ORDONNANCE
De MM. les Vicaires Généraux de M. le Cardinal de Relz, Arrktvéque de Paris, pour la signature du Formulaire de (o*. dressé en exécution des Constitutions de nos Saints-Pèrei Us papes Innocent X et Alexandre Vif.
Jean-Baptiste de Contes, prêtre, docteur es droits, doyen de PÉglise de Paris, conseiller du roi en ses Conseils d'État et privé. et Alexandre de Hodencq, aussi prêtre, docteur en théologie de la Société de Sorbonne, curé et archiprétre de Saint-Sé?erlD, conseiller du roi en sesdits conseils. Vicaires Généraux de M. k Cardinal de Retz, Archevêque de Paris. A tous ceux qui ces présentes Lettres verront, salut en Notre-Seigneur. Comme il est impossible de plaire à Dieu sans la foi, et de vivre de la vie d*uo véritable chrétien sans cette vertu, qui est le fondement de c»^ qu'on espère et la démonstration des choses que Ton ne voit pas : aussi est-il très important que les Prélats de l'Église veilleot de telle sorte sur ceux que Dieu a commis à leur conduite, qut cette foi, de laquelle ils sont les principaux dépositaires, ne puisse être aucunement altérée par des contentions de doctrine, qui souvent ne blessent pas moins la foi qu'elles détruisent li charité, laquelle, comme dit saint Paul, est la fin du précepte, et procède d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi non feinte, ajoutant que ceux qui s'en départent s'emportent à des discours de vanité et de questions inutiles, qui ne produisent que des querelles, de l'envie, de la médisance et de mauvais soupçons : et quand il arrive de telles contentions dans l'Église, il n'est pas moins du devoir épiscopal d*en arrêter le cours dfi bonne heure, et de réprimer la témérité de ceux qui en sont les auteurs, ou qui entreprennent de les soutenir, qu'il est de U piété et charité chrétienne de tâcher, par tous moyens, de les réunir en un même esprit dans le centre de l'Unité Catholique, qui est l'Église Romaine. C'est ce que le pape Innocent X, d'heureuse mémoire, a voulu faire au sujet des Cinq Propositions cou-
cernant la matière de la Grâce, qui lui avoient été présentées de la part de plusieurs Évoques de France, par sa Constitution du dernier mai 1653, après la publication de laquelle nous espérions que chacun demeureroit dans le respect et la soumission dus au Saint-Siège, et que toutes ces contentions et disputes touchant lesdites propositions cesseroient. Mais le malin esprit, qui envie toujours la paix de PÈglise, et s'efforce d'y entretenir la division, a renouvelé ces disputes : et quoiqu'il ne s'agît, du temps d'Innocent X, que de savoir si lesdites Propositions étoient véritables et catholiques, ou si elles étoient fausses et hérétiques; et que ce Pape les ayant condamnées comme hérétiques, il n'y eût plus rien à désirer, et que chacun dût se soumettre à la décision qu'il en avoit faite par sadite Constitution : néanmoins, on a mû une autre Question de Fait, et prétendu que ces Propositions n'étoient pas de Cornélius Jansénius, Évêque d'Ypres, et n'avoient point été condamnées au sens de cet Auteur ; ce qui ayant de nouveau troublé la tranquillité de l'Église, a donné sujet à notre saint-père Alexandre VII de prononcer sur cette question par sa Bulle du 16 octobre 1656, laquelle nous avions fait publier en cette ville et diocèse de Paris, par notre Mandement du 12 avril 1657, et ordonné de la recevoir avec tout l'honneur et révérence qui est dû au Saint Siège apostolique, et de l'observer de point en point selon sa forme et teneur, sous les peines y portées; ce qui eût dû entièrement calmer les esprits. Cependant le contraire est arrivé, et les disputes ont continué comme auparavant; ce qui a obligé le Roi, par sa piété accoutumée, et le zèle qu'il a pour procurer et maintenir la paix et l'union dans l'Église ainsi que dans son Ëtat, de désirer que MM. les Évêques avisassent entre eux à trouver des moyens convenables pour faire cesser toutes ces divisions, et rétablir la Paix en l'Église sur le sujet desdites Cinq Propositions. A quoi lesdits sieurs Évoques ayant travaillé, et proposé à Sa Majesté de faire signer un Formulaire de profession de foi, Sa Majesté l'a autorisé par arrêt de son Conseil d'État du 13 du mois d'avril dernier, et nous a fait l'honneur de nous écrire le 20 du même mois, et exhorté de nous conformer à ce moyen proposé. A ces causes, désirant satisfaire aux bonnes intentions de Sa Majesté, et contribuer, autant qu'il nous est possible à ses pieux et louables desseins, nous avons ordonné el ordonnons par ces présentes que ledit Formulaire ci-après transcrit sera signé par tous les doyens, chanoines, chapitres, abbés, prieurs, couvsns, commu-
e08 APPENDICE.
nautés séculières et régulières, monastères de religieux et religieuses, curés, vicaires, prêtres habitués, bénéficiers, et génénleraent de tous ecclésiastiques, principaux des collèges, docteurs, régens, professeurs et maîtres d'école de cette ville, faubourgs et diocèse de Paris, soi-disant exempts et non exempts, ou de nul diocèse; et ceux qui composent lesdits corps ecclésiastiques séculiers ou réguliers feront mettre sur le registre notre présente Ordonnance et ledit Formulaire, et y souscriront, et nous rapporteront un acte original et authentique de leurs souscriptions au bas des présentes dans quinze jours après la publication et signification dlcelles. Et quant aux autres particuliers ecclésiastiques qui ne font corps ou communauté et autres ci-dessus exprimés, ils viendront signer dans ledit temps au secrétariat de TArchcvêché de Paris; autrement, à faute de ce faire, et ledit temps passé, sera procédé contre eux par ks voies de droit, conformément auxdiies Constitutions ei Arrêt, sans néanmoins que par ledit Formulaire et la Signature d'icelui il soit innové auxdites Constitutions. Et, pour ôter tout prétexte de dispute et de contention à Tavenir sur ces questions, et tâcher, par toutes voies, de réunir les esprits, nous ordonnons ei enjoignons qu'à l'égard même des faits décidés par lesdites Constitutions, et contenus audit Formulaire, tous demeurent dans le respect entier et sincère qui est dû auxdites Constitutions, sans prêcher, écrire et disputer au contraire, et que la Signature que chacun fera dudit Formulaire en soit un témoignage, promesse et assurance pnblique et inviolable, par laquelle ils s'y engagent, comme de leur croyance pour la décision de foi, après laquelle signature, la foi de chacun étant reconnue, nous faisons très-expresses inhibitions et défense à tous les diocésains de Mondit Seigneur l'Archevêque, sous peine d'excommunication, de se diffamer l'un l'autre du nom de Jansénisle et de Semipélagietiy et leur enjoignons de nous avertir de ce qu'ils sauront avoir été dit ou fait au préjudice desdites Constitutions et de notre présente Ordonnance, pour y être pourvu ainsi que de raison. Si donnons à l'archiprêtre de Sainte-Marie-Madeleine, aux doyens ruraux de ce diocèse, au premier prêtre ou appariteur sur ce requis, que ces présentes ils signifient à tous doyens, chanoines, etc., à ce qu'ils n'en prétendent cause d'ignorance, et aient à y satisfaire dans le temps y porté, sous lesdites peines, de ce faire leur donnons pouvoir. Et seront les présentes publiées au prône des messes paroissiales, et affichées aux portes des églises et ailleurs où besoin sera. Donné à Paris, sous le
âceau des armes de Mondit Seigneur TArchevôque, la huitième jour de juin 1661. Signé de Contes et de Hodbngq.
Ensuit ledit Formulaire.
Je me soumets sincèremeat à la Constitution du pape Innocent X du 31 mai 1653, selon son véritable sens, qui a été déterminé par la Constitution de notre Saint-Père le pape Alexandre Vli du 16 octobre 1656. Je reconnois que je suis obligé en conscience d^obéir à ces Constitutions, et je condamne de cœur et débouche la Doctrine des Cinq Propositions de Cornélius Jansénius, contenues dans son Livre intitulé : Auguslinus, que ces deux Papes et les Évoques ont condamnées ; laquelle doctrine n'est point celle de saint Augustin, que Jansénius a mal expliquée contre le vrai sens de ce saint docteur. Et au-dessous, signé Bauoouyk.