‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 51 sur 89 · DE LA CONFESSION · texte numérisé non relu

DE LA CONFESSION

DUS pas plutôt leur retenir leurs péchés que de les leur émettre? Avez-vous Pidée véritable de retendue de otre ministère? et ne savez-vous pas que vous y exerez le pouvoir de lier et de délier? Croyez-vous qu'il oit permis de donner l'absolution indifféremment à ous ceux qui la demandent, sans reconnoître auparavant si Jésus-Christ délie dans le ciel ceux que vous déiez sur là terre? Eh quoi 1 dit le père, pensez-vous que nous ignorions « que le confesseur doit se rendre juge « de la disposition de son pénitent, tant parcequ'il est « obligé de ne pas dispenser les sacrements à ceux qui <i en sont indignes, Jésus-Christ lui ayant ordonné d'être « dispensateur fidèle, et de ne pas donner les choses « saintes aux chiens, que parcequ'il est juge, et que c'est «le devoir d'un juge de juger justement, en déliant «ceux qui en sont dignes, et liant ceux qui en sont «indignes, et aussi parcequ'il ne doit pas absoudre «ceux que Jésus-Christ condamne? » De qui sont ces paroles-là, mon père? De notre père Filiutius, répliîua-t-il, t. I, tr. 7, n. 354. Vous me surprenez, lui disk; je les prenois pour être d'un des pères de l'Église. Mais, mon père, ce passage doit bien étonner les confesseurs, et les rendre bien circonspects dans la fcpensation de ce sacrement, pour reconnoître si le fegret de leurs pénitents est suffisant, et si les proïûesses qu'ils donnent de ne plus pécher à l'avenir sont ï'ecevables. Cela n'est point du tout embarrassant, dit le père : Filiutius n'avoit garde de laisser les confesseurs ^ans cette peine; et c'est pourquoi, ensuite de ces parles, il leur donne cette méthode facile pour en sortir: ^^Le confesseur peut aisément se mettre etvre^oç»^ Vow- ^cbâDtla disposition de son pénitent; car s'VV ivc- ôiowcv^

loO DIXIÈME LETTRE

Car, pour commencer par la peine qu'on a de CODfesser de certains péchés, comme vous n'ignovez pas qu'il est souvent assez important de se conserver dans Testime de son confesseur, n'est-ce pas une chose bien commode de permettre, comme font nos pères, et entre autres Escobar, qui cite encore Suarez, tr. 7, a. 4, n. i3o, « d'avoir deux confesseurs, l'un pour les péchés « mortels, et l'autre pour les véniels, afin de se main- « tenir en bonne réputation auprès de son confesseur « ordinaire, uti bonam famam apud ordinarium tueatur, « pourvu qu'on ne prenne pas de là occasion de demeu- « rer dans le péché mortel ? » Et il donne ensuite on autre subtil moyen pour se confesser d'un péché, môme à son confesseur ordinaire, sans qu'il s'aperçoive qu'on l*a commis depuis la dernière confession, t C'est, dit- « il, de faire une confession générale, et de confondre ^ « ce dernier péché avec les autres dont on s'accuse en c( gros. )) Il dit encore la môme chose , princ. ex. 2, n. 73. Et vous avouerez, je m'assure, que cette décision du père Bauny, Théol. mor. tr. 4, q. 15, p. 137, soulage encore bien la honte qu'on a de confesser ses re-

chutes : « Que, hors de certaines occasions qui n'arri- « vent que rarement, le confesseur n'a pas le droit de « demander si le péché dont on s'accuse est un péché (( d'habitude, et qu'on n'est pas obligé de lui répondre tt sur cela, parcequ'il n'a point droit de donnera soD ^ « pénitent la honte de déclarer ses rechutes fré- « quentes. »

Gomment, mon pèrel j'aimerois autant dire qu'un médecin n'a pas droit de demander à son malade s'il J a Jong-temps qu'il a la î\e\i:e, 1»^^^ ^^^\v4?> ne sont-iïs pas tous différents selon ces, d\Vtfet^\iV^^ rà^cs^^\x.>^^^^^

DU SACREMENT DE PÉNITENCE ib\

et le dessein d'un véritable pénitent ne doit-il pas être d'exposer tout l'état de sa conscience à son confesseur, avec la même sincérité et la môme ouverture de cœur que s'il parloit à Jésus-Christ, dont le prôtre tient la place? Or, n'est-on pas bien éloigné de cette disposition quand on cache ses rechutes fréquentes, pour cacher la grandeur de son péché? Je vis le bon père embarrassé là-dessus : de sorte qu'il pensa à éluder celte difficulté plutôt qu'à la résoudre, en m'apprenant une autre de leurs règles, qui établit seulement un nouveau désordre, sans justifier en aucune sorte cette décision du père Bauny, qui est, à mon sens, une de leurs plus pernicieuses maximes, et des plus propres à entretenir les vicieux dans leurs mauvaises habitudes. Je demeure d'accord, me dit-il, que l'habitude augmente la malice du péché ; mais elle n'en change pas la nature : et c'est pourquoi on n'est pas obligé à s'en confesser, selon la règle de nos pères, qu'Escobar rapporte, princ. ex. 2, n. 39 : « Qu'on n'est obligé de confesser que les circon- 1 « stances qui changent l'espèce du péché, et non pas )■. « celles qui l'aggravent. »»

C'est selon cette règle que notre père Granados dit,

»no, part. cont. 7, tome IX, d. 9, n. 22, « que si on a «mangé de la viande en carême, il suffit de s'accuser « d'avoir rompu le jeûne, sans dire si c'est en mangeant

i ♦ de la viande, ou en faisant deux repas maigres. » Et

r selon notre père Reginaldus, tr. 1, liv. VI, c. iv, ^' H4: » Un devin qui s'est servi de l'art diabolique

î «n'est pas obligé à déclarer cette circonstance; mais «n suffit de dire qu'il s'est mêlé de deviner, sans expri-

I « raer si c'est par Ja chiromancie, ou par wyv^îvcVç^ ^n^ç, ^^^0 démon. » Et FagiwdeZy de notre soc\(îVfe, ^.'^>

« Il y a des auteurs qui disent qu*on doit refuser l'ab-

« solution à (ieux qui retombent souvent dans les mê-

« mes péchés, et principalement lorsque, après les

a avoir plusieurs fois absous, il n*en paroît aucun amen-

« dément: et d'autres disent que non. Mais la seule vé-

« ritable opinion est qu'il ne faut point leur refuser

« l'absolution : et encore qu'ils ne profitent point de

' c( tous, les avis qu'on leur a souvent donnés, qu'ils

I « n'aient pas gardé les promesses qu'ils ont faites de

1 « changer de vie, qu'ils n'aient pas travaillé à se puri-

;« fier, il n'importe : et quoi qu'en disent les autres, la

c( véritable opinion, et laquelle on doit suivre, est que,

« même en tous ces cas, on les-doitabsoudre. » Et tr.4,

q. 22, p. 100 : « Qu'on ne doit ni refuser, ni différer

(( l'absolution à ceux qui sont dans des péchés d'habi-

« tude contre la loi de Dieu, de nature, et de l'Église,

« quoiqu'on n'y voie aucune espérance d'amendement:

(( Etsi emendationis futiirœ nulla spes appareat. »

Mais, mon père, lui dis-je, cette assurance d'avoir toujours l'absolution pourroit bien porter les pécheurs... Je vous entends, dit-il en m'interrompant; mais écoutez le père Bauny, q. 15 : « On peut absoudre celui « qui avoue que l'espérance d'être absous l'a porté à (( pécher avec plus de facilité qu'il n'eût fait sans cette (( espérance. » Et le père Caussin, défendant cette proposition, dit, page 211 de sa Rép. à la ïhéol. mor., « Que si elle n'étoit véritable, l'usage de la confession « seroit interdit à la plupart du monde; et qu'il n'y c< auroit plus d'autre remède aux pécheurs, qu'une (( branche d'arbre et une corde. » mon père I que ces maximosAh attireront de gens à vos confessionnaux. Aussi) dit-il y vous ne sawnez cvoVte, e,cya:^\^\^.*^^ ^^

\ DU SACREMENT DE PÉNITENCE \o\

^ et le dessein d'un véritable pénitent ne doit-il pas être

Î d'exposer tout Tétat de sa conscience à son confesseur, avec la même sincérité et la môme ouverture de cœur y que s'il parloit à Jésus-Christ, dont le prêtre tient la : ; place? Or, n'est-on pas bien éloigné de cette disposii lion quand on cache ses rechutes fréquentes, pour ca- . ,, cher la grandeur de son péché? Je vis le bon père emiq barrasse là-dessus : de sorte qu'il pensa à éluder cette ;ij difficulté plutôt qu'à la résoudre, en m'apprenant une ^j autre de leurs règles, qui établit seulement un nouveau désordre, sans justifler en aucune sorte cette décision du père Bauny, qui est, à mon sens, une de leurs plus pernicieuses maximes, et des plus propres à entretenir les vicieux dans leurs mauvaises habitudes. Je demeure d'accord, me dit-il, que l'habitude augmente la malice du péché ; mais elle n'en change pas la nature : et c'est pourquoi on n'est pas obligé à s'en confesser, selon la règle de nos pères, qu'Escobar rapporte, princ. ex. 2, n. 39 : « Qu'on n'est obligé de confesser que les circon- ( « stances qui changent l'espèce du péché, et non pas )i « celles qui l'aggravent. »»

C'est selon cette règle que notre père Granados dit, mo) part. cont. 7, tome IX, d. 9, n. 22, « que si on a «mangé de la viande en carême, il sufflt de s'accuser « d'avoir rompu le jeûne, sans dire si c'est en mangeant i • de la viande, ou en faisant deux repas maigres. » Et f selon notre père Reginaldus, tr. 1, liv. VI, c. iv, ^' H4: » Un devin qui s'est servi de l'art diabolique ! «n'est pas obligé à déclarer cette circonstance; mais ' « il suffit de dire qu'il s'est mêlé de deviner, sans exprij « mer si c'est par la ciiiromancie, ou par wu^ïvcVÇi ^n^ç, f'Io démon. » Et Fagiwdez, de notre soc\(îVfe, ^.^s

(( mettent bien de ne plus pécher, et qu'ils aient un <( vrai regret du passé. » Je l'entendis bien; car il m'avoit déjà appris de ({uoi le confesseur se doit conloiter pour juger de ce regret. Et le père Bauny, continiia4-il, permet, p. 1083 et 1084, à ceux qui sont engagés dam les occasions prochaines, « d'y demeurer, quand ib ne « les pourroient quitter sans bailler sujet au monde de a parler, ou sans en recevoir de l'incommodité. » Et if dit de même en sa Théologie morale, tr. 4, IhPmKà. q. 13, p. 93, et q« 14, p. 94 : «Qu'on peut et qu'on ddt a absoudre une femme qui a chez elle un honune avae « qui elle pèche souvent, si elle ne le peut faire sortir « honnêtement, ou qu'elle ait quelque cause de lerele- « nir : Si non potest hmeste ejicere^ aut hobeai alipm ") a causam retinendi; pourri qu'elle se propose bien de a ne plus pécher avec lui. i»

mon père I lui dis-je, l'obligation de quitter les occasions est bien adoucie, si on en est dispensé aussitôt qu'on en recevroit de l'incommodité : mais je crois au moins qu'on y est obligé, selon vos pères, quand il n'y a point de peine? Oui, dit le père, quoique toutefois cela ne soit pas sans exception. Car le père Bauny dit au même lieu : a II est permis à toutes 80^ (( tes de personnes d'entrer dans les lieux de débauche «pour y convertir des femmes perdues, quoique « soit bien vraisemblable qu'on y péchera : coouBÇ si « on a déjà éprouvé souvent qu'on s'est laissé aller ar « péché par la vue et les cajoleries de ces femmes. Et a encore qu'il y ait des docteurs qui n'approuvent pas « cette opinion, et qui croient qu'il n'est pas permis a de mettre volontairement son salut en danger pour & secourir son procham, je ne \m^e^%&^^\ûStt«38«a

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