‹ Lettres (volume 2)Chapitre 91 sur 195 · XX VL · texte numérisé non relu

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A LA REINE D'ESPAGNE

A Versailles, le 28 janvier 1704.

C'est s'acquitter un peu tard, Madame, du devoir où m'engage la nouvelle année de vous la souhaitter heureuse et suivie d'un grand nombre d'autres pareilles ; mais le meilleur souhait qu'on vous puisse

tents de Hongrie ; la France lui fournissait des subsides réguliers et entretenait auprès de lui un chargé d affaires.

faire est qu'elle vous rende mère d'un prince qui vous affermisse entièrement dans la place où vous êtes et fasse perdre aux archiducs d'Autriche loulc espérance de vous en chasser. Clelui qui rempHt maintenant cette fonction, à son grand regret à ce que tout le monde assure, est à présent en Angleterre ou en chemin de Portugal, mais peu accompagné, et, je crois, fort peu à craindre, et j'espère qu'il n'aura que la peine de s'en retourner comme il a eu celle de venir.

Conservez toujours pour moi, Madame, l'amitié dont vous m'avez donné jusqu'ici de si précieux témoignages, et soyez persuadée, je vous conjure, que j'y répondrai toute ma vie avec la plus sincère et la plus tendre reconnoissance.

Louis.

A Versailles, le 22 février 1704.

Le marquis de Tliouy ^ , que le Roi vient de faire lieutenant général, et qui va en Espagne, me prie,

1. Antoine-Balthazar de Longecombe, marquis de ïhouy ou de Thoy (il signait Tlioy) servait depuis 1663 et avait reçu le grade de lieutenant général au cominenceujent de 1704 ; il passa alors au service d'Espagne, mais revint en France dès l'année suivante, à la suite de dissentiments avec Puységur. Retourné en 1710 auprès de Philippe V, il en reçut presque aussitôt le grade de capitaine général et resta à son sei'vice jusqu'en 1715 ; il revint alors en France, oluint le gouvernement de Belle-Isle et mourut en 1726.

M ROI DESPAOE l'HlLlPPE V. 51

mon cher l'iric, de le charger de cette lettre pour vous h' recommander. C'est un homme de mérite et qui sert depuis longtemps. Je me sers aussi de cette occasion pour vous lecommander .Toflrc ville ^ mare'clial de camp, qui sera apparemment déjà arri\é à Madrid et qui est un homme très distingué ; je l'ai vu servir cl suis en état de lui rendre moi-même un bon témoignage. Tl m'avoit demandé aussi mie lettre, et je l'oubliai quand il partit ; mais celle-ci y suppléera, et je vous prie de le lui marquer, (juand vous l'aurez reçue. Il ne me reste qu'à vous assurer, mon cher frère, de ma tendresse, qui est toujours Iclie qu'elle doit être.

Louis.

xxvm.

A Versailles, le l"'" avril 1704.

Le marquis de Parabère-, qui vous rendra celte

1. François Le Danois, marquis de Joffreville, avait été envoyé en Espagne avec Berwick, et, dans la campagne de 1704, il guerroya sur les frontières de Portugal et obtint à la fin de l'année le grade de lieutenant général ; sous la régence, il fut un des sous-gouverneurs de Louis XV, et mourut en

2. César-Alexandre de Baudéan, comte ou marquis de Parahère, avait eu un régiment de cavalerie en 1702 ; après quelques années de service en Espagne, il revint en France, devint brigadier en 1710, mais mourut en 1716 à quarante-cinq ans. C'était le mari de cette fameuse M"^ de Parabère, qui, devenue veuve, fut longtemps la maîtresse du Régent.

lettre, mon cher frère, est colonel d'un des régiments de cavalerie qui vont servir sous vos ordres. M""' la duchesse d'Elbeuf, dont il est parent *, m'a demandé cette recommandation ; je m'en acquitte, vous souhaitant en même temps une heureuse campagne et vous assurant qu'on ne peut vous aimer plus tendrement ni plus sincèrement que je le fais.

Louis.

A Versailles, le 27 avril 1704.

Cette lettre, mon très cher frère, est encore ime lettre de recommandation; mais elle est d'un autre ordre que les dernières que je vous ai écrites. Je sais que le nom seul du duc de Gramont % l'attachement que sa famille a toujours eu pour la nôtre et

1. La duchesse d'Elbeuf était Françoise deMontaut-^Navailles, dont la mère, Suzanne deBaudéan, était sœur du père de M. de Parabère, tous deux enfants de cette M">*^ de Neuillan chez laquelle M'"^ de Maintenon avait passé une partie de sa jeunesse.

2. Antoine IV, duc de Gramont, venait d être désigné par Louis XIV pour remplacer l'abbé d'Estrées comme ambassadeur en Espagne. « Il avoit pour lui, dit Saint-Simon [Mémoires, éd. Boislisle, t. XII, p. 80), son nom, sa dignité, une figure avantageuse, et rien de plus. » Il était déjà allé en Espagne et en parlait bien la langue; mais il avait épousé une ancienne suivante de la marquise de Livry, et ce « misérable ijiariage » lui amena en France et en Espagne mille désagréments.

AU noi d'espagne Philippe v. 53

le soin pailinilicr pour le bien de l'IUal cl pour la personne du Roi, dont il a toujours donné d'excellentes marques, j)orlent avec eux la meilleure recommandation fju'il puisse souhaiter. Je puis même ajouter (jue la mart|ue de confiance que le Roi lui donne, dans une conjoncture si importante où il l'envoie pour son ambassadeur auprès de vous, doit augmenter l'estime que vous devez avoir pour un homme aussi zélé et aussi dévoué au service du Roi et par conséquent au vôtre. Donnez-la lui, je vous prie, tout entière, et accordez-lui la même confiance que le Roi votre grand-père lui témoigne ; vous ne sauriez douter qu'il n'en soit digne, .le lui désire un aussi heureux succès dans son ambassade qu'il le mérite, et à vous, mon cher frère, une glorieuse campagne, qui, détrompant l'Archiduc du téméraire projet de vous chasser de votre trône, le renvoie à Vienne plus facilement qu'il n'est venu. Il faut ajouter à cela un prince des Asturies pour l'année prochaine, et tout ira bien. Je vous prie d'être persuadé que ces souhaits partent d'une amitié tendre et fraternelle qui ne finira qu'avec ma vie et qui en demande autant de votre part.

Louis.

A LA REIISE D ESPAGNE.

A Versailles, le 27 avril 1704.

Voici un changement de scène. Madame, dont je crois que vous aurez tout lieu d'être contente. Vous

devez avoir sans doute entendu beaucoup parler du duc' de Gramont, et j'espère que sa vue ne démentira point sa réputation ; son nom est pour le moins aussi connu en Espagne qu'en France, et il répond à ce qu'on doit attendre d'un homme de sa race ; son dévouement pour le service du Roi, héréditaire dans sa maison, ne me donne lieu de douter qu'il n'agisse également pour les intérêts du roi d'Espagne , qni sont unis entièrement à ceux de la France ; d'ailleurs, il est guerrier aussi bien que politique, et peut servir de quelque manière qu'il soit employé. Je vous supplie. Madame, de prendre en lui une entière confiance, principalement sur la sincère amitié que je le charge de vous témoigner de ma part en vous demandant incessamment la continuation de la vôtre.

Louis.

A Versailles, le 9 juin 1704.

Je reçus avant-hier, mon très cher frère, la lettre que vous m'écrivîtes par le courrier du duc de Berwick. Je prends certainement grande part à tous les avantages qui vous arrivent; mais ils me sont d'autant plus sensibles que j'espère que vous ferez finir par là une guerre entreprise à votre sujet, et que l'entreprise par le l^ortugal manquée acheminera beaucoup à la paix générale.

Il arriva avant-hier ici un accident très capable

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(le hcaucoin) alaimcr; mais([iii, Dieu merci ! n'a eu et n'aura nulle suite fâcheuse, à ce que j'espère K Mon frère de Berry, voulant tuer un loup à lâchasse (le Monseigneur et abandonnant son (^lievaT^, tcjmba dans un terrain fort dur ; ce f[ui joint à sa pesanteur (car il est présentement plus gros que Monseigneui) fut cause qu'il se démit le bras dans l'épaule. Il lui fut très bien remis en arrivant ici. On l'a depuis saigné deux fois et fait observer une diète exacte, en sorte (jue cet accident pourra devenir un bien en lui faisant faire des remèdes, dont il auroit eu besoin sans cela, et le rendant plus précautionné à la chasse.

Pour M'"" la duchesse de Bourgogne, elle se porte fort bien et peut accoucher à tous moments d'ici à la fin du mois ; mais je ne crois pas qu'elle la passe.

Vous savez apparemment assez régulièrement les nouvelles des armées. Tout paroît dans une bonne disposition ; il n'y a que moi qui voudrois que cette situation fût telle que j'y pusse servir, et qui épie les occasions favorables. On eut hier des nouvelles que la flotte ennemie qui est dans la Méditerranée avoit passé, le 4 de ce mois, sur les côtes de Provence, et on n'en a point encore de Barcelone qu'elle en soit partie. On a pourtant des nouvelles de M. le comte de Toulouse depuis le détroit ^, et il ne

1. Voyez le récit de cet accident dans le Journal de Dangeaa, tomeX, p. 35-36, et dans les Mémoires de Sourclies, tome VIII. p. 379-380.

2. Son cheval butta sur une grosse pierre et le prince tomba [Sourches) .

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