Première partie. — I. Saint Thomas faussement aUégw
sur les Occasions Procfiaines.
Le premier des saints Docteurs de l'Église qu'ils citent fô saint Thomas, qu'ils rapportent pour autoriser la Doctrine ik VApoiogie des Casuisles sur les Occasions Prochaines, codl^ laquelle nous nous sommes élevés, comme contre une Doctriac capable d'entretenir tous les Pécheurs dans leurs désordres ea les dispensant de se faire la moindre violence, et en leur permettant de demeurer dans les occasions et même dans les professions où ils sont en danger de se damner, s'ils n'ont pas ^^ facilité à les quitter ; ce qui est horriblement contraire i l'Évangile, qui oblige à s'arracher et les mains, et les yeuxméae si on en reçoit du scandale, pour nous apprendre qu'on doU?^ priver des choses qu'on ne peut quitter qu'avec une eitrêaK douleur, quand elles nous sont occasion de péché. Cependant les Jésuites osent, non seulement soutenir ces pernicieux sentimes mais ils veulent encore les autoriser par saint Thomas, (\ni citent pour cela (2-2. quœsl. x, art. 9). Mais on jugera de Iwf mauvaise foi, en voyant les paroles de ce Saint, qu'ils se >03i bien gardés de rapporter, parce qu'elles contiennent la condamnation expresse de la Doctrine de ces Casuistes. Les voici :
« L'Église, dit-il, défend aux Fidèles d'avoir commuoicatioa avec quelques personnes, pour deux raisons : la première, ^^ punir celui que l'on retranche de la communion avec les Fidèles (ce qui n'a pas lieu à l'égard des Païens, parce que l'Église di point d'autorité sur eux) ; la seconde est pour la sûreté de cciû à qui on défend d'avoir communication avec d'autres; surqû* il faut faire distinction des personnes, des affaires et des temps- Car si quelques fidèles sont fermes en la Foi, de sorte que par ^ communication qu'ils auroient avec les Infidèles, on puissepiûwî espérer la conversion des Infidèles que craindre que les Fidèle* ne se pervertissent et ne quittent la Foi, on ne doit p« J^ empêcher, principalement quand il y a quelque nécessité qni'^ y engage. Mais si ce sont des personnes simples et foiblesdtf? la Foi, desquels on puisse craindre probablement qu'elles ne* pervertissent, on doit leur défendre d'avoir communication »^«<^ les Infidèles et principalement d'avoir grande familiarité aveccoi et de les hanter sans nécessité. » Ce Saint ajoute que c'est pour cette raison que Dieu avoit défendu aux Israélites de s'allier i^'^
les Idolâtres de la terre de Ghanaan ; et il confirme cette Doctrine dans la réponse au troisième argument, où il dit : « qu'un esclave qui est soumis au commandement de son mattre embrassera plutôt la Religion de son maître fidèle, que non pas il fasse changer son maître de Religion ; et c'est pourquoi il n'est pas défendu aux Fidèles d'avoir des esclaves infidèles. Si néanmoins il y avoit du danger pour le maîcre, par la communication d'un tel esclave, il seroit obligé de l'éloigner d'auprès de lui, selon le commandement de Jésus-Christ dans l'Évangile : si votre pied vous scandalise, coupez-le et le jetez arrière de vous. »
11 est donc visible que ce passage est ridiculement allégué, pour montrer qu'on peut demeurer sans péché dans les Occasions Prochaines de péché, puisque ce Saint y établit des principes tout opposés.
Mais ceux qui sont accoutumés à voir leur hardiesse ne s'étonneront pas de celle-ci : car ils se sont servis de ce môme passage pour appuyer une Doctrine qui y est contraire en propres termes. Au lieu que ce Saint déclare qu'il n'est pas permis aux foibles d'aller entreprendre la conversion des Infidèles, ils allèguent ce môme endroit pour dire que cela leur est permis. C'est ce que fait le P. Bauny {Théol. mor.,i. IV, quest. xiv, p. 9Zi).ll distingue premièrement les Occasions de péché en Prochaines et Éloignées; il dit « que les éloignées sont tout ce qui peut être à l'homme cause de péché; mais que les Occasions Prochaines sont seulement ce qui est en soi péché mortel, ou ce qui est tel de sa nature, qu'il fasse fréquemment tomber dans le péché mortel les hommes de pareille condition ; de sorte que le Confesseur juge par le passé que le Pénitent ne sera jamais, ou rarement, dans cette Occasion sans péché mortel. » Il enseigne ensuite dans cet endroit, et dans la Somme des péchés {6« édit., p. 190), deux choses : l'une t que l'on n'est point obligé de quitter une Occasion Prochaine de péché, quand on ne peut le faire sans donner sujet au monde déparier ou sans en recevoir de l'incommodité; » l'autre, « qu'on peut même rechercher une Occasion Prochaine de péché pour quelque bien temporel ou spirituel de nous ou de notre prochain. » Il en apporte deux exemples : l'un, « que tous peuvent aller au pays des Infidèles pour travailler à leur conversion, cum manifesto peccandi periculo:» Tautre, « qu'on peut aller en de mauvais lieux pour faire concevoir aux femmes débauchées la haine de leurs péchés ; encore qu'il y ait beaucoup d'apparence que ces personnes tomberont, parce qu'ils ont sou-
vent éprouvé, à la perte et à la ruine de leurs &m^ qu'ils se laissent aller au péché par les cajoleries des femmes perdues. • Et c'est pour confirmer ces horribles maximes qu'il cite sàlni Thomas (2-2, qusest. X, art. 9), où il a dit ce que nous avoDs rapporté. Et le P. Caussîn, dans sa Réponse à la Théologie morale, renvoie au môme lieu pour défendre la même Doctrine des Occasions Prochaines : par où on peut juger s'il y eut jamais ùe fausseté plus insigne que celle que ces Pères emploient pour défendre leur méchante cause.