Le duc de Liancourt
école d'erreur et d'Hérésie pour desenfans. Dieu ne fait passealement des Miracles en cette maison, mais veut encore que le premier et le plus éclatant paroisse en la personne d'une des p^ tites filles qu'on élève en sa crainte et en son amour: qui-i-il voulu montrer par cette guérison si merveilleuse, sinon que Péducatlon qu'elles y reçoivent est aussi salutaire pour leurs ioes que pour leurs corps; et qu'il n'y guériroît pas leurs yeux eulades par des voies miraculeuses, si l'on y rendoit leurs esprits et leurs cœurs malades par des doctrines impies et corrompues!
Et après qu'un Auteur très envenimé contre elles (le P. Anoit a osé écrire sur leur sujet : t que les Religieuses mêmes sont bien loin de leur compte, si elles se flattent de leur virginité et de leur profession, puisque saint Augustin dit qu'il y a des Vierges qui sont hors du Temple du Roi^ des Religieuses Hérétiques : qu'à ii vérité elles sont vierges; mais qu'il ne leur servira de rien d'être vierges, si on ne les conduit dans le Temple du Roi, c'est-à-dire dans l'Église » : peut-on juger autre chose, sinon que Dieu a voûta le faire rougir de sa calomnie, et montrer aux plus aveugles qu'elles sont dans le Temple du Roi, puisque le Roi même qui habite au dedans d'elles comme dans ses Temples, selon Ja parole de saint Paul, a voulu se montrer encore au dehors d'elles dans leur propre Temple, dans leur propre église, et faire voir à tout Paris, par les merveilles qu'il y opère, l'union étroite qu'il a avec elles comme avec ses très humbles filles, et TuBion inséparable qu'elles ont avec son Église, comme avec leur sainte mère?
Et enfin pouvoit-il mieux étouffer que par ses Miracles cette maligne et vraiment diabolique calomnie, qui, ne voyant rien que de pieux et de catholique dans cette maison religieuse, loi attribuoit un venin caché d'intentions secrètes et criminelles? Car peut-on appeler des jugemens de celui qui, par sa lumière infinie et sa justice inflexible, ne peut ni êire trompé par l'obscurité des replis de l'âme, ni agir en sa faveur que lorsqu'elle est sincère et innocente devant ses yeux? Si Port-Royal «avoit regardé l'iniquité dans son cœur », selon l'expression de David, « le Seigneur nel'auroit point exaucé ». {Ps. lxv, 18.)S'ilyavoit eu de la duplicité et de la corruplion d'esprit dans son humble soumission aux Constitutions et aux Décrets de l'Église Romaine, que devoit-il attendre, que des châtiments de la justice de Dieu, ennemi des fourbes et des hypocrites? Et sionavoit demandé â ces Écrivains ce que cette maison religieuse devoit espérer de luiaa
mois de mars dernier, lorsque tout étoit conjuré contre elle, ils ne lui auroient promis que les vengeances dues à des complices d'une Nouvelle Hérésie, Mais il a paru qu'ils ont plus de crédit sur la terre que dans le ciel, et qu'ils gouvernent plus les hommes, qui peuvent être surpris, que le Dieu des hommes, qui ne peut l'être. Au lieu de ces châtiments et de ces vengeances dont ils menaçoîent Port-Hoyal plus que jamais, ce juge des vierges a répandu sur cette maison ses bénédictions et ses faveurs les plus singulières. M II a trompé les trompeurs », selon la parole de l'Écriture (Prov.^ III, 3Zi.j 11 a montré combien la témérité de leurs pensées étoit éloignée de la vérité des siennes ; combien l'aveuglement deî leur passion étoit contraire à la lumière de sa sagesse: combien la cruauté de leur haine étoit opposée à la douceur de son amour.
Certes, s'ils avoient encore quelque reste de modération et de retenue, ils seroient au moins demeurés dans le silence, se sentant accablés du poids de la main de Dieu^ « oppressi pondère manus Dei», comme dit saint Augustin. Car comme en cette rencontre la calomnie ne s'attachant qu'à ce qui est connu de Dieu seul, ne pouvoit être conrondue que par lui seul, il semble aussi qu'il a pris plaisir à s'en rendre juge, et « à révéler le secret des cœurs », comme il est dit dans l'Évangile (Luc, n, 35); qu'il a voulu découvrir quel étoit le venin caché qui a causé tant de troubles et tant de scandales; que ce n'étoit pas celui de l'erreur, mais de l'envie ; que l'Hérésie et l'Impiété n'empoisonnoient pas les âmes de ses épouses; mais que l'animosité et la jalousie envenimoient celles de leurs ennemis, fit ainsi l'on peut dire maintenant de l'innocence de ces Accusées ce que l'Apôtre disoit autrefois : « Deus qui justificat, qui est qui condemnet »? (Rom vin, 33, 3Zi), et de la malignité de leurs Accusateurs, ce que Jésus- Christ reprochoit aux siens : « Vos estis, qui justificatis vos coram hominibus : Deus autem novit corda vestra » (Luc, xvi, 15.).
Que pouvoit donc faire davantage pour la Protection de cette Maison celui qui est la charité et l'équité souveraine? Et de qu'elle sorte pouvoit-il se déclarer plus hautement contre ceux qui vouloient l'opprimer par leurs impostures et leurs violences ? « Les hommes s'expliquent en paroles, dit saint Augustin, mais Dieu parle par actions ». {Ep, xlix.) C'est pourquoi ce saint dit excellemment : « que ses Miracles sont comme son éloquence, qui ne s'entend pas par les oreilles, mais qui se considère par les yeux et par l'esprit : In opère divine quandam Dei cloquentiam
non audire, sed considerare permîsl». {De Civil. Dei, IlI,cap.Tni.) C'est le plus haut et le plus divin langage de sa ProTldence : et *i Ton veut savoir ce qu'elle veut dire, lorsqu'elle se dédarepor rinnocence de ses serviteurs ou de ses servantes persécutés pir la calomnie, le grand saint Grégoire, pape, nous l'enseigne, lorsqu*il dit que : « ces Miracles sont les armes dont Dieu les coottï; mais des armes toutes brillantes d'éclairs, qui frappent et ébloa;?sent leurs persécuteurs, afin qu'ils n'osent plus les persécuief: « Arma miraculorum mentes persequentium fulgurant, ut '^ persequi non prsesumant ». (Lib. I, In Ezech., hom. v.)
Aussi Jésus-Christ a montré bien clairement que ce n'étoitqa'i Port-Royal qu'il vouloit faire des Miracles par cette Sainte R^ lique, puisqu'il n'en a fait aucun durant tout le temps qu'elle a été en plusieurs autres lieux. Et cependant s'il n'avoit voulu en faire que pour la Relique même, où sa Providence eût-elle pu enfain; plutôt que parmi des Religieuses aussi généralement hononécs pour leur piété que le sont les Carmélites et les Ursulines, qui, par leur réputation, auroient donné de l'éclat à ces Miracles, e: les auroient fait recevoir avec applaudissement de tout le monde? Mais il ne Ta pas voulu : parce que, n'ayant point d'ennemis qtâ les déchirent et les persécutent, elles n'avoient pas besoin, comme quelques-unes d'elles ont dit, qu'il fît un Miracle pour pronrer qu'il est avec elles, puisque cette vérité n'est révoquée en doute par qui que ce soit.
M. de La Poterie garda encore cette Sainte Épine dans sa chapelle durant plusieurs jours, après le premier Miracle qui s'ètoit fait à Port-Royal. Plusieurs personnes venoient chez lui poor être soulagées dans leurs maladies. C'étoit la même Relique, et néanmoins Dieu ne fit aucun Miracle dans ces différents lieoi oc elle a été. Mais comme ce serviteur de Dieu se vit accablé parte grand nombre de ceux qui venoient dans son logis, et qui trasbloient sa retraite et son repos, il jugea que puisque Dieu nVoil fait aucun Miracle par cette Sainte Épine qu'i Port-Royal, c'étoit là où il vouloit qu'elle fût. Ce seul mouvement, tout de foi etd? piété, le fit résoudre à l'y envoyer de nouveau : et parce que cet Écrivain en a parlé comme d'une Relique empruntée ^^' Royal, sa passion altérant partout la vérité, et envenimant 1« choses les plus innocentes, je rapporterai ici les propres par^^^ que cet ecclésiastique écrivit à la mère prieure surcesiyet le 17 d'avril :
« Ma révérende mère et cousine,
a J'ai une très grande consolation et un contentement indicible d'avoir appris combien Notre-Seigneur a été honoré et loué par ses épouses, du Miracle si grand et si évident qu'il a opéré par cette Sainte Épine de sa Sacrée Couronne : et je crois que comme les esprits bienheureux, inférieurs en gloire, n'ont point de jalousie de ce que Dieu est plus hautement loué et glorifié par ceux qui sont au-dessus d'eux, mais au contraire en ont une grande joie, je dois aussi, à leur imitation, me réjouir davantage que cette Sainte Épine soit plus fervemment, plus dignement et par plus de personnes honorée en votre maison qu'elle ne pouvoit l'être en ma chapelle. Dieu a voulu que je vous la laissasse, puisque par elle il a fait un si évident Miracle. J'en suis tout étonné en moi-même, lorsque je considère tout ce qui s'est passé, et la conjoncture en laquelle il est arrivé, vu que je pouvois vous la faire voir il y a deux mois, et vous aussi me la demander comme ont fait les Carmélites. Mais Dieu l'avoit réservé pour ce temp?, auquel vous étiez menacées de plus grandes persécutions, pour relever vos esprits et vous donner une grande confiance qu'il ne délaissera point ses épouses. Et ce qui est encore remarquable, est que ce Mirîicle est arrivé en l'une de vos petites filles, lorsque Ton faisoit courir le bruit, comme vous savez, qu'on vouloit vous les ôter. Je trouve tant de choses si extraordinaires et si remarquables en cette faveur que Dieu vous a faite que je veux entrer plus avant en ce discours. Au reste, vous avez voulu mener une vie cachée, et n'ôtr» connues que de Dieu, ne l'étant du monde, sinon par les persécutions qu'il vous faisoit ; mais Dieu a voulu faire connaître au monde votre innocence, et que dorénavant on aille en votre sainte maison pour recevoir des grâces de lui. »
Cette Relique ne fut pas plus tôt revenue à Port-Royal que Dieu commença d'y faire par elle de Nouveaux Miracles. Cette arche sainte (II Reg*, vi, 12) a apporté le bonheur et la bénédiction en cette Maison, parce que Dieu l'a ainsi voulu, comme autrefois il voulut que l'arche d'alliance l'apportât, selon l'Écriture, dans la maison d'un pieux Israélite. Je rapporterai ici quelquesunes de ces merveilles.
Une religieuse de condition de la Maisonr-Dieu de Vernon, nommée sœur Marguerite Carré de Merçay, ayant été près de
deux ans sans pouvoir marcher qu'avec de grandes difficulté, aidée d'une autre, ou soutenue d'un bâton, à cause d'une espèce de paralysie qui lui étoit tombée sur les jambes, pour laqoeOe elle avoit usé de plusieurs remèdes sans aucun effet, et étci: même sortie de son monastère pour prendre les eaux de Rouen, que le médecin croyoit lui être salutaires, sans en ressentir de soulagement; enfin ayant été envoyée à Paris avec une autre de ses compagnes, et sa foi l'ayant portée à avoir plutôt recours i Dieu qu'à des remèdes humains, dont elle avoit éprouvé rinuliliié durant tant de temps, elle se fit mener à Port-Royal pour adorer la Sainte Épine et y communier, ce qu'ayant fait, elle sentit aa grand engourdissement dans les jambes, qui lui fit craindre «k ne pouvoir se lever de sa place; mais sa foi et sa dévotion l'ayant portée à baiser encore une fois cette Sainte Relique, elle en ressentit à l'instant l'effet salutaire, s'étant trouvée aussi forte poQf marcher, monter et descendre, qu'avant qu'elle fût malade; jusque-là que, s'en étant retournée peu de jours après en soq monastère, elle fit près d'une lieue à pied sans aucune incoœmodité, comme M*"*' Le Lectier, sa prieure, l'écrivit aussitôt i M. Malet, chez qui ces deux religieuses avoient demeuré étanii Paris; et depuis, la même prieure a envoyé son attestation avec celle du médecin et du chirurgien.
M"" Durand, femme de M. Durand, procureur de la Cour, entre autres infirmités, en ayant une principale, qui étoit un vomissement continuel depuis deux ans dix mois, qui lui faisoit rejeter toute sorte de nourriture; elle se fit porter à Port-Royal pow demander à Dieu, par l'attouchement de la Sainte Épine, la guérison de ce vomissement; et elle l'obtint si entière le samedi 15 juillet, après avoir adoré et baisé la Sainte Épine, qu'ayant senti un changement en elle qui lui fit croire qu'elle étoit guérie, elle prit ensuite de la nourriture dans le monastère même; et au lieu qu'elle n'avoit encore pu retenir celle qu'elle avoit prise chez elle le matin^ elle la retint alors sans peine, comB^ elle a toujours fait depuis, sans avoir eu ni vomissement, ni mal de cœur.
D'autres personnes qui étoient, ou trop malades pour pouvoir souffrir d'être portées à Port-Royal, ou trop éloignées ou trop foi blés pour entreprendre ce voyage, se sont servies des linges qui avoient touché à cette Sainte Épine, et les ayant mis sur elles avec foi dans le temps des neuvaines qui se faisoient pour elles à Port-Royal, elles ont été guéries avec l'admiration de tout le monde.
L'une de ces personnes est une petite fille de treize ans, nommée Angélique, fille de M. Portelot, procureur de la Cour, dont les divers maux étoient si étranges et si inconnus, que nuls remèdes de la médecine n'ont pu les guérir durant près de quatre ans. Elle avoit eu des vomissements pendant six mois, puis la fièvre, qui ne la quittoit point, avec des convulsions horribles, et un retirement de deux vertèbres de l'épine du dos, qui, n'étant plus en leur place naturelle, l'empêchoient de pouvoir se tenir en son séant, et l'obi îgeoient à être toujours couchée plate, ayant la tête plus basse que les pieds, parce qu'en toute autre assiette elle souffroit d'extrêmes douleurs et jeloit de grands cris; de sorte que pour la mener une fois à Notre-Dame des Vertus, on fut contraint de la faire porter toute couchée sur un petit matelas dans une manne. Enfin, n'ayant pu trouver aucune sorte de soulagement, le bruit des miracles qui se faisoient par la Sainte Épine à Port-Royal porta sa mère à y faire une neuvaine; ce qui donna à la malade une grande confiance de guérir. Le dernier jour de la neuvaine, qui fut un mercredi 5 juillet, sa mère lui ayant apporté des linges qui avoient touché la Sainte Épine, et la malade les ayant mis sur elle, une demi-heure après elle sentit un grand remuement en tout son corps; ses convulsions, qu'elle avoit d'ordinaire cinq ou six fois le jour, et qu'elle avoit encore eues trois fois ce jour-là avec de sensibles douleurs, cessèrent entièrement; la fièvre la quitta, et ses vertèbres s'étant remises en leur place, elle se mit en son séant, ce qu'elle n'avoit pu faire depuis trois ans et demi ; elle se leva, marcha par la chambre, se mit à genoux pour rendre grâces à Dieu, et deux jours après vint à Port-Royal se portant fort bien; ce qui a toujours continué depuis, et a fait venir chez son père grand nombre de personnes de condition, qui ont été les spectateurs et les témoins de cette merveille.
Une religieuse du monastère des Ursulines de Noyers en Bourgogne, nommée sœur Claude-Marie de Saint-Joseph, qui, depuis plus de deux ans, étoit étique et paralytique, en telle sorte qu'elle avoit même les pieds renversés, et que les genoux lui trembloient sans cesse lorsqu'elle étoit assise, s'étant fait porter à l'église le dernier jour de la neuvaine qu'on faisoit pour elle, entendit la messe assise, et s'étant fait mettre sur les jambes des linges qui avoient touché la Sainte Épine, elle pria qu'on lui récitât tout haut la Passion de Notre-Seigneur; et lorsque la sœur qui la lisoit vint au couronnement d'épines, et prononça
ces mots : Ave^ rex Judœorum, elle éleva son cœur à Dieu, e: lui demanda qu'il lui plût lui faire la grâce de Tadorer dans u autre esprit que celui des Juifs, puisqu'elle le reconooi^oiî pour son Dieu, son roi et son père, de qui elle attendoii k^ secours dont elle avoit besoin. Ensuite de quoi elle sentit uae vertu secrète et divine qui se répandit dans ses jambes, qui remit ses pieds dans leur état naturel, et raffermit tellement sesgeooai, qu'elle se leva dans cet instant; et ayant marché toute seule jusqu'à la grille, s'y mit à genoux pour adorer Jésus-Christ cotamt elle venoit de le lui demander. Sa fièvre, son vomissement conunuel et tous ses autres maux disparurent aussitôt. La surprime d'un si grand Miracle fit jeter des cris de joie par les religieuses. Elle entendit toute une messe à genoux; et les ecclésiastiques et les magistrats étant venus au bruit de cette merveille, on ea chanta le Te Deum, durant lequel celle qu'on avoit apportée à l'église depuis deux ans se tint toujoui^ debout, et depuis ce jour se trouva dans une si pleine et entière santé, que la maisc^o en fit dresser une attestation signée d'elles toutes, qui sont ai nombre de cinquante-cinq religieuses, et l'adressa à un ecclé^iistique qui avoit dit la messe pour elles à Port-Royal, et leur avoit envoyé ces linges.
Une des religieuses ursulines de Pontolse, nommée sœur Marie de l'Assomption, avoit été tourmentée durant huit mois d'un si horrible mal de lête, et de si violentes et si continuelles douleurs en cette partie, qu'elle n'avoit repos ni jour ni nuit, sans qu'elle pût tirer de soulagement d'aucuns remèdes, ni mèm*' d'une ouverture qu'on lui avoit faite à la tête jusqu^au crine; enfin ayant ouï parler des merveilles que Dieu faisoit à Port- Royal par la Sainte Épine, y envoya des linges qui la touchèrenn el qu'elle appliqua à son mal le 17 août dernier, qui fut le premier jour de saneuvaine; et depuis ce jour elle sentit une si notable diminution de son mal, que le dernier, qui fut le \ei}dredi 25, toute la communauté en rendit grâces à Dieu avec elle, et que ce fut elle-même qui entonna le Te Deum qui en fot chanté; ce qui a porté les Religieuses à envoyer à la mère abbesse de Port-Royal une attestation de cette guérison miraculeuse, sigiiée des oflicièresde la maison, et accompagnée de Patte^tatioD des deux médecins et du chirurgien, qui déclarent que ce récit des religieuses est très conforme à la vérité, et qu'ayant employé les remèdes dé la médecine environ l'espace de huit mois, pour le soulagement de la malade, sans en avoir eu le succès préteoda
et espéré, ils voient et jugent que sa guérison vient plutôt du ciel que de ces remèdes de la médecine, et l'estiment tenir entièrement du Miracle. Ces actes sont datés du iU du présent mois de septembre.
M"" d'Espinay, femme de M. d'Espinay, commis au contrôle général des finances, reconnoît que de ses trois derniers enfants, qui ont été trois filles, la première, qui a vécu jusqu'à l'âge de cinq ans et demi, et la seconde jusqu'à dix-huit mois, n'ont jamais pu mettre un pied devant l'autre pour marcher, et sont mortes dans cette impuissance : la troisième, qui est la dernière, étant encore en ce môme état à l'âge de dix-sept mois, il lui étoit survenu une fièvre continue avec un grand dévoiement haut et bas, qui la mettoit en danger. Au mois d'août dernier, sa mère envoya à Cachan, près de Paris, où elle étoit en nourrice, des linges qui avoient touché à la Sainte Épine de Port-Royal, et fit dire la messe pour elle en l'église de ce monastère. Sa nourrice lui ayant mis ces linges, elle s'endormit, et à son réveil se trouva sans fièvre et sans dévoiement ; ce qui ayant convié sa mère à aller la voir, elle fut étonnée de trouver que non seulement elle étoit guérie de sa fièvre, mais que môme elle commençoit à marcher; et peu de jours après, étant seulement soutenue avec la lisière, elle marchoit aussi bien qu'un enfant de cet âge peut faire : ce qui a toujours continué jusqu'à présent, au grand étonnement de tout le voisinage.
Une religieuse de l'abbaye du Thrésor, de l'Ordre de saint Bernard, fille de M. de La Poterie, conseiller d'État, étant malade depuis sept mois d'une fièvre continue, accompagnée de grands maux de tôte et d'estomac, et tous les remèdes de la médecine lui ayant été inutiles, elle écrivit, au commencement de septembre, à M. de La Poterie, l'ecclésiastique, son oncle, pour le prier de lui envoyer quelque chose qui eût touché la Sainte Épine, et faire faire une neuvaine pour elle par les Religieuses de Port- Royal, en lui mandant le jour qu'on la commenceroit, et l'heure qu'on célébreroit la sainte messe, afin qu'on fît la môme chose et au même temps au Thrésor. M. de La Poterie lui récrivit que l'on commenceroit le 11 septembre, et qu'elle ne mît les linges qu'il lui envoyoit, après les avoir fait toucher à la Sainte Épine, que le dernier jour de la neuvaine. La malade, ayant gardé cet ordre, ne sentit point de soulagement durant les huit premiers jours, et au contraire sa fièvre augmenta notablement, et se trouva si mal le matin du 9, que, voulant communier, et ayant
tâclié de le faire à genoux, auprès de son lit, cela lui fut impOîsible. Après la communion, elle mit les linges à sa tête et à^n côté droit; et comme nous voyons que, dans rÉvangile, qu.luns de ceux que Notre-Seigneur vouloit guérir étoient avant leur guérison plus violemment tourmentés, elle ressentit de graii>^ douleurs et une augmentation de fièvre : mais s'étant a^oupia dans la violence de ce mal, fort peu de temps après, entre s*-?: et huit heures, elle se réveilla toute guérie, se leva, s'hibiib. marcha, descendit toute seule à Téglise, où les sœurs, qui éioien: au chœur, furent tellement étonnées par une guérison si ««daine et si merveilleuse, que, pour en témoigner à Dieu kur reconnoissance, elles tirèrent de leur sacristie une autre Saiut^ Épine qui est dans ce monastère, que la guérie même porta c:j5 une procession qui fut faite par toutes les religieuses apri'>.a grand'messe. Elle vint ensuite au parloir voir M. Tabbé de Laoson, chanoine de Notre-Dame, qui se trouva alors en cKe abbaye, où il a trois sœurs religieuses, auquel elle dit qu'elle étoit parfaitement guérie, et le pria de dire à Paris, où il ^>fi retournoit, qu'elle attribuoit sa guérison aux linges qui aToieDi touché la Sainte Épine de Port-Royal, et aux prières de c^ bonnes religieuses. Elle a depuis écrit la môme chose à M. de b Poterie, son oncle, ajoutant : « qu'elle fit maigre dès le lend?main, ce qu'elle n'avoit point fait depuis le premier jour de l'an, et qu'elle s'étoit sentie poussée, en priant Dieu, de le suppli'^r d'envoyer ua cierge à Port-Royal pour brûler devant la Sainte Épine, et de la recommander aux prières des Religieuses, anc qu'elles lui obtinssent la santé de son âme, aussi bien que cell^ de son corps » ; ce sont ses paroles. Elle lui a aussi envoyé l'a'testation du médecin qui l'avoit traitée durant toute cette maladie, qui reconnoit qu'une guérison si prompte et si accompi^ n'étoit arrivée ni par aucun mouvement de la nature, ni ^ aucun secours de la médecine.
On ne rapporte point ici d'autres guérisons semblables, qoe ceux qui les ont obtenues, ou pour eux, ou pour leurs enfants, ont estimées surnaturelles et toutes divines, comme du P. Bernard Caignet, prieur de Saint-Vincent de Senlis, de l'Ordre des chtnoines réguliers de saint Augustin, qui est venu, le 28 septembre, à Port-Royal, dire la messe en actions de grâces; deM"*de3/oflicheny, demeurant près de Saint-Jacques de l'Hôpital; d'une fil!* âgée de vingt-^ quatre ans, nommée Marie-Élisabeth Renard, fille *^ M. Renard, de la paroisse de Saint-Laurent; d'un garçon tailleur
de la Communauté des tailleurs, nommé Claude Le Koy; d^une petite fille, âgée de deux ans neuf mois, nommée Claude Bêche, demeurant en la rue Saint-Antoine, et de plusieurs autres dont on n'a pas retenu les noms, qui viennent tous les jours remercier Dieu à Port-Royal des grâces qu'ils ont reçues.
Il suffit de dire que si Dieu n'y faisoit sentir ou espérer son secours, il n'y a aucune considération humaine qui piH porter tant de personnes à venir au bout de la ville adorer cette Sainte Épine dans l'église de Port-Royal, et y faire leurs prières tous les vendredis. Car on ne les y attire en façon quelconque; et par la grâce de Jésus-Christ, on ne cherche que la gloire de Dieu dans une affaire toute de Dieu. C'est ce qui a donné le mouvement à M. de La Poterie de faire le don entier de ce qu'il n'avoit :iu commencement laissé qu'en dépôt : tant de guérisons extraordlnai:- îs lui ayant fuit juger que Dieu demandoit de lui qu'il se privât de ce trésor de bénédictions et de grâces, quelque dévotion qu'il eût de le révérer dans sa chapelle avec plusieurs autres Saintes Reliques, pour le donner, comme il a fait, au monastère de Port-Royal où Jésus-Christ faisoit paroître de jour en jour, par les merveilles qu'il y opère, que c'est là où il veut que cette Sainte Épine de sa Couronne soit honorée.
Cependant cet Écrivain est si aveuglé de la passion qui l'anime que, bien loin de reconnoître le doigt de Dieu dans une si visible protection de ses servantes, il prétend, au contraire, que toutes ces merveilles que Dieu a faites en leur faveur et dans leur église ne prouvent autre chose que leur infidélité, et justifient contre elles toutes les accusations de leurs ennemis.
Cette prétention est si étrange qu'elle suffit toute seule pour ôter croyance à des personnes si déraisonnables; et les exemples qu'ils produisent pour l'appuyer ne servent qu'à faire voir davantage combien elle est injuste et contraire à l'esprit de l'Église.
Le premier qu'ils allèguent est une aussi grande preuve de leur suffisance et de leur sincérité, que l'application qu'ils en font l'est de leur équité et de leur sagnsse. « Le cardinal Baronius, dit cet Écrivain, au sixième tome de ses Annales, en l'année UTU, rapporte qu'une femme veuve, juive de nation et de religion, avoit en sa maison une des robes de la très sainte Mère de Dieu, et que, nonobstant sa fausse religion et son incrédulité, Dieu ne laissoit pas de faire plusieurs grands Miracles par le moyen de cette précieuse Relique; de sorte qu'il y avoit tous II. 38
59i APPENDICE.
les jours en ce lieu un grand concours, non-seulement de chrétiens, mais aussi de Sarrasins et autres infidèles, qui étoient m'tracuieusement guéris de plusieurs maladies : ce qui n^empécha pas que cette misérable juive ne demeurât toujours dans son infidélité, n
Mais il est très faux que Baron ius dise rien de tout cela, m f^a cette année ^74, ni en aucune autre. H ne fait que renvoyer sir ce sujet à Métaphrasta et à Nicéphore, qu'ion sait être des Autears très fabuleux et de fort peu d'autorité parmi les savants. Les cardinaux Bellarmin et Baronius remarquent du premier qu'il a ajouté aux Vies des Saints qu'il a écrites beaucoup de fausses circonstances et principalement des Miracles; et ils ne font guère plus d'estime du second, pour la vérité de Thistoire. Et cependant cet Écrivain ne s'est pas contenté de supposer à Baronius ce qu'il n'a jamais dit, mais il altère mémo par beaucoup de déguisements et de faussetés ce qui a été dit par ces deax Grecs.
1*» 11 dissimule le fondement de toute cette histoire, qui e>t qu'ils disent l'un et l'autre que la Vierge, étant prête de mourir, laissa d»^ux de ses robes à deux veuves (ou deux vierges, seloo Métaphraste) u qui avoient eu plus d'affection pour elle pendant sa vie,» selon les propres paroles de Nicéphore (Lib. Il, cap. xxi), avec ordre de les laisser toujours de main en main à des viergtrs dignes d^* posséder un si grand trésor, comme Métaphraste le remarque plus particulièrement. Or, il seroit contre le sens commun, et même contre l'honneur de la sainte Vierge, de croire que ses deux plus grandes amies fussent des juives de religion, c'est-à-dire des ennemies de son fils; et qu'elle les eût préférées à toutes les femmes chrétiennes, en les faisant dépositaires de ses robes. Que si ces premières étoient chrétiennes, comme oq ne peut pas en douter, on ne peut pas croire aussi qu'ayant eu un ordre exprès de les laisser à d'autres vierges qui eussent le uiôme respect pour ces robes, et cet ordre ayant toujours été exécuté, selon Métaphraste, elles lésaient laissées à d'autres qu'à des filles qui crussent comme elles en Jésus-Christ, et qui révérassent sa sainte mère : outre que parmi le^ Juifs, toutes les filles se marient, et il n*y en a point qui demeurent vierges de profession.
2° Aussi Nicéphore ne dit point, comme fait cet Auteur, qoe cette vierge hébrem^ entre les mains de laquelle se trouva cette robe du temps de l'empereur Léon, étoit juive de nation et de
religion. C'est cet Auteur qui l'ajoute, ayant bien vu que le seul nom à!hébreue ne suffisoit pas pour cela, parce qu'il pouvoit ne marquer que la nation. Et quant à Métaphraste, qui semble le dire en témoignant qu'elle faisoit difficulté de manger avec des chrétiens, il se contredit si visiblement sur ce siyet, qu'il ne mérite aucune croyance; car il fait dire ensuite à cette fille, qu'elle savoit que cette robe qu'elle gardoit étoit celle de Marie, mère de Dieu, ce qui marque qu'elle n'étoit point juive de religion, puisqu'on cesse de Tôtre lorsqu'on reconnoît que Marie, mère de Jésus, est mère de Dieu, et par conséquent que Jésus est Dieu.
3*» 11 impose encore à ces deux Auteurs, en disant que cette femme, qu'il appelle une misérable juive, « demeura toujours dans son infidélité », dont aucun d'eux ne dit pas un mot: et bien loin que Métaphraste l'appelle une misérable juive, il dit d'elle, au contraire, « qu'elle n'eût jamais été élevée pour être gardienne de ce trésor, si elle n'eût été ornée de la beauté des vertus et de la pureté de l'âme ».
4* Aucun de ces Auteurs ne parle de « ce grand concours de Sarrasins et autres infidèles qui étoient miraculeusement guéris ». Métaphraste parle bien des Miracles qui se faisoient chez cette fille hébreue, selon sa coutume d'en faire entrer partout, comme Bellarmin l'a remarqué; mais, outre qu'il en parle de telle sorte qu'on ne peut le lire sans juger que c'est une fable qu'il raconte, il ne dit point qu'il y eût des Sarrasins et des infidèles qui fussent guéris par cette robe. Ce sont des faussetés de cet Écrivain, qui a inventé ces circonstances pour mieux ajuster son conte, et pour donner lieu de comparer les Religieuses de Port-Royal à une misérable juive, et ceux qui vont y adorer la Sainte Épine à un grand concours de Sarrasins infidèles. Mais il n'a pas pris garde combien son mensonge étoit ridicule ; car au temps dont il parle, qui est l'an 474, le mot de Sarrasins ne se prenoit que pour un peuple de TArabie appelé Saraceni, qui n'étoit point infidèle, ayant été converti à la fol chrétienne plus de cent ans auparavant, sous la reine Maurice, du temps de l'empereur Valons, et qui, étant alors renfermé dans ses limites, ne pouvoit pas faire tous les jours un grand concours chez une femme qui demeuroit en Galilée, à plus de deux cents lieues de là. Il faudroit donc, pour rendre cette fausseté vraisemblable, qu'on pût entendre par le mot de Sarrasins des infidèles répandus par la Judée; ce qui n'est arrivé que plus de cent cinquante ans depuis, lorsque Maho-
met, ayant infecté ce peuple de son impiété environ Tud 630, et ses successeurs s'étant rendus maîtres de la Judée, de la Syrie ei de plusieurs autres provinces, on a commencé à entendre par )e mot de Sarrasins des Mahomélans infidèles. Mais, quoi qa il en soit de cette histoire, il est visible qu'on ne peut en tirer aucoo avantage pour le dessein de cet Auteur, puisque des miracles faits par la robe de la Vierge ne pouvoient porter des Juifs qu à se convertir à la Religion Chrétienne.
11 en est de même du deuxième exemple, où cet Auteur e^ aussi peu sincère que dans le premier. Car Baronius, en ranoée 874, citée par cet Auteur, dit seulement qu'il y avoit une chapelle où étoit une image de la Vierge qui faisolt des Miracles, et que plusieurs Chrétiens et Sarrasins y étoient miraculeusement guéris. Il ne dit quoi que ce soit de « ce prince sarrasin de Damas qui étoit aveugle •, et que cet Écrivain dit « qui se fit porter dans cette chapelle, où il recouvra la vue; nonobstant quoi il persista toujours dans son incrédulité ». Mais qui ne volt que cette histoire, vraie ou fausse, ne peut servir qu'à confondre cetÉcriîain, et que la réflexion qu'il y fait, est sa propre condamnation? * Si donc, dit-il, quelque Sarrasin, adressant alors la parole à un chrétien, lui eût dit : « Puisque Dieu a fait un miracle en faveur « de notre prince, et lui a rendu la vie miraculeusement, c'est uo < témoignage par lequel il a voulu déclarer que la Religion desSar- « rasins est bonne. » Cette conséquence eût-elle été bien tirée? ei le chrétien en fùt-il demeuré d*accord ? » Voilà son raisonnement, qui suffit seul pour ruiner tout son Libelle; car qui peut douter que cette conséquence de ce Sarrasin n'eût été très mal tirée, ei que le Chrétien n'eût eu une très grande raison de s'en moquer? Mais il ne voit pas, au contraire, que c'étoit au Chrétien à en tirer une qui étoit aussi juste en elle-même qu'avantageuse pour Port-Royal, puisqu'il n'avoit qu'a dire à ces Sarrasins: « Ne vo)ezvous pas que notre religion est divine, puisque le Dieu que aous adorons dans cette chapelle, qui lui est consacrée en rhonneur de sa sainte Mère, vous y a rendu la vue? Il n'y a que lui qui fasse de ces merveilles, et lui seul mérite d'être adoré et serti.» Cette conséquence ne seroit-elle pas très bien tirée? Et si un Huguenot aveugle, étant allé prier Dieu dans l'église de Port- Royal, et ayant baisé la Sainte Épine, y recuuvroit miraculeusement la vue, n'auroit-on pas sujet de lui dire comme à ce» Sarrasins : « Confessez que la Religion Catholique est Ja seule véritable, puisque Dieu vous a guéri dans une église de vierges
catholiques, qui adorent Jésus-Clirist comme étant sans cesse réellement présent sur nos autels, ce que vous tenez pour idolâtrie; et par une sainte Relique qu'elles révèrent, ce que vous tenez pour superstition ? »
Et ce même raisonnement qu'on pourroit tirer de ce miracle pour la Religion catholique contre ce Calviniste que Dieu y auroit guéri étoit celui que les Premiers Chrétiens tiroient autrefois contre les Juifs et les Païens, lorsque ces infidèles venoient les trouver pour être délivrés, par leurs prières, de la possession des démons. Nous le voyons dans saint Justin, martyr {Dinl. cum Tryph.)^ qui prouve aux Juifs que Jésus-Christ étoit le Fils de Dieu, et que le Père Tavoit établi rédempteur et sauveur de tous les hommes; parce que, lorsque les Chrétiens invoquoient le nom de Jésus crucifié sous Ponce-Pilate, les Démons qui possédoient les corps de quelques juifs obéissoient à la puissance de Dieu, qui agissoit par Teniremise de ses disciples. Et nous le voyons encore dans Tertullien (Ad ScapuL, cap. iv), qui prouve la divinité de la même Religion chrétienne contre les Païens, par les guérisons miraculeuses, soit dos énergumènes, soit des autres malades, que les Païens venoient chercher parmi eux. Et ne futce pas aussi ce raisonnement que suivit Gabinien, idolâtre, ami de saint Augustin [Cp. lxvii), lorsque, ayant promis à Dieu de se faire baptiser, s'il guérissoit sa fille unique, qui étoit fort malade, et ayant manqué à exécuter son vœu, il fut frappé d'aveuglement, et « étant dompté par ce nouveau Miracle », comme dit ce Père, il se fit chrétien? Il est donc visible que ce second exemple, même comme il est falsifié et supposé par cet Écrivain, peut servir, par une très juste conséquence^ à prouver tout le contraire de ce qu'il prétend : savoir, que les miracles que Dieu fait à Port-Royal justifient qu'il y est adoré avec pureté de foi, comme ceux qu'il faisoit dans cette chapelle de la Vierge justifioient la même chose.
Le troisième exemple qu'il allègue est véritable, étant rapporté dans les actes du Septième Concile Œcuménique, tenu à Nicée, touchant les Saintes Images; mais il n'en sauroit aussi rien conclure de raisonnable que contre lui-même. 11 est dit dans ce Concile que, les Juifs ayant percé une image de Jésus-Christ par le côté, il sortit beaucoup de sang et d'eau de cette plaie, comme lorsque le côté du Sauveur fut percé d'une lance sur la croix; et que ce sang miraculeux ayant guéri plusieurs malades d'entre eux, ils se convertirent tous et se firent chrétiens.
Qu'a de commun cette histoire avec le fait dont il s'agit? Le sang que Jésus-Christ fit sortir d'une de ses images outragée par les Juifs pouvoit-il les porter à autre chose qu'à concevoir de l'horreur de leur sacrilège et à avoir du respect pour celui qu'ik outrageoient? Et les guérisons qui furent faites ensuite p«r ce sang miraculeux ne les poussoient-elles pas encore davantage à quitter, comme ils firent, leur fausse religion? 'Mais qui peut ea conclure que des religieuses adorant une Sainte Épine de la Couronne du même Sauveur avec une profonde vénération, et Diec ayant daigné en même temps regarder leur foi et faire un Miracle en leur faveur, elles ont dû inférer de là « qu*elles n'étoifat pas dans la vraie foii, et que leurs ennemis avoient eu raison et les traiter d'hérétiques et d'infidèles?
Y eût-il jamais une pensée plus extravagante? Cependant, c'est de là que cet Écrivain conclut : a qu'il y a sujet de croire que Dieu a faif, ce Miracle pour la conversion de ces religieuses qui n'avoîont pas la vraie foi ; parce que les Miracles et les signes, comme dit l'Apôtre, sont pour les Infidèles et non pas pour les Fidèles. > Je ne sais ce qu'on doit admirer davantage en cette rencontre, ou l'abus que cet Auteur ose faire de la parole de saint Paul, ou la malignité de son esprit contre une maison consacrée à Dieu. Car quand saint Paul dit, parlant du don des langues, ce que Tarase, patriarche de Constantinople, appliqua aux Miracles, en général, dans le Septième Concile Œcuménique, que « ces signes sont pour les Infidèles, et non pas pour les Fidèles », a-t-il voulu dire que ceux parmi lesquels se font ces Miracles, et qui les obtiennent par leurs prières, doivent être tenus pour suspects d'infidélité, et ont besoin de se convenir pour devenir fidèles? Si cela étoit, tant s'en faut que TÉgUse catholique pût jamais se servir du témoignage des Miracles pour confondre les Hérétiques, qu'au contraire, tous les Miracles qui se font dans notre Religion pourroient servir aux Héré iqu^ pour nous persuader que ces signes n'étant que pour les Infii'èl is, et non pas pour les Fidèles, Dieu ne les fait parmi nous qii»* pour nous porter à changer de croyance, et à sortir de notre infidélité pour embrasser leur communion.
Que si ce raisonnement étoit ridicule, ne Test-il pas autant en la bouche de cet Écrivain? Et n'est-il pas étrange que ces personnes ne puissent combattre la pureté de la foi de ce monastère, que par des argumens qui retomberoient sur toute PÉgliïe catholique, s'ils ne se ruinoient d'eux-mêmes, et ne retomboient sur leurs propres auteurs?
Et en effet, lorsque Dieu fit des Miracles à Milan par les corps des saints martyrs Gervais et Protais, ainsi que nous avons déjà dit, le peuple de Milan raisonna-t-il comme font aujourd'iiui les ennemis de Port-Royal? Dit-il, à leur exemple, que les corps de ces martyrs pouvoient faire des Miracles parmi les Hérétiques et les Infidèles, et qu'il y avoit même sujet de croire que ceux parmi lesquels ils les faisoient étoient de ce nombre ; parce que les Miracles, selon saint Paul, sont pour les Infidèles, et non pas pour les Fidèles? Jamais une pensée si folle n'entra dans Tesprit de personne, non pas môme des Ariens, dont plusieurs se convertirent, au rapport de Paulin, et les autres en étant frappés, furent au moins plus retenus à persécuter les Catholiques; car tout le monde jugea sagement que, Dieu ne faisant les Miracles que par sa volonté absolue, et lui seul agissant par les Reliques de ces martyrs, il montroit qu'il éioit avec ceux entre les mains desquels et avec lesquels il faisoit paroître ces merveilles en un temps où leurs ennemis s'efforçoient de les opprimer.
Il est donc vrai que Dieu fait des Miracles principalement pour la conversion des Infidèles; mais cela n'empêche pas qu'il n'en fasse aussi pour la consolation et la justification des Fidèles; ou plutôt tous ceux qu'il fait peuvent contribuer à ces deux fins, éiant toujours propres d'eux-mêmes à confondre la fausse religion et à confirmer la véritable. Mais ils ne peuvent servir à la conversion des Infidèles qu'en l'une ou l'autre de ces deux manières. La première est quand les Miracles enferment en euxmêmes ou dans les circonstances des temps, des lieux et des moyens dont Dieu se sert, des marques sensibles qui soient contraires aux erreurs de ceux qu'il veut convertir. Et c'est ce qu'on voit dans les trois exemples que cet Écrivain rapporte, puisque des Miracles faits par la robe de la sainte Vierge, ou dans une église de la même Vierge, ou par du sang miraculeux sorti d'une image de Jésus-Christ, ne pouvoient porter des Sarrasins et des Juifs qu'à embrasser la Religion Chrétienne, où la Vierge est révérée et Jésus-Christ adoré. La seconde manière est quand les Miracles font comme partie du culte de la vraie Religion, en ce qu'ils s'obtiennent par les adorations et les prières des vrais fidèles : en sorte que tout homme qui les considère puisse être naturellement porté à les prendre pour des témoignages de l'amour que Dieu a pour eux. Et alors il est visible que, s'il y a des personnes pour la conversion desquelles on peut croire que
ces Miracles se font, ce n'a garde d'être ceux parmi lesquels et en faveur desquels ils se font : mais que ce doit être nécessairement ceux qui leur sont opposés, soit qu'ils combattent leur Ui par une croyance contraire, comme toutes les Hérésies combaitent celle de l'Église, soit qu'ils attaquent leur vertu et leur innocence par des faussetés et des calomnies que Dieu veut confondre par ces Miracles.
Cest pourquoi cet Écrivain a raison de soutenir «quecVî non-seulement une fausseté, mais aussi un blasphème, de dir» que Dieu fasse des Miracles pour autoriser des erreurs condan:nées par son Église, et pour justifier ceux qui les soutienneni avec obstination contre l'autorité de la même Église »». Mais quelle est la conséquence que la lumière de la foi, la charité Ja prochain et l'honneur de Dieu m(^me doivent en faire tirer, sinon que quand une maison religieuse a été noircie par des accusations sans preuve, lesquelles on a convaincues de calomnie par des Écrits sans réplique; et que Dieu y fait ensuite des Miracles certains et visiblcc, on doit juger, non que Dieu veut justifier des personnes qui soutenoient des erreurs (ce seroit un blasphème que de le dire), mais justifier la sincérité de leur f i contre les impostures de ceux qui les accusoient de soutenir des erreurs ?
Et y a-t-il rien encore de moins raisonnable que de prétendre, comme fait cet Écrivain dans près de deux pages entières, q-ie Dieu a eu pour but, dans ces Miracles, d'apprendre aux filles de Port-Royal que Jésus-Christ a est mort pour tous les hommes?» Car ne leur a-t-il pas enseigné cette vérité par la bouche de son Apôtre et par la voix de toute l'Église? Qu'est-ce que tous les Miracles qu'il a faits par sa Vraie Croix, et ceux qu'il a faits depuis peu par cette Sainte Épine de sa Couronne, peuvent leur apprendre davantage sur ce sujet? 11 est donc clair que Dieu n'i point fait ces Miracles pour donner à ces religieuses cette instruccion, dont elles n'avoient aucun besoin, mais plutôt pour convaincr leurs ennemis qu'il approuve la sincérité avec laquelle elles ont toujoui's cru cet article de la foi chrétienne et catholique ; et qu'il condamne la calomnie de ces Écrix-ains qui les accusent « de dénier le mérite et la vertu de son sanr, et de symboliser avec les Calvinistes en plusieurs de leurs erreurs ».
Aussi n'y a-t-il rien de si foible que le fondement de cette imposture, puisqu'ils n'en ont point d'autre que de ce que, dans
APPENDICE. COi
la traduction des hymnes de TÉglise, la contrainte des vei*s a été cause qu'on n'a pu conserver en quelques-unes Tépithète de Rédempteur de tous. Car, outre que les religieuses n'ont aucune part à ces ouvrages, ils dissimulent qu'en cinq endroits de ces mêmes Heures on a mis, en termes formels, que «Jésus-Christ est mort pour tous les hommes, et pour sauver tout le monde », lorsqu'il n'étoit pas dans le latin, et que môme, dans les passages de l'Écriture où l'on a choisi ceux qu'on a voulu, on a mis celui de saint Paul, où il dit plus clairement que « Jésus-Chîist est mort pour tous les hommes*. Ainsi, ce qu'ils objectent de romission de cette épithète en quelques hymnes ne peut ôire qu'un effet de leur malignité; et ils devroient considérer que le pape Urbain VIII, d'heureuse mémoire, a si peu cru que l'omission de cette épithète en vers pilt apporter le moindre préjudice à la foi de l'Église, qu'il Ta lui-même ôtée avec beaucoup moins de nécessité dans sa correction des hymnes, ayant mis au lieu de ce vers de l'hymne de la Toussaint : « Chrisle redemptor omnium, » celui-ci : a Placare, Chrisle, servulïs. »
Nous avons vu dans quelles absurdités cet Auteur se jette, pour persuader aux hommes que les merveilles que Dieu a faites depuis quelque temps dans le Monastère des Religieuses de Port- Royal, non-seulement ne servent de rien pour justifier leur innocence, mais doivent môme être prises pour un témoignage de leur infidélité. Et nous avons fait voir, au contraire, parles exemples mêmes qu'il a allégués, qu'il n'y eut jamais de préteniion plus injuste et plus préjudiciable à l'Église catholique; puisque ce seroit donner sujet à ses ennemis de tourner contre elle tous les miracles dont Dieu daigne la favoriser. Voyons maintenant les efforts qu'emploie ce même Écrivain, pour faire réussir le dessein si peu digne d'un catholique qu'il témoigne avoir, d'empêcher que les fidèles ne viennent implorer le secours du ciel dans leurs besoins temporels et spirituels, en un lieu saint consacré au Saint des Saints.
Il ose dire : « que cette dévotion du peuple est un sujet de scandale pour le prochain, s'il est infirme dans la foi. » Et n'est-ce pas, au contraire, un sujet d'édification pour le prochain, quand même il seroit infirme en la foi, puisque l'infirmité de la foi ne peut être plus fortifiée que par les Miracles qu'elle voit s'obtenir dans une maison religieuse de l'Église catholique ? Et quel peut être le scandale que cet Auteur veut nous faire appréhender, sinon un scandale de Pharisiens, comme les Théologiens mêmes
rappellent, scandalum Pharisœorum, auquel nous sommes obligés, selon rÉvangile (Matt., xv, lu), de n'avoir aucun égard, r^ de ne pas laisser de bénir Dieu dans la vue de ses meneiUe?, quoiqu il se trouve des personnes assez naal disposées pour se scandaliser de ce qui donne de la joie à toute FÉglise ?
11 les avertit encore de « regarder le Port-Royal comme lU écueil, dont la rencontre pourroit leur causer quelque funete naufrage en la foi ». Et Dieu, au contraire, leur fait conncim que c'est pour eux un port de grâce et de bénédiction, qui ksL* est favorable dans leurs maux.
Enfin il leur dit, par un pitoyable aveuglement, « qu'ils doivent quitter tous ces pèlerinages, neuvaînes et dévotions; parce, dit-il, qu'étant préjudiciables au bien spirituel du prochaii), tlirs ne peuvent être agréables à Dieu ». Et Dieu, au contraire, ku: montre et leur fait sentir qu'elles lui sont très-agréables, puisqu'il les approuve et les santionne en les exauçant.
Les Anciens Pères honoroient d'une révérence paniculiè:^ les chapelles ou les églises dans lesquelles Dieu faisoit des Miracles. Ainsi nous voyons que saint Augustin {De Citit. D(h lib. XXII, cap. vin) respectoit la petite chapelle où étoient te Reliques de saint Etienne premier martyr, et où furent guérisce frère et cette sœur qui, ayant été maudits par leur mère, trembloicnt toujours. Et nous voyons encore que ce grand saint obligea un de ses prêtres et un de ses clercs, qui avoient un graiw différend sur un fait dont il n'y avoit point de témoins, « de sea aller ensemble en pèlerinage à un lieu saint, où les œuvres terribles que Dieu faisoit pourroient découvrir plus facilement l^ quel des deux avoit conservé la pureté de sa conscience ». Sor quoi il dit ces belles paroles : a H est bien vrai que Dieu est piftout : que celui qui a créé toutes choses n'est contenu ni enferm^ dans aucun lieu; et qu'il doit être adoré en esprit et en ^<^ni^ par ses véritables adorateurs, afin que, les exauçant en secret, i^ les justifie aussi et les couronne en secret. Mais quant aux choses secrètes qui doivent venir à la connoissance publiqne d** hommes, qui peut sonder par quelle conduite de la sagesse c<s sortes de Miracles extérieurs se font en quelques lieux sa'nts,*^ ne se font pas dans les autres? Il y en a plusieurs d'entre voos, à qui la sainteté du lieu où repose le corps de saint Félix de S<* est très-connue, et c'est là où j'ai voulu qu'ils allassent; p*r^ qu'on pourroit nous écrire de là avec plus de fidélité et plo^^ facilité ce qui auroit été révélé divinement touchant le point <1«
leur contestation. Nous savons aussi qu*à Milan les démons qui possèdent des corps font des confessions merveilleuses et terribles dans la Basilique des martyrs. L'Afrique est pleine de corps de martyrs; et néanmoins nous ne savons point qu'il s'y fasse aucun de ces sortes de Miracles. D'où vient cela? De ce qu'ainsi que tous les saints, selon TApôtre, n'ont pas le don de guérir les maladies, ni celui de discerner les esprits; aussi Dieu, qui divise à chacun comme il veut les dons de sa grâce, ne veut pas que ces Miracles se fassent dans toutes les églises où il y a des corps saints ». {Ep. xiii, 78.)
Qu'est-ce donc que les Pères révéroient dans ces opérations miraculeuses? Ce n'étoit pas seulement les Reliques qui leur étoient vénérables; car 11 y en avoit partout, et Dieu ne produisoit ces effets extraordinaires qu'en quelques lieux particuliers ; mais c'étoit sa main toute-puissante, qui seule agit dans les anges et dans les saints o ipso Deo in illîs opérante »; c'étoit le « choix qu^il faisoit, par un conseil immuable, du lieu et du temps n où il vouloit agir d'une manière divine : « Ubi et quando facial, incommiUabile consilium pênes Ipsum est ». (Aug., de Civil, Dei, lib. X, cap. XII.)
De quel esprit sont donc animés ceux qui veulent, malgré Dieu même, donner encore à toute la France de l'horreur et de Texécration d'une maison religieuse, lorsqu'il paroît visiblement à toutes les perionnes pieuses et équitables que Dieu veut la mettre en bonne odeur dans toute l'Église? 11 y envoie lui seul le peuple fidèle et catholique. Les Grands et les Petits y vont avec révérence, parce qu'ainsi que saint Augustin dit, rien n'est plus vénérable que ces effets divins et surnaturels, « qui semblent, dit-il, rendre visite aux yeux des hommes l'efficace de sa puissance comme présente» (Tr. IX, in Joan.) au lieu où elle produit ses opérations miraculeuses. Kt ces personnes, voulant leur persuader de ne plus y aller, veulent leur ôter ce respect que l'esprit de Dieu forme dans leur cœur. Jésus-Christ agit aussi véritablement par cette Sainte Épine de sa couronne, qu'il faisoit étant dans le monde par l'attouchement de sa propre chair, a Celui, dit saint Augustin, qui a fait par sa propre chair les miracles rapportés dans l'Évangile, est celui-là môme qui en fait par ses serviteurs, ou par des Reliques ». {In PsaL, lxv.) Et il se trouvera encore des imitateurs des Pharisiens qui détourneront les peuples de recourir au même Jésus, lequel paroît, aux yeux de la foi, agissant à Port-Royal, comme il paroissoit, aux yeux du
corps, agissant dans les maisons de ses disciples et de ses loii, pour la guérison des maladies corporelles.
Ne peut-on pas dire ici avec saint Jérôme : « Malheur ssr nous, misérables, qui sommes tombés dans les vices dfô Pharisiens 1 tt Vœ nobis miseris ad guos Pharisœonim vitia irohs^^ runl ! » (Lib. IV, in cap. xxiii Malth.) « Ils n'étoient pas M échaufl'és, dit saint Ghrysostome, lorsque, voyant les Apôtres tirer des grains de blé de quelques épis, un jour de sabbat, pour !« manger, ils se contentèrent de lui dire : <k Vos disciples font 1 une chose qu'il n'est pas permis de faire en ce jour. • Ils eipriment cette accusation en des paroles simples et traoquillesJlaj? quand ils le voient guérir, le même jour du sabbat, la naii sèche et paralytique de Thomme qu'on lui avoit amené, ilsscai embrasés d'une si violente fureur, qu'ils délibèrent entre eax te le tuer. Lorsqu'il ne fait rien de grand ni de sublime, ils sont pie paisibles; mais quand ils voient que, d'une seule parole, il r&d la santé aux malades, ils deviennent furieux comme des béies farouches. Us s'élèvent contre lui avec plus de malignité ei de rage que jamais; et étant empoisonnés du venin de l'en?i<'qail«ï ronge et qui les dévore, Ils persécutent ses miracles même?, qu'il fait pour le bien des hommes. » (Hom. xxx, in Maiih.)
Et le même parlant d'eux sur le sujet de TÉvangile où Jésos- Christ délivra un démoniaque de la possession d'un démon quil^ rendoit aveugle et muet, il dit ces belles paroles : « Ces misérabls étoient plus affligés de ce Miracle que le démon même; cark démon sortit aussitôt de cet homme, et s'enfuit sans dire mot au lieu qu'eux conspirèrent contre la vie de Jésus. Et parce qo* leur volonté sanguinaire étoit alors impuissante, ils tâchèrent (k ruiner, par des calomnies, la réputation que ces merveilles la acquéroient dans le monde. Tant l'envie est une passion mi\\p^ et ardente! Lorsqu'elle voit que Dieu fait du bien aux homffles. et que cela retourne contre elle-même, elle en pâlit, elle « tremble, elle conspire pour empêcher la continuation de ce? grâces en perdant celui par qui Dieu les fait; et néanmoins, ditil, ce vice ne se connoît point, personne ne pleure d'y être tombé, personne n'en demande pardon à Dieu. » (Hom. xux, in Ho^'^-
Mais si cet Écrivain et ceux de son parti ont pour Port Royt une passion d'ennemis, on ne doit pas laisser d'avoir pour ec une charité de frères. C'est ce qui me porte à les avertir de ^ garder désormais d'une ^I dép'orable jalousie. Ils entreprefifl^de décrier et de détruire les œuvres de Dieu. lîs veulent changer
Tordre de ses cooseils, et arrêter le cours de sa Providence. Ils censurent sa conduite. Ils lui disent en effet : « Cur ita facisf » Qu'ils se souviennent de cet avis que les ennemis mêmes de saint Paul prirent dans les Actes : t Si l'Esprit de Dieu, dirent-ils, ou UD ange du ciel lui a parlé, ne combattons pas contre Dieu; )> (Act., XXIII, 9) car l'Écriture nous apprend « qu'il n'est pas facile de combattre contre lui. » (Ecclesiast., xlvi^ 8.) Et c'est ici combattre directement contre Dieu, puisque c'est lui seul qui fait ces merveilles, el au lieu où il veutj dit saint Augustin. (De Civ. DeU lib. X, cap. xii.)
Que si leur envie s'allume de nouveau par la durée et l'éclat de ces Miracles; s'ils continuent d'en murmurer et de s'en plaindre par des Écrits, comme d'un scandale; s'ils éteignent en euxmêmes l'esprit de la piété catholique et de la charité chrétienne, lorsqu'ils veulent persuader que celui de la foi est éteint dans Port-Royal, ils doivent appréhender que Jésus-Christ, qu'on voit agir si hautement dans cette maison, qui est toute à lui, « ne les regarde avec colère du haut du ciel, et avec tristesse de voir Taveuglement de leurs cœurs », comme il regarda autrefois, selon rÉvanglle (Marc, m, 5), ceux qu'ils imitent dans leur envie.
Ils peuvent méditer utilement sur cette parole de saint Ambroise : « Que ceux qui portent envie aux fruits et aux bénédictions de la vertu de leurs frères attendent en vain le secours de la miséricorde du ciel ; parce que Dieu rejette les envieux, et détourne les Miracles de sa puissance de ceux qui persécutent dans les autres ses grâces et ses faveurs. » (Lib. IV, in cap. xlvi, Lucœ.) Qu'ils ne s'aveuglent pas tellement eux-mêmes que de vouloir imposer silence à Dieu, parce qu'il parle en faveur de ceux qu'ils ont résolu de perdre, et dont lui seul soutient la foi* blesse contre leur passion et leur violence.
Que s'ils continuent de les décrier par toutes sortes de calomnies, et secrètes, et publiques, qu'ils souffrent au moins qu'on interroge ces œuvres de Dieu, et qu'on entende leur langage qui justifie Port-Royal : v Inlerrogemus ipsa miracuXa; habent enim, si intelliganlur, linguam suam, » (Aug., tr. XXIV, inJoan,) Qu'ils cessent de haïr une maison religieuse qu'il paroit visiblement que Dieu ne hait pas; qu'ils cessent de la persécuter, puisque Dieu la défend et la protèg-i; et qu'ils considèrent avec un esprit tranquille, sage, chrétien, qu'il n'y a point de honte à craindre lorsqu'on ne cède qu'a la voix de Dieu, qu'il n'y a point de sûreté à espérer lorsqu'on s'oppose à la souveraineté de son pouvoir, et
qu'il n*y a point d^hoaaeur à attendre lorsque Ton veut étoaSer réclat de sa gloire.