Guerre des Iconoclastes
geancc, l'avarice, la volupté, le faux honneur, Tamour-propre, et toutes les passions de la nature corrompue, la profanation des sacreroens, Tavilissement des Ministres de TÉglise et le mépris des anciens Pères, pour y substituer les Auteurs les plus ignorans et les plus aveugles; et cependant ce débordement de corruption étant prêt à submerger l'Église sous nos yeux, nous n'oserons, de peur de troubler la paix, crier à ceux qui la conduisent : (( Sauvez-nous, nous périssons I »
Les moindres vérités de la Religion ont été défendues jusqu'à la mort; et nous relâcherions les points les plus essentiels de notre Religion et les maximes les plus importantes et les plus nécessaires pour le salut, parce qu'il plaît, non pas à trois cents Évoques, ni à un seul, ni au Pape, mais seulement à la Société des Jésuites, de les renverser l
« Nous voulons, disent-ils, conserver la Paix avec ceux mômes qui n'en veulent point » Étranges Conservateurs de la Paix, qui n'ont jamais laissé passer le moindre Écrit contre leur Morale sans des réponses sanglantes, et qui, écrivant toujours les derniers, veulent qu'on demeure en Paix, quand ils sont demeurés en possession de leurs injustes prétentions I
Nous avons cru à propos de réfuter un peu au long ce reproche qu'ils font tant valoir contre nous, parce qu'encore qu'il y ait peu de personnes à qui ils puissent persuader que les Casuistes sont de Saints Auteurs, il peut néanmoins s'en rencontrer à qui ils fassent accroire que nous ne laissons pas d'avoir tort de troubler la Paix par notre opposition; et c'est pour ceuxlà que nous avons fait ce discours, afin de leur faire entendre qu'il n'y a pas deux questions à faire sur ce sujet, mais une seule ; et qu'il est impossible qu'il soit vrai tout ensemble que la Morale des Casuistes soit abominable, et que nous soyons blâmables de troubler leur fausse Paix en la combattant.
Nous n'abandonnerons donc jamais la Morale chrétienne, nous aimons trop la Vérité. Biais, pour leur témoigner aussi combien nous aimons la Paix, nous leur en ouvrons la porte tout entière, et leur déclarons que nous les embrasserons de tout notre cœur, aussitôt qu'ils voudront abjurer les pernicieuses maximes de leur Morale, que nous avons rapportées dans notre Factum et dans nos Extraits, après les avoir prises et lues nousmêmes dans leurs Auteurs en propres termes, et qu'ils voudront renoncer sincèrement à la pernicieuse Apologie des Casuistes^ et à la méchante Théologie d'Escobar, de Molina, de Sanchez, de
Lessius, de Hurtado, de Bauny, de Lamy, de Mascarenhas, et de tous les Livres semblables que Nos Seigneurs les Évèques appelknt la peste des consciences. Voilà de quoi il s'agit entre noos. Car il n'est pas ici question, comme ils tâchent malicieusement de le faire croire, des différends que les Curés peuvent avoir avec les Religieux. Il n'est point ici question de contester les privilège* des Jésuites, ni de s'opposer aux usurpations continuelles qu'ils font sur l'Autorité des Curés. Quoique leurs Livres fussent remplis de mauvaises maximes sur ce sujet, nous les avons dissimulé)^ i dessein dans les Extraits que nous avons présentés à l'Assembla du Clergé, pour ne rien mêler dans la cause générale de TÉglise qui nous regardât en particulier. Il ne s'agit donc ici que de U pureté de la Morale chrétienne, que nous sommes résolus de ne pas laisser corrompre ; et nous ne sommes pas seuls dans ce dessein : voilà les Curés de Rouen qui, par l'autorité de \L leur Prélat, nous secondent avec un zèle chrétien et véritablemect pastoral ; et nous avons en main quantité de procurations des Curés des autres villes de France, qui, par la permission aussi de Nosseigneurs leurs Prélats, s'opposeront avec vigueur à c^5 nouvelles corruptions, jusqu'à ce que ceux qui les soutiennent j aient renoncé.
Jusque-là, nous les poursuivrons toujours, quoi qu'ils pulasect dire de nous en bien ou en mal ; et nous ne renoncerons point aux vérités que nous avons avancées dans notre Factum pour acheter à ce prix les louanges qu'ils nous donneroieut alors. « Nous ne serons point détournés, ni par leurs malédictions, ni par leurs bénédictions, » selon la parole de l'Écriture. Us ne nous ont point intimidés comme ennemis, ils ne nous corromprooî point comme flatteurs. Us nous ont trouvés intrépides à leurs menaces, ils nous trouveront inflexibles à leurs caresses ; et nous serons insensibles à leurs injures et à leurs douceurs. Nous présenterons toujours un môme visage à tous les visages différents, et nous n'opposerons à la duplicité des enfants du siècle que la simplicité des enfants de l'Évangile.
Paris, 1" avril 1658.