‹ Lettres écrites a un provincial (volume 2)Chapitre 67 sur 73 · CENSURE · texte numérisé non relu

CENSURE

D'un Livre intitulé : t Apologie pour les Casuisles, elc,, » faite par M. VÉvéque de Nevers.

Du 8 novembre 165S.

Ëustache de Chéry, par la grâce de Dieu et Tautorité apostolique, Évêque de Nevers, conseiller du roi en ses Conseils diktat et Privé : A tous doyens, clianoines et chapitres, abbés, prieurs, curés, vicaires, prédicateurs, et autres ecclésiastiques séculiers et réguliers de notre diocèse, salut.

L'étroite obligation que Jésus-Christ a imposée à ceux qu'il i établis Prélats et Pasteurs sur son peuple, de conserver tout ensemble l'unité des esprits dans le sacré lien de la paix, et si doctrine saine dans tout le corps mystique de son Église, nous a fait souvent gémir en sa présence, dans la crainte de devenir prévaricateurs dans notre charge, soit en tolérant le mal par une trop longue indulgence, soit en le réprimant par une trop prompte sévérité. Car comme le Fils de Dieu nous a prescrit d'une part de laisser croître Tivraie jusqu'au jour de la moisson, de peur de cueillir le bon grain en voulant Tarracher ; et que, d'ailleurs, il traite de mercenaires intéressés, de chiens moets, d'idoles sacrilèges, les successeurs des Apôtres qui répriment aussi peu généreusement les corrupteurs des mœurs de soa Église, qu'ils défendent lâchement la vérité de sa Doctrine : il faut croire avec le sage qu'il y a un temps de se taire, en dissi-

mulant quelque temps des choses répréhensibles, pour éviter de plus grands maux; et un temps de parler, lorsque, faute de contredire les impies profanateurs de la parole de Dieu, les peuples pourroient donner quelque croyance à leurs sentimens opposés aux plus saintes et plus importantes maximes du Christianisme. C'est pourquoi, après que nous avons jusqu'ici supporté avec douleur la licence insupportable de quelques Nouveaux Casuistes, qui remplissent PÉglise de Livres pleins de pernicieuses maximes d'une Morale pharisienne ; et entre les autres, le plus méchant et le plus dangereux de tous ayant paru depuis quelques mois dans notre diocèse, sans nom, permission, ni approbation quelconque, intitulé : Apologie pour les Casuistes contre les Calomnies des Jansénistes, etc., et qu'on nommeroit mieux le testament nouveau de l'amour de la chair, puisqu'il est opposé à celui de Jésus-Christ, qui apprend aux Fidèles à vivre selon l'Esprit : nous avons cru que nous étions indispensablement obligés de procéder à sa juste condamnation, et de le frapper des foudres que Dieu nous a mises en main pour la destruction de l'erreur. C'est un méchant Livre qui détruit la plupart des préceptes du Décalogue, introduit la profanation des Sacremens, porte à l'irrévérence de nos plus sacrés mystères ; il enseigne aux Valets à voler leurs maîtres, et aux enfans des hommes à souiller leurs mains violentes comme des Caïns dans le sang de leurs frères : il présente aux Libertins, pour rompre les jeûnes commandés de l'Église, des moyens les plus honteux et les plus brutaux : il approuve la Simonie la plus manifeste, et dit qu'un bien temporel peut servir de motif pour en donner ou recevoir un spirituel : il permet aux personnes consacrées aux divins autels, les compagnies domestiques les plus infâmes : il permet encore l'Usure, et fournit des moyens pour en faciliter la pratique contre l'Écriture et les Canons : il autorise les Calomnies les plus noires, et qui imposent malicieusement de faux crimes à des innocens véritables: enfin il soutient la pernicieuse Doctrine de la Probabilité fondée sur le raisonnement purement humain, maxime la plus impie, erreur la plus dangereuse, venin le plus mortel de la Morale chrétienne. Ces opinions détestables, et plusieurs autres qui favorisent les excès les plus honteux de l'Alcoran des Turcs, que nous ne marquons point ici, pour ne pas offenser les oreilles chastes et chrétiennes, nous ont fait connoître combien il étoit nécessaire d'employer l'autorité que Dieu nous a donnée pour arrêter et condamner ce Livre criminel. A quoi nous nous sen-

Page 1