‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 57 sur 89 · SENTIMENTS DES JÉSUITES TOUCHANT L'AUMONE · texte numérisé non relu

SENTIMENTS DES JÉSUITES TOUCHANT L'AUMONE

: ce qui leur est nécessaire, nous ne leur donnons pas : tant ce qui est à nous que nous ne leur rendons ce : qui est à eux : et c'est un devoir de justice plutôt : qu'une œuvre de miséricorde. » Reg. Past p. 3, ad. 22.

C'est de cette sorte que les saints recommandent ux riches de partager avec les pauvres les biens de la erre, s'ils veulent posséder avec eux les biens du ciel. Et u lieu que vous travaillez à entretenir dans les hommes 'ambition , qui fait qu'on n'a jamais de superflu , et 'avarice, qui refuse d'en dojiner quand on en auroit;* es saints ont travaillé au contraire à porter les hommes i donner leur superflu , et à leur faire connoître qu'ils m auront beaucoup, s'ils le mesurent, non par la cupilité, qui ne souffre point dé bornes, mais par la piété, lui est ingénieuse à se retrancher pour avoir de quoi ie répandre dans l'exercice de la charité. « Nous auxrons beaucoup de superflu, dit saint Augustin, si o( nous ne gardons. que le nécessaire : mais si nous re- X cherchons les choses vaines, rien ne nous suffira. X Recherchez, mes frères, ce qui suffit à l'ouvrage de «Dieu, » c'est-à-dire à la nature; « et non pas ce qui f< suffit à votre cupidité, » qui est l'ouvrage du démon : f< et souvenez-vous que le superflu des riches est le ^ nécessaire des pauvres. » In Ps. 147.

Je voudrois bien , mes pères, que ce que je vous dis servît non seulement à me justifier, ce seroit peu, mais encore à vous faire sentir et abhorrer ce qu'il y a de corrompu dans les maximes de vos casuîstes, afin de nous unir sincèrement dans les saintes règles de l'Évangile, selon lesquelles nous devons tous être jugés.

Pour le second point, qui regarde la s\motv\^^ ^n^wV rue de répondre aux reproches que vou^ rc\^ ^2l\V^'$»^ V

DOnSIÈlCB LBTTRB

commencerai par réclairciaaemenl de votre dottrine sur ce sujet Comme tous vous êtes trouTés einta^ rassés entre les canons de l'Église qui imposent JCho^ ribles peines aux simoniaques^ et ramrice de ttft4e personnes qui recherchent cet infiune trafic, tous ira suivi votre méthode ordinaire » qui est d'ftccoidar m hommes* ce qu'ils désirent, et de donner à IMeu du paroles et des apparences. Car qu'est-ce qoedemandcik les simoniaques, sinon d'ayoir de l'argent en donaot leurs bénéfices? Bt c'est cela que vonis ayez eiempll de simonie. Mais parcequ'il fiiut que le nom de siflKMie demeure , et qu'il y ait un sujet où il soit attadé, vous ayez choisi pour cela une idée. imaginaire, jqmoe vient jamais dans l'esprit des simoniaques, et qdJsff seroit inutile, qui est d'estimer l'argent considéré ei lui-même autant que le bien spirituel considéré ea lui-même. Car qui s'aviseroit de comparer des choses û disproportionnées et d'un genre si différent? B cependant, pourvu qu'on ne fasse pas cette comparaison métaphysique , on peut donner son bénéfice à un autre, et en recevoir de Targent sans simonie t selon vos auteurs.

C'est ainsi que vous vous jouez de la religion poor suivre la passion des hommes; et voyez néanotoios avec quelle gravité votre père Valaitia débite ses songes à l'endroit cité dans mes lettres, t. III , disp* ^ q. 16, part. 3, p. 2044 : « On 'peut, dit-il, ia^^ a un bien temporel pour un spirituel en deux QUt- (( nières : l'une en prisant davantage le temporel qo® « le spirituel , et ce seroit simonie : l'autre en prenant (( le temporel comme le motif et la fin qui porte àdon- « ner le spirituel , sans que tvfewvmovù& wv^mfeNfcV^^

porel plus que le spirituel; et alors ce n*est point simonie. Et la raison en est, que la simonie consiste à recevoir un temporel comme le juste prix [ d'un spirituel. Donc, si on demande le temporel, ( sipetatur temporale^ non pas comme le prix, mais i comme le motif qui détermine à le conférer , ce i n'est point du tout simonie , encore qu'on ait pour K fin et attente principale la possession du temporel : K minime erit simonia , etiamsi temporale principaliter i miendatur ei expectetur. » Et votre grand Sanchez îVt-il pas eu une pareille révélation, au rapport d'Escobar, tr. 6, ex. 2, n. 40? Voici sea mots : <c Si on donne un bien temporel pour un bien spirituel , «'non pas comme prix, mais comme un motif qui « porte le collateur à le donner, on comme une re- « connoissance , si on Ta déjà reçu, est-ce simonie? « Sancbez assure que non, Opmc. t II, 1. ii, c. 3, « d.23, n. 7. » Vos thèses de Caen, de 4644': « C'est « une opinion probable , enseignée par plusieurs ca- X ttioliques, que ce n'est pas simonie de donner un « bien temporel pour un spirituel , quand on ne le «donne pas comme prix. » Et quant à Tannerus, foici sa* doctrine, pareille à celle de Valentia, qui fera voir combien vous avez tort de vous plaindre de ce îue j'ai dit qu'elle n'est pas conforme à celle de saint rhomas; puisque lui-même l'avoue au lieu cité dans Dtta lettre, t. III, disp. 5, p. 4519 : « Il n'y a point, «dil-il, proprement et véritablement de simonie, « sinon à prendre un bien temporel comme le prix « d'un spirituel : mais , quand on le prend comme un « motif qui porte à donner le spirituel , ov\ ç,o«vkv^ ^( en reconnaissance de ce qu'on l'a dov\tvfe ^ ciç; \C^^V

200 DOUZIÈHJt LETTRE

« point simonie y au moins en conscience. i| tim peu après : « Il faut dire la même chose, tsatim « qu'on regarde le temporel comme sa BopriiWQlbi « et qu'on le préfire môme au «piritoel :. iffaiifai^ « saint Thomas et d'autres semblent dire le coatpdiei <« en ce qu'ils assurent que c'est absolumenl sipow n de donner un bien spirituel pour un UmfM$i^ (( lorsque le temporel en est la fin^ »

Voilà, mes pères, votre doctrine de la simouiaco* seignée par tos meilleurs auteurs, qui se sniTeot «i cela bien exactement. Il ne me reste donc qu'à^ok pondre à vos impostures. Vous n'avei rien dît.siffi'ûr 1 pinion de Valentia, éL ainsi sa doctrine subsiste spiès votre réponse. Mais vous vous arrêtes sur celle de-littnerus, et vous dites qu'il a seulement décidé qae ce n'étoit pas une simonie de droit divin, et vous voalef faire croire que j'ai supprimé de ce passage ces paroles de droit divin^ sur quoi vous n'êtes pas raisonnables, mes pères : car ces termes , de droit divin , ne furent jamais dans ce passage. Vous ajoutez ensuite que Tan-' nerus déclare que c'est une simonie de droit positif* Vous vous trompez, mes pères : il n'a pas dit cela généralement, mais sur des cas particuliers, incasilbmàjurt expressiSy comme il le dit en cet endroit. En quoi il fait une exception de ce qu'il avait établi en générsl dans ce passage, « que ce n'est pas simonie en- eoD" « science; » ce qui enferme que ce n'en est pas aussi Qoe-^ de droit positif, si vous ne voulez faire Tannerus assef impie pour soutenir qu'une simonie de droit positif n'est pas simonie en conscience. Mais vous recherchei à dessein ces mots de « droit divin, droit positif, droit <( naturel, tribunal inlènevxY e\. cxX.fenfc\a^ ç»& ^sbç^sûl^

« dans le droit, présomption externe, » et les autres qui sont peu connus, afin d'échapper sous cette obscurité, et de faire perdre la vue de vos égarements. Vous n'échapperez pas néanmoins, mes pères, par ces vaines subtilités : car je vous ferai des questions si simples, qu'elles ne seront point sujettes au distinguo.

Je vous demande donc , sans parler de droit positifs ni de présomption externe^ ni de tribunal extérieur, si un bénéficier sera simoniaque, selon vos auteurs, en donnant un bénéfice de quatre mille livres de rente, et recevant dix mille francs argent comptant, non pas comme prix du bénéfice, mais comme un motif qui le porte à le donner. Répondez-moi nettement, mes pères; que faut-il conclure sur ce cas, selon vos auteurs? Tannerus ne dira-t-il pas formellement « que ce n'est point simo- « nie en conscience, puisque le temporel n'est pas le « prix du bénéfice, mais seulement le motif qui le fait «donner? » Valentia, vos thèses de Gaen, Sanchez et Escobar, ne décideront-ils pas de môme, « que ce «n'est pas simonie » par la même raison? En faut-il davantage pour excuser ce bénéficier de simonie? Et oseriez-vous le traiter de simoniaque dans vos confes* sionnaux, quelque sentiment que vous en ayez par vous-mêmes, puisqu'il aurait droit de vous fermer la bouche, ayant agi selon l'avis de tant de docteurs graves? Confessez donc qu'un tel bénéficier est excusé de simonie, selon vous ; et défendez maintenant cette doctrine, si vous le pouvez.

Voilà, mes pères, comment il faut traiter les questions pour les démêler, au lieu de les embrouiller, ou par des termes d'école, ou en changeant l'état de la question, comme vous faites dans voire deYm^t \:^^\Çi-

che en cette sorte. Tannerus , dites-vous , déclare au moins qu'un tel échange est un grand péché; et vous me reprochez d'avoir supprimé malicieusement cette circonstance , qui le justifie entièrement^ à ce que vous prétendez. Mais vous avez tort, et en plusieurs manièrea Car, quand ce que vous dites seroit vrai, il ne s'agissoit pas, au lieu où j'en parlois, de savoir s'il y avoit en cela du péché, mais seulen:ient s'il y avoit de la simonie. Or, ce sont deux questions fort séparées : les péchés n'obligent qu'à se confesser, selon vos maximes ; la simonie oblige à restituer ; et il y a des personnes à qui cela paroitroit assez différent. Car vous avez bien trouvé des expédients pour rendre la confession douce; mais vous n'en avez point trouvé pour rendre la restitution agréable. J'ai à vous dire de plus que le cas que Tannerus accuse de péché n'est pas simplement celui oii l'on donne un bien spirituel pour un temporel, qui en est le motif môme principal; mais il ajoute encore « que l'on prise le temporel plus que le spirituel, » ce qui est ce cas imaginaire dont nous avons parlé. Et il ne fait pas de mal de charger celui-là de péché, puisqu'il faudrait être bien méchant ou bien stupide, pour ne vouloir pas éviter un péché par un moyen aussi facile qu'est celui de s'abstenir de comparer les prix de ces deux choses, lorsqu'il est permis de donner l'une pour l'autre. Outre que Valentia examinant, au lieu déjà cité, s'il y a du péché à donner un bien spirituel pour un temporel, qui en est le motif principal, rapporte les raisons de ceux qui disent que oui, en ajoutant : SedhxiC non videtur mihi satis certain; cela ne me paroît pas assez certain.

Mais, depuis, votre père Érade Bille, professeur des

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