‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 65 sur 89 · PROORÈS DES OPINIONS PROBABLES · texte numérisé non relu

PROORÈS DES OPINIONS PROBABLES

véritablement Dieu, et que Tobservation de sa loi fût le premier et principal objet de votre pensée, ce respect régneroit uniformément dans toutes vos décisions importantes, et vous engageroit à prendre dans toutes ces occasions Tintérét de la religion? Mais si Ton voit au contraire que vous violez en tant de rencontres les ordres les plus saints que Dieu ait imposés aux hommes, quand il n'y a que sa loi à combattre ; et que, dans les occasions mêmes dont il s'agit, vous anéantissez la loi de Dieu, qui défend ces actions comme criminelles en elles-mêmes, et ne témoignez craindre de les approuver dans la pratique que par la crainte des juges, ne nous donnez-vous pas sujet de juger que ce n'est point Dieu que vous considérez dans cette crainte; et que, si en apparence vous maintenez sa loi en ce qui regarde Tobligation de ne pas nuire à Tétat, ce n'est pas pour sa loi même, mais pour arriver à vos fins, comme ont toujours fait les moins religieux politiques I

Quoi, mes pères ! vous nous direz qu'en ne regardant que la loi de Dieu qui défend l'homicide, on a droit de tuer pour des médisances? Et après avoir ainsi violé la loi éternelle de Dieu , vous croirez lever le scandale que vous avez causé , et nous persuader de votre respect envers lui en ajoutant que vous en défendez la pratique pour des considérations d'état , et par la crainte des juges? N'est-ce pas au contraire exciter un scandale nouveau? non pas par le respect que vous témoignez en cela pour les juges ; car ce n'est pas cela que je vous reproche, et vous vous jouez ridiculement là-dessus, page 29. Je ne vous reproche pas de craindre les juges, mais de ne craindre que les juges. G'esl ç.^\a. gue je blâme; parce que c'est taire Bleu \\\ovus> ^wcietov

des crimes que les hommes. Si vous disiez qu'on peut tuer un médisant selon les hommes, mais non pas selon Dieu, cela seroit moins insupportable; mais quand vous prétendez que ce qui est trop criminel pour être souffert par les hommes soit innocent et juste aux yçux de Dieu qui est la justice môme, que faites-vous autre chose, sinon montrer à tout le monde que, par cet horrible renversement si contraire à Tesprit des saints, vous êtes hardis contre Dieu, et timides envers les hommes? Si vous aviez voulu condamner sincèrement ces homicides, vous auriez laissé subsister Tordre de Dieu qui les défend; et si vous aviez osé permettre d'abord ces homicides , vous les auriez permis ouvertement, malgré les lois de Dieu et des hommes. Mais, comme vous avez voulu les permettre insensiblement, et surprendre les magistrats qui veillent à la sûreté publique, vous avez agi finement en séparant vos maximes, el proposant d'un côté « qu'il est permis, dans la « spéculative, de tuer pour des médisances » (car on vous laisse examiner les choses dans la spéculation), et produisant d'un autre côté cette maxime détachée, « que ce « qui est permis dans la spéculation Test bien aussi dans (da pratique. » Car quel intérêt Télat semble-t-il avoir dans cette proposition générale et métaphysique? Et ainsi, ces deux principes peu suspects étant reçus séparément, la vigilance des magistrats est trompée; puisqu'il ne faut plus que rassembler ces maximes pour en tirer cette conclusion où vous tendez, qu'on peut donc tuer dans la pratique pour de simples médisances.

Car c'est encore ici, mes pères, une des plus subtiles adresses de votre politique, de séparer dans vos écrits les maximfes c\ue, \owç> ^'à^^vc^^vtx ^"ssi^x^savis.

C'est ainsi que vous avez établi à part votre doctrine de la probabilité, que j*ai souvent expliquée. Et ce, principe général étant affermi, vous avancez séparé- 1 ment des choses qui^ pouvant être innocentes d'elles- 1 mômes, deviennent horribles étant jointes à ce perni- \ deux principe. J'en donnerai pour exemple ce que l \/ vous avez dit page 11, dans vos impostures, et à quoi l il faul que je réponde : « Que plusieurs théologiens i « célèbres sont d'avis qu'on peut tuer pour un soufflet ^ « reçu. » Il est certain, mes pères, que, si une personne qui ae tient point à la probabilité avoit dit cela, il n'y auroil rien à reprendre, puisqu'on ne feroit alors qu'un simple récit qui n'auroit aucune conséquence. Mais vous, mes pères, et tous ceux qui tiennent cette dangereuse doctrine : « Que tout ce qu'approuvent des au- « teurs célèbres est probable et sûr en conscience, d quand vous ajoutez à cela, a que plusieurs auteurs cé- « lèbres sont d'avis qu'on peut tuer pour un soufflet, » qu*est-ce.faire autre chose, sinon de mettre à tous les chrétiens le poignard à la main pour tuer ceux qui les auront offensés, en leur déclarant qu'ils le peuvent faire' • e^ sûreté de conscience, parce qu'ils suivront en cela l'avis de tant d'auteurs graves?

Quel horrible langage qui, en disant que des auteurs tiennent une opinion damnable, est en même temps une décision en faveur de cette opinion damnable, et qui autorise en conscience tout ce qu'il ne fait que rapporter! On l'entend, mes pères, ce langage de votre école. Et c'est une chose étonnante que vous ayez le front de le parler si haut, puisqu'il marque votre sentiment si à découvert, et vous convainc de tenir pour sûre en conscience cette opinion, «t qtfoxv^^wVVa^^

m THËIZIÈME LETTRE

Il pour un aoiifflpt. h aussitôt que vous nous que plusieurs auleurs célèbres I» soulieuneat. Vousoepouveï vous en défendre, mes pères, que vous prévaloir des passages de Vasquez e roz que vous m'opposez, oii ils condamnent c très que leurs confrères approuvent. Ces tém( séparés du reste de TOire doctrine, ponrroimil ' ceux qui ne l'entendent pas assez. Mais il Tau ensemble vos prindpes et vos maximes. Vt donc ici que Vasquez ne souffre point les r Mais que dites-vous d'un aulre côté, mes père « la probabililé d'un sentiment n'emp^ohe ps habilité du sentiment contraire, m El en un a « qu'il est permis desuivre l'opinion la moins d et la moins sflre, en quittant l'opinion la | nbableel la plus silre. v (Jnc s'ensuit-i! de ensemble, sintm que nous avons une entière 1 conscience pour suivre celui qui nous plaira de avis opposés?Qne devientdonc, mes pères,, le vous espériez de toutes ces citations? Il dispar qu'il ne faut, pour votre condamnation, quera ces maximes que vous séparez pour votre just Pourquoi produisez-vous donc ces passages d teurs queje n'ai point cités, pour excuser ceui cités, puisqu'ils n'ont rien de commun ? Quel c vous donne-t'il de m'appeler imposteur? Ai-j tons vos pères sont'*dTins un même déréglei n'ai-je pas fait voir au contraire que votre prin térfit est d'en avoir de tous avis pour servir à besoins? A ceux qui voudront tuer on présent sius; à ceux qui ne voudront pas tuer on ; Vasqu^ afin que pevsowïie tift «^T^ftnv&lconteai

avoir pour soi un auteur grave. Lessius parlera en païen de l'homicide, et peut-être en chrétien de Taumône ; Vasquez parlera en païen de Taumône, et en chrétien ie rhpnaicide. Mais par le moyen de la probabilité que Masquez et Lessius tiennent, et qui rend toutes vos opilions comipunes, ils se prêteront leurs sentiments les ms aux autres, et seront obligés d'absoudre 'ceux qui lurontagi selon les opinions que chacun d'eux conlaiïine. C'est donc cette variété qui vous confond davantage. L'uniformité seroit plus supportable : et il n'y t rien de plus contraire aux ordres exprès de saint enace et de vos premiers généraux que ce mélange 'otifus de toutes sortes d'opinions. Je vous en parierai ^^ut-être quelque jour, mes pères : et on sera surpris le voir combien vous êtes déchus du premier esprit ^e votre institut, et que vos propres généraux ont prévu ÏUe le dérèglement de votre doctrine dans la morale poiirroit être funeste non-seulement à votre société, ttiais encore à l'Église universelle.

Je vous dirai cependant que vous ne pouvez tirer ^Ucun avants^e de l'opinion de Vasquez. Ce seroit une chose étrange si, entre tant de jésuites qui ont écrit, il n'y en avoit pas un ou deux qui eussent dit ce que tous les chrétiens confessent. Il n'y a point de gloire à soutenir qu'on ne peut pas tuer pour un soufflet, selon l'Évangile; mais il y a une horrible 'honte à le nier. De sorte que cela vous justifie si peu qu'il n'y a rien qui vous accable davantage; puisque, ayant eu parmi vous des docteurs qui vous ont dit la vérité, vous n'êtes pas demeurés dans la vérité, et que vous avez mieux aimé les ténèbres que la lumière. Car vous avez appris de Vasquez « que c'est une opinion palexaie, ^V xvwi^"^'^

240 TREISIÈHR LETTRÉ

« chrétienne, de dire qu'on poisse donner un eoapde c bâton à celui qui a donné un soufflet; que c'est rai- (( ner le Décalogue et l'Évangile de dire qu'on puisiè c,tuer pour ce sujet, et que les plus scélérats d'oM y I c les hommes le reconnoissent » Et cependant ions I avei souffert que, contre ces mérités connoes, Leiiiiii« ^sçobar et les autres aient décidé que toutes les dé* ferisesque Dieu a faites de l'homicide, n^empOdMOtpoint qu'on ne puisse tuer pour un soufflet, A quoi 8eff>U donc maintenant de produire ce passage de ¥aiqna^ contre le sentiment de Lessius, sinon pour montrer qa^ Lessius est un pakn ei un idlérat, selon Vasquea? et c'( ce que je n'oserois dire. Qu'en peut-on conclure, si cen'i que Lessius ruine le Décalogue et tÉvangik f qu'an nier jdur Yasquez c#ndamnera Lessius sur ce point comme Lessius condamnera Vasques sur un autre, que lous vos auteurs s'élèveront en jugement les udî^ contre les autres pour se condamner réciproquemen ^ dans leurs effroyables excès contre la loi de Jésus-Christ ? Concluons donc, mes pères, que puisque votre pr(^^ habilité rend les bons sentiments de quelques uns d^ vos auteurs inutiles à TÉglise, et utiles seulement à. votre politique, ils ne servent qu'à nous montrer, par leur contrariété, la duplicité de votre cœur, que voos ' nous avez parfaitement découverte, en nous déclaranl d'une part que Yasquez et Suarez sont contraires i rhomicide; et de l'autre, que plusieurs auteurs célèbres sont pour l'homicide : afin d'offrir deux chemins aox hommes, en détruisant la simplicité de l'esprit de Dieo, qui maudit ceux qui sont doubles de cœur, et qoi se préparent deux voies, vas duplici corde^ ei ingreiktii duabuè viis! (EccL., ii, \4.^

. On réfiite par les saints Pères les maximes des jésuites sur rhomicide. On répond en passant à quelques unes de leurs calomnies, et on . compare leur doctrine avec la forme qui s'observe dans les jugements criminels.

Dn 23 octobre 1656.

Mes REVERENDS PÈRES,

Si je n'avois qu'à répondre aux trois impostures qui

restent sur Thomicide, je n'aurois pas besoin d'un long

♦ discours ; et vous les verrez ici réfutées en peu de

ttiois : mais comme je trouve bien plus important de

donner au monde de Thorreur de vos opinions sur ce

^^jet que de justifier la fidélité de mes citations, je serai

obligé d'employer la plus grande partie de cette lettre

k ^ la réfutation de vos maximes, pour vous représenter

^ combien vous êtes éloignés des sentiments de TÉglise,

''■ et même de la nature. Les permissions de tuer, que

vous accordez en tant de rencontres, font paroître qu'en

cette matière vous avez tellement oublié la loi de Dieu,

* ettellement éteint les lumières naturelles, que vous

avez besoin qu'on vous remette dans les principes les

plus simples de Ja religion et du sens commun; car

qu'y a-t-il de plus naturel que ce sentiment ? « Qu'un

«particulier n'a pas droit sur la vie à*aiv ^\xVee*'^wi&

248 QUATORSIÈMS LSTTRB

« en sommes tellement instruits de notw-mèflkei, dit « saint Qirysostôme, qae, quand Dieu a 'UMi lèpré- « cepte de ne point tuer, il n'a pas ajouté qne'c'olii « cause que rhomicide est un mal; parce» dit ce père, <c que la loi suppose qufon ^ déjà appris cette vétitéde « la nature. »

Aussi ce commandement a été imposé aux hmn»

dans tous les temps. L'Ëyangile a dmfln&é cdm de la loi, et le Décalogue n'a-foit que renouveler cd> J ^ que les hommes avoient reçu de Dieu avant- la loi, ei la personne de Noé, dont tous les hommes deroiept naître; 4iaT dans ce renouvellement du mondfe, Diei dit à ce patriarche : « Je demanderai compte vu « hommes de la vie des hommes, .et au frère de la né « de son frère. Quiconque versera le sang humain, son <c sang sera répandu; parce que l'homme est créé àl^i* « mage dé Dieu. »

Cette défense générale ôte aux hommes tout pouvisf} sur la vie des hommes ; et Dieu se Test tellement ïésèrfé à lui seul que, selon la vérité chrétienne, opposée en cela aux fausses maximes du paganisme, rhommen*! pas môme pouvoir sur sa propre, vie. Mais parce quil* plu à sa providence de conserver les sociétés des hoittmes, et de punir les méchants qui les troublent, iU établi lui-même des lois'pour ôter la vie aux criminels; et ainsi ces meurtres, qui seroient des attentats punissables sans son ordre, deviennent des punitions louables par son ordre, hors duquel il n*y a rien que d'injuste* C*est ce que saint Augustin a rej)résenté admirablement au livre I de la Cité de Dieu, ch. xxi : a Dieu, dit- « il, a fait lui-même quelques exceptions à cette dé- « fense générale de lueT,so\\.^^T\^^\si\^Qj\*U a établies

our faire mourir les criminels, soit par les ordres parculiers qu'il a donnés quelquefois pour faire mourir ^lelques personnes. Et quand on tue en ces ca*s-!à, ce l'est pas rhomme qui tue, mais Dieu, dont l'homme l'est que l'instrument, comme une épée entre les nains de celui qui s'en sert. Mais si on excepte ces îas, quiconque tue se rend coupable d'homicide. » Il est donc certain, mes pères, que Dieu seul a le oit d'ôter la vie, et que néanmoins, ayant établi des ispour faire mourir les criminels, il a rendu les rois i les républiques dépositaires de ce pouvoir; et c'est

que saint Paul nous apprend, lorsque, parlant du oit que les souverains ont de fait* e mourir les hommes, ^ le faft descencjre du ciel en disant « que ce, n'est pas in vain qu'ils portent l'épée, parce qu'ils sont ministres le Dieu pour exécuter ses vengeances contre les cou- )ables. » (RoM., xiii. 14.) Vfais comme c'est Dieu qui leur a donné ce droit, il

oblige à l'exercer ainsi qu'il le feroit lui-même, st-à-dire avec justice, selon cette parole de saint ul au même lieu : « Les princes ne sont pas établis lour se rendre terribles aux bons, mais aux méchants. )ui veut n'avoir point sujet de redouter leur puisance n'a qu'à bien faire; car ils sont ministres 'de )ieu pour \q bien. »'(/Wrf., m.) Et cette restriction laisse si peu leur puissance qu'elle la relève au conire beaucoup davantage; parceque c'est la rendre ûblable à celle de Dieu, qui est impuissant pour PC le mal, et tout-puissant pour faire le bien; et que st la distinguer de celle des démons, qui sont imissants pour le bien, et n'ont de puissance que pour mal. Il V a seulement dette différetvce exvVc^'Wv^w^V

£50 OUATORSIfcXE LBTTBl

les souverains, que Dieu élant la Justice et h tagetie même, il peut iaire mourir sur-le-champ qui il loi platt, quand^ il lui plaît, et en la manière quHl lui pbtt; car, outre qu'il est le mallre . souverain de la vie dei hommes» il est sans doute qu'il ne Ift leur ÔCe jimui, ni sans cause, ni sans connoissanoe, puisqu'il est nd incapable dlnjusUçe que d'eireur. Ibis les prineei n peuvent pas agir de la sorte, parcequlls sont telleiMOl ministres de Dieu qu'ils sont hommes néamnoioSi fli non pas dieux. Les mauvaises impressions les pov* roient surprendre, les faux soupçons les pourroiait . aigrir, la passion les pour roit emporter; et c'est ca ^ les a engagés eux-mômes à descendre dans les mofOi humains, et à établir dans leurs états des juges waxqfHà ils ont communiqué ce pouvoir, afin que cette anlAiK que Dieu leur a donnée ne soit employée que pour h fin pour laquelle ils l'ont reçue. .

Concevez donc, mes pères, que, pour être exempt d'homicide, il faut agir tout ensemble et par l'autorité de Dieu, et selon la justice de Dieu; et que, si ces i&n conditions ne sont jointes, on pèche, soit en tuant a?ee sou autorité, mais sans justice; soit en tuant a?ec justice, mais sans son autorité. De la nécessité de cette ^ union il arrive, selon saint Augustin, « que celui qui « sans autorité tue un criminel se rend criminel lui- « même, par cette raison principale qu'il usurpe une « autorité que Dieu ne lui a pas donnée; » et les juges au contraire, qui ont cette autorité, sont néanoioios' homicides, s'ils font mourir un innocent contre les lois qu'ils doivent suivre.

Voilà, mes pères, les principes du repos et de la sûreté publique qu\ ptvV fevfe x^^w^ ^^w% Ic^^is tes temps

3tdans tous les lieux, et sur lesquels tous les législateurs du monde, sacrés et profanes, ont établi leurs lois, sans que jamais les païens mêmes aient apporté d'exception à cette règle, sinon lorsqu'on ne peut autrement éviter la perte de la pudicité ou de la vie ; parcequ'ils ont pensé a qu'alors, comme dit Cicéron, «les lois mêmes semblent offrir leurs armes à ceux (( qui sont dans une telle nécessité. »

Mais que, hors cette occasion, dont je ne parle point ici, il y ait jamais eu de loi qui ait permis aux particuliers de tuer, et qui Tait souffert, comme vous foiles, pour se garantir d'un affront, et pour éviter la perte de l'honneui^ ou du bien, quand on n'est point en môme temps en péril de la vie; c'est, mes pères, ce que je soutiens que jamais les infidèles mêmes n'ont feit Ils l'ont au contraire défendu expressément; car la loi des douze Tables de Rome portoit a qu'il n'est «pas permis de tuer un voleur de jour qui ne se « défend point avec des armes. » Ce qui avoit déjà été défendu dans l'Exode, c. xxn. Et la loi Furent , ad I^gem Comeliam^ qui est prise d'Ulpien, « défend de *'tuer même les voleurs de nuit qui ne nous mettent « pas en péril de mort. » Voyez-le dans Cujas, m tit, %. de Juslit. et Jure^ ad Leg, 3.

Dites-nous donc, mes pères, par quelle autorité ^om permettez ce que les lois divines et humaines défendent; et par quel droit Lessius a pu dire, l. Il, c. IX,- n. 66 et 72 : a L'Exode défend de tuer les voleurs '( de jour, qui ne se défendept pas avec des armes, et a on punit en justice ceux qui tueroient de cette sorte. « Mais néanmoins on n'en seroit pas coupable çu eow- K science, lorsqu'on n'est pas certain de t^ownovv: \^-

Vit QUATORlIftlfl LlfTBI :'

« couyrer ce qa'on nous dérobe, et qa'on eit méoMi « comme dit Sotiu; parcegii'on n'est pu :oWgé de « s'exposer au péril de perdre qndqpe xAmm pov a saayer un voleur. ^ tout cela est encore pentit^ok « ecclésiastiqnes mêmes. » Quelle étrange baltfessel La loi de Holse punit ceux qui tuent ka volemi^ )mk qvL*i\& n'attaquent pas notre Vie, et la loi de l'tiniqgB^ selon *Tous, les absoudrai Quoiî mes pères» Jéi» Christ estril venu pour détruire la loi, ef nda pâft pôôr l'accomplir? « Les juges puniroient, dit Lessios, eeus « qui: tueroient en cette occasion ; mais on n'«i seirait ^ pas coupable mi conscience. » Est-ce donc qoèi b morale de Jésud-Christ est plus ^ cruelle et moBH ennemie du meurtre que celle dea patens, dont te juges ont pris ces lois civiles qui le condamnait? Ltt chrétiens font-ils plus d'état ûe& biens de la terre, oo font-ils moins d'état de la vie des hommes que n'en ont fait les idolâtres et les infidèles ? Sur quoi vous fondez -vous, mes pères? Ce n'est sur aucune loi expresse ni de Dieu« ni des hotnmes, mais seulement sur ce raisonnement étrange : a Les lois, dites-voos, « permettent de se défendre contre les voleurs et de <( repousser la force par la force. Or la défense étant « permise, le meurtre est aussi réputé permis, sans « quoi là défense seroit souvent impossible^ »

Gela est faux, mes pères, que la défense étant permise^ le meurtre soit aussi permis. C'est cette cruelle manièi^ , de se défendre qui est la source de toutes vos errenRi 1 et qui est appelée, par la Faculté de Louvain, tsi I DÉFENSE MEURTRIÈRE^ defshsio occùiva^ daus leur censura 1 de la doctrine de votre père Lamy sur l'homicide. J* 1 vous soutiens donc qu'V\ ^ ^ V^wV ^^ ^\^<st^\ÉRj^ ^a [

es lois, entre tuer et se défendre, que, dans les mêmes )ccasions où la défense est permise, le meurtre est léfendu quand on n'est point en péril de mort. Scouiez-le, mes pères, dans Gujas, au même lieu : X II est permis de repousser celui qui vient pour s'emi parer de notre possession, mais il n'est pas permis de X LE TUER. )) Et encore : a Si quelqu'un vient pour ï nous frapper, et non pas pour nous tuer, il est bien K permis de le repousser, mais il n'est pas permis ds le

Page 1