LXXXIV INTRODUCTION
des Chevreuse, mais qui eût doté la nation d'un certain nombre d'institutions propres à favoriser son développement économique et sa vie politique. Les abus du régime financier eussent été détruits, l'agriculture et le commerce revivifiés, l'industrie très largement favorisée.
Pour mener à bien ces projets, mais surtout, nous l'avons dit, par esprit chrétien et pour soulager son peuple, le duc de Bourgogne voulait la paix. Au surplus, après les longues guerres de Louis XIV, un régime pacifique s'imposait à l'Europe; le duc dOrléans, Dubois, Fleury durent le vouloir, comme le duc de Bourgogne.
Mais combien plus nobles furent les motifs qui dictèrent les plans du petit-fils de Louis XIV ! Qu'il s'y mêlât un peu de chimère et de jeunesse, qui pourrait s'en étonner de la part d'un prince mort à vingt-neuf ans ? Comme le premier exercice du pouvoir l'avait corrigé de plusieurs défauts dès la mort de son père, la pleine responsabilité, l'expérience des hommes et des affaires, eussent vraisemblablement achevé de le ramener sur tous les points à des vues justes et pratiques.
Jamais prince, en tout cas, n'eût apporté plus de conscience et d'application à son devoir de roi. Et puis quand on songe à ce qui est venu trois ans après sa mort, comment ne pas comparer, comment n'être pas tenté de refaire l'histoire? Aussi longtemps qu'il y aura des Français pour s'intéresser aux annales de leur pays, d'instinct ils se figureront le duc de Bourgogne empêchant le règne de Louis XV, ou plutôt portant luimême ce nom de Louis XV ^ le rendant digne de respect et d'amour, prévenant par de sages réformes la Révolution : un prince vertueux et chrétien eût pu faire en 1715 ce qu'il n'était plus possible d'accomplir soixante ans plus tard ; ainsi la