‹ LettresChapitre 67 sur 74 · Copie dans ms. Franc. 14178, fol. 345 v · texte numérisé non relu

Copie dans ms. Franc. 14178, fol. 345 v

^4 Fénelon, archevêque de Cambray *.

Je ne suis point surpris, mon cher archevêque, que la renommée, la messagère de la méchanceté, vous ait porté la nouvelle que le Roi m'a fait juge en cette affaire- ; mais ce qui m'auroit bien étonné, ce seroit que vous ayez ajouté la moindre créance à ces bruits, connoissant comme vous faites les sentiments invariables du Roi et les miens à cet égard. Ce qui y a donné occasion, c'est que véritablement le Roi m'a chargé de voir les évêques pour faire finir cette affaire, mais comme pacificateur et nullement comme juge, ce qui fait une grande différence. Je n'ignore pas quelles furent les entreprises irrégulières du clergé dans des temps d'ignorance, et celles des puissances séculières dans d'autres. Je sais comment s'est malheureusement rompu le lien de la catholicité parmi nos voisins, et enfin ce que je puis et ce que je dois, sous le bon plaisir du Roi, dans ces sortes de matières, et j'espère, moyennant la grâce de Dieu, ne jamais me départir des bons principes. Je vous sais gré de ce que vous me les rappelez, et des autres avis que vous me donnez et que je recevrai toujours avec plaisir, et, ce me semble, avec la volonté sincère d'en profiter...

Louis.

1. Proyart, tome II, p. 293. Cette lettre n'a pas été insérée dans la Correspondance de Fénelon.

2. L'affaire des évêques de Luçon et de la Rochelle contre le cardinal de Noailles.

A Fénelon, archevêque de Camhratj '.

[Sans date.]

...Il est bien vrai, mon cher archevêque, qu'il faut dans ce pays-ci prendre son âme entre ses mains pour ne pas se laisser aller à l'abattement et succomber à l'ennui. Souvent vous verrez à peine, parmi une foule d'hommes, un seul homme sur lequel puisse reposer votre confiance, et il faut prendre le ton et le visage de la confiance. Mais que répondre à des propos futiles, à de fades compliments, que l'on entend tous les jours et que l'on n'aime point ? Que dire à des gens qui vous écoutent et qui ne vous suivent point, gens préoccupés de projets d'ambition, de fortune et de plaisir, gens indifférents pour l'intérêt commun et qui ne sont, comme vous dites, touchés que du moi ? Ces moments me sont à charge jusqu'à la fatigue. On ne vit pas ; on ne fait que languir, et l'on se plaindroit volontiers comme le roi d'Israël de la longueur de son exil. .Te ne sais quels gens c'étoient que ces habitants de Cédar qui rendoient la vie si ennuyeuse à ce prince ; mais je ne connois que trop bien ce que sont ceux de ce pays-ci : Beatus ille qui procul ! Cependant, comme ce bonheur ne sauroit jamais être le mien, je tâche de faire de nécessité vertu, et je me laisse ennuyer, quand je puis croire que le bien le demande et que Dieu le veut ainsi...

Louis.

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