DU CONTRAT MOHATRA HH
« cause qu'il y a trop de peine à s'accommoder pour le « profit, si vous m'en voulez assurer un certain, et quant t( et quant aussi mon sort principal, qu'il ne coure for- « tune, nous tomberions bien plus tôt d'accord, et vous <K ferai toucher argent dans cette heure. » N'est-ce pas là un moyen bien aisé de gagner de l'argent sans pécher? Et le père Bauny n'a-t-il pas raison de dire ces paroles, par lesquelles il conclut cette méthode: aVoilà, « à mon avis, le moyen par lequel quantité de personnes « dans le monde, qui , par leurs usures, extorsions et «contrats illicites, se provoquent la juste indignation « de Dieu, se peuvent sauver en faisant de beaux, hon- « nêtes et licites profits? »
mon père I lui dis -je, voilà des paroles bien puissantes I Sans doute elles ont quelque vertu occulte pour chasser l'usure, que je n'entends pas : car j'ai toujours pensé que ce péché consistoit à retirer plus d'argent qu'on n'en a prêté. Vous l'entendez bien peu, me ditil. L'usure ne consiste presque, selon nos pères, qu'en l'intention de prendre ce profit comme usuraire. Et c'est pourquoi notre père Escobar fait éviter l'usure par un simple détour d'attention; c'est au tr. 3, ex. 5, n. 4, 33, 44. « Ce seroit usure , dit-il , de prendre du « profit de ceux à qui on prête, si on l'exigeoit comme « dû par justice : mais, si on l'exige comme dû par re- « connoissance , ce n'est point usure. » Et n. 3 : «Il « n'est pas permis d'avoir rintentiqj^de profiter de l'ar-
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« gent prêté immédiatement ; mais^e le prétendre par « l'entremise de la bienveillance de celui à qui on l'a « prêté, média benevolentiâ, ce n'est point usure. »
Voilà de subtiles méthodes; mais lyie des meilleures, 4 mon sens (car nous en avons à choisir), c'est celle du
contrat Mohatra. Le contrat Mohatra, mon père? Je vois bien, dit-il, que vous ne savez ce que c'est II n'y a que le nom d'étrange. Escobar vous l'expliquera au tr. 3, ex. 3, n. 36 ; « Le contrat Mohatra est celui par lequel « on achète des étoffes chèrement et à crédit, pour les a revendre au même instant à la même personne argent « comptant et à bon marché. » Voilà ce que c'est que le contrat Mohatra : par où vous voyez qu'on reçoit une certaine somme comptant, en demeurant obligé pour davantage. Mais, mon père, je crois qu'il n'y a jamais eu qu'Escobar qui se soit servi de ce mot-là : y a-t-il d'autres livres qui en parlent? Que vous savez peu les choses I me dit le père. Le dernier livre de théologie morale qui a été imprimé cette année même à Paris parle du Mohatra, et doctement ; il est intitulé Epihgm Summarum, C'est un abrégé de toutes les Sommes de théologie, pris de nos pères Suarez, Sanchez, Lessius, Fagundez, Hurtado, et d'autres casuistes célèbres, comme le titre le dit. Vous y verrez donc en la page 54 : « Le Mohatra est quand un homme, qui a alfaire de « vingt pistoles, achète d'un marchand des étoffes pour « trente pistoles, payables dans un an, et les lui revend « à l'heure même pour vingt pistoles comptant. » Vous voyez bien par-là que le Mohatra n'est pas un mot inouï. Eh bieni mon père, ce contrat-là est-il permis? Escobar, répondit le père, dit au même lieu, « qu'il y a des « lois qui le défen^nt sous des peines très-rigoureu- «ses. » Il est donc inutile, mon père? Point du tout, dit-il : car Escobar, en ce môme endroit, donne des expédients pour le rendre permis. « Encore même, dit- « il, que celui qui vend et achète ait pour intention « principale le dessein de profiter, pourvu seulement