C'est M*"* de Pontchateau
LETTRE XI. îl
esprits bienheureux qui assistent* devant Dieu, et dont les Chrétiens ne doivent parler qu'avec vénération :
Les Chérubins, ces glorieux, Composés de tête et de plume, Que Dieu de son esprit allume, Et qu'il éclaire de ses yeux; Ces illustres faces volantes Sont toujours rouges et brûlantes.
Soit du feu de Dieu, soit du leur.
Et dans leurs flammes mutuelles Font du mouvement de leurs ailes Un éventail à leur chaleur.
Mais la rougeur éclate en toi, Delphine ' avec plus d'avantage, Quand l'honneur est sur ton visage Vêtu de pourpre comme un roi, etc.
Qu'en dites -vous, mes pères. Cette préférence de la rougeur de Delphine à l'ardeur de ces esprits qui n'en ont point d'autre que la Charité ; et la comparaison d'un éventail avec ces ailes mystérieuses vous paroît-elle fort chrétienne dans une bouche qui consacre le Corps adorable de Jésus-Christ? Je sais qu'il ne l'a dit que pour faire le galant et pour rire ; mais c'est cela qu'on appelle rire des Choses Saintes. Et n'est-il pas vrai * que, si on lui faisoit justice, il ne se garantiroit pas d'une censure? quoique, pour s'en défendre, il se servît de cette raison,
• Textes in-4» et in-12 : • véritable ».
1. « assistent devant Dieu » : sont asais devant Dieu. L^c.xpression est tombée en désuétude, mais elle était magnifique.
2. Dans la grande édition de 1672 (1 vol. in-folio) des poésies du P. Le Moyne, il y a Lucrèce au lieu de Delphine. Le P. Le Mojrne venait de mourir (1671). Ses confrères auraient-ils transformé Delphine en Lucrèce, afin qu'on ne confondit point Lucrèce avec la Delphine des Provinciales? L'artifice serait misérable. On attribue d'ailleurs l'édition de 1672 au neveu du P. Le Moyne.
qui n'est pas elle-même moins censurable, qu'il rapporte au Livre Premier : « Que la Sorbonne n'a point de juridiction sur le Parnasse» et que les erreurs de ce pays-là ne sont sujettes ni aux censures, ni à l'Inquisition, » comme s'il n'étoit défendu d'être blasphémateur et impie qu'en prose. Mais au moins on n'en garantiroit pas par là cet autre endi'oit de l'avant-propos du même Livre : « Que l'eau de la rivière au bord de laquelle il a composé ses vers est si propre à faire des poètes, que, quand on en feroit de l'eau bénite, elle ne chasseroit pas le Démon de la poésie ^ : » non plus que celui-ci de votre père Garasse
1. a n ne tient pas à Pascal, dit Tabbé Maynard (t. H, p. 63 de son édition des Provinciales), que noas ne regardions le P. Le Moyne comme un poète ridicule, un faiseur de madrigaux et petits poèmes galants de la famille des Sarrazin, des Voiture et autres habitués de l'hôtel de Rambouillet. Mais non ; Le Moyne laissait cette gloire aux bons amis de Pascal, aux Amauld, qui crurent devoir apporter leur fleur à la fameuse guirlande de Julie. » Le P. Le Moyne a apporté plus qu'une fleur à la guirlande de Julie : il a fourni toute une guirlande. Sa Julie est M'** d'Agenois. La pièce qu'il lui dédie est aux pages 330-331 de l'édition de 1672 de ses poésies. Elle est intitulée : Guirlande immortelle à Mademoiselle d^Ag&nois. Il lui présente une guirlande faite de la main des Mases, et composée de fleurs du Parnasse, qui ne sont point sujettes aux injures de l'air, et sont les mêmes en toutes saisons :
Nymphe au nom d'Agenoit» que l'illustre ducliesse ',
Qui fait du grand Armand refleurir la sagesse,
Soutient de son exemple et sur ses pas conduit
A la sphère éternelle où la vertu reluit,
Aujourd'hui qu'on a vu venir à voire fête
Les heures sœurs du jour, la guirlande à la tôte.
Et que de ses cheveux mêlés avec des rais,
L'aube vous a tissu de lumineux bouquets ;
Souffrez qu'avec les fleurs qui naissent du Parnasse,
Un cercle de ma main, sur votre front se fasse.
Biles vous pareront, vous les embcUirex;
Du feu de votre esprit, vous les purifierez;
Bt malgré les saisons, aux Or&ces si cruelles.
Les Grâces sous la vôtre, en seront étemelles.
La rose, la première, offre pour être à vous.
Un teint noble et modeste, un air pudique et doux ;
Bile s'est à vos yeux d'épines désarmée.
Du souffle des zéphyrs, elle s'est parfumée,