HISTOIRE DES PROVINCIALES V
grâce; que le monde parolssoit disposé à souffrir qu'on Ten instruisit^et que le succès de sa dernière lettre en étoit une preuve convaincante. Cette raison fai^oit beaucoup d'impression sur lui ; il croyoit pouvoir traiter ces questions^ qui faisoient alors tant de bruit, et les débarrasser des termes obscurs et équivoques des scolastiques, des vaines chicanes de mots, et de tout ce qui res* sent la chaleur de la dispute; il espéroit, dis- je, les expliquer d'une manière si aisée et si proportionnée à Tintelligence de tout le monde, qu'il pourroit forcer les jésuites même à se rendre à la vérité.
Aiais il n'eut pas plus tôt commencé à lire Escobar avec un peu d'attention, et à parcourir les autres casuistes, qu'il ne put retenir sou indignation contre ces opinions monstrueuses qui font tant de déslionneur au christianisme. 11 jugea qu'il n'y avoit rien de plus pressé que d'exposer à la vue du public des relâchements en même temps si ridicules et si détestables. 11 crut devoir travailler à rendre cette fausse doctrine non-seulement la fable, mais encore l'objet de la haine et de l'exécration de tout le monde. C'est à quoi il s'appliqua entièrement depuis par le seul motif de servir l'Église. Alors il ne composa plus ses lettres avec la même vitesse qu'auparavant, mais avec une contention d'esprit, un soin et un travail incroyables. Il étoit souvent vingt jours entiers sur une seule lettre. Il en recommençoit même quelques-unes jusqu'à sept ou huit fois, afîn de les mettre au degré de perfection où nous les voyons. On dit même qu'il refit la dix-huitième jusqu'à treize fois.
On ne doit point être surpris qu'un esprit aussi vif ait eu cette patience. Autant qu'il avoit de vivacité, autant avoit-il de pénétration pour découvrir les moindres défauts dans les ouvrages d'esprit; souvent à peine trouvoit-il supportable ce qui faisoit l'admiration des autres. De plus, la matière qu'il Irai toit avoit ses difficultés particulières. Il falloit réunir comme dans un seul corps un grand nombre de passages tirés de divers auteurs et de différents endroits dans les mêmes auVôvxY^*, \\ Vd5\^\\. Jes lier d'une manière naturelle et qui n'eùl rîexv àci^wç,^.^^-