‹ LettresChapitre 66 sur 74 · Proyart, tome II, p · texte numérisé non relu

Proyart, tome II, p

2. Tout ceci indique que cette lettre date de l'époque où le prince s'occupait déjà des affaires, et surtout des finances ; mais la mention de Monseigneur montre qu'elle est antérieure au mois d'avril 1711, date de la mort de celui-ci ; elle est sans doute du commencement de cette année.

LVTII.

A Madame de Maintenon ^.

Versailles, samedi, à neuf heures, [11 avril 1711].

J'écris au Roi, Madame, sur une chose qui intéresse encore plus tout le royaume que la santé de Monseigneur ; vous jwgez aisément que c'est sur la sienne propre. Il n'y a personne qui ne tremble, lorsqu'on pense que le Roi est exposé à tous moments à un air dangereux et qui peut communiquer non seulement la petite vérole, mais d'autres maladies plus à plaindre encore. Je sais, Madame, que le Roi se doit à sa lamille, et je ne le sens que trop par l'ordre qu'il me donne de me point présenter devant lui ; mais je sais aussi qu'il se doit encore plus à l'Etat, et, si l'on recueilloit les voix de ses sujets, il ne s'exposeroit certainement point à un péril dont j'espère que Dieu le préservera, mais qui est réel. Si du moins il vouloit quitter le vieux château et passer dans le neuf, il en seroit plus éloigné et tout aussi à portée de recevoir à tous moments des nouvelles de l'état de Monseigneur. Monseigneur lui-même en seroit plus tranquille ; car je suis sûr qu'il pense comme moi sur la conservation du Roi. Jugez, Madame, par l'inquiétude que nous donne l'état de Monseigneur, où nous en -serions si le Roi lui-même tomboit malade, et dans la conjoncture présente où le poids des affaires est tel qu'il faut toute son âme pour les soutenir.

1. Proyart, tome II, p. 180 et 180. La Beaumelle a publié cette lettre, mais en en modifiant quelque peu les termes.

Quelque tristes que soient ces idées, on ne peut s'empêcher ni de les avoir ni de s'en expliquer. Ce sont toutes ces considérations, et bien d'autres que le peu de temps que j'ai à moi ne me permet pas d'exposer ici, qui font que je vous supplie de présenter au Roi la lettre que j'ai l'honneur de lui écrire. Il n'a pas un sujet qui ne la signât de son sang ; c'est tout son royaume qui lui parle par ma voix. M. le duc d'Orléans et M. le duc du Maine sortent d'ici pour m'en parler tous deux, et ce dernier a vu ma lettre, qu'il ne désapprouve certainement pas.

Après ces objets publics, je suis honteux d'en venir à un particulier : c'est Madame la duchesse de Bourgogne. Imaginez, je vous prie. Madame, tout ce que je pense et dois penser, tout ce que je sens et que je dois sentir. Vous savez combien je l'aime ; où en sera mon cœur, sije la vois aller à Meudon ? La seule satisfaction du Roi l'emporteroit sur mon inquiétude. Je ^ vous prie^ Madame, d'être assurée de la sincérité de mon amitié, et que je suis au désespoir d'être encore longtemps sans vous la pouvoir témoigner moi-même. Mon Dieu ! si vous voyiez dans quel état nous sommes ! Adorons Dieu dans tout ce qu'il fait ; confionsnous en ses immenses miséricordes ; la foi seule peut nous soutenir, et le bien de l'Etat nous consoler.

Louis.

Au Roi 2.

11 avril 1711.

J'espère que Votre Majesté me pardonnera la liberté que je prends de lui écrire, dans l'appréhension où je suis

1. La lettre est incomplète dans Proyart. Toute cette lin est le texte de La Beaumelle.

2. Proyart, tome II, p. 182. Le texte donné par La Beaumelle est légèrement différent.

de n'avoir pas le bonheur de la revoir de sitôt. J'apprends en ce moment que la petite vérole se déclare à Monseigneur. Je sais que vous ne la craignez pas, et c'est ce qui me fait le plus craindre. Vous ne vous ménagerez point ; vous céderez aux sollicitations de votre tendresse ; s'il y a du péril, vous le mépriserez. Mais ces maladies non seulement se communiquent ; elles en communiquent encore d'autres, qui me font bien plus craindre pour Votre Majesté qu'elle ne craint pour moi, lorsqu'elle me lait défense d'aller lui faire ma cour à Meudon. Me voir éloigné de Votre Majesté pour un temps considérable m'est extrêmement sensible ; mais qu'est-ce que mes peines en comparaison de mes craintes ? Je vous supplie. Sire, au nom de Dieu, de conserver votre personne, que je ne saurois m'accoutumer à voir en péril. Je ne suis pas le seul qui vous fasse cette prière ; c'est tout votre peuple ; c'est tant de millions de sujets, dont je suis le plus fidèle et le plus soumis, et j'ai la confiance que Votre Majesté recevra en bonne part cette lettre qui part du cœur le plus respectueux, le plus dévoué et, si j'ose dire, le plus tendre qui fût jamais.

Louis.

A Madame de Maintenon ^ .

A Versailles, le 13 avril [1711].

Je prends encore la liberté, Madame, de vous envoyer une lettre pour le Roi -, que vous lui rendrez, s'il vous plaît, de la manière et dans le temps que vous le jugerez à

1 . Copie dans un Recueil de lettres adressées à Madame de Maintenon appartenant à M. le duc de Lesparre, tome II, p. 30.

2. A propos de la mort de Monseigneur, arrivée le matin même; on ne connaît pas le texte de cette lettre.

propos. Je n'ai pas la force de parler sur le sujet qui me la fait écrire. Madame la duchesse de Bourgogne vous pourra dire l'état où nous sommes ici depuis hier, et le désir que j'ai de me rapprocher du Roi au plus tut. Il laut adorer Dieu dans tout ce qu'il fait et se confier en ses immenses miséricordes ; c'est cette seule vue qui me soutient. Conservez-moi toujours votre amitié, Madame, et soyez persuadée, je vous prie, que la mienne pour vous ne peut être plus sincère.

Louis.

Au duc de Vendôme '.

A Marly, le 11 mai 1711.

Je connois mieux que personne, Monsieur, combien la perte que je viens de faire vous aura été sensible, par l'attachement que vous avez toujours eu pour Monseigneur. Mais vous avez aussi pu juger, par l'amitié qu'il m'a toujours témoignée, combien j'en ai été pénétré de douleur. Soyez persuadé, je vous prie, Monsieur, que je tâcherai d'adoucir la vôtre en suivant les traces de Monseigneur à votre égard en tout ce qui dépendra de moi, et que, connoissant et ayant toujours connu la vérité des sentiments que vous avez pour moi, je vous donnerai avec beaucoup de plaisir en toute occasion des marques de mon amitié et de ma parfaite estime.

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