‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 40 sur 89 · DU BIEN ACQUIS PAR DES VOIES HONTEUSES H · texte numérisé non relu

DU BIEN ACQUIS PAR DES VOIES HONTEUSES H

a doit réparer da sien le mal qui en sera issu. Mon sen- « liment est que non. Car à restituer nul n*est tenu , « s*il n*a violé la justice. La viole-t-on quand on prie (( autrui d'une faveur? Quelque demande qu'on lui en « fasse, il demeure toujours libre de Toctroyer ou de a la nier. De quelque côté qu'il incline, c'est sa volonté «qui l'y porte; rien ne l'y oblige que la bonté, que la tt douceur et la facilité de son esprit. Si donc ce soldat ' «ne répare le mal qu'il aura fait, il n'y faudra as- « treindre celui à la prière duquel il aura offensé l'in- « nocent. » Ce passage pensa rompre notre entrelien : car je fus sur le point d'éclater de rire de la bonté et douceur d'un brûleur de grange, et de ces étranges raisonnements qui exemptent de restitution le premier et véritable auteur d'un incendie, que les juges n'exempteroient pas de la mort : mais si je ne me fusse retenu, le bon père s'en fût offensé, car il parloit sérieusement, et me dit ensuite du même air :

Vous devriez reconnoître par tant d'épreuves combien vos objections sont vaines; cependant vous nous faites sortir par-là de notre sujet. Revenons donc aux personnes incommodées, pour le soulagement desquelles nos pères, comme entre autres Lessius, liv. II, ch. xii, n. \% assurent « qu'il est permis de dérober non seuleft ment dans une extrême nécessité, mais encore dans « une nécessité graye, quoique non pas extrême. » Escobar le rapporte aussi au Ir. 1, ex. 9, n. 29. Cela est surprenant, mon père : il n'y a guère de gens dans le monde qui ne trouvent leur nécessité grave, et à qui vous ne donniez par-là le pouvoir de dérober en sûreté de conscience. Et quand vous en réduiriez la permission aux seules personnes qui sont efTectivement en cet

état, c'est ouvrir la porte à une infinité de larcins, que les juges puniroient nonobstant cette* nécessité grave, et que vous devriez réprimer à bien plus forte raison, vous qui devez maintenir parmi les hommes non seulement la justice, mais encore la charité, qui est détruite par ce principe. Car enfin n'est-ce pas la violer, et faire tort à son prochain, que de lui faire perdre son bien pour en profiter soi-même? C'est ce qu'on m'a appris jusqu'ici. Cela n'est pas toujours véritable, dit le père; car notre grand Molina nous a appris, tome II, tr. 2, disp. 328, n. 8, « que l'ordre de la charité n'exige pas (( qu'on se prive d'un profit pour sauver par-là son proc( chain d'une perte pareille. » C'est ce qu'il dit pour montrer ce qu'il avoit entrepris de prouver en cet endroit-là. « Qu'on n'est pas obligé en conscience de c( rendre les biens qu'un autre nous auroit donnés, pour en frustrer ses créanciers. » Et Lessius, qui soutient la même opinion, la confirme par ce même principe au livre II, ch. xx, dist. 19; n. 168.

Vous n'avez pas assez de compassion pour ceux qui sont mal à leur aise; nos pères ont eu plus de charité que cela. Ils rendent justice aux pauvres aussi bien qu'aux riches. Je dis bien davantage, ils la rendent même aux pécheurs. Car encore qu'ils soient fort opposés à ceux qui commettent des crimes, néanmoins ils ne laissent pas d'enseigner que les biens gagnés par des crimes peuvent être légitimement retenus. C'est ce que Lessius enseigne généralement, liv. II, ch. xiv, d. 8. « On n'est point, dit-il, obligé, ni par la loi de (( nature, ni par les lois positives, c est-à-dire par aucune (kloi, de rendre ce qu'on a reçu pour avoir commis une « action criminelle, comme pour un adultère, encore

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