‹ Lettres (volume 2)Chapitre 98 sur 195 · C est un courrier officiel · texte numérisé non relu

C est un courrier officiel

instruire et de contribuer à m'acquérir quelque réputation, ce qui ne se peut que par les faits.

jVENI. les maréchaux de Villeroy et de Marcin sont ici depuis quelques jours ^ . Le Roi a eu des conversations avec eux, où apparemment il se traite des projets de la campagne, et le maiéehal de Villars doit revenir incessamment de Metz faire un tour ici-, afin que toutes les mesures soient prises de concert; car la situation des affaires demande ce concert absolu.

On attend avec grande impatience des nouvelles d'Italie. Le duc de Vendôme, ainsi que je crois vous l'avoir déjà mandé, devoit donner un assaut général à cette place dans les derniers jours du mois passé, et c'est ce coup qui décidera de la réussite de l'entreprise^.

Les nouvelles de Hongrie sont bonnes ; les Mécontents n'ont point été abattus de leur dernier échec ; ils ont même la supériorité. Ils sont venus brûler plusieurs villages jusqu'à une lieue de Vienne; ils assiègent Bude, à ce que l'on dit, et cette place se trouve dans le même état qu'elle étoit lorsqu'elle fut prise par les Impériaux la dernière fois. D'ailleurs

1. Voyez le Journal de Dangeau, tome X, p. 267 (26 février) et 269 (28 février).

2. Il arriva à Versailles le 9 mars [ibid., p. 275, 10 mars).

3. Le duc de Vendôme avait espéré pouvoir donner à Verrue un assaut définitif dès le 18 février ; mais les pluies et le mauvais temps le lui firent remettre au 28 ; ce ne fut que dans la nuit du l'^'au 2 mars que les Français pénétrèrent dans la seconde enceinte, ce qui détermina peu après la capitulation; on ne sut ces nouvelles à Versailles que le 9 mars.

AT MOI i)'i:sPAt:NL- iMiii.H'Pr: v. 83

le Danube y éloit gelé, et elle n'a point de loililica lions du côté de ce fleuve, ce qui fait espérer un prompt el heureux succès de ce siège'. Pour l'importance de la place, il n'est je crois pas besoin de vous en parlei', el il n'y a qu'à lire l'histoire pour la eonnoîlre.

r.es affaires sont plus biouillées que jamais en Pologne, et l'Empereur même n'est pas sans appréhension du roi de Suède, qui, étant entré en Silésie, a mis de ses troupes dans Breslau, selon que le portoient quelques nouvelles. Je ne sache pourtant pas qu'elles aient été confirmées, mais ce qui paroit assez vraisemblable est que le roi de Suède veut poursuivre le roi de Pologne jusqu'en Saxe, et, si cela étoit, cela mettroit un peu de trouble dans l'Empire.

Voilà à peu près ce qui se passe maintenant dans les principaux endroits de l'Europe, et la guerre m'y paroit bien vue quasi partout, hors chez les Turcs, qui jusques ici se tiennent fort en repos et ne prennent parti pour personne. Je ne sais comment ils ne songent point à se servir d'une si belle occasion pour remettre la main sur la Hongrie, dans ce temps de troubles et de divisions. Cependant ce ne sera pas moi qui leur en donnerai l'avis, ni qui souhaiterai rien au préjudice de la religion.

Pour votre siège de Gibraltar, il commence à m'ennuyer excessivement, et je crois qu'il ne vous tînnuie pas moins ; mais je crois à présent la place

1. Toutes CCS nouvelles et les suivantes se retrouvent clans les correspondances de la Gazette.

prise ou maiiquée et par conséquent il y n'a rien à en dire davantage.

J'ai ouï dire que le pays de l'Eseurial, où vous avez passé quelques jours, étoit aussi beau pour la chasse que celui de Fontainebleau ; c'est beaucoup dire ; cependant je le souhaiterois de tout mon cœur, et je suis persuadé que vous chercheriez les moyens d'y faire de temps en temps quelques voyages moins embarrassants qu'il me paroît que n'a été celui-ci.

Adieu, mon très cher frère, soyez toujours persuadé de ma tendre et fraternelle amitié, et gaixlezmoi toujours dans la vôtre la part que j'ai eue jusqu'ici.

Louis.

A Versailles, le 6 mars 1705^.

11 me semble, Madame, qu'il y a tiop longtemps que je ne me suis donné l'honneur de vous écrire, vu ce que vous m'avez permis là-dessus, et, cela étant, il vaut mieux se servir de l'occasion d'un courrier extraordinaire qui part demain pour retourner en Espagne.

Je crois que vous n'aurez pas été fâchée de vous trouver pour quelques jours à la campagne et dans une aussi belle campagne qu'on dit qu'est l'Eseurial,

1. Comme la précédente, cette lettre est datée par erreur du 6 février.

AU ROI d'eSPAGNE PHILIPPE V. 85

pendant que vous passez votre vie dans un palais au milieu d'une ville, où il faut le plus souvent garder la ii;ravilé. On dit cependant que vous n'aimez i<uère la chasse, qui tait un des plus grands agréments du séjour de l'Escurial et que, quand vous y allez, c'est par complaisance pour le roi. Mais vous pouvez aimer la promenade, qui certainement doit plaire aux personnes de votre âge, et vous en avez besoin ; car, pour penser sérieusement, il faut savoir se relâcher et se dissiper un peu quelquefois.

Je ne vous mande point de nouvelles dans mes lettres. Madame, je crois que vous les savez d'ailteui's ; cependant, si vous êtes curieuse d'en voir de ma façon, ce que j'en mande au roi d'Espagne pourra vous instruire de ce que je sais et de ce que je pense des affaires présentes.

Permettez-moi, Madame, en finissant ma lettre de vous renouveler les assurances de ma tendre et sincère amitié et de vous demander l'honneur de la continuation de la vôtre.

A Versailles, le 25 mars 1705.

Il y a quelque temps que je ne vous ai écrit, mon cher frère, quoique j'aie reçu de vos lettres fort régulièrement. Il faut réparer cette négligence, et je me sers pour cela de l'occasion du départ de La Combe, qui retourne auprès de vous.

I.a prise de Gibraltar me paroît toujours comme à vous d'une extrême importance, surtout si cette place devenoit la porte de Mères (?) pour rentrer en Espagne, d'où on auroit ensuite bien de la peine à les faire sortir. Nous attendons l'effet qu'auront fait les nouvelles munitions qui doivent être arrivées à ce siège de toutes parts ^ .

Pour le côté du Portugal, il me semble qu'il ne pourroit devenir très sérieux que si les ennemis y grossissoient leurs troupes, comme ils en avoienl fait courir le bruit cet biver. Ils ne font encore nuls mouvements en Flandre, sur la Moselle, ni sur le Rhin ; nous n'en faisons point non plus, et les troupes du Roi se rétablissent d'une manière étonnante. Vous aurez su comment, après la prise du fort de communication à Verrue et le pont rompu, M. le duc de Savoie a quitté Crescentin pour se retirer à Chivas, sur le bruit qu'on marchoit à lui pour l'attaquer. Ainsi je ne doute pas que l'affaire de Verrue ne tire à sa fin. et il est bon qu'elle finisse au plus tôt ; car la pelote grossira bientôt par le Tyrol et le Trentin.

J'ai vu avec grand plaisir le détail de vos chasses de l'Escurial ; nous en faisons de temps en temps ici, où nous ne tirons pas à la vérité de si gros gibier, mais en plus grande quantité en lièvres, lapins, faisans, perdrix, et autres oiseaux qui se rencontrent par hasard.

1 . Ces secours en munitions : poudres, boulets, bombes, etc. venaient de France, l'Espagne étant incapable d'en fournir suffisamment.

AU ROI d'eSPAGNK IMflLlPPK V. 87

Adieu, mon très cher frère, soyez toujours persuadé de la tendre amitié que j'ai pour vous et dont je vous demande la paieille.

Louis.

A LA REINE D'ESPAGNE

A Versailles, le 25 mars 1705.

J'ai reçu, Madame, votre lettre du 4 de ce mois et j'ai ressenti un plaisir infini de cette marque obligeante de votre souvenir et de la manière gracieuse dont elle est tournée. Je vous assure, Madame, que, quand je n'aurois pas autant de raisons de vous aimer que j'en ai, vos lettres m'y devroient obliger.

Il me semble que la princesse des Ursins doit bientôt partir pour retourner auprès de vous ; elle l'auroit fait plus tôt sans qu'elle a été retardée par quelques accès de fièvre, qui, Dieu merci! n'ont point eu de suite ; il faudra, lorsqu'elle partira, que je tâche de lui bien faire connoître mes sentiments à votre égard. Permettez-moi en attendant, Madame, de vous assurer de ma tendre et sincère amitié, vous priant de me faire toujours quelque part dans l'honneur de la vôtre qui m'est si précieuse.

Louis.

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