‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 14 sur 89 · SUR LES PROVINCIALES XV · texte numérisé non relu

SUR LES PROVINCIALES XV

également d'admiration et de respect, qui sont rautorité souveraine et la science solide. Car j'ai une vénération toute particulière pour ceux qui sont élevés au suprême degré, ou de puissance, ou de counoissance. Les derniers peuvent, si je ne me trompe, aussi bien que les premiers, passer pour des souverains. Les mêmes degrés se rencontrent entre les génies qu'entre les conditions ; et le pouvoir des rois sur leurs sujets n'est, ce me semble, qu'une image du pouvoir des esprits sur les esprits qui leur sont inférieurs, sur lesquels ils exercent le droit de persuader, ce qui est, parmi eux, ce que le droit de commander est dans le gouvernement politique. Ce second empire me paroit même d'un ordre d'autant plus élevé, que les esprits sont dMm ordre pins élevé que les corps; et d'autant plus équitable, qu'il ne peut être départi et conservé que par le mérite, au lieu que l'autre peut l'être par la naissance ou la fortune. 11 faut donc avouer que chacun de ces empires est grand en soi : mais, madame, que Votre Majesté me permette de le dire, elle n'y est pas blessée ; l'un sans l'autre me i paroit défectueux. Quelque puissant que soit un monarque, il manque ; quelque chose à sa gloire s'il n'a la prééminence de Tesprit ; et quelque éclatant que soit un sujet, sa condition est toujours rabaissée par sa dépendance. Lés hommes, qui désirent naturellement ce qui est le plus paifait, avoient jusqu'ici continuellement aspiré à rencontrer ce souverain par excellence. Tous les rois et tous les savants en étoient autant d'ébauches, qui ne remplissoient qu'à demi leur attente; ce chef-d'œuvre étoit réservé h notre siècle. Et afin que cette grande merveille parût accompagnée de tous les sujets possibles d'étonnement, le degré où les hommes n'avoient pu atteindre est rempli par une jeune reine dans laquelle se rencontrent ensemble l'avantage de l'expérience avec la tendresse de Tàgei, le loisir de l'étude avec l'occupation d'une royale naissance, et Téminence de la science avec lafoiblesse du sexe. C'est Votre Majesté, madame, qui fournit à l'univei's cet exemple unique qui lui manquoit ; c*est elle en qui la puissance est dispensée par les lumières de la science, et la science relevée par -l'éclat de l'autorité. C'est cette union si merveilleuse qui fait que, comme Votre Majesté ne voit rien qui soit au-dessus de sa puissance, elle ne voit rien aussi qui soit au-dessus de son esprit, et qu'elle sera l'admiration de tous les siècles. Régnez donc, incomparable princesse, d'une manière toute nouvelle ; que votre génie vous assujettisse tout ce qui n'est pas soumis à vos armes; régnez par le droit de la naissance, pendant une longue suite d'années, sur tant de triomphantes provinces ; mais régnez toujours par la force de votre

1. Christine, fille de Gustave- Adolphe, roi de Suède, et de Marie-Eléonore de Brandebourg, étoit née en 1626. Elle succéda à son père en \6^i. lÊiWci viQ^V vingt-guatre ans lorsque Pascal lui adressoh cette lettre toul à \a i^As. é\^,^ïcv\fe,

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