamment il n'y aura plus que l'Escaut entre l'ennemi et nous. L'affaire de Bruxelles nous détermine à le garder par la force, et c'est tout ce que nous pourrons faire de le soutenir pour un temps par rapport à nos subsistances ; car les chemins vont devenir impraticables et sont déjà très mauvais. Je suppose, en disant cela, que nous n'v serons point forcés; car, si cela est, notre situation change d'elle-même. Quand ceci sera fini de manière ou d'autre, il faudra que je reçoive les ordres du Roi pour savoir s'il ne persiste pas de mettre ses troupes dans leurs quartiers, et, si nous avons gardé l'Escaut, je pourrai retirer par ici une plus grande quantité de troupes, ne laissant à Gand et à Bruges que celles des garnisons prises dans les quarante bataillons et quarante escadrons, et tout le reste pourra se replier avec moi. Il n'y a pas lieu de douter que, si l'ennemi ne pou-