Sous-titre de Nicole
3. Le Du Moulin dont il s^agit est le célèbre ministre réformé, Pierre Do Moulin, né dans le Vexin en 1568, mort à Sedan en 1658, auteur d*un grand nombre d'ouvrages à la fois mystiques et violents, très répandus au XVII* siècle, parmi lesquels on n*en lit plus guère qu'un, TAnatomie de la Messe : « Anatomie de la messe où il est montré par VÊcriture scUrUe et par Us témoignages de VAncierme Église qœ la Messe est contraire à la parole àe Dieu, Genève, 1636, 2 vol. in-8®, complétée par : Deuxième partie de V Anatomie de la Messe, Sedan, 1639, 1 vol. in-12. »
je ne laisserai pas de le continuer en quelque sorte, puisque j'espère, en me défendant, vous convaincre de plus d'Impostures véritables que vous ne m'en avez imputé de fausses. En vérité, mes pères, vous en êtes plus suspects que moi; car il n'est pas vraisemblable qu'étant seul comme je suis*, sans force et sans aucun appui humain contre un si Grand Corps, et n'étant soutenu que par la Vérité et la Sincérité, je me sois exposé à tout perdre, en m'exposant à être convaincu d'Imposture". Il est trop aisé de découvrir les faussetés dans les questions de fait C'»mme celle-ci. Je ne manquerois pas de gens pour m'en accuser, et la justice ne leur en seroit pas refusée. Pour vous, mes pères, vous n'êles pas en ces termes; et vous pouvez dire contre moi ce que vous voulez, sans que je trouve à qui m'en plaindre *. Dans cette différence de nos conditions, je
a Commeutairo de ce passage f seul comme je suii » non inséré dans les éditions du temps, mais découvert par M. Paugère dans le Manuscrit Autographe des Prtwr*: • Je suis seul contre trente mille? point. Gardez, vous la Cour, vous l'ImpoHure. moi la Vérité : c'est toute ma force ; si je la perds, je suis perdu. Je ne manquerai pa^ d'accusations et de persécutions. Mais j'ai la Vérité, et nous verrons qui l'emportera. Je ne mérite pas de défendre la Religion, mais vous ne méritez pas de défendre l'erreur et l'injustice. Que Dieu dans sa miséricorde, n'ayant pas éçard an mal qui est en moi, et ayant égard au bien qui est en vous, nous fasse A tous la grftie que la Vérité ne succombe pas entre mes mains et que le Mensonge ne .. s Le morceau est évidemment contemporain des Pensées, alors que Pascal sorti de la lutte, mais n'ayant aucun regret de l'avoir menée si vivement, est enfoncé dans son Apologie du ChrisUanUme.
1. Est-il vraiment seul? Oui, mais on a vu (Inlroduction) dans quel sens. \\ est au delà et bien loin de Port^Royal. Au point de vue de Feni reprise qu'il poursuit contre la Morale des Jésuites, il n*e8t pas seul. Il ne pourrait suffire à la tâche, n y a autour de lui un parti actif et puissant dans l'État, sinon par le nombre, au moins par le rang et la qualité de ses membres, qui veille à l'impression des Provinciales, les prône, en assure le débit, assure aussi la sécurité de sa persoime, lui fournit de quoi continuer son œuvre. Si la supériorité de son caractère et l'indépendance de ses opinions l'isole au milieu des Jansénistes, au point de vue pratique, il reçoit d'eux un secours efficace et quotidien.
2. Il y avait le public, à qui il avait l'art de s'en plaindre avec une éloquence suffisante pour qu'on l'entendit dans la postérité.
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ne dois pas être peu retenu, quand d'autres considérations ne m'y engageroient pas. Cependant vous me traitez comme un imposteur insigne, et ainsi vous me forcez à repartir : mais vous savez que cela ne peut se faire sans exposer de nouveau , et môme sans découvrir plus à fond les points de voire Morale ; en quoi je doute que vous soyez bons Politiques. La guerre se fait chez vous et à vos dépens* ; et quoique vous ayez pensé qu'en embrouillant les questions par des termes d'École, les réponses en seroient si longues, si obscures, si épineuses, qu'on en perdroit le goût, cela ne sera peut-être pas tout à fait ainsi ; car j'essaierai de vous ennuyer le moins qu'il se peut en ce genre d'écrire. Vos maximes ont je ne sais quoi de divertissant qui réjouit toujours le monde. Souvenez-vous au moins que c'est vous qui m'engagez d'entrer dans cet éclaircissement, et voyons qui se défendra le mieux.
La Première de vos Impostures est sur « l'Opinion de Vasquez touchant l'Aumône. » Souffrez donc que je l'explique nettement, pour ôter toute obscurité de nos disputes. C'est une chose assez connue, mes pères, que, selon l'Esprit de l'Église, il y a deux préceptes touchant l'Aumône; a l'un, de donner de son Superflu dans les nécessités ordinaires des Pauvres; l'autre, de donner même de ce qui est Nécessaire, selon sa condition, dans les nécessités extrêmes. » C'est ce que dit Cajetan *, après saint Tho-
1. Certes; et les Jésuites lui auraient volontiers accordé la paix s'il avait consenti à se taire.
2. Le Cijetan en question, car il y en a quatre ou cinq parmi lesquels Octave Cajetan, Jésuite, né à Syracuse en 1566, mort à Palerme en 1600, est Thomas de Vio, dit Cajetan, parce qu'il était de Caielte (Gaâte) où il naquit en 1470. H mourut en 1534. H était dominicain. Ce fut lui que Léon X envoya en 1517 à Luther, dont on espérait à Rome obtenir la soumission; on a de lui plusieurs ouvrages. Celui dont Pascal donne un extrait est le Commentaire sur la Somme de saint Thomas (Angers, 1577).