‹ Lettres écrites a un provincial (volume 2)Chapitre 9 sur 73 · M«« d'Aiguillon · texte numérisé non relu

M«« d'Aiguillon

dans sa Somme des Vérités Capitales de la Religion, p, 649, où il joint le blasphème à THérésie, en parlant du mystère sacré de Tlncamation en cette sorte : « La personnalité humaine a été comme entée ou mise à cheval sur la personnalité du Verbe. » Et cet autre endroit du même auteur, page 510, sans en rapporter beaucoup d'autres, où il dit

Et sitôt que ses feux sur vous éclateront,

Après vous, par essaims, les amours voloront.

De sa robe à fond d'or, la Tulipe hautaine,

Si vous la recevez, en deviendra plus vaine,

Que si l'aube en parott l'habit des nouveaux jours.

Quand brillant et pompeux, ils rentrent dans leur cours.

Do Flore et du printemps, la fleur avant-courière

Prendra de vous l'esprit, l'odeur et la lumière;

Bt belle dos beautés que vous lui donnerez,

Ne fleurira qu'autant que vous l'éclaireTez.

Le Lys noble et royal, le noble et beau Narcisse,

L'un de l'autre rivaux, en cet heureux oflice,

Feront, à qui sur vous, de plus loin se verra ;

A qui de plus d'argent, de plus d'or brillera :

L'un prisera ce rang, plus que toutes les marques

Qu'il donne et qu'il reçoit sur le front des monarques.

L'autre par un plus juste et plus beau changement,

Cessera de s'aimer et sera votre amant.

Sans regret le Jasmin, cette étoile musquée,

Verra de votre teint, sa blancheur ofl'usquée;

Bt le jaune Souci, sans regret dtera

Son amour au soleil et vous le donnera.

La Violette même, à qui la modestie

Fut avec la douceur par Flore départie.

Glorieuse d'entrer dans un si riche atonr.

Voudra se faire voir et cherchera le jour.

L'Anémone jadis une aimable bergère,

Fière do sa beauté, sur les bords de l'Ibère,

Bt le beau Martagin, qui par elle outragé,

Fut au nombre des fleurs avec elle rangé.

Tirant de votre front un surcroit de lumière,

N'auront plus de regret à leur forme première ;

Bt paroltront au feu de ce nouvel amour

Des rubis détachés du char qui fait le jour.

La Jonquille, l'Œillet, l'Iris, la Campanelle,

La Flambe qui naquit du bûcher d'une belle,

Bt cent autres encor qui vous couronneront,

Laisseront le soleil, vers vous se tourneront;

Bt pour comble à ces fleurs, pour vous plaire amassées,

Cléon ajoutera ses plus belles pensées.

Le P. Le Moyne était an vrai poète ; il a plus de talent que Sarraxin ou Voiture, mais il était de la même famille d*écrivains de ruelle. U s'était fourvoyé dans la Compagnie de Jésus, ce qui lui 6tait l'occasion de trop montrer sa verve galante et épicurienne; c'est à ce titre que Pascal le raille. l\ sent en lui un tempérament hostile à sa profession religieuse.

sur le sujet du nom de Jésus, figuré ordinairement ainsi lâs : « Que quelques-uns en ont ôté la croix pour prendre les seuls caractères en cette sorte, IHS, qui est un Jésus dévalisé *. »

C'est ainsi que vous traitez indignement les vérités de la Religion, contre la règle inviolable qui oblige à n'en parler qu'avec révérence, mais vous ne péchez pas moins contre celle qui oblige à ne parler qu'avec Vérité et Discrétion. Qu'y a-t-il de plus ordinaire dans vos Écrits que la Calomnie? Ceux du père Brisacier* sont-ils sincères? Et

La muse tragique de la vie apparaissait quelquefois au P. Le Hoyne comme dans les vers suivants :

Quel spectacle de voir sar de funestes chars

Les femmes, les maris, les jeunes, les vieillards,

Les artisans, les rois, les charlatans, lex sages,

Toutes sortes d'états, de sexes, de visages;

6t la m«'rt au-dessus, la faulx noire à la main

Qui traino en herbe, en graine, en flsur, le genre humain.

Ce sont des! visions qui traversent rarement son imagination d'optimiste, parente de celle d*Ovide ou de Catulle, à la langue près, car il est diffus et négligé. Il n*a jamais pu dis ipliner ses rêves de poète.

1. Il n'y a là ni blasphème ni hérésie; il y a un trait à la façon du P. Garasse, qui a Thumeur rabelaisienne. C*est, au fond, cette humeur rabelaisienne que la délicatesse de Pascal ne lui pardonne pas.

2. Brisacier (Jean do), jésuite et pamphlétaire, né à Blois en 1603, mort dans cette ville en 1668. Il avait quelque mérite d'orateur et de polémiste. Les Jésuite-( lui confièrent des emplois importants. Ce fut lui qu'ils députèrent à Rome, afin d'y solliciter la condamnation du livre d'Amauld intitulé : De la fréquente communion (1043). Son écrit le plus connu est Lb Jcmsénisme confondu (16ol). Le P. Brisacier avait parlé contre un réfugié irlandais, du nom de Callaghan ou iVlac Callaghan, que la duchesse d'Aumont avait pourvu d'une cure (Cour-Chivemy) dans ses terres. Le P. Brisacier avait attaqué le prêtre irlandais parce qu'il le savait ami de Port- Royal. «I On avait répondu, car on répondait toujours, dit Sainte-Beuve {Port'Royaly t. III, p. 8 de l'éd. cit.), par un écrit en quatre parties on sermon en quatre points du P. Brisacier, lequel ne resta pas en arrière, et dans un vrai libelle intitulé : Le Jansénisme confondu dans Vavocat du sieur Callaghan passa toutes limites; il y traitait les Religieuses de Port- Royal de vierges folles, impénitentes, asacramentaires, incommuniantet, phantasiiques ; ayant tout épuisé, il finissait par les appeler callaghanes* La mère Angélique, informée par M™* d'Anmont de ce^ infamies et ayant

parle-t-il avec vérité quand il dit, 4" part., pag. 24 et 25, que les Religieuses de Port-Royal ne prient pas les Saints, et qu'elles n'ont point d'images dans leur église? Ne sont-ce pas des faussetés bien hardies, puisque le contraire parolt

lu quelque chose du libelle, crut devoir en demander justice à Tarchevèquo, M. de Gondi (oncle de Retz)^ par une lettre pleine de modération et de dignité (17 décembre 1651). L'archevêque^ pressé d'ailleurs par M*"® d'Aumont, rendit une censure. »

Ce à quoi ni Sainte-Beuve ni Pascal ne font allusion, c'est Torigine de i'animosité du P. Brisacier contre Callaghan. Le P. Brisacier vengeait Bon Ordre. Callaghan, nu et sans ressource, était venu frapper à la porte des Jésuites du collège de Quimper. Il était, disait-il, de haute naissance et persécuté dans sa patrie à cause do son attachement à la foi catholique. Les Jésuites Pavaient accueilli. II avait exercé chez eux rodice de valet, de balayeur, puis de correcteur. « Il u vécu dans ces emplois avec tant d'honneur, dit le P. Brisacier dans son Jansénisme confonduy et s'y est rendu si célèbre que son nom, par analogie, est demeuré à ses successeurs, qu*on appelle encore aujourd'hui Callaghans, comme on faisait autrefois les Césars et les Pharaons. » Le Jésuite exagère. Ses confrères trouvèrent de si belles dispositions chez Callaghan qu'ils l'instruisirent, lui donnèrent le moyen d'arriver à la prêtrise et au doctorat. Callaghan les quitta par ambition, les trahit, dit le père Brisacier. Il ambitionnait un évêché qu'il n'obtint pas. Il se contenta de l'emploi de janséniste et de curé de village. En chaire, Callaghan ne ménageait pas ses anciens protecteurs. Ceux-ci n'étaient pas endurants. lU ripostèrent. Arnauld prit Callaghan sous sa protection. De là le Jansénisme confondu où, comme la colère de Pascal permet de le supposer, plusieurs coups avaient porté; celui-ci, par exemple : « Oui, s'écriait le P. Brisacier, vous êtes des sectaires, parce que vous abolissez le culte de la Vierge et des Saints... Je sais d'original que les commissaires députés pour instruire le procès du fameux abbé de Saint- Cyran, ont rapporté que dans tout le Port-Royal, qu'ils visitèrent exactement, ils ne trouvèrent pas une image de la Vierge ni des Saints. Je sai^ par des témoins irréprochables qui ont conversé parmi eux pour pénétrer dans leurs mystères, qu'ils en sont sortis très mal édifiés du peu de cas qu'on y fait du culte de la sainte Vierge et du chapelet. Je sais certainement que le sieur Callaghan, depuis son séjour dans ce pays, n'a parle de la Vierge qu'avec beaucoup d'indifférence; que, dans les jours les plu<^ solennels consacrés à sa mémoire, il l'a mise à quartier pour traiter tout autre sujet moins important; qu'il a ruiné ses confréries et ses messes, et que, s'il les a rétablies, c'est malgré lui et par commandement auquel il n'a pu résister, non pas tant par obéissance à son supérieur, que par la crainte du peuple irrité sur ce point... Je sais que, depuis qu'il est docteur et qu'il a conversé avec les Jansénistes, il a souvent dit qu'il était beau-

à la vue de tout Paris ? Et parle-t-il avec Discrétion, quand il déchire Tinnocence de ces filles, dont la vie est si pure et si austère, quand il les appelle des « filles impénitentes, asacramentaires, incommuniantes, des vierges folles, fantastiques, calaganes, désespérées, et tout ce qu'il vous plaira, » et qu'il les noircit par tant d'autres médisances, qui ont mérité la censure de feu M. l'archevêque de Paris? Quand il calomnie des prêtres dont les mœurs sont irréprochables, jusqu'à dire, i^ part., p. 22 : « Qu'ils pratiquent des Nouveautés dans les confessions, pour attraper les belles et les innocentes ; et qu'il auroit horreur de rapporter les crimes abominables qu'ils commettent», n'est-ce pas une témérité insupportable d'avancer des impostures si noires, non seulement sans preuve, mais sans la moindre ombre et sans la moindre apparence ? Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet, et je remets à vous en parler plus au long une autre fois : car j'ai à vous entretenir sur cette matière, et ce que j'ai dit suffit pour vous faire voir combien vous péchez contre la Vérité et la Discrétion tout ensemble.

Mais on dira peut-être que vous ne péchez pas au moins contre la dernière règle, qui oblige d'avoir le désir du salut de ceux qu'on décrie, et qu'on ne sauroit vous en accuser sans violer le secret de votre cœur, qui n'est

coup meilleur et plus glorieux à Dieu de s^adresser immédialement à lui dans nos prières qu'aux Saiuts ou à la Vierge ; que cela sentoU Vidalatrie. »

C'était assez graye et, de plus, c'était vrai. Les Jansénistes avaient ane tendance marquée vers la Réforme, hostile à la Vierge, aux Saints, aux pratiques extérieures du culte, aux images, toutes choses païennes, disaitelle, introduites à tort dans le sein du Christianisme, en vue de rallier les paysans — pagani — de Tempire, attachés aux souvenirs et aux cérémonies de l'ancien culte, dont les images — idoles — et les dieux locaux — patrons, saints — étaient les deux points csscnlicls.

connu que de Dieu seul. C'est une chose étrange, mes pères, qu'on ait néanmoins de quoi vous en convaincre; que, votre haine contre vos Adversaires ayant été jusqu'à souhaiter leur perte éternelle, votre aveuglement ait été jusqu'à découvrir un souhait si abominable; que, bien loin de former en secret des désirs de leur salut, vous ayez fait en public des vœux pour leur damnation ; et qu'après avoir produit ce malheureux souhait dans la ville de Caen avec le scandale de toute l'Église, vous ayez osé depuis soutenir encore à Paris, dans vos livres imprimés, une ac^ tion si diabolique ^ 11 ne se peut rien ajouter à ces excès contre la Piété : railler et parler indignement des choses les plus sacrées ; calomnier les vierges et les prêtres faussement et scandaleusement ; et enfin former des désirs et des vœux pour leur damnation. Je ne sais, mes pères, si vous n'êtes point confus, et comment vous avez pu avoir la pensée de m'accuser d'avoir manqué de Charité, moi qui n'ai parlé qu'avec tant de vérité et de retenue, sans faire de réflexion sur les horribles violements de la Charité, que vous faites vous-mêmes par de si déplorables emportements \

* Textes in-4o et iihl2 : « excès », au lieu d' « emportement ».

1. En 1653, nu Jésuite de Coen ou un élève du collège qu^ils avaient dans cette ville, avait composé une pièce de vers latins, dans laquelle était exprimé, sous forme de prière à la sainte Vierge, le vœu que Jésus-Christ ne fût pas le rédempteur de ceux qui niaient qu'il fût mort pour tous les hommes. Les partisans de la Grâce, selon saint Paul et saint Augustin, professaient en effet que la Grâce est un pur don de Dieu et quMl l'accorde i qui il veut. Dans quels livres imprimés les Jésuites avaient-ils réédité le vœu? Le P. Brisacier n'est pas si féroce. Il écrit dans la 4'^ partie du Jansénisme confondu : « Si J*ai du sentiment au cœur de voir naître un rejeton, — le Jansénisme, — de la vieille hérésie de Calvin, qui ne nous peut apporter de meilleurs fruits, est-ce un bon argument que Je manque de Charité? J'avoue que j*en suis si vivement touché, que je ne regarde

Enfin, mes pères, pour conclure, par un autre reproche que vous me faites, de ce qu entre un si grand nombre de vos maximes que je rapporte, il y en a quelques-unes qu'on vous avoit déjà objectées, sur quoi vous vous plaignez de ce que « je redis contre vous ce qui avoit été dit", » je réponds que c'est au contraire parce que vous n'avez pas profité de ce qu'on vous l'a déjà dit, que je vous le redis encore : car quel fruit a-t-il paru de ce que de savants docteurs et l'Université entière vous eo ont repris par tant de livres? Qu'ont lait vos pères Annat, Caussin, Pinthereau et Le Moine, dans les réponses qu'ils y ont faites, sinon de couvrir d'injures ceux qui leur avoient donné ces avis salutaires? Avez-vous supprimé les Livres où ces méchantes maximes sont enseignées ? En avez-vous réprimé les Auteurs? En étes-vous devenus plus circonspects? Et n'est-ce pas depuis ce temps- là qu'Escobar a tant été imprimé de fois en France et au Pays-Bas * ; et que vos pères Cellot, Bagot *, Bauny, Lamy, Le Moine et les autres, ne cessent de publier tous les jours les mêmes choses, et de nouvelles aussi licencieuses que jamais? Ne

• Textes in-4» el in-15î : t ce qui avoit déjà été dit ».

jamais celte funeste nue, grosse do tempêtes et de désordres, que je oe t&che d*apaiser Dieu par mes prières et détourner l'orage par mes larmes.» Les anges sont témoins des pleurs quMI verse, des soupirs qu'il jette; si on Texige, il offre de verser le sang de ses veines, afin que Dieu convertisse Messieurs de Port-Hoyal.

i. Ce sont les Provinciales qui font réimprimer Escobar.

2. Bagot, jésuite et controvcrsiste, né à Reims en 1580, mort en i66S à Paris, directeur de la maison professe que la Société y avait. Il avait été auparavant, à Rome, censeur des livres et théologien du Général des Jésuites. On a de lui une Apologétique, des Dissertations théolof/iques sur la pénitence, deux ouvrages contre Jansénius, enfin un Traité de la juridiction des évêquesy d*abord composé en français, mais qu'on l'empêcha de ' publier en France, où les doctrines qu'il enseignait n'étaient pas admises. U le traduisit en latin et alla l'éditer à Rome (1659).

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VOUS plaignez donc plus, mes pères, ni de ce que je vous ai reproché des maximes que vous n'avez point quittées, ni de ce que je vous en ai objecté de nouvelles, ni de ce que j'ai ri de toutes. Vous n'avez qu'à les considérer pour y trouver votre confusion et ma défense. Qui pourra voir, sans en rire, la décision du père Bauny pour celui qui fait brûler une grange : celle du père Cellot, pour la Restitution : le règlement de Sanchez en faveur des Sorciers : la manière dont Hurtado fait éviter le péché du Duel en se promenant dans un champ, et y attendant un homme : les compliments^ du p^re Bauny pour éviter l'Usure: la manière d'éviter la Simonie par un Détour d'Intention, et celle d'éviter le Mensonge, en parlant tantôt haut, tantôt bas, et le reste des opinions de vos docteurs les plus graves ^ ? En faut-il davantage, mes p^res, pour me justifier ? Et y a-t^il rien de mieux « du à la vanité et à la foiblesse de CCS opinions que la risée, » selou Tertullien ? Mais, mes pères, la corruption des Mœurs que vos maximes apportent est digne d'une autre considération, et nous pouvons bien faire cette demande avec le même Tertullien, Ad Nat, L. XI, c. xiï : « Faut-il rire de leur folie, ou déplorer leur aveuglement? Rideam vaniialem^ an exprobrem ccvcilntem ? )) Je crois, mes pères, qu'on peut en rire et en pleurer à son choix : « Hœc tolerabilius vel ridentury vel fleniur^ » dit scint Augustin, Cont, Faust. L. XX, c. vi. Recoiinoissez donc « qu'il y a un temps de rire et un temps (l^* pleurer, » selon l'iicriture. Et je souhaite, mes pères, que je n'éprouve pas en vous la vérité de ces paroles des Prc-

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