INTRODUCTION. LXXXIII
années dans une vie relativement légère, ou tout au moins joyeuse, peut-être dans l'espoir de plaire à la duchesse sa femme, mais le jeune mari s'y était laissé prendre et enfoncer, jouant gros jeu. se plaisant à la table, se passionnant pour la chasse. Peu à peu, sous l'influence de Beauvillier, Louis s'était repris, laissant la duches.se de Bourgogne continuer son existence frivole ; et. avec sa nature ardente, il avait embrassé toutes les exigences de la religion, telles que Beauvillier les entendait. Le converti dépassa la mesure, comme il arrive souvent. Le directeur laïque l'avait façonné à son image et rendu tel que larclievéque de Cambrai ne reconnaissait plus son disciple.
Mais la vie avec ses réalités, le malheur avec ses leçons, joints aux avertissements de Fénelon. portèrent leurs fruits, et le Prince sortit enfin de cette enveloppe de timidité et de scrupules. Ce fut lorsque la mort de Monseigneur lui mit en mains un certain exercice du pouvoir.
Toute sa vie, le duc de Bourgogne avait aimé l'étude et cherché à s'instruire. S'il s'était parfois laissé aller à quelque attrait de vaine curiosité, jamais pourtant, il n'avait oublié le « métier » qui devait être un jour le sien. Dès ce voyage dans le midi de la France, où il avait conduit son frère à la frontière de ses États, le jeune prince avait sollicité des intendants un Mémoire détaillé sur Tétat des provinces. On sait quels projets il examina, ou même rédigea, afin de donner, le jour venu, à ses sujets, plus de libertés politiques et. s'il se pouvait, plus de bonheur. Les contemporains n'ignoraient pas que le jeune dauphin s'enfermait pour travailler, qu'il écrivait beaucoup, et qu'après sa mort, de nombreux et importants papiers furent trouvés dans son cabinet.
Il avait projeté une réforme générale de la société française, conforme à l'esprit aristocratique des Fénelon. des Beauvillier.