‹ LettresChapitre 17 sur 74 · C'est le 10 septembre que la cour d'Espagne quitta · texte numérisé non relu

C'est le 10 septembre que la cour d'Espagne quitta

Je ne doute pas que vous ne receviez toutes ces choses de la main de Dieu, qui nous favorise d'autant plus qu'il nous frappe plus rudement en cette vie. Il nous est bien nécessaire depuis quelque temps de nous soutenir dans ces [)ensées ; mais il faut espérer que Dieu, après nous avoir humiliés, ne nous écrasera pas tout à fait.

L'état des affaires en Dauphiné ne peut encore faire juger quand on pourra travailler à la diversion si nécessaire du côté du Roussillon ; les ennemis sont toujours campés près du maréchal de Berwick, n'ayant d'autre but, à ce qu'il semble, que de l'empêcher de faire des détachements considérables.

Vous saurez sans doute que, du côté d'x'^rtois, les ennemis assiègent Aire et Saint-Venant en même temps ', et qu'ils ont ouvert la tranchée devant la première de ces places la nuit du 13 au 14 de ce mois ; c'est une entreprise qui doit leur consumer le reste de la campagne, et, si le temps se tournoit à la pluie, peut-être auroient-ils peine à l'achever ou du moins traîneroit-elle en une extrême longueur ''-

J'en reviens au pays où vous êtes, et j'attends avec une extrême impatience des nouvelles de l'ar-

-Madrid, accompagnée d'une grande partie de la noblesse; elle arriva à Valladolid peu de jours après, et cet exode détermina chez les Espagnols un clan de patriotisme qui conserva son trône à Philippe Y.

1. Ces deux villes furent assiégées le 6 septembre; voyez les références indiquées dans le tome XIX des Mémoires de Saint-Simon, p. 411, note 3.

2. Saint-Venant capitula le 30 septembre; Aire résista jusqu au 8 novembre.

AU ROI d'eSPAGNE PHILIPPE V. 63

rivée du duc de Vendôme auprès de vous et encore plus à la tête de votre armée.

Je ne suis pas non plus sans inquiétude sur votre santé sachant que vous avez été incommodé une partie de la campagne et craignant que le chagrin ne contribue pas à la bien rétablir ; je suis ravi cependant que celle du prince votre fils le soit ; nous avons su, Dieu merci ! sa guérison presque aussitôt que sa maladie.

Adieu, mon très cher frère, soyez persuadé que ma tendresse pour vous est toujours la même, que je sens tout ceci aussi vivement que je le dois et la difficulté que nous avons d'y remédier vu l'état où nous sommes nous-mêmes.

Faites, je vous prie, mes compliments à la reine, et témoignez-lui combien je suis sensible à tout ce qui la touche. Je vous embrasse du meilleur de mon cœur.

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