DU BIEN ACQUIS PAR DES VOIES HONTEUSES
a Ion les différentes conditions des personnes qui les
« commettent, et que les unes valent plus que les au-
a très. » C'est ce qu'il établit sur de solides raisons, au
tr. 31, c. IX, n. 23i : Occultœ fornicariœ debetur pre-
Hum in conscientta, et multo majore ratione^ quam pu-
hUcœ. Copia enim quam occulta facit mulier sui corporis,
multo plus valet quam ea quam publica facit meretrix;
nec nulla est kx positiva quœ reddat eam incapacem pre^
tii. Idem dicendum de pretio promisso virgini^ conjugatœ^
moniali, et cuicumque alii. Est enim omnium eadem
ratio.
Il me fit voir ensuite , dans ses auteurs , des choses de cette nature si infâmes, que je n'oserois les rapporter, et dont il auroit eu horreur lui-même (car il est bon homme), sans le respect qu'il a pour ses pères, qui lui fait recevoir avec vénération tout ce qui vient de leur part. Je me taisois cependant, moins par le dessein de rengager à continuer cette matière, que par la surprise de voir des livres de religieux pleins de décisions si horribles, si injustes et si extravagantes tout ensemble. II poursuivit donc en liberté son discours, dont la conclusion fut ainsi. C'est pour cela, ditil, que notre illustre Molina (jo crois qu'après cela vous serez content) décide ainsi cette question : « Quand on «a reçu de l'argent pour faire une méchante action, a est-on obligé à le rendre ? Il faut distinguer, dit ce «grand homme;, si on n'a pas fait l'action pour lace quelle on a été payé, il faut rendre l'argent; mais si « on l'a faite, on n'y est point obligé : si non fecit hoc amalum, tenetur ^stituere ; secus, si fecit. » C'est ce qu'Escobar rapporte autr. 3, ex. 2, n. 138.
Voilà quelques-uns de nos principes touchant la res-
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tilution. Vous en avez bien appris aujourd'hui, je veux voir maintenant comment vous en aurez profité. Répondez-moi donc. « Un juge qui a reçu de l'argent « d'une des parties pour rendre un jugement en sa face veur est-il obligé à le rendre? » Vous venez de me dire que non, mon père. Je m'en doutois bien, dit-il; vous l'ai-je dit généralement? je vous ai dit qu'il n'es pas obligé de rendre, s'il a fait gagner le procès à celui qui n'a pas bon droit. Mais quand on a droit, voulezvous qu'on achète encore le gain de sa cause, qui est dû légitimement? Vous n'avez pas de raison. Ne comprenez-vous pas que le juge doit la justice, et qu'ainsi il ne la peut pas vendre ; mais qu'il ne doit pas l'injustice, et qu'ainsi il peut en recevoir de l'argent? Aussi tous nos principaux auteurs, comme Molina, disp. 94 et 99; Reginaldus, livre X, n. 184, 185 et 187; Filiutius, tr. 31, n. 220 et 228; Escobar, tr. 3, ex. 1, n, 21 et 23; Lessius, lib. II, c. XIV, d. 8, n. 55, enseignent tous uniformément : «Qu'un juge est bien obligé de rendre ce qu'il « a reçu pour faire justice, si ce n'est qu'on le lui eût « donné par libéralité : mais qu'il n'est jamais obligé à « rendre ce qu'il a reçu d'un homme en faveur duquel « il a rendu un arrêt injuste. »
Je fus tout interdit par cette fantasque décision ; et pendant que j'en considérois les pernicieuses conséquences, le père me préparoit une autre question, et me dit : Répondez donc une autre fois avec plus de circonspection. Je vous demande maintenant : « Un «homme qui se mêle de deviner est-il obligé de rendre « l'argent qu'il a gagné par cet exercice?» Ce qu'il vous plaira, mon révérend père, lui dis-je. Comment, ce qu'il me plairai Vraiment vous êtes admirable! Il