Misérables que vous êtes ! » dans le sens de Molière
Je tiens tout homme misérable
Qui ne quitte jamais sa mine redoutable,
Bt qu'au faite des deux on voit toujours guindé.
2. Eh! oui, ils le connaissent, et vous aussi : c'est Arnauld d^Andilly. Bayle Ta nommé et n*a pas été démenti, à une époque, il est vrai, où Tëmotion provoquée par le pamphlet de Filleau était tombée. Dans la chaleur du débat, les Jésuites ne le nommèrent pas parce qu'il était encore là, qu*il n*y avait aucun moyen de lui prouver que c'était lui, que les méfaits dont on le chargeait étaient imaginaires. Us obéissaient à une autre con-
mériteroit. 11 faut parler, mes pères ; il Êiut le nommer, ou soufiBrir la confusion de n'être plus regardés que comme des Menteurs indignes d'être jamais crus. Cest en cette manière que le bon père Valérien nous a appris qu'il falloit mettre à la gêne et pousser à bout de tels Impostemrs. Votre silence là-dessus sera une pleioe et entière conviction de cette Calomnie diabolique. Les plus aveugles de vos amis seront contraints d'avouer « que ce ne sera point un effet de votre vertu, mais de votre impuissance d , ei d'admirer que vous ayez été si méchants que de Tètendre jusqu'aux Religieuses de Port-Royal, et de dire, comme vous faites, page 14, que le Chapelet secret du saint 5flcrement^^ composé par l'une d'elles, a été le premier fruit de cette Conspiration contre Jésus-Christ ; et dans la
sidératioo. Ârn. d*Andilly avait été foDctionnaire et son fils Arnaaki de Pomponne fut deux fois ministre des affaires étrangères de Louis AfV. Il était prudent de ne pas se commettre avec cette branche des Amauld, qoi était une puissance.
1. Le Chapelet secret^ œuvre de la mère Agnès Arnauld, sœur d'Antoine Amauld, était, dit Sainte-Beuve [Port-Royal t.I<% p. 330 de la 4* édiUoo), « une méditation en seize points, que la mère Agnès avait imaginés et rhonnear des seize siècles écoulés depuis Tlnstitution du saint Sacrement Chaque point formait un attribut mystique : Sainteté^ vérité, suffisant, satiétéy règne, possession, illumination, etc.; à chaque article elle cherchait à approfondir une des vertus de Jésus-Chritt dans le saint Sacrement. C'èitiu à vrai dire, aussi inintelligible qu*écrit de ce genre peut Tètre; mais la tubtilité et la fei*veur de T&me pieuse Téclaircissaient et 8*y complaisaient. 11 arriva qu*une copie de ce petit écrit destiné à elle seule, et composé déjà depuis plusieurs années, tomba aux mains de Tarchevèque de Sens dans an moment où ce dernier voulait faire obstacle aux idées de M. Zamet (évdqne de Langres, fils du financier); ce dernier avait approuvé le ChapeltL M. de Langres, au contraire, le jugea très propre à provoquer la condamnation par ce qu'il y avait d'outré et le donna à des docteurs de Sorbonne qui ^ censurèrent (1633); il l'envoya de plus à Roue, où après examen pmdent et sans précisément le condamner, on le supprima. A Paris, on écrivait pour et contre avec une singulière vivacité : la Cour s'en mêla et le vent de la faveur tournant, les pauvres religieuses du Saint-Sacrement allaient passer pour visionnaires, quelques-uns disaient même déjà pour sordèrts. Tout cela, en style Janséniste, s'appelle la tempête du Chapeiet secret. • Oo
page 95, « qu'on leur a inspiré toutes les détestables maximes de cet Écrit, » qui est, selon vous, une instruction de Déisme, On a déjà ruiné invinciblement vos Impostures sur cet Écrit, dans la défense de la Censure de feu M. T archevêque de Paris contre votre père Brisacier. Vous n'avez rien à y repartir ; et vous ne laissez pas d'en abuser encore d'une manière plus honteuse que jamais, pour attribuer à des filles d'une piété connue de tout le monde le comble de l'impiété. Cruels et lâches persécuteurs S faut-il donc que les cloîtres les plus retirés ne soient pas des asiles contre vos Calomnies I Pendant que ces saintes vierges adorent nuit et jour Jésus-Chiist au saint Sacrement, selon leur Institution, vous ne cessez nuit et jour de publier
finit par y intéresser Saint-Cyran qui Pexamina, le trouva bon, et le fit approuver à Louvain, où on applaudit « à Tivresse et à la sainte liberté de ce langage de Tamour. » On Timprima pour la première fois en 1663 (1 vol. in-12).
1. Le morceau qui débute par ces mois : « Cruels et lâches persécuteurs » est célèbre. Pascal, nous le savons, écrit encore Sainte-Beuve {Port-Royal, t. III, p. 149 de la 4* édition), « était au château de Vaumurier chez le duc de Luynes, lorsquMl récrivit (décembre 1656); Pesprit de la solitude, écouté de plus près, Tinspire. Il venge les calomniés, les victimes; il venge ouvertement M. d'Ypres et M. de Saint-Cyran ; M. d*Ypres, dont, Tannée précédente, on avait outrageusement arraché dans son église cathédrale Tépitaphe avec la pierre du tombeau ; M. de Saint-Cyran dont, cette année même, TAssemblée du Clergé de France venait d^arracher le feuillet d'éloge dans le Gallia Christiana de MM. de Sainte-Marthe. U maintient en honneur leur cause et proclame leur mémoire. J*ai joie à lui entendre proférer avec respect les noms de ces hommes dont, en ce moment, il ressaisit l'esprit d'incorruptible vigueur et de sainte colère. Les voilà nettement accusés par le père Meynier d'avoir, il y a trentecinq ans, formé une cabale, pour ruiner le mystère de l'incarnation, faire passer l^évangile potw une histoire apocryphe, exterminer la Religion chrétienne, et élever le Déisme sur les ruines du Christianisme. Plus tard, M. de Maistre {De VÉglise gallicane, 1. P', chap. iv) fera un chapitre intitulé il na/ogt6s de Hobbes et de Jansénius; ce n*est plus le Déisme cliez M. de Maistre, c*est quasi d'Athéisme, c'est de fanatisme brutal qu'il s'agit; il y a progrès sur le père Meynier en talent comme en injure. Pascal a d'avance répondu et nulle voix n'étouffera la sienne. »
qu'elles ne croient pas qu'il soit ni dans l'Eucharistie, ni même à la droite de son Père ; et vous les retranchez publiquement de l'Église pendant qu'elles prient dans le secret pour vous et pour toute l'Église. Vous Calomniez celles qui n'ont point d'oreilles pour vous ouïr, ni de bouche pour vous répondre. Mais Jésus-Christ, en qui elles sont cachées pour ne paroître qu'un jour avec lui, vous écoute, et répond pour elles. On l'entend aujourd'hui cette voix sainte et terrible qui étonne la Nature, et qui console l'Église*. Et
1. Allusion au Miracle de la sainte Épine. PoK-Royal était à Teitiémité. Dans une Lettre du 6 avril (1656) à la reine de Pologne (Marie de Gonzague), la mère Angélique Ârnauld écrivait : « Enfin la Reine a C4>inmandé à TAssemblée du Clergé de nous pousser à bout, et leur a dit que c'étoit sa propre affaire. Je n*en ai nul ressentiment contre Sa Majesté; je sais qu'elle croit faire un très bon œuvre, et qu'on lui persuade sans cesse qu'elle n'en sauroit faire un meilleur. Notre Seigneur a dit que ceux qui persécuteroient ses serviteurs, croiroient rendre service à Dieu. Toat ce que nous avons à désirer, est de souffrir en cette qualité ».
« C'est alors, dit Sainte-Beuve {Port-Royal, t. III, p. 173 de la A* édition), c'est dans cette arrière-scène de Port-Royal de plus en plus obscurcie et désolée, et que n^ont pas dd nous dérober les brillantes et yaleareuseï excursions d'un soudain génie, c'est dans le profond de l'autel qa*im jour à l'improviste, le vendredi de la Samaritaine, le jour précisément où Toa chante à l'introft de la messe ces paroles du psaume LXXXV : fac meeum signum in bonum, — Seigneur, faites éclater un prodige en ma faveur, afio que mes ennemis le voient et qu'ils soient confondus, qu'ils voient, à mon Dieu, que vous m'avez secouru et que vous m'avez consolé; — c'est ce jour-là que Dieu sort de son secret et qu'on entend, — qu'on entendit tout près de soi cette voix, voix sainte et terrible... Le miracle de la sainte Épine fut le coup de tonnerre qui suspendit tout. »
Comme il est loin de faire sur nous aujourd'hui Tefiet qu'il fit sur les intéressés et en général sur les contemporains, nous nous bomerons d'abord à écouter les témoins les plus fidèles. Dans ces Lettres de la mère Angélique où les Provinciales sont à peine mentionnées, le miracle tient une grande place.
La mère Angélique écrit à la reine de Pologne, au commencement de mai (1656) : « Je sais, madame, que la bonté do Votre Majesté pour nous, lui a fait prendre part à nos Persécutions et penser à nous dans les pins grandes douleurs... elle aura donc grande joie d'apprendre l'Espérance que Dieu nous donne qu'il nous protégera. Car à l'heure que tout le monde nous croyoit perdues sans ressource... il est arrivé qu'un très boa prêtre
je crains, mes pères, que ceux qui endurcissent leurs cœurs, et qui refusent avec opiniâtreté de l'ouïr quand il parle en Dieu, ne soient forcés de l'ouïr avec effroi quand il leur parlera en juge.
(Le Roy de la Poterie) qui est notre parent, qui depuis quelques années a en dévotion particulière de rechercher plusieurs saintes reliques pour les vénérer en sa chapelle (et Dieu a tellement agréé sa dévotion qu*il a inspiré grande quantité de personnes a lui en donner de très assurées, et depuis peu une Épine de la sainte Couronne de Notre Seigneur, laquelle, après ravoir fait ench&sser, il nous l'envoya pour la voir et la révérer}.... Nos 8<eurs de Paris la reçurent avec grande révérence et Payant mise au milieu du chœur, Tadorèrent l'une après l'autre. Comme ce vint aux pensionnaires, leur maîtresse qui les conduisoit, prit le reliquaire, de peur qu'elles ne le fissent tomber, et comme une petite de dix ans s'approcha (la nièce de Pascal, Margueritte Périer, fille de M"* Périer), qui avoit un ulcère lacrymal si grand qu'il lui avoit pourri l'os du nez, il vint à cette Religieuse une pensée de dire à cette enfant : — Ma fille, priez pour votre œil — et faisant toucher la relique, au même moment elle fut guérie. A quoi on ne pensa point pour tout à Vheure (c'est le point faible du miracle), chacune n'étant attentive qu'à la dévotion de la relique. Après (la cérémonie) cette enfant dit à une de ses petites sœurs : — Je pense que Je suis guérie. — Ce qui se trouvoit si vrai qu'on ne pouvoit reconnoltre auquel de ses yeux avoit été le mal. Dieu a circonstancié ce miracle de telle sorte que personne n'en a douté. Cette enfant appartient à un très honnête homme, Auvergnat (M. Périer, beau-frère de Pascal), qui l'a mise chez nous à cause de sa belle-sœur (Jacqueline Pascal), qui est religieuse. EUe avoit ce mal dès qu'il l'y mit, il y a plus de deux ans, étant venu à Paris, et la laissant afin qu'elle fût mieux traitée... Trois semaines avant sa guérison, on fit venir un chirurgien nommé Dalencé, qui est estimé le plus habile de Paris, qui l'avoit déjà vue, pour la revoir avec grande attention et faire son rapport pour l'envoyer au père. Il sonda le mal et trouva l'os carié... Il dit que le mal étoit incurable à son avis ; que s'il y avoit du remède, c'étoit le feu; mais qu'il doutoit encore qu'il le pût guérir. On envoya ce rapport en Auvergne, et aussitôt le père partit pour venir voir ce qu'il pourroit faire pour cette enfant que Dieu guérit cependant. » M. Périer arrive ; on envoie chercher Dalencé à qui on présente l'enfant qui s'écrie sans regarder : « Mais que voulez-vous que je fasse ? Ne vous ai-je pas dit que le mal étoit incurable? — On lui répliqua plusieurs fois : — Mais, monsieur, je vous prie, regardez-la encore. — Ce qu'ayant fait et la voyant guérie, il fut dans un extrême étonneraent, et quand on lui eut dit la manière, il dit : — Il n'y eut jamais de miracle si ce n'en est pas un. m
La mère Angélique termine ainsi : « C'est une trêve que Dieu nous donne pour nous disposer à mieux souffrir quand il lui plaira que la tem-