POUR LES USURIERS
: celui qui lui eût plu : et môme, étant également obligé ( envers tous par régalité de leur droit, il le devient ( davantage envers celui qui lui fait ce don, qui l'engage i à le préférer aux autres : et cette préftrence semble «pouvoir être estimée pour de l'argent : Quœ obligatio a videtur pretio œsttmabilis, »
Mon révérend père, lui dis-je, je suis surpris de cette permission , que les premiers magistrats du royaume Qe savent pas encore. Car M. le premier président a rapporté un ordre dans le parlement pour empêcher ïue certains greffiers ne prissent de l'argent pour cette Jorte de préférence : ce qui témoigne qu'il est bien Soigné de croire que cela soit permis à des juges ; et oui le monde a loué une réformation si utile à toutes es parties. Le bon père, surpris de ce discours, me ré- )ondit : Dites-vous vrai? je ne savois rien de cela. Notre )pinion n*est que probable, le contraire est probable mssi. En vérité, mon père, lui dis-je, on trowre que tf. le premier président a plus que probablement bien tait, et qu'il a arrêté par-là le cours d'une corruption publique, et soufferte durant trop long-temps. J'en juge de la môme sorte, dit le père ; mais passons cela, laissons les juges. Vous avez raison, lui dis-je; aussi bien ne reconnoissent-ils pas assez ce que vous faites pour eux. Ce n'est pas cela, dit le père; mais c'est qu'il y a tant de choses à dire sur tous, qu'il faut être court sur chacun.
Parlons maintenant des gens d'affaires. Vous savez <ÎQela plus grande peine qu'on ait avec eux est de les détourner de l'usure ; et c'est aussi à quoi nos pères ont pris un soin particulier; car ils détestent si fort ce vice, qu'Escobar dit au tr. 3.^ex. 5, n. 1, « que de dire
(( que l'usure n'est pas péché, ce seroit une hérésie. » Et notre père Bauny, dans sa Somme des péchés, ch. xiv^ remplit plusieurs pages des peines dues aux usuriers. Il les déclare « infâmes durant leur vie, et in- « dignes de sépulture après leur mort. » mon pèrel je ne le croyois pas si sévère. Il l'est quand il le faut, me dit-il : mais aussi ce savant casuiste ayant remarqué qu'on n'est attiré à l'usure que par le désir du gain, il dit au môme lieu : « L'on n'obligeroit donc pas peu le « monde, si, le garantissant des mauvais effets de l'u- (( sure, et tout ensemble du péché qui en est la cause, « on lui donnoit le moyen de tirer autant et plus de « profit de son argent par quelque bon et légitime em- (( ploi, que l'on en tire des usures. » Sans doute, mon père, il n'y auroit plus d'usuriers après cela. Et c'est pourquoi, dit-il, il en a fourni une « méthode générale « pour toutes sortes de personnes; gentilshommes, pré- « sidents, conseillers, etc., » et si facile, qu'elle ne consiste qu'en l'usage de certaines paroles qu'il faut prononcer en prêtant son argent ; ensuite desquelles on peut en prendre du profit, sans craindre qu'il soit usuraire, comme il est sans doute qu'il l'auroit été autrement. Et quels sont donc ces .termes mystérieux, mon père? Les voici, me dit-il, et en mots propres; car .vous savez qu'il a fait son livre de la Somme des péchés en françois, pour être entendu de tout le monde, cointùe il le dit dans la préface : a Celui à qui on demande de « l'argent répondra donc en cette sorte : Je n'ai point « d'argent à prêter ; si ai bien à mettre à profit honnête « et licite. Si desirez la somme que demandez poiir la « faire valoir par votre industrie à moitié gain, moitié « perte, peut-âtre m'y résoudrai-je. Bien est vrai qu'à