‹ Lettres écrites a un provincial (volume 2)Chapitre 28 sur 73 · II · texte numérisé non relu

II

Vous êtes donc des Imposteurs, mes pères, aussi bien sur ce sujet que sur votre conte ridicule du tronc de Saint- Merri. Car quel avantage pouvez-vous tirer de l'accusation qu'un de vos bons amis suscita à cet Ecclésiastique que vous voulez déchirer? Doit-on conclure qu'un homme est coupable parce qu'il est accusé? Non, mes pères. Des gens de Piété comme lui pourront toujom's être accusés tant qu'il y aura au monde des Calomniateurs comme vous. Ce n'est donc pas par l'accusation, mais par l'arrêt qu'il faut en juger. Or, l'arrêt qui en fut rendu le 23 février 1656 le justifie pleinement; outre que celui qui s'étoit engagé témérairement dans cette injuste procédure fut désavoué par ses collègues, et forcé lui-même à la rétracter. Et quant à ce que vous dites au même lieu de ce « fameux directeur qui se fit riche en un moment de neuf cent mille livres, » il suffit de vous renvoyer à MM. les Curés de Saint-Roch et de Saint-Paul, qui rendront témoignage à tout Paris de son parfait désintéressement dans cette affaire, et de votre malice inexcusable dans cette Imposture.

En voilà assez' pour des faussetés si vaines. Ce ne sont là que des coups d'essai de vos Novices, et non pas les coups d'importance de vos grands Profès. J'y viens donc, mes pères; je viens à cette Calomnie, l'une des plus noires qui soient sorties de votre esprit. Je parle de cette audace insupportable avec laquelle vous avez osé imputer à de

• Textes iii-4<> et in-12 : « e>» est assez ».

rends toutes les années, personne du monde en sache rien. Je ferai toat de môme à Tendroit d*Âiguebel (autre neveu de Saint-Cyran), quand il sera besoin, n Les Jésuites, avec leur charité ordinaire, concluaient de relirait qui précède, que Jansénius détournait les fonds du collège qui lui étaient confiés, a l\ empruntait », répondent les Jansénistes. — Mais, puisqu'il n*ayait rien, sinon sa vie, — articulent encore les Jésuites. Il n'était plus

saintes Religieuses et à leurs •** directeurs « de ne pas croire le Mystère de la Transsubstantiation, ni la Présence Réelle de Jésus-Christ dans TEuchai-istie ». Voilà, mes pères, une Imposture digne de vous. Voilà un Crime que Dieu seul est capable de punir, comme vous seuls êtes capables de le commettre. Il faut être aussi humble que ces humbles Calomniées pour le souffrir avec patience ; et il faut être aussi méchant que de si méchants Calomniateurs pour le croire. Je n'entreprends donc pas de les en justifier; elles n'en sont point suspectes. Si elles avoient besoin de défenseurs, elles en auroient de naeilleurs que moi. Ce que j'en dirai ici ne sera pas pour montrer leur innocence, mais pour montrer votre malice. Je veux seulement vous en faire horreur à vous-mêmes, et faire entendre à tout le monde qu'après cela il n'y a rien dont vous ne soyez capables.

Vous ne manquerez pas néanmoins de dire que je suis de Port-Royal ; car c'est la première chose que vous dites à quiconque combat vos excès : comme si on ne trouvoii qu'à Port-Royal des gens qui eussent assez de zèle pour défendre contre vous la pureté de la Morale chrétienne*. Je sais, mes pères, le mérite de ces pieux Solitaires qui s'y étoient retirés, et combien l'Église est redevable à leurs ouvrages si édifiants et si solides. Je sais combien ils ont de Piété et de Lumières; car, encore que je n'aie jamais eu d'établissement avec eux, comme vous le voulez faire croire, sans que vous sachiez qui je suis, je ne laisse pas d'en con-

> Texte m-&* : « docteurs » au lieu de « directeurs ».

là pour se défendre, mais sa Lettre du 6 janvier 1620 répond suffisamment : « Le peu de crédit que j*ai ici me feroit trouver de Targent au besoin. »

1. Pascal insiste sur le fait qu'il n'est pas de Port-Royal, afin de ne paraître point à la galerie suspect de partialité en fetveur de Port-Royal.

noltre quelques-uns et d'honorer la Vertu de tous. Mais Dieu n'a pas renfermé dans ce nombre seul tous ceux qu'il veut opposer à vos désordres. J'espère avec son secours, mes pères, de vous le faire sentir ; et s'il me fait la grâce de me soutenir dans le dessein qu'il me donne d'employer pour lui tout ce que j'ai reçu de lui, je vous parlerai de telle sorte que je vous ferai peut-être regretter de n'avoir pas affaire à un homme de Port-Royal. Et pour vous le témoigner, mes pères, c'est qu'au lieu que ceux que vous outragez par cette insigne Calomnie se contentent d'offrir à Dieu leurs gémissements pour vous en obtenir le pardon, je me sens obligé, moi qui n'ai point de part à cette injure, de vous en faire rougir à la face de toute l'Église, pour vous procurer cette confusion salutaire dont parle TÉcriture, qui est presque Tunique remède d'un endurcissement tel que le vôtre : Impie faciès eorum ignominia^ et quœrent nomen tuum^ Domine.

Il faut arrêter cette insolence, qui n'épargne point les lieux les plus saints. Car qui pourra être en sûreté après une Calomnie de cette nature? Quoi! mes pères, afficher vous-mêmes dans Paris un Livre si scandaleux avec le nom de votre père Meynier à la tête, et sous cet infâme titre : (c Le Port^Royal et Genève d'intelligence contre le très saint Sacrement de l'Autel », où vous accusez de celte apostasie non seulement M. l'abbé de Sainl-Cyran* et M. Amauld, mais aussi la mère Agnès sa sœur, et toutes les Religieuses de ce monastère, dont vous dites (page 96) « que leur Foi est aussi suspecte touchant l'Eucharistie que celle de M. Arnauld, » lequel vous soutenez (p. à) être u effectivement calviniste ! » Je demande là-dessus à tout le monde s'il y a dans l'Église des personnes sur qui vous puissiez

■ Textes in- 10 et in- 12 : « M. de Saint-Cyran t.

faire tomber un si abominable reproche avec moins de vraisemblance. Car, dites-moi, mes pères, si ces Religieuses et leurs directeurs étoient « d'intelligence avec Genève contre le très Saint-Sacrement de l'Autel » (ce qui est horrible à penser), pourquoi auroient-elles pris pour le principal objet de leur piété ce Sacrement qu'elles auroient en abomination? Pourquoi auroient-elles joint à leur Règle l'Institution du Saint-Sacrement? Pourquoi auroient-elles pris l'habit du Saint-Sacrement, pris le nom de Filles du Saint-Sacrement, appelé leur église l'Église du Saint-Sacrement? Pourquoi auroient-elles demandé et obtenu de Rome la confirmation de cette Institution, et le pouvoir de dire tous les jeudis TOlGce du Saint-Sacrement, où la Foi de l'Église est si parfaitement exprimée, si elles avoient conjuré avec Genève d'abolir cette Foi de l'Église? Pourquoi se seroient- elles obligées, par une Dévotion Particulière, approuvée aussi par le Pape, d'avoir sans cesse, nuit et jour, des Religieuses en présence de cette sainte Hostie, pour réparer, par leurs adorations perpétuelles envers ce sacrifice perpétuel, l'impiété de l'Hérésie qui Ta voulu anéantir? Dites-moi donc, mes pères, si vous le pouvez, pourquoi de tous les Mystères de notre Religion elles auroient laissé ceux qu'elles croient pour choisir celui qu'elles ne croient pas ; et pourquoi elles se seroient dévouées d'une manière si pleine et si entière à ce Mystère de notre Foi, si elles le prenoient, comme les Hérétiques, pour le Mystère d'Iniquité? Que répondez-vous» mes pères, à des témoignages si évidents, non pas seulement de paroles, mais d'actions ; et non pas de quelques actions particulières, mais de toute la suite d'une vie entièrement consacrée à l'Adoration de Jésus-Christ résidant sur nos Autels? Que répondez-vous de même aux Livres que vous appelez de Port-Royal, qui sont

tous remplis des* termes les plus précis dont les Pères et les Conciles se soient servis pour marquer l'essence de ce mystère? C'est une chose ridicule, mais horrible, de vous y voir répondre dans tout votre Libelle en cette sorte : M. Arnauld, dites- vous, parle bien de Transsubstantiation; mais il entend peut-être Transsubstantiation significative. 11 témoigne bien croire la Présence Réelle ; mais qui nous a dit qu'il ne l'entend pas d'une Figure vraie et réelle? Où en sommes-nous, mes pères? et qui ne ferez-vous point passer pour Calviniste quand il vous plaira, si on vous laisse la licence de corrompre les expressions les plus railoniques et les plus saintes par les malicieuses subtilités de vos nouvelles équivoques? Car qui s'est jamais servi d'autres termes que de ceux-là, et surtout dans de simples discours de piété, où il ne s'agit point de controverses? Et cependant l'amour et le respect qu'ils ont pour ce Saint Mystère leur en a tellement fait remplir tous leurs Écrits, que je vous défie, mes pères, quelque artificieux que vous soyez, d'y trouver ni la moindre apparence** d'ambiguïté, ni la moindre convenance avec les sentiments de Genève.

Tout le monde sait, mes pères, que l'Hérésie de Genève consiste essentiellement, comme vous le rapportez vousmêmes, à croire que Jésus-Christ n'est point enfermé dans ce Sacrement ; qu'il est impossible qu'il soit en plusieurs lieux ; qu'il n'est vraiment que dans le Ciel, et que ce n'est que là où on le doit adorer, et non pas sur l'Autel ; que la Substance du Pain demeure; que le Corps de Jésus-Christ n'entre point dans la bouche ni dans la poitrine ; qu'il n'est mangé que par la Foi, et qu'ainsi les Méchants ne le

■ Texte» in-40 et in-8« : « tous remplis de tennos ».

*> Textes in-4« et in-12 : • d'y trouver la moindre ombre d'ambiguïté et (U conr»nance >.

mangent point; et que la Messe n'est point un Sacrifice, mais une Abomination. Écoutez donc, mes pères, de quelle manière « Port-Royal est d'intelligence avec Genève dans ses Livres ». On y lit, à votre confusion : « Que la Chair et le Sang de Jésus-Christ sont contenus sous les Espèces du Pain et du Vin », 2® lettre de M. Arnauld, p. 259 (œuvres, t. XIX, p. 546) : <c Que le Saint des Saints est présent dans le Sanctuaire, et qu'on l'y doit adorer », ibid.y p. 243: Que Jésus-Christ « habite dans les Pécheurs qui communient, par la Présence Réelle et véritable de son Corps dans leur poitrine, quoique non par la Présence de son Esprit dans leur cœur, » Fréq. Com,, 3® part., chap. xvi : « Que les cendres mortes des Coi*ps des Saints tirent leur principale dignité de cette semence de Vie qui leur reste de l'attouchement de la Chair immortelle et vivifiante de Jésus- Christ, » 1" part., ch. XL: « Que ce n'est par aucune puissance naturelle, mais par la Toute-Puissance de Dieu, à laquelle rien n'est impossible, que le Corps de Jésus-Christ est renfermé sous l'Hostie et sous la moindre partie de chaque Hostie, » Théolog. fam., leç. xv* : « Que la vertu divine est présente pour produire l'effet que les paroles de la Consécration signifient, » ibid. : « Que Jésus-Christ, qui est rabaissé et couché sur l'Autel, est en même temps élevé dans sa gloire; qu'il est, par lui-même et par sa puissance ordinaire, en divers lieux en même temps, au milieu de l'Église triomphante, et au milieu de l'Église militante et voyagère, » De la Suspension*, rais, xxi : « Que les Espèces Sacramentales demeurent suspendues, et subsistent extraordinairement sans être appuyées d'aucun sujet ; et que le

i. Ouvrage posthume de Saint-Cyran.

2. La Suspension est le titre d'un petit traité de Saint-Cyran qui fait p&rtie de sa Théologie familière.

Corps de Jésus-Christ est aussi suspendu sous les Espèces; qu'il ne dépend point d'elles, conome les Substances dépendent des Accidents, ibid., xxiii : Que la Substance du pain se change en laissant les Accidents immuables, » Heures dans la prose du Saint-Sacrement : « Que Jésus-Christ repose dans r Eucharistie avec la même gloire qu'il a dans le Ciel », Lettres de M. de Saint-Cyran, tom. l**", let. xciii (éd. de 1648, in-S*», p. 666): « Que son Humanité glorieuse réside dans les Tabernacles de l'Église, sous les espèces du Pain qui le couvrent visiblement; et que, sachant que nous sommes grossiers, il nous conduit ainsi k l'adoration de sa Divinité présente en tous lieux par celle de son Humanité présente en un lieu particulier, w ibid. : « Que nous recevons le Corps de Jésus-Christ sur la langue, et qu'il la sanctifie par son divin attouchement, » Lettres xxxii : « Qu'il entre dans la bouche du prêtre, » Lettre lxxii : « Que, quoique Jésus-Christ se soit rendu accessible dans le saint Sacrement par un effet de son amour et de sa clémence, il ne laisse pas d'y conserver son inaccessibilité comme une condition inséparable de sa Nature Divine; parce que, encore que le seul Corps et le seul Sang y soient par la vertu des paroles, vi verborum, comme parle l'École, cela n'empêche pas que toute sa Divinité, aussi bien que toute son Humanité, n'y soit pas une conjonction nécessaire*, ■ Défense du chapelet du saint Sacrement, p. 217 : Et enfin, « que l'Eucharistie est tout ensemble Sacrement et Sacrifice, » Théol. fam., leç. xv : « Et qu'encore que ce Sacrifice soit une commémoration de celui de la Croix, toutefois il y a cette différence, que celui de la Messe n'est offert que pour rÉglise seule et pour les Fidèles qui sont dans saCora-

■ Textes in-4» et in-12 : « n'y «oit par une mile et une conjonction nécessaires ».

munion, au lieu que celui de la Croix a été offert pour tout le monde, comme l'Écriture parle », ibid., p. 153. Cela suffit, mes pères, pour faire voir clairement qu'il n'y eut peut-être jamais une plus grande impudence que la vôtre. Mais je veux encore vous faire prononcer cet airêt à vousmêmes contre vous-mêmes. Car que demandez-vous, afin d'ôter toute -apparence qu'un homme soit d'intelligence avec Genève? a Si M. Arnauld, dit votre père Meynier, page 83, eût dit qu'en cet adorable mystère il n'y a aucune Substance du Pain sous les Espèces, mais seulement la Chair et le Sang de Jésus-Christ, j'eusse avoué qu'il se seroit déclaré entièrement contre Genève ». Avouez-le donc. Imposteurs, et faites-lui une réparation publique de cette injure publique^. Combien de fois Tavez-vous vu dans les passages que je viens de citer! Mais, de plus, la Théologie familière de M. de Saint-Cyran étant approuvée par M. Arnauld, elle contient les sentiments de l'un et de l'autre. Lisez donc toute la Leçon xv, et surtout l'Article Second, et vous y trouverez les paroles que vous demandez encore plus formellement que vous-mêmes ne les exprimez. « Y a-t-il du Pain dans l'Hostie, et du Vin dans le Calice? Non ; car toute substance du Pain et celle** du Vin sont ôtées pour faire place à celle du Corps et du Sang de Jésus-Christ, laquelle y demeure seule couverte des Qualités et des Espèces du Pain et du Vin » .

Eh bien, mes pères! direz-vous encore que le Port- Royal n'enseigne rien que Genève ne reçoive^ et que M. Arnauld n'a rien dit, dans*= sa Seconde Lettre, qui ne pût être dit par un ministre de Charenton? Faites donc parler

• « De cette injure publique » est omis dans le texte in-Sf*. ^ • Celle » est omis dans le texte in-S».

c Texte in>12 : « en sa Seconde Lettre », au lieu de i dans sa Seconde Lettre >

Mestrezat* comme parle M. Arnauld dans celte Lettre, p. 237 et suiv. Faites-lui dire : « Que c'est un mensonge infâme de l'accuser de nier la Transsubstantiation; qu'il prend pour fondement de ses Livres la Vérité de la Présence réelle du fils de Dieu, opposée à l'Hérésie des Calvinistes; qu'il se tient heureux d'être en un lieu où l'on adore continuellement le Saint des Saints présent ■ dans le Sanctuaire , » ce qui est beaucoup plus contraire à la créance des Calvinistes que la Présence Réelle même ; puisque , comme dit le cardinal de Richelieu, dans ses Controverses ^ p. 536 : « Les nouveaux ministres de France s'étant unis avec les Luthériens qui croient la Présence Réelle de Jésus- Christ dans l'Eucharistie**, ils ont déclaré qu'ils ne demeurent séparés de l'Église, touchant ce mystère, qu'à cause de l'Adoration que les Catholiques rendent à l'Eucharistie. ■ Faites signer à Genève tous les passages que je vous ai rapportés des Livres de Port-Royal, et non pas seulement les passages, mais les Traités entiers touchants ce mystère, comme le Livre de la Fréquente Communion, l'Explication des Cérémonies de la messe, l'Exercice durant la messe,

" < Présent » est omis dans le texte inS».

*> Textes io-4<' et in- 12 : i Les nouveaux ministres de France s*étant unis arec 1» Luthériens qui la m'Oient ». au lieu de : « les nouveaux ministres de France s*étaat unis avec les Luthériens qui ercient la présence réelle de Jésui-Ckrist dans fEueSoristie », qui est la leçon in-8».

1. Mostrezat (Jean); célèbre ministre protestant, attaché au temple réformé de Charenton, né à Genève et mort en 1657. H a exercé une grande autorité parmi les siens, par son éloquence de sermonnaire et ses ouvrage» de théologie. (Traité de l'Écriture Sainte, Traité de TÉglise, etc.)

2. Le titre du livre de Richelieu est : Les principaux points de la foy de l*Églite catholique défendus contre Vescrit adressé au roy^ par Us quatre ministres de Charenton, Poitiers, 1617. On ne le lit pas plus aujourd'hui que son Instruction du chrétien (1619). Richelieu éuit un homme d'action plus qu^un théologien ou un écrivain, quoiqu'il eût des préteotions littéraires et théologiques.

les Raisons de la suspension du saint Sacrement, la Traduction des hymnes dans les Heures de Port-Royal, etc. Et enfin faites établir à Gharenton cette Institution sainte d'adorer sans cesse Jésus-Christ, enfermé dans l'Eucharistie, comme on fait à Port-Royal, et ce sera le plus signalé service que vous puissiez rendre à l'Église, puisque alors le Port-Royal ne sera pas d'intelligence avec Genève, mais Genève d'intelligence avec le Portr-Royal et toute l'Église. En vérité, mes pères, vous ne pouviez plus mal choisir que d'accuser le Port-Royal de ne pas croire l'Eucharistie ; mais je veux faire voir ce qui vous y a engagés. Vous savez que j'entends un peu votre Politique. Vous l'avez bien suivie en cette rencontre. Si M. l'abbé de Saint-Cyran" et M. Amauld n'avoient fait que dire ce qu'on doit croire touchant ce Mystère, et non pas ce qu'on doit faire pour s'y préparer, ils auroient été les meilleurs catholiques du monde, et il ne se seroit point trouvé d'équivoques dans leurs termes de Pr^5^nr^ Béelle et de Transsubstantiation. Mais, parce qu'il faut que tous ceux qui combattent vos relâchements soient Hérétiques, et dans le point même où ils les combattent, comment M. Amauld ne le seroit-il pas sur l'Eucharistie, après avoir fait un Livi-e exprès contre les profanations que vous faites de ce Sacrement? Quoi, mes pères ! il auroit dit impunément : « Qu'on ne doit point donner le Corps de Jésus-Christ à ceux qui retombent toujours dans les mêmes Crimes, et auxquels on ne voit aucune espérance d'amendement ; et qu'on doit les séparer quelque temps de l'Autel, pour se purifier par une Pénitence sincère, afin de s'en approcher ensuite avec fruit! » Ne souffrez pas qu'on parle ainsi, mes pères ; vous n'auriez pas tant de

Textes in-40 et in-l« : t Si M. de Sainf-Cjran »

at LETTRES A UN PROVINCIAL.

gens dans vos Confessionnaux. Car votre père Brisacier dit u que si vous suiviez cette méthode vous n'appliqueriez le Sang de Jésus -Christ sur personne. » Il vaut bien mieux pour vous qu'on suive la Pratique de votre Société, que votre père Mascarenhas* rapporte dans un Livre approuvé par vos Docteurs, et même par votre Révérend Père Général, qui est : « Que toute sorte de personnes, et même les prêtres, peuvent recevoir le Corps de Jésus-Christ le jour même qu'ils se sont souillés par des péchés abominables ; que, bien loin qu'il y ait de l'irrévérence en ces communions, on est louable au contraire d'en user de la sorte ; que les Confesseurs ne les en doivent point détourner, et qu'ils doivent au contraire conseiller à ceux qui viennent de commettre ces Crimes de communier à l'heure même, parce que encore que l'Église l'ait défendu, cette défense est abolie par la Pratique uni vei^selle de toute la teiTe » ; Mascar. Tr. A, disp. 5, n. 284.

Voilà ce que c'est, mes pères, d'avoir des Jésuites par toute la terre. Voilà la Pratique universelle que vous y avez introduite et que vous y voulez maintenir. Il n'importe que les tables de Jésus-Christ soient remplies d'Abominations, pourvu que vos éghses soient pleines de monde. Rendez donc ceux qui s'y opposent Hérétiques sur le Saint Sacrement : il le faut, à quelque prix que ce soit. Mais comment le pourrez-vous faire après tant de témoignages invincibles qu'ils ont donnés de leur Foi? N'avez-vous point de peur que je rapporte les quatre grandes preuves que vous donnez de leur Hérésie? Vous le devriez, mes pères,

1. Mascarenhas (Emmanuel), Jésuite et théologien portugais, né à Lisbonne en 1568, mort en 1654. On a de lui un ouvrage posthume (1 toI. iii-folio) sur les Sacrements en général et' le Sacrifice de la messe. La citation de Pascal est exacte en substance, mais il résume la pensée de Mascarenhas et on lui en a fait un grief.

et je ne dois point vous en épargner la honte. Examinons donc la première.

« M. de Saint-Cyran, dit le père Meynier, en consolant un de ses Amis sur la Mort de sa Mère, t. l^, Lettre xiv, dit que le plus agréable sacrifice qu'on puisse offrir à Dieu dans ces rencontres est celui de la Patience : donc il est Calviniste *. » Cela est bien subtil, mes pères, et je ne sais si personne en voit la raison. Apprenons-la donc de lui : a Parce, dit ce grand controversiste, qu'il ne croit donc pas le sacrifice de la messe. Car c'est celui-là qui est le plus agréable à Dieu de tous. » Que Ton dise maintenant que les Jésuites ne savent pas raisonner. Ils le savent de telle sorte, qu'ils rendront Hérétique tout ce qu'ils voudront", et même* l'Écriture sainte. Car ne seroit-ce pas

• Textes in-4« etio-12 : •qu'ils rendront hérétiques tels ditcours qu'ils voudront. »

1. Texte de Saint-Cyran : « l\ n'y a pas de plus puissant moyen d'assister ces àines (les âmes des morts) que d'offrir à Dieu pour elles le Sacrifice de la patience, que Dieu aime autant en cette occasion que celui de la miséricorde. Tout autre soulagement qu*on pourroit leur désirer, n*est rien pour elles ni pour nous en comparaison de celui qui procède de nous (les regrets) et de Toblation que nous faisons à Dieu des plus sensibles douleurs de notre cœur, afin qu'il nous donne la paix en la donnant à ceux que nous aimons et pour qui nous gémissons ». A la douleur des parents et des amis, les Casuistes préfèrent la commande de trois cents messes. Saint-Cyran parle comme aurait pu faire Bossuct. Il y a en lui le fond austère et dur du Christianisme. Jl tient au fond du Christianisme ; il accorde peu d'importance à la forme, aux pratiques extérieures du culte. Le fragment qui précède le caractérise. Il est mystique, moraliste, sévère à lui-même et à autrui. C'est par là qu'il a touché le cœur de Pascal, dont il fut le seul maître en matière religieuse, plus que saint Augustin et Port-Royal; c'est par là aussi qu'il était on horreur aux Casuistes.

2. « H. Ptfscal avoit en vue sans doute le père Théophile Raynauld, jésuite savoyard, qui s'avisa de faire une censure du symbole des Apôtres, par laquelle il prétend prouver que cette première confession de foi du Christianisme est hérétique dans tous les chefs. Elle parut pour la première fois dans le Livre écrit en latin de ce jésuite, intitulé : Erotemata de bonis ac malis Ubris, in4'', Lu^dtmt, 1653, et a été réimprimée depuis comme une

une Hérésie ' de dire, comme fait l'Ecclésiastique : « Il n y a rien de pire que d'aimer l'argent, nihil est iniqum quam amare peamiam ; » comme si les Adultères, les Homicides et r Idolâtrie n'étoient pas de plus grands crimes? Et à qui n'arrive-t-il point de dire à toute heure des choses semblables ; et que, par exemple, le sacrifice d'un cœur contrit et humilié est le plus agréable aux yeux de Dieu ; parce qu'en ces discours on ne pense qu'à comparer quelques vertus intérieures les unes aux autres, et non pas au Sacrifice de la Messe^ qui est d'un ordre tout différent et infiniment plus relevé? N'êtes-vous donc pas ridicules, mes pères, et faut-il, pour achever de vous confondre, que je vous représente les termes de cette même Lettre où M. de Saint-Cyran parle du Sacrifice de la Messe comme du plus excellent de tous, en disant : « Qu'on offi^ à Dieu tous les jours et en tous lieux le Sacrifice du Corps de son Fils, qui n'a point trouvé de plus excellent moyeï

■ Textes in-40 et in-13 : « n'est-ce pas une hérésie de dire »,

impiété en plusieurs ouvrages. Je sais bien que c^est une raiUerie da père

Théophile Raynauld pour se moquer des censures de la Sorbonne. Umî^

pouvoit-il se permettre la raillerie sur un des actes les plus essentiels do

Christianisme? Voici le premier article de cette singulière censure : Efo-

temata, p. 29i, lù-i^ : « Credo in Deum patrem omnipoteatem, creatorem

cœli et terne. Primus iste articulus, si inteUlgatur, quasi solus pater sit

Deus, et omnipotens et creator; Filius autem et Spiritus sanctus solum

créature sint. Ideoque nec Filius vere ac substantialiter dlci posait Deos,

et omnipotens et creator : similiterque Spiritus sanctus; propositio et

blasphéma, individuse Trinitatis destructiva, et pridem in sacro et oBcame-

nico Nicœno concilie trecentorum decem et octo episcoporum, adrersoi

Arii impietatem, damnata. Quatenus autem soli Patri creationem altribait,

nova est, temeraria, erronea, contra communem Ecclesie patrum ac theo-

logonim omnium sensum, probata; cum hactenus receptum sit tauqutoi

inviolabile decretum, omnes Trinitatis actiones ad extra esse indivisi-

biliter toti Trinitati communes. • Lo reste de la pièce est sur le mênw

ton. »

(Note de redit, de 1813.)

que celui-là pour honorer son Père? » Et ensuite : a Que Jésus-Christ nous a obligés de prendre en mourant son Corps sacrifié, pour rendre plus agréable à Dieu le Sacrifice du nôtre, et pour se joindre â nous» lorsque nous mourons, afin de nous fortifier en sanctifiant par sa présence le dernier Sacrifice que nous faisons à Dieu de notre vie et de notre corps. » Dissimulez tout cela, mes pères, et ne laissez pas de dire qu'il détournoit de communier à la mort, comme vous faites, page 33, et qu'il ne croyoit pas le Sacrifice de la Messe : car rien n'est trop hardi pour des Calomniateurs de Profession.

Votre seconde preuve en est un grand témoignage. Pour rendre Calviniste feu M. de Saint-Cyran, à qui vous attribuez le Livre de Petrus Aurelius^ ^ vous vous servez

* Le texte in-S^ n'a pas : « à nous » .

1. Le Petrus AureliiM était bien de Saint-Cyran, mais il ne Tavouait pas. On suppose qu*il le dicta, afin de pouvoir affirmer en conscience qu'il ne rayait pas écrit. Cela Tautorisait à préconiser le Petms Aureliut comme nn livre excellent, le meilleur qu'on eût fait depuis six cents ans, Saint- Cyran n'aurait pas voulu pour mille écus qu'on n'eût pas fait ce tour aux Jésuites. Le Peirm Aurelius est une des grosses afTaires d e TÉglise au XVII* siècle et mérite qu'on s'y arrête un instant. l\ se composait de cinq parties publiées successivement (1632-1633). L'assemblée générale du Clergé de France vota des fonds à l'imprimeur Morel, qui avait édité les cinq parties de l'ouvi^age (1635). Il fit imprimer à ses frais l'édition de 1641, qui parut en un volume in-folio (1642) chez Vitré, portant sur le titre : Jussu et impensis cleri gallicani. Le frontispice est significatif : une main sort d'un nuage et présente le livre à l'Église (sponsœ Christi) figurée par une femme assise. Un ange couronne le nuage : te coronat in occulto pater in occulto videns. Des devises entourent l'image : invisibilis invisibili militavit. n y a un serpent percé d'une flèche, avec ces mots : incertum qua puisa manu : un soleil darde ses rayons sur des fleurs, avec l'inscription : notus et ignotus. Une autre Assemblée Générale du Clergé (1645-1646) fit réimprimer le Petrus Aurelius et chargea Godeau, évoque de Grasse, d'en faire un éloge magnifique, inséré en tête de l'édition. À cela, les Jésuites répondent que les évoques ne furent pas unanimes dans leur approbation; que l'impression de 1641 fut une surprise; que le roi, averti

d'un passage où Aurélîus explique, page 89, de quelle manière l'Église se conduit à l'égard des Prêtres, et même des Évoques qu'elle veut déposer ou dégrader, a L'Église, dit-il, ne pouvant pas leur ôter la puissance de l'Ordre,

par son confesseur, Sirmond, Jésuite, de la façon dont plusieurs évèque^ entre autres la cardinal de la Rochefoucauld, grand aumônier de Frmnce et agent de Richelieu dans TÉglise, peusaient de TouTrage, donna Tordre au chancelier d'arrêter M. Vitré, de saisir les exemplaires encore en sa possession ; que si l'Assemblée du Clergé de 16i5 fit rééditer le Petrus AtireliuSf celle de 1050 le répudia; que MM. de Saiute-Marthe, en ayant loae Saint-Cyran, comme TÂuteur, au t. IV du Gallia Christiana, durent supprimer cet éloge.

Toui cela est vrai et témoigne d'une crise qui n'a pas abouti, qui, oëaDmoins, était sérieuse. L'idée du Livre en apparence est fort simple. Saiot- Cyran enseigne que l'Église n'est pas une Monarchie absolue, mais une Monarchie parlementaire, comme on dirait aujourd'hui, dont le Pape n'est qu'un administrateur élu et les Évêqucs les chefs réels avec les Curèâ aa second plan, dont on rapproche l'Autorité de celle des Évoques. Cette théorie n'a Tair de rieu. Elle est pourtant le symptôme de la résistance à une révolution en train de s'accomplir.

Dans l'ordre civil et dans la plupart des États de TEurope chrétienne, depuis le milieu du moyen âge, le Pouvoir Royal avait entrepris de se créer un personnel administratif qui lui appai'tint en propre, dont les membres nommés et révoqués par lui, payés par lui, fussent à sa discrétion, c'està-dire obéissants. C'était la revanche du système romain, de la Centralisation contre le Régime Féodal : le roi qui gouverne avec une adminisiratioD ne dépendant que de lui, une armée, et pour nourrir cette administration et cette armée, des impôts et un budget. Le Régime Féodal, avec ses Fiefs tenant lieu de Traitement à ses membres, n'avait ni impôts, ni budget, ni armée, ni obéissance à fournir, ni Centralisation à subir. Ce système qui, sous le nom de monarchie administrative, est l'ancien régime des Césars, a prévalu en Europe.

Eh bien ! l'Église romaine, guidée par l'exemple des pouvoirs laïques, avait résolu aussi de fonder à son usage une Monarchie Administrative et Monacale qu'elle aurait substituée à l'Église séculière des Évoques et des Curés, qui était une véritable République chrétienne, aux trois quarts indépendante du Siège de Rome. Au Clergé Séculier, indépendant, vivant de son revenu, inamovible, elle avait résolu de donner, comme hériiier, un Corps d'Employés ne dépendant que de la Cour de Rome, soumis à une obéissance absolue. Au xiii^ siècle, les Dominicains en haut et les Franciscains en bas, avaient pourvu tant bien que mal à l'exécution de ce dessein. La Cour de Rome avait essayé de les affranchir de VOrdinairey c'est-à-dire des Évêques, souverains dans leurs diocèses, dans l'ordre des choses reli-

parce que le Caractère est ineffaçable, elle fait ce qui est en elle ; elle ôte de sa Mémoire ce Caractère qu'elle ne peut ôter de l'Ame de ceux qui l'ont reçu : elle les considère comme s'ils n'étoient plus Prêtres ou Évoques; de sorte que, selon le langage ordinaire de l'Église, on peut dire qu'ils ne le sont plus, quoiqu'ils le soient toujours quant au Caractère : Ob indelebilitatem characteris. » Vous voyez, mes pères, que cet Auteur, approuvé par Trois Assemblées Générales du Clergé de France, dit clairement que le Caractère de la Prêtrise est ineffaçable, et cependant vous lui faites dire tout au contraire, en ce lieu même, « que le Caractère de la Prêtrise n'est pas ineffaçable ». Voilà une insigne Calomnie, c'est-à-dire, selon vous, un petit péché véniel. Car ce Livre vous avoit fait tort, ayant réfuté les Hérésies de vos confrères d'Angleterre touchant

gieases. î\ y avait eu'une résistance acharnée. En réalité, la tentative a?ait échoaé.

Au lendemain do rinsurrection luthérienne et calviniste, la Cour de Rome avait repris le projet dlnnocent UI. Elle n'avait pas rejeté le concours des anciens Ordres qui avaient à peu près manqué le but, mais elle avait concentré son action dans la main des Jésuites.

Aussi était-ce contre les Jésuites, instruments du système romain, que Saint-Cyran avait dressé une embuscade dans le Petrus Aurelius. Il demandait la restauration de TAncienne République Chrétienne des Évoques et du Clergé séculier, contre les Moines et, en particulier, contre les Jésuites, instruments de la Centralisation religieuse rêvée par la Cour de Rome au détriment de l'ancien ordre de choses ecclésiastique. L'accueil fait au Petrus Atirelius par l'Assemblée Générale du Clergé de France, à trois reprises différentes, montre que les Évêques avaient compris l'intention de Saint-Cyran. Mais il y avait Richelieu^ qui avait l'instinct de la Centralisatiou dans l'Église comme dans l'État, et qui s'opposa à Tentreprise; puis vinrent Mazarin et Louis XIV. Le Jansénisme et le Gallicanisme sont deux nuances de l'Opinion qui veut résister, au nom de la Tradition, au dessein que poursuit la Cour de Rome, de fonder un Césarisme ecclésiastique, à rinstar de celui qui a triomphé dans l'ordre civil. Le Jansénisme et le Gallicanisme ont disparu, mais la cause du Christianisme n'y a pas gagné.

as LETTRES A UN PROVINCIAL.

TAutorité Ëpiscopale*. Mais voici une insigne extravagance"; c'est qu'ayant faussement supposé que M. deSainl- Cyran tient que ce Caractère est effaçable, vous en concluez qu'il ne croit donc pas la Présence Réelle de Jésus- Christ dans l'Eucharistie *.

N'attendez pas que je vous réponde là-dessus, mes

■ Teztei in-40 et in-12 : « et un gros péché mortel contre la raison •.

1. La défense de Tautorité épiscopale, dans le cas de Richard Smith, fut Toccasion saisie par Saint-Cyran quand il écrivit le Petrus Awrêlius. Voici l'incident raconté par Sainte-Beuve {Port-Boyalf t. P', p. 314 de U 4" édition) : « Le pape Urbain VIII, mettant à profit la bonne volonté des Stuarts et la conjoncture prochaine du mariage d'Henriette de France a?ec Charles I*% avait envoyé en Angleterre, à titre de vicaire apostolique. Richard Smith, Anglais, évoque in partibtts de Chalcédoine. Cet évéque, reçu d*abord par les fidèles de sa communion avec beaucoup de respect et d'espérance, s'était mis bientôt en lutte avec les Moines et, en particulier, les Jésuites du pays (instruments du nouveau système), au sujet des droits épiscopaux, qu'il revendiquait dans toute leur force, et avec plus de rigueur peut-être qu'il n'était prudent sur un ten*ain aussi mal affermi : il abroge les privilèges des Religieux et leur ôta, pour exemple,* le pouvoir de conférer les sacrements sans la permission de ses officiers (le Clergé séculier résistait au nouveau personnel administratif de la cour de Rome); mais le secret, souvent nécessaire en pays hérétique, ne s'accordait pas toujours avec ces formalités. Bref, il voulut être trop gallican (trop partisan de la tradition) en Angleterre, là où il suffisait d'être catholique k tout prix. On désobéit, on écrivit pour se justifier et Ton attaqua. L^évêque s'adressa à l'Assemblée du Clergé de France pour l'intéressera sa cause. Richelieu, qui avait autrefois eu ce Richard Smith pour maître de controverse, quand, simple abbé, il suivait les cours de Sorbonne, l'appuyait avec un intérêt particulier. Les noms de deux religieux et docteurs français, qui se troD> valent mêlés, à titre d'approbateurs, aux écrits des Jésuites anglais contre l'évêque, amenèrent l'examen de la Sorbonne et de l'ai^chevèque de Paris, qui censurèrent. C'est alors que les livres de Petrus Aurelius intenrinrenl à l'appui (de la censure contre les Jésuites), solides, érudits, pleins de feu, — le genre admis, — d'une invective grave, et soutenant les droits d« évoques, de manière à les avoir à peu près tous do son côté. M. de Saint- Cyran visait là. » Sans doute. Il voulait maintenir l'Indépendance des Évêques et la Liberté Intérieure de l'Eglise contre les projets césariens de la Cour de Rome, dont les Jésuites et les Réguliers étaient les instruments.

2. Pascal ici prête aux Jésuites plus qu'il ne leur est dû. ns ne tiraient pas la conclusion qu'il dit, mais une autre : Saint-Cyran enseignait qu'un

pères. Si vous n'avez points de sens commun, je ne puis pas vous en donner. Tous ceux qui en ont se moqueront assez de vous aussi bien que de votre Troisième Preuve, qui est fondée sur ces paroles de la Fréq. Comm., 3^ partie, chap. XI : « que Dieu nous donne dans TEucharistie la MÊME VIANDE qu'aux Saiuts dans le Ciel» sans qu'il y ait d'autre différence, sinon qu'ici il nous en ôte la vue et le goût sensible, réservant Tun et l'autre pour le ciel ». En vérité, mes pères, ces paroles expriment si naïvement le sens de l'Église, que j'oublie à toute heure par où vous vous y prenez pour en abuser. Car je n'y vois autre, sinon ce que le Concile de Trente enseigne, Sess. 13, c. viii, qu'il n'y a point d'autre différence entre Jésus-Christ dans l'Eucharistie et Jésus-Christ dans le ciel, sinon qu'il est ici Voilé, et non pas là. M. Arnauld ne dit pas qu'il n'y a point d'autre différence en la manière de recevoir Jésus-Christ, mais seulement qu'il n'y en a point d'autre en Jésus- Christ que l'on reçoit. Et cependant vous voulez, contre toute raison, lui faire dire par ce passage qu'on ne mange non plus ici Jésus-Christ de bouche que dans le ciel : d'où vous concluez son Hérésie.

Vous me faites pitié, mes pères. Faut-il vous expliquer cela davantage? Pourquoi confondez-vous cette nourriture divine avec la manière de la recevoir? Il n'y a qu'une seule différence, comme je le viens de dire, dans cette nourriture sur la teiTe et dans le ciel, qui est qu'elle est ici cachée sous des voiles qui nous en ôtent la vue et le goût

■ « Pat > dans les textes ia-4o et in-12 au lieu de « point ».

péché secret ôte le caractère sacerdotal au prêtre; alors on ne pouvait plus saroir si un prêtre était prêtre, puisque son état de conscience était inconnu.

sensible : mais il y a plusieurs différences dans la manière de la recevoir ici et là, dont la principale est que, comme dit M. Arnauld, 3« part., ch. xvi, « il entre ici dans la bouche et dans la poitrine et des Bons et des Môchants, w ce qui n'est pas dans le Gel.

Et si vous ignorez la raison de cette diversité, je vous dirai, mes pères, que la cause pour laquelle Dieu a établi ces différentes manières de recevoir une même viande, est la différence qui se trouve entre Tétat des Chrétiens en cette vie et celui des Bienheureux dans le Ciel. L'état des Chrétiens, comme dit le cardinal Du Perron après les Pères, tient le milieu entre Tétat des Bienheureux et l'état des Juifs. Les Bienheureux possèdent Jésus-Christ réellement sans figure et sans Voile. Les Juifs n'ont possédé de Jésus- Christ que les figures et les Voiles, comme étoit la manne et l'agneau pascal. Et les Chrétiens possèdent Jésus-Christ dans TEucharistie véritablement et réellement, mais encore couvert de Voiles. « Dieu, dit saint Eucher*, s'est fait trois Tabernacles : la Synagogue, qui n'a eu que les ombres sans vérité; l'Église, qui a la vérité et les ombres ; et le Ciel où il n'y a point d'ombres, mais la seule vérité ». Nous sortirions de l'État où nous sommes, qui est l'État de Foi, que saint Paul oppose tant à la Loi qu'à la Claire Vision, et si nous ne possédions que les figures sans Jésus-Christ, parce que c'est le propre de la Loi de n'avoir que l'ombre, et non la substance des choses. Et nous en sortirions encore, si nous le possédions visiblement ; parce que la Foi, comme dit le

1 . Saint Eucher, en latin Eucherius, père de TÉglise et théologien gaulois, mort en 450. D'abord sénateur de l'empire, il avait quitté le monde en 410 et s'était retiré dans file de Lerins. Il eut deux fils évoques. L*Églîse célèbre sa fête le 10 novembre. On a une édition de ses œu\Tes publiée à Rome en 1564. On les a réimprimées dans plusieurs Collections des Pères et en dernier lieu dans la Patrologie latine de l'abbè Migne.

même Apôlre, n'est point des choses qui se voient. Et ainsi rEiicharistie est parfaitement proportionnée à notre État de Foi, parce qu'elle enferme véritablement Jésus-Christ, mais Voilé. De sorte que cet État seroit détruit, si Jésus-Christ n'étoit pas réellement sous les Espèces du Pain et du Vin, comme le prétendent les Hérétiques : et il seroit détruit encore, si nous le recevions à découvert comme dans le Ciel; puisque ce seroit confondre notre État, ou" avec TÉtat du Judaïsme, ou avec celui de la Gloire.

Voilà, mes pères, la raison mystérieuse et divine de ce mystère tout divin. Voilà ce qui nous fait abhorrer les Calvinistes, comme nous réduisant à la Condition des Juifs; et ce qui nous fait aspirer à la Gloire des Bienheureux, qui nous donnera la pleine et éternelle jouissance de Jésus- Christ. Par où vous voyez qu'il y a plusieurs différences entre la manière dont il se communique aux Chrétiens et aux Bienheureux, et qu'entre autres on le reçoit ici de Bouche et non dans le Ciel ; mais qu'elles dépendent toutes de la seule différence qui est entre l'État de la Foi où nous sommes et l'État de la Claire Vision où ils sont. Et c'est, mes pères, ce que M. Arnauld a dit si clairement en ces termes : « qu'il faut qu'il n'y ait point d'auti'e différence entre la pureté de ceux qui reçoivent Jésus-Chi'ist dans l'Eucharistie, et celle des Bienheureux, qu'autant qu'il y en a entre la Foi et la Claire Vision de Dieu, de laquelle seule dépend la différente manière dont on le mange sur la Terre et dans le Ciel. » Vous devriez, mes pères, avoir révéré dans ses paroles ces saintes vérités, au lieu de les corrompre pour y trouver une Hérésie qui n'y fut jamais, et qui n'y sauroit être; qui est qu'on ne mange Jésus-

■ I Ou a Oit ajouté dans l'ia-So.

Christ que par la Foi, et non par la Bouche, comme le disent malicieusement vos pères Annat et Meynier, qui en font le capital de leur accusation.

Vous voilà donc bien mal en preuves, mes pères ; et c'est pourquoi vous avez eu recours à un nouvel artifice, qui a été de falsifier le Concile de Trente, afin de faire que M. Amauld n'y fût pas conforme, tant vous avez de moyens de rendre le monde Hérétique. C'est ce que fait le père Meynier en cinquante endroits de son Livre, et huit ou dix fois en la seule page 54, où il prétend que, pour s'exprimer en catholique, ce n'est pas assez de dire : Je crois que Jésus-Christ est présent réellement dans l'Eucharistie ; mais qu'il faut dire : « Je crois, avec le concile, qu'il y est présent d'une vraie présence locale, ou localement. y> Et sur cela il cite le Concile, Sess. 13, can. 4, can. 6. Qui ne croiroit en voyant le mot de présence locale cité de trois Canons d'un Concile Universel, qu'il y seroil effectivement? Cela vous a pu servir avant ma Quinzième Lettre; mais à présent, mes pères, on ne s'y prend plus. On va voir le Concile, et on trouve que vous êtes des Imposteurs ; car ces termes de présence locale^ localement y localité, n'y furent jamais : et je vous déclare de plus, mes pères, qu'ils ne sont dans aucun autre lieu de ce Concile, ni dans aucun autre Concile précédent, ni dans aucuo Père de l'Église. Je vous prie donc sur cela, mes pères^ de dire 'si vous prétendez rendre suspects de Calvinisme tous ceux qui n'ont pas usé de ce terme? Si cela est, le Concile de Trente en est suspect, et tous les Saints * Pères sans exception**. N'avez-vous point d'autre voie pour

■ c Saints » est ajouté dans rin-S».

i> Od a retraocbé dans rin-8« les paroles suivantes que portent los textes iD-4« et in-18 : c Vous êtes trop équitables pour faire un si grand fracas dans TÉglise pour une querelle particulière ».

rendre M. Arnauld Hérétique, sans offenser tant de gens gui ne vous ont point fait le mal, et entre autres saint ThoQQas, qui est un des plus grands défenseurs de TEucharistie, et qui s'est si peu servi de ce teime, qu'il Ta rejeté au contraire, 3® p. quœsi, 76, a, où il dit : Nullo modo corpus Chrihti est in hoc sacramento localiter * ? Qui ètesvous donc, mes pères, pour imposer, de votre Autorité, de nouveaux termes, dont vous ordonnez de se servir pour bien exprimer sa Foi : comme si la profession de Foi dressée par les Papes, selon Tordre du Concile, où ce terme ne se trouve point, étoit défectueuse, et laissoit une ambiguïté dans la créance des Fidèles, que vous seuls eussiez découverte? Quelle témérité de prescrire ces termes* aux Docteurs mêmes! quelle fausseté de les imposer à des Conciles généraux ! et quelle ignorance de ne savoir pas les difficultés que les Saints les plus éclairés ont fait de les recevoir! Rougissez^ mes pères, de vos Impostures ignorantes^ comme dit TÉcriture aux imposteurs ignorants comme vous : De mendacio ineruditionis tuœ confundere. N'entreprenez donc plus de faire les maîtres; vous n'avez ni le caractère ni la suffisance pour cela. Mais, si vous voulez faire vos propositions plus modestement, on pourra les écouter; car, encore que ce mot &% présence locale ait été rejeté par saint Thomas, comme vous avez

* Textes in-lS : < de Un preecrire >, aa lieu de « prescrire ces termes ».

1. Texte du Concile de Trente (session 13, ch. i) : « I( ne répugne pas qae notre Sauveur, étant toujours assis à la Droite de son père» selon la manière d'être qui lui est naturelle, soit néanmoins présent sacramentellement par sa propre substance en plusieurs autres lieux, muUis aliis in locis ».

Pascal ferme la bouche aux Jésuites, avec saint Thomas d'Aquin, qui possède une autorité canonique.

VU, à cause que le Corps de Jésus-Christ n'est pas en l'Eucharistie dans l'étendue ordinale des corps en leur lieu, néanmoins ce terme a été reçu par quelques nouveaux Auteurs de Controverse, parce qu'ils entendent seulement par- là que le Corps de Jésus-Christ est vraiment sous les Espèces, lesquelles étant en un lieu particulier, le Corps de Jésus-Christ y est aussi. En ce sens M. Arnauld ne fera point de difficulté de l'admettre, puisque M. de Sainl- Cyran et lui ont déclaré tant de fois que Jésus-Christ, dans l'Eucharistie, est véritablement en un lieu particulier, et miraculeusement en plusieurs lieux à la fois. Ainsi tous vos raffinements tombent par terre, et vous n'avez pu donner la moindre apparence à une accusation qu'il n eût été permis d'avancer qu'avec des preuves invincibles.

Mais à quoi sert, mes pères, d'opposer leur innocence à vos Calomnies? Vous ne leur attribuez pas ces erreurs dans la croyance qu'ils les soutiennent, mais dans la croyance qu'ils vous nuisent*. C'en est assez, selon votre Théologie, pour les Calomnier sans crime ; et vous pouv«, sans Confession ni Pénitence, dire la messe en même temps que vous imputez à des prêtres qui la disent tous

les jours de croire que c'est une pure Idolâtrie : ce qui seroit un si horrible sacrilège, que vous-mêmes avez fait pendre en effigie votre propre père Janige S sur ce qu'il

• Textes ic-4<» et in-U : « qu'ils vous font tort », au lieu de t qu'il» voui nuisent »■

1. Jarrige (Pierre), Jésuite et controversiste français, né à To^* en 1605^ mort dans cette ville en 1660. H était professeur de rhétorique au collège que les Jésuites avaient h. Bordeaux lorsqu'il se fit protettiot (ion). Menacé par ses anciens confrères, il se réfugia en HoUaude, oà il fut d'abord assez mal accueilli de ses nouveaux coreligionnaires. Cepeo* dant les États lui firent une pension et lui promirent remploi de pasteur. Dans rintervalle (1618), sur les instances des Jésuites^ on Tarait coQ-

avoit dit la messe au temp$ où il étoit d'intelligence avec Genève \

Je m'étonne donc, non pas de ce que vous leur imposez avec si peu de scrupule des crimes si grands et si faux, mais de ce que vous leur imposez avec si peu de prudence des crimes si peu vraisemblables : car vous disposez bien des péchés à votre gré; mais pensez-vous disposer de même de la croyance des hommes ? En vérité, mes pères, s'il falloit que le soupçon de Calvinisme tombât sur eux ou sur vous, je vous trouverois en mauvais termes. Leurs discours sont aussi catholiques que les vôtres ; mais leur Conduite confirme leur Foi, et la vôtre la dément : car, si vous croyez aussi bien qu'eux que ce Pain est réellement changé au Corps de Jésus-Christ, pourquoi ne demandez- vous pas comme eux que le cœur de pierre et de glace de ceux à qui vous conseillez de s'en approcher ^ soit sincèrement changé en un cœur de chair et d'amour ? Si vous croyez que Jésus-Christ y est dans un État de mort, pour apprendre à ceux qui s'en approchent à mourir au monde, au péché et à eux-mêmes, pourquoi portez-vous à

" Textes 10-40 qi [n~\i : • étant d'intelligence avec Genève «, au liea de : « au temps où il étoit d'intelligonce avec Genève ». * Textes in-4<» et in-12 : • d*m approcher ».

damné en France « à faire amende honorable, teste et pieds nus, en chemise, la corde au col, devant la grand*porte et principale entrée de Téglise de Saint-Barthélemy et celle des pères Jésuites de La Rochelle, et ensuite estre mené et conduit à la place publique du chasteau pour y estre pendu et estranglé à une potence, n II répondit à cette condamnation par un livre : Us Jéiuites mis sur Véchafaud pour plusieurs crimes capitaux par eux commis dans la province de Guyenne (Leyde, 1649, 1 vol. in-12). Néanmoins, les Jésuites parvinrent à le reconquérir. l\ entra dans leur maison d'Anvers (4650) où il écrivit un nouveau livre : Rétractation du père Pierre Jarrige, jésuite, retiré de sa double apostasie par la miséricorde de Dieu (1 voL in-12, Anvers, 1650). Il finit obscurément ses jours dans sa ville natale dix ans plus tard.

en approcher ceui en qui les \ices et les passions criminelles sont encore toutes vivantes? Et coaunent jugez-vous dignes de manger le pain du Gel ceux qui ne le seroient pas de manger celui de la Terre?

0 grands vénérateurs de ce saint mystère, dont le zèle s'emploie à persécuter ceux qui TboDorent par tant de communions saintes, et à flatter ceux qui le déshonorent par tant de conununions sacrilèges ! Qu'il est digne de ces défenseurs d'un si pur et si adorable sacrifice de faire environner* la table de Jésus-Christ de pécheurs envieilUs tout sortant de leur infamie, et de placer au milieu d'eux un Prêtre que son confesseur même envoie de ses impudicilés à l'Autel, pour y offrir, en la place de Jésus-Christ, cette victime toute sainte au Dieu de sainteté, et la porter de ses mains souillées en ces bouches toutes souillées I Ne sied-il pas bien à ceux qui pratiquent cette conduite par toute la terre, selon des maximes approuvées de leur Propre Général d'imputer à l'Auteur de la Fréquente Communion et aux Filles du Saint-Sacrement de ne point croire * le saint Sacrement ?

Cependant cela ne leur suffit pas encore ; il faut, pour satisfaire leur passion, qu'ils les accusent enfin d'avoir renoncé à Jésus-Christ et à leur Baptême. Ce ne sont pas là, mes pères, des contes en l'air comme les vôtres ; ce sont les funestes emportements par où vous avez comblé la mesure de vos Calomnies. Une si insigne fausseté n'eût pas été en des mains dignes de la soutenir en demeurant en celles de votre bon ami Filleau *, par qui vous l'avez

■ Textes in-4o et in-lS : « d'enviroaner », aa lieu de « faire entironner ».

. 1. « Croire le saint Sacrement» est une locution tombée en désuétude.

2. Filleau, premier avocat du roi au prësidial de Poitiers, est Taotear

d*un opuscule publié en 165 i sous le titre de : BeUUion juridique de c$ qui

fait naître : votre Société se Test attribuée ouvertement ; et votre père Meynier vient de soutenir, comme une vérite certaine^ que Port-Royal forme une cabale secrète depuis trente-cinq ans, dont M. de Saint-Cyran et M. d'Ypres

t*6St passé à PoUi$rs touchant la Nouvelle Doctrine des Jansénistes» Cet opuscule est le récit de ce qu'on a appelé Le projet de Bourg-Fontaine. Ce projet aurait été concerté dans une conférence tenue en 1621 à Bourg- Fontaine, qui était une Chartreuse située dans la forêt de Villers-Cotterets. Auraient pris part à cett« conférence, selon Filleau, qui dit tenir son récit d^un Ecclésiastique qu'il ne nomme pas : J. D. V. H. (Jean Duvergier de Hauranne, devenu ensuite Tabbé do Saint-Cyran) ; C. J. (Cornélius Jansénius); P. C. (Pierre Cospéan, plus tard évoque de Lisieux)j P. C. (Pierre Camus, qui devait être évoque de Belley, avait été Tami de saint François de Sales, et dont les œuvres littéraires trahissent une hostilité violente contre les Ordres religieux, instrument de la Centralisation romaine qu'on voulait substituer à Tancienne église cpiscopale); A. A. (Arnauld d*Andilly) ; S. V. (Simon Vigor, conseiller au grand conseil, disciple de Richer, auteur du De ecclesiastica et politica potestate (1 vol. in-4% 1611, et 1612, 1 vol. in-S®). Ce fut Bayle dans son Dictionnaire, au mot Arnauldy qui traduisit les initiales données par Filleau. Le but de la Conférence de Bourg-Fontaine aurait été, suivant les Jésuites, la destruction du Christianisme, qu'on aurait remplacé par le Déisme. Sex membres auraient reconnu la difficulté de l'entreprise. Ils auraient alors résolu de procéder avec prudence, d'attaquer les Sacrements un à un et d'une manière détournée, surtout la Pénitence et l'Eucharistie, comme flt Arnauld dans son Livre de La Fréquente Communion. Le roman est ridicule. Les promoteurs de la Conférence de Bourg-Fontaine avaient en vue le maintien de l'Ancienne Église Épiscopale et des Mœurs Chrétiennes, contre les idées romaines de centralisation et leur principal instrument, la Compagnie de Jésus.

Filleau, dit-on, hésitait à publier sa Relation. Il s'y serait déterminé sur l'ordre de la régente Anne d'Autriche, derrière laquelle il n'est pas difficile d'apercevoir le nez des Jésuites. Arnauld répondit par la Réfutation du roman diaboliqw de Bourg-Fontaine.

La Conférence elle-même parait avoir eu lieu, et avoir eu lieu sur Tinitiative de Saint-Cyran, qui avait plus d'ambition que Richelieu, et rêvait en France une royauté spirituelle comparable à l'autorité politique du cardinal. Qu'a-t>on fait à cette Conférence? On n'en sait rien. « On a débité là-dessus, de part et d'autre, force injures et sottises, dit Sainte-Beuve (Port-Royal, t. V^, p. 288 (en note de la 4*^ édition); on a entassé factums contre factums. Les Jansénistes triomphant d'une méprise de nom (on traduisait A. A. Arnauld d'Andilly par Antoine Arnauld, qui n'avait que neuf ans) se sont jetés de côté et ont poussé les hauts cris. Quant à moi, je le redis ici, le simple fait d'une Conférence à Bourg-Fontaine entre

ont été les chefs, « pour ruiner le Mystère de TlncarnatioD, faire passer TÉvangile pour une histoire apocryphe, exterminer la Religion Chrétienne, et élever le Déisme sur les ruines du Christianisme ». Est-ce là tout, mes pères? Serez-vous satisfaits si Ton croit tout cela de ceux que vous haïssez ? Votre animosité seroit-elle enfin assouvie, si vous les aviez mis en horreur non seulement à tous ceux qui sont dans l'Église, par V intelligence avec Genève , dont vous les accusez, mais encore à tous ceux qui croient en Jésus-Christ, quoique hors TÉglise, par le Déisme que vous leur imputez?

Mais à qui prétendez-vous persuader, sur votre seule parole, sans la moindre apparence de preuve, et avec toutes les contradictions imaginables, que des prêtres qui ne prêchent que la Grâce de Jésus-Christ, la pureté de TÉvangile et les obligations du Baptême, ont renoncé à leur Baptême, à r Évangile et à Jésus-Christ"? Qui le croira, mes pères?

• Le passage se lit ainsi dans les textes in^* et in-12 : « Mais 9114 ne ten lurptis de ravniglemcnt de votre conduite ? car à qui prétendez-Toos persuader, sar voin seule parole, sans la moindre apparence de preuve, et avec toutes les coDtradkrtMo» imaginables, que des évéquet et des prêtres qui n'ont fait autre chose que préehfr U Grâce de Jésus-Christ, la pureté de l'Évangile et les obligations du Baptâme, anùf^^ renoncé à leur Baptême, i l'évangile et à Jésas-Christ ; qu'il* n'ont trataUU 9«r pour établir cette Apottasie et que le Port-Royal y travaille encore? »

Jansénius, Saint-Cyran et (Arnauld d*Andilly) un ou deux autres peut-être. ne me parait aucunement impossible ni môme improbable à cette date. H a dû se passer à Bourg-Fontaine ou ailleurs, en cette année, quelque chose comme cela. On a dû se réunir pour traiter de la Cause Religieuse, poor chercher à 8*entendre et à se concerter sur une marche à suivre. Sltii qu*a-tK)n dit? Qu'a-t-on décidé? Que s>st-il passé positivement? Là commence la conjecture et, de la part des Jésuites, la fabUde Bourg-Fontaine: une pure fable en effet, réfutée à diverses reprises et ruinée dans les principales circonstances qu'ils y dénonçaient, particulièrement insoutenable et absurde dans Tintention de Déisme — Les Jésuites appelaient Déisme le mépris de quelques dévotions niaises importées par eux d'Italie daa^ différents pays catholiques — qu'ils attribuaient et prêtaient contre toute

Le croyez-vous vous-mêmes, misérables que vous êtes*? Et à quelle extrémité êtes-vous réduits, puisqu'il faut nécessairement ou que vous prouviez qu'ils ne croient pas en Jésus-Christ*, ou que vous passiez pour les plus abandonnés Calomniateurs qui furent jamais ! Prouvez-le donc, mes pères. Nommez Cet Ecclésiastique de Mérite, que vous dites avoir assisté à cette Assemblée de Bourg-Fontaine en 1621, et avoir découvert à votre Filleau le dessein qui y fut pris de détruire la Religion chrétienne ; nommez ces six personnes que vous dites y avoir foimé cette conspiration ; nommez celui qui est désigné par ces lettres A, A., que vous dites, page 15, n'être pas Antoine Amauldy parce qu'il vous a convaincus qu'il n'avoit alors que neuf ans, « mais un autre que vous dites être encore en vie, et trop bon ami** de M. Arnauld pour lui être inconnu ». Vous le connoissez donc, mes pères*; et par conséquent, si vous n'êtes vousmêmes sans Religion, vous êtes obligés de déférer cet impie au Roi et au Parlement, pour le faire punir comme il le

* Textes in-4o et in-18 : c oa que tous prouTiez ettte accusation, ou qne voui pat* siez pour •.

*> Textes in-4o et in-12 : « mais un autre qui est encore en yie et qui ext trop bon ami ».

raison aux assistants; ils n*ont cessé pourtant de la remettre en circulation et de la reproduire, suivant cette observation très juste d*Arnauld : — Quand les Jésuites ont une fois avancé une Calomnie, ils ne la retirent Jamais. »

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