XIV OBSERVATIONS
LETfRE PE PASCAL k LA REINE CHRISTINE (DE SUÈDE ), EN LUI ENVOYA» ' LA MACHINE ARITHMÉTIQUE 1, EN 1650.
Madame, si j*avois autant de santé que de zèle, j'irois moi-ipé présenter à Votre Majesté un ouvrage de plusieurs années, que j' lui offrir de si loin; et je ne souffrirois pas que d'autres mains ( les miennes eussent Thonneur de le porter aux pieds de la plus grai princesse du monde. Cet ouvrage, madame, est Une machine p( faire les règles d'arithmétique sans plume et sans jetons. Vc Majesté n'ignore pas la peine et le temps que coûtent les prodncti nouvelles, surtout ^orsque les inventeurs veulent les porter ei mêmes à la dernière perfection : c'est pourquoi il seroit inutile dire combien il y a que je travaille à celle-ci ; et je ne pourrois mi( l'exprimer qu'en disant que je m'y suis attaché avec autant d'ard que si j'eusse prévu qu'elle devoit paroitre un jour devant i personne si auguste. Mais, madame, si cet honneur n'a pas éU véritable motif de mon travail , il en sera du moins la récompen et je m'estimerai trop heureux, si à la suite de tant de veilles peut donner à Votre Majesté une satisfaction de quelques momei Je n'importunerai pas non plus Votre Majesté du particulier de qui compose cette machine : si elle en a quelque curiosité, elle pou se contenter dans un discours que j'ai adressé à M. de Bourdelc J'y ai touché en peu de mots toute l'histoire de cet ouvrage, l'ol de son invention, l'occasion de sa recherche, les difficultés de exécution, les degrés de son progrès, le succès de son accompli! ment, et les règles de son usage. Je dirai donc seulement ici le si qui me pwrte à l'offrir à Votre Majesté, ce que je considère com le couronnement et le dernier bonheur de son aventure. Je s madame, que je pourrai être suspect d'avoir recherché de la glc en le présentant à Votre Majesté, puisiju'il ne sauroit passer < pour extraordinaire quand on verra qu'il s'adresse à elle ; et qu lieu qu'il ne devoit lui être offert que par la considération de excellence, on jugera qu'il est excellent par cette seule raison q lui est offert. Ce n'est pas néanmojns cette espérance qui m'a insj un tel dessein. Il est trop grand, madame^ pour avoir d'autre oî que Votre Majesté môme. Ce qui m'y a véritablement porté est l'un qui se trouve en sa personne sacrée de deux choses qui me combl
^. La machine arithmétique de Pascal a été parfaitement décrite par Pide dans le premier volume de VEnctjclopcdie. Le privilège du roi pour cette chine est donné à Compiègne , le 22 mai 1 649.
2. L'abbé Bourdelot (dont le vrai nom étoit Pierre Michon), savant médej avoit obtenu du pape une permission d'exercer cette profession, quoique prê /y fat appelé en Saëde par la reine Christine, et devint ensuite médecin du gr Condé.