X TUER. D
Qui vous a donc donné le pouvoir de dire, comme
font Molina, Reginaldus, Filiutius, Escobar, Lessius
et les autres : « Il est permis de tuer celui qui vient
a pour nous frapper? » Et ailleurs : « Il est permis de
« tuer celui qui veut nous faire un affront, selon Tavis
« de tous les casuistes, ex sententia omnium, » comme
dit Lessius, n. 74. Par quelle autorité, vous qui n'êtes
que des particuliers, donnez-vous ce pouvoir de tuer
aux particuliers et aux religieux mêmes? Et comment
osez-vous usurper ce droit de vie et de mort qui
n'appartient essentiellement qu'à Dieu, et qui est la
plus glorieuse marque de la puissance souveraine?
C'est sur cela qu'il ff^lloit répondre; et vous pensez y
«voir satisfait en disant simplement dans votre treizième
imposture, « que la valeur pour laquelle Molina permet
« de tuer un voleur qui s'enfuit sans nous faire aucune
«violence n'est pas aussi petite que j'ai dit, et qu'il
« fiiut qu'elle soit plus grande que six ducats. » Que
^îelaest foible, mes pères 1 Où voulez-vous la déterminer?
*^ quinze ou seize ducats? Je ne vous en ferai pas moins ^e reproches. Au moins vous ne saune'i. dvc^ojViîç^X^ P^sela valeur d'un cheval; car Lessiu^^ Ws.W^ ^. vks
votre père Rejjioaldus, qui, expliquant ce n {le Molina, I. XXI, n. 68, déclare a que Molin; Il MINE la valeur pour laquelle il n'est pas ;; <i lucr, à trois, ou quatre, ou cinq ducats. > mes pères, je n'aurai pas seulement Moiii encore Keginaldus.
Il ne me sera pas moins facile de réfuter v lorzième imposture touchant la permisi^ion < a un voleur qui nous veut ôler un écu, » seloi Cela est si constant, qu'Escobar vous le tén tr. 1, ex. 7, n. 44, où il dil que « Molina détei H gulièrement la valeur pour laquelle ou pei u un écu. M Aussi vous me reprochée seulemi la quatorzième imposture, que j'ai supprimé nièret paroles de ce passage : u Que l'on do « en cela la modération d'une juste défense, vous plaignez-vous donc aussi de ce qu'Escotu point exprimées î Mais que .vous êtes peu fi cruvez au'on n'entend oas ce oue c'est, sel
permettent de tuer pour sauver sa vie?. Je vous déclare donc qu'il entend simplement que, si Ton peut sauver son écu sans tuer le voleur, on ne doit pas le tuer; mais que, si l'on ne peut le sauver qu'en tuant, encore même qu'on» ne coure nul risque de la vie, comme si le voleur n'a point d'armes, qu'il est permis d'en prendre et de le tuer pour sauver son écu ; et qu'en cela on ne sort point , selon lui , de la modération d'une juste défense. Et pour vous le montrer, laissez-le s'expliquer lui-môme, t. IV, tr. 3, d. 11, n. 5 : « On ne « laisse pas de demeurer dans la modération d'une « juste défense, quoiqu'on prenne des armes contie « ceux qui n'en ont point , ou qu'on en prenne de plus a avantageuses qu'eux. Je sais qu'il y en a qui sont « d'un sentiment contraire : mais je n'approuve point « leur opinion, même dans le tribunal extérieur. »
Aussi, mes pères, il est constant que vos auteurs
ji
permettent de tuer pour la défense de son bien et de son honneur, sans qu'on soit en aucun péril de sa vie. Et c'est par ce môme principe qu'ils autorisent les duels, comme je l'ai fait voir par tant de passages sur lesquels vous n'avez rien répondu. Vous n'attaquez dans vos écrits qu'un seul passage de votre père Layman, qui le permet, a lorsque autrement on seroit en péril <( de perdre sa fortune ou son honneur : » et vous dites que j'ai supprimé ce qu'il ajoute, que ce cas-là est fort rare. Je vous admire, mes pères; voilà de plaisantes impostures que vous me reprochez. Il est bien question de savoir si ce cas-là est rare! il s'agit de savoir si le duel y est permis. Ce sont deux questions séparées. Layman, en qualité de casuiste , doit juger si le duel y est permis, el il déclare que oui. Nou^ *ju%e\:o\và \À<i\\
tt6 OUATORBtÈMl LItTRtt -^
* sans lui û ce cas-là est nirei et nous lui dédincons qu'il est fort ordinaire. Et si vous aimei mieux en croiie votre bon ami Diana» il ?oas dira quil mt fort eommin, part. 5, tract. 14, mi$e. 3, rtsoL 99. Mais qa'iLsmt rue ou non , et que Layman suive en cela Navarre, coaune vous le faites tant valoir, n'est-ce pas une chose abominable qu'il consente à cette opinion : Que, pour ooft* server un faux honneur, il sQit permis en consdeoce d'accepter un duel, contre les édita de tous les étsli chrétiens, et contre tous les canons de l'JËglise, sani que vous ayez encore ici pour autoriser toutes cei maximes diaboliques, ni lois, ni canons, ni autorités de l'Écritore ou des Pères, , ni. exemple d'aucun saiot, mais seulement ce raisonnement impie : « Llionneor d est plus cher que la vie; or, il est permis de taer « pour défendre sa vie : donc il est permis de tuer (( pour défendre son honneur?» Quoi! mes pères, pa^ ceque le dérèglement des hommes leur a fait aimer ce faux honneur plus que la vie que Dieu leur a donnée pour le servir, il leur sera permis de tuer pour le conserver I C'est cela même qui est un mal horrible, d'aimer cet honnour-là plus que la vie. Et cependant cette attache vicieuse, qui seroit capable de souiller les actions les plus saintes , si on les rapportoit à cette fin, sera capable de justifier les plus criminelles, parcequ'on les rapporte à cette fin I
Quel i enversement , mes pères ! et qui ne voit à quels excès il peut conduire? Car enfin il est visible qu'il portera jusqu'à tuer pour les moindres choses, quand on mettra son honneur à les conserver; je dis même jusqu'à tuer pour une pomme. Vous vous plaindriez de moi , mes p^tes», e.\. noxjl^ ^Vtv^x ççHi ie tire de
votre doctrine des conséquences malicieuses, si je n'étois appuyé sur l'autorité du grave Lessius, qui parle ainsi, n. 68 : « Il n'est pas permis de tuer pour « conserver une chose de petite valeur, comme pour a un écu , ou pour une pomme , aux pro pomo, si ce n'est a qu'il nous fût honteux de la perdre. Car alors on a peut la reprendre et même tuer, s'il est nécessaire a pour la ravoir, et si ppus esU occidere ; parceque ce a n'est pas tant défeddre son bien que son honneur. » Cela est net, mes pères. Et pour finir votre doctrine par une maxime qui comprend toutes les autres, écoutez celle-ci de votrs père Héreau , qui l'avoit prise de Lessius : ce Le droit de se défendre s'étend à tout ce qui « est nécessaire pour nous garder de toute injure. »
Que d'étranges suites sont enfermées dans ce principe inhumain ! et combien tout le monde est-il obligé de s'y opposer, et sur-tout les personnes publiques ! Ce n'est pas seulement l'intérêt générai qui les y engage , mais encore le leur propre, puisque vos casuistes cités dans mes lettres étendent leurs permissions de tuer jusqu'à eux. Et ainsi les factieux qui craindront la punition de leurs attentats, lesquels ne leur paroissent jamais injustes^ se persuadant aisément qu'on les opprime par violence , croiront en même temps « que le « droit de se défendre s'étend à tout ce qui leur est néa cessaire pour se garder de toute injure. » Ils n'auront plus à vaincre les remords de la conscience, qui arrêtent la plupart des crimes dans leur naissance, et ils ne penseront plus qu'à surmonter les obstacles du dehors.
Je n'en parlerai point ici , mes pères , non plus que des autres meurtres que vous avez permis^ (\u\ s^o^V. encore plus abominables et plus îmçotUxvV?» ^w^ ^XaX.^
que tous ceux-ci, dont Lessius traite si ouvertement dans les Doutes quatre et dix, aussi bien que tant d'antres de vos auteurs. Il seroit à désirer que ces horribles maximes ne fussent jamais sorties de l'enfer, et que le diable, qui en est le premier auteur, n'eût jamais trouvé des hommes assez dévoués à ses ordres pour les publier parmi les chrétiens.
Il est aisé de juger par tout ce que j'ai dit jusqu'ici combien le reiftchement de vos opinions ejst contraire à la sévérité des lois civiles, et même païennes. Que sera-ce donc si on les compare avec les lois ecclésiastiques, qui doivent être incoihparablement plus saintes, puisqu'il n'y a que l'Église qui connoisse et qui possède la véritable sainteté? Aussi cette chaste épouse dn fils de Dieu qui, à l'imitation de son époux, sait bien répandre son sang pour les autres, mais non pas répandre pour elle celui des autres, a pour. le meurtre une horreur toute particulière, et proportionnée aux lumières particulières que Dieu lui a communiquées. Elle considère les hommes non seulement comme hommes, mais comme images du Dieu "qu'elle adore. Elle a pour chacun d'eux un saint respect qui les lui rend tous vénérables, comme rachetés d'un prix infini, pour être faits les temples du Dieu vivant. Et ainsi elle croit que la mort d'un homme que l'on tue sans l'ordre de son Dieu n'est pas seulement un homicide, mais un sacrilège qui la prive d'un de ses membres; puisque , soit qu'il soit fidèle, soit qu'il ne le soit pas, elle le considère tou jours, ou comme étant l'un de ses enfants, ou comme étant capable de l'être.
Ce sont, mes pères, ces raisons toutes saintes qui, depuis que Dieu s'csl îa\l \\otCiXXi^ ^>s!c \^ ^lut des
[lommes, ont rendu leur condition si considérable à 'Église, qu'elle a toujours puni Thomicide qui les déruit comme un des plus grands attentats qu'on puisse îomraettre contre Dieu. Je vous en rapporterai quellues exemples non pas dans la pensée que toutes ces iévérités doivent être gardées^ je sais que l'Eglise peut iisposer diversement de cette discipline extérieure, nais pour faire entendre quel est son esprit immuable urce sujet. Car les pénitences qu'elle ordonne pour le aeurtre peuvent être différentes selon la diversité des emps; mais l'borreur qu'elle a pour le meurtre ne >eut jamais changer par le changement des temp».
L'Église a été long-temps à ne réconcilier qu'à la aort ceux qui étoient coupables d'un homicide volonaire, tels que sont ceux que vous permettez. Le cé- ^bre concile d'Ancyre les soumet à la pénitence duant toute leur vie : et l'Église a cru depuis être assez idulgente envers eux en réduisant ce temps à un très rand nombre d'années. Mais, pour détourner encore avantage les chrétiens des homicides volontaires, elle puni très sévèrement ceux mêmes qui étoient arrivés ar imprudence, comme on peut voir dans saint Basile, ans saint Grégoire de Nysse, dans les décrets du pape acharie et d'Alexandre IL Les canons rapportés par >aac, évoque de Langres, t. II, ch. xiii, « ordonnent sept ans de pénitence pour avoir tué en se défendant » Et on voit que saint Hildebert, évêque du [ans, répondit à Yves de Chartres : « Qu'il a eu raison ; d'interdire un prêtre pour* toute sa vie, qui pour se : défendre, avoit tué un voleur d'un coup de pierre. » N'ayez donc plus la hardiesse de dire que vos dédions sont conformes à l'esprit et aux cslUotv^ ^^V^-
260 QUATORZIÈMS LETTRE V.^
glise. On vous défie d'en montrer aacan qui permette de tuer pour défendre son bien senlemenft : car je ne parle pas des occasions où Ton anroit à défendue aussi sa vie, »e moque Hberando : vos propres aateors confessent qu'il n'y en a point, comme entre autres votre père Lamy, tr. 5, disp. 36^ num. 436 : « Il n'y a, dit-il, aa- « cun droit divin ni humain qui permette e^ressé- «t ment de tuer un voleiur qui ne se défend pas. a Ek c'est néanmoins ce que vous permettez expressément On vous défle d'en montrer aucun qui permette de tner pour l'honneur, pour un soufflet^ pour une injure et un^ médisance. On vous défle d'en montrer aucun qui permette de tueries témoins, les juges et les magistrats, quelque injustice qu'on en appréhende. L'esprit de l'Église est entièrement éloigné de ces maximes séditieuses qui ouvrent la porte aux soulèvements auxquels les peuples sont si naturellement portés. Elle a toujours enseigné à ses enfants qu'on ne doit point rendre le mal pour le mal : qu'il faut céder à la colèrç : ne point résister à la violence : rendre à chacun ce qu'on lui doit, honneur, tribut, soumission : obéir aux magistrats et aux supérieurs, même injustes; pareequ'on doit toujours respecter en eux la puissance de Dieu qui les a établis sur nous. Elle leur défend encore plus fo^ tementque les lois civiles de se faire justice eux-mêmes; et c'est par son esprit que les rois chrétiens ne se la font pas dans les crimes mêmes de lèse-majesté aupre- > mier chef, et qu'ils remettent les criminels entre les mains des juges pour les faire punir selon les lois et dans les formes de la justice, qui sont si contraires à votre conduite, que l'opposition qui s'y trouve vous fera rougir. Car, puisque ce ^\^cow:c^m'^^^\\fc^\e vous
prie de suivre cette comparaison entre la manière dont on peut tuer ses ennemis, selon vous, et celle dont les juges font mourir les criminels.
Tout le monde sait, mes pères, qu'il n'est jamais permis aux particuliers de demander la mort de personne; et que, quand un homme nous auroit ruinés, estropiés, brûlé nos maisons, tué notre père, et qu'il se disposeroit encore à nous assassiner et à nous perdre d'honneur, on n'écouteroit point en justice la demande que nous ferions de sa mort ; de sorte qu'il a fallu établir des personnes publiques qui la demandent de la part du roi, ou plutôt de la part de Dieu. A votre avis, mes pères, est-ce par grimace et par feinte que les juges chrétiens ont établi ce règlement? Et ne l'ontils pas fait pour proportionner les lois civiles à celles de l'Évangile; de peur que la pratique extérieure de la justice ne fût contraire aux sentiments intérieurs que des chrétiens doivent avoir? On voit assez combien ce commencement des voies de la justice vous confond ; mais le reste vous accai)lera.
Supposez doûc, mes pères, que ces personnes publiques demandent la mort de celui qui a commis tous .ces crimes; que fera-t-on là-dessus? Lui portera-t-on incontinent le poignard dans le sein? Non, mes pères ; la vie des hommes est trop importante, on y agit avec plus de respect : les lois ne l'ont pas soumise à toutes sortes de personnes, mais seulement aux juges dont on a examiné la probité et la naissance. Et croyeavous qu'un seul sufflse pour condamner un homme à mort? Il en faut sept pour le moins, mes pères. Il faut que de ces sept il n'y en ait aucuïv c\vx\ ^\\, fcX^ oJî^^^XNsfe. par Je criminel, de peur que lapass'iouiv'aWj^^e.wx^^^^'^''
2A2 ^ QUATORZIÈME LETTRS ^ v.
rompe son jugement. Et vous savez,, mes pèses^ qa*afin que leur esprit soit aussi plus pur, on observe encore de donner les heures du matin à ces fonctions : tant on apporte de soin pour les préparer à une actioD n grande, où ils tiennent la place de Dieu, dont ils soot les ministres, pour ne condamneif que ceux qu'il condamne lui-même.
Et c'est pourquoi, afin d'y agir comme fidèles dispensateurs de cette puissance divine, d'ôter la vie aux hommes, ils n'ont la liberté de juger que selon les dé- . positions des témoins, et ^elon toutes les autres formes qui leur sont prescrites; ensuite desquelles ils ne peuvent en conscience prononcer que selon les lois, ni juger dignes de mort que ceux que les lois y condamnent. Et alors, mes pères, si Tordre de Dieu les oblige d'abandonner au supplice le corps de ces misérables^ le même ordre de Dieu les oblige de prendre soin de leurs âmes criminelles; et c'est même parcequ'efles sont criminelles qu'ils sont plus obligés à en prendre soin ; de sorte qu'on ne les envoie à la mort qu'après leur avoir donné moyen de pourvoir à leur conscience. Tout cela est bien pur et bien innocent; et néanmoins l'Église abhorre tellement le sang, qu'elle juge encore incapables du ministère de ses autels ceux qui auroient assisté à un arrêt de mort, quoique accompagné de toutes ces circonstances si religieuses : par où il est aisé de concevoir quelle idée l'Église a de l'homicide, i
Voilù, mes pères, de quelle sorte, dans l'ordre de la justice, on dispose de la vie des hommes : voyons maintenant comment vous en disposez. Dans vos nouvelles lois y il n'y a qu'un juge , eX ee \v\^e. ^^l celui-là même qui est offensé. Il est louV eTv?»^tcvW^\^ \wii^^A^^^^
et le bourreau. II se demande à lui-même la mort de son ennemi, il l'ordonne, il Texécute sur-le-champ; et sans respect ni du corps, ni de Tame de son frère , il tue et damne celui pour qui Jésus-Christ est mort; et tout cela pour éviter \in soufflet ou une médisance, ou une parole outrageuse, ou d'autres offenses semblables pour lesquelles un juge, qui a l'autorité légitime, seroit criminel d'avoir condamné à la mort ceux qui les auroient commises, parceque les lois sont très éloignées de les y condamner. Et enfin, pour comble de ces excès, on ne contracte ni péché, ni irrégularité, en tuant de cette sorte sans autorité et contre les lois, quoiqu'on soit religieux, et môme prêtre. Où en sommes-nous, -mes pères? Sont-ce des religieux et des prêtres qui parlent de cette sorte ? sont-ce des chrétiens, sont-ce des turcs? sont-ce des hommes ? sont-ce des démons? et sont-ce là des mystères révélés par f Agneau à ceux de sa société, ou des abominations suggérées par le dragon à ceux qui suivent son parti?
Car enfin, mes pères, pour qui voulez-vous qu'on vous prenne? pour des enfants de l'Évangile, ou pour des ennemis de l'Évangile? On ne peut être que d'un parti ou de l'autre, il n'y a point de milieu. « Qui n'est a point avec Jésus-Christ est contre lui. • Ces deux genres d'hommes partagent tous les hommes. 11 y a deux peuples et deux mondes répandus sur toute la terre, selon saint Augustin : le monde des enfants de Dieu , qui forme un corps dont Jésus-Christ est le chef et le roi ; et le monde ennemi de Dieu, dont le diable est le chef et le roi. Et c'est pourquoi Jésus-Christ est appelé le roi et le Dieu du monde ; parcequ'il a par-tout des sujets et des adorateurs, et que le à\a\Ae^^V.^\^^^\^Y^^^
crime des hommes corrompus a été un homi< personne dii premier juste ; que leur plus gra a été un homicide en la personne du chef d( justes ; et que l'homicide est le seul crime q tout ensemble Tétat, l'Église, la nature et la j
P. S. Je viens de voir la réponse de votre j à ma treizième lettre. Mais s'il ne répond pa celle-ci, qui satisfait à la plupart de ses diflîci méritera pas de réplique. Je \e plains de le à toute heure hors du sujet pour s'étendre ( lomnies et des injures contre les vivants et morts. Mais, pour donner créance aux mén vous lui fournissez, vous ne deviez pas lui i vouer publiquement une chose aussi publiqu< soufflet de Compiègne. Il est constant, n^es l'aveu de l'offensé, qu'il a reçu sur sa joue u la main d'un jésuite ; et tout ce qu'ont pu faii a été de mettre en doute s'il l'a reçu de l'a
Qae les jésuites ôtent la calomnie du nombre des crimes^ et qu'ils ne font point de scrupule de s'en servir pour décrier leurs ennemis.
, Dii 25 novembre 1656.
Mes REVERENDS PÈRES,
Puisque vos impostures croissent tous les jours, et que vous vous en servez pour outrager si cruellement toutes les personnes de piété qui sont contraires à vos erreurs, je me sens obligé, pour leur intérêt et pour celui dç TÉglise, de découvrir un mystère de votre conduite, que j'at promis il y a long-temps, afin qu'on puisse reconnoître par vos propres maximes quelle foi Ton doit ajouter à vos accusations et à vos injures.
Je sais que ceux qui ne vous connoissent pas assez ont peine à se déterminer sur ce sujet, parcequ'ils se trouvent dans la nécessité, ou de croire les crimes incroyables dont vous accusez vos ennemis, ou de vous tenir pour des imposteurs, ce qui leur paroît aussi incroyable. Quoi! disent-ils, si ces choses-là n'étoient, des religieux les publiroient-ils? et voudroient-ils renoncer à leur conscience, et se damner par ces calomnies? Voilà la manière dont ils raisonnent; et ainsi les preuves visibles par lesquelles on tuiug no?> ^^w^^^V^'s»^ rencontrant l'opinion qu'ils ont de \olre ?î»\wcfeYv\fen ^^^"^
268 QUINZIÈMB LETTRK
esprit demeure en suspens entre Tévidence et 1& Yirité .\ qu'ils ne peuvent démentir, et le devoir de la chinté qu'ils appréhendent de blesser. De sorte que, comme la seule chose qui les empêche de rejeter vos médisances est l'estime -qu'ils ont de vous, si on leur tût entendre que vous n'avez pas de la calomnie l'idée qu'ils s'imaginent que vous en avec, et que voqs croyei pouvoir faire votre salut en calomniant vos epuemiii il est sans doute que le poids de la vérité les déterminera incontinent à ne plus croire vos impostures. Ce 9era donc, mes pères, le sujet de cette lettre.
Je ne ferai pas voir seulement que vos écrits sont remplis de calomnies, je veux passer plus avant On peut bien dire des choses fausses en les croyant véritables, mais la quaKté de menteur enferme l'intention de menh tir. Je ferai donc voir, mes pères, que votre intentioa est de mentir et de calomnier; et que c'est avec connoissanoe et avec dessein que vous imposez à vos ennemis des crimes dont vous savez qu'ils sont innocents; pareeque vous croyez le pouvoir faire sans déchoir de l*état de grâce. Et quoique vous sachiez aussi bien que moi ce point de votre morale, je ne laisserai pas de vous le dire, mes pères, a6n que personne n'en puisse douter, en voyant que je m'adresse à vous pour vous le soutenir à vous-mêmes, sans que vpus puissiez avoir Tassurance de le nier, qu'en confirmant par ce désaveu même le reproche que je vous en fois. Car c'est une doctrine si commune dans vos écoles que vous l'avez soutenue non seulement dans vos livres, mais encore dans vos thèses publiques, ce qui est de la dernière hardiesse ; comrcv^ ew\.t^ ^>\\x^^ ^«»& ^os thèses de Louvain de Tannée \^4^> ew^i^^V^^m^v.M.^^'^
« qu'un péché véniel de calomnier et d'imposer de faux « crimes pour ruiner de créance ceux qui parlent mal de « nous. Quidni non nisi veniale sit, detrakentis autoriiatem « magnam, tibi noxiam, falso crimine elidere ?» Et cette doctrine est si constante parmi vous, que quiconque l'ose attaquer, vous le traitez d'ignorant et de téméraire.
C'est ce qu'a éprouvé depuis peu le père Quiroga, ca- * pucin allemand, lorsqu'il voului s'y opposer. Car votre père Dicastillus l'entreprit incontinent, et il parle de cette dispute en ces termes, de Just , liv. II. tr. 2, disp. 12, n. 404: «Un certain religieux grave, pieds nus « et encapuchonné , cucullatus gymnopoda , que je ne a nomme point, eut la témérité de décrier cette opi- « nion parmi des femmes et des ignorants, et de dire « qu'elle étoit pernicieuse et scandaleuse contre les (I bonnes mœurs, contre la paix des états et des socié- « tés, et enfin contraire non seulement à tous les doc- « teurs catholiques, mais à tous ceux qui peuvent être « catholiques. Mais je lui ai soutenu, comme je soutiens « encore, que la calomnie, lorsqu'on en use contre un «•calomniateur, quoiqu'elle soit un mensonge, n'est « point néanmoins un péché mortel, ni contre la jus- « tice, ni contre la charité ; et, pour le prouver, je lui « ai fourni en foule nos pères et les universités entières «qui en sont composées, que j'ai tous consultés, et «entre autres le révérend père Jean Gans, confesseur «de l'empereur; le révérend père Daniel Bastèle, con- «fesseur de l'archiduc Léopold; le père Henri, qui a «été précepteur de ces deux princes; tous les profes- «seurs publics et ordinaires de l'université de Vienne « ( toute composée de jésuites); tous les professeurs de ^^VumversHé de Grats (tonte de jésuites V-» Vo\\^\^^^xc>-
n fesseursde l'universitÉ dePragtie (dont les jésuitessonl a les maîtres): de tous lesquels j'ai en main les approban tions de mon opinion, écrites et signées de leur maia (I outre que j'ai encore pour moi le père de Pennalossa, H jésuite, .prédicateur de l'empereur et du roi iI'Es- II pagne, le père Pilliceroli, jésuite, et bien d'autres qoi " avoietit tous jugé celle opinion probable avant notre a dispute, ii Vous voyez bien, mes pères, qu'il y a peu d'opinions que voua ayez pris si à lâche d'établir, comme il y en avoit peu dont vous eussiez tanl Av besoin. Et c'est pourquoi vous l'avez tellement autorisée que les casuistes s'en servent comme d'un principe iodubilable. a II est ronslant, dit Caramuel, n. 1151, p. 5aO, que c'est une opinion probable qu'il n'y a Il point de péché mortel à calomnier fciusscnient pour fl conservei- son honneur. Car elle est soutenue par plus H de vingt docteurs graves, par Gaspard Hurlado et Di- 11 castillus, jésuites, etc. ; de sorte que, si celte doctrine H u'étoil probable, à peine y en auroit-il aucune qui le H fût en toute la théologie. »
théologie abominable et si corrompue en tous ses chef:! que si, selon ses maximes, il n'étoit probable el sûr en conscience qu'on peut calomnier sans crime pour conserver son honneur, à peine y auroit-il aucune de ses décisions qui fût sûre? Qu'il est vraisemblable, mes pères, que ceux qui tiennent ce principe le mettent quelquefois en pratique! L'inclination cori-ompufides hommes s'y porte d'elle-même avec tnnt d'Impétuosité ' qu'il est inci'ujable qu'en levant l'obstacle de la conscience, elle ne se répandeaver loule sa véhémence naturelle. En voulez-vous un exemple? Caramuel vous k doimera au mftme Vieu-. utsVVtvBVi-àwvft, 4\\,-i, du père
ce Dicastillus, jésuKe, touchant la calomnie, ayant été « enseignée par une comtesse d'Allemagne aux filles de a rimpéralrice, la créance qu'elles eurent de ne pécher tt au plus que véniellement par des calomnies en fît tant « naître en peu de jours, et tant de médisances, et tant « de faux rapports, que cela mit loute la cour en comc bustion et en alarme. Car il est aisé de s'imaginer Tuusage qu'elles en surent faire: de sorte que, pour apaiser ce tumulte, on fut obligé d'appeler un bon « père capucin d'une vie exemplaire, nommé le père « Quiroga (et ce fut sur quoi le père Dicastillus le quea relia tant), qui vint leur déclarer que cette maxime^ (c étoit très pernicieuse, principalement parmi les (I femmes ; et il eut un soin particulier de faire que « l'impératrice en abolît tout -à-fait l'usage. » On ne doit pas être surpris des mauvais efTets que causa cette doctrine. Il faudroit admirer au contraire qu'elle ne produisît pas cette licence. L'amour-propre nous persuade toujours assez que c'est^avec injustice qu'on nous attaque; et à vous principalement, mes pères, que la vanité aveugle de telle sorte, que vous voulez faire croire en tous vos écrits que c'est blesser l'honneur de l'Église que de blesser celui de votre société. Et ainsi, mes pères, il y auroit lieu de trouver étrange que vous ne missiez pas cette maxime en pratique. Car il ne faut plus dire de vous comme font ceux qui ne vous connoissent pas : Gomment ces bons pères voudroient-ils calomnier leurs ennemis ; puisqu'ils ne le pourroient faire que par la perte de leur salut? Mais il faut dire au contraire: Comment ces bons pères voudroienl-ils perdre l'avantage de décrier leurs ennemis, puisqu'ils le peuvent faire sans hasarder leur salut? Qu'on ne s'feVotvw^ ^^wv^
272 QUINIIÈHK LBTTRB
plus de Toir les jésuites calomniateurs : ils lé sont en sûreté de conscience, et rien ne les en peut empêcher; puisque, par le crédit qu'ils ont dans le mondOt ils peuvent calomnier sans craindre la justice des hommes, et que, par celui qu'ils se sont donné sur les ,cas de conscience, ils ont établi des maximes pour le pouvoir fiûre sans craindre la justice de Dieu.
Voilà, mes pères, la source d'oti naissent tant dé noires impostures. *Voilà ce qui en a tait tépandre à votre père Brisacier, jusqu'à s'attirer la censure de fini M. l'archevôque de Parid. Voilà ce qui a porté votre
^ëre d'Anjou à décrier en pleine chaire, dans l'église dé Saint-Benoit, à Paris, le 8 mars 1655, les personnes de qualité qui recevoient les aumônes pour les pauvres de Picardie et de Champagne, auxquelles ils contribuoienl tant eux-mêmes ; et de dire par un mensonge horrible et capable de faire tarir ces charités, si on eût eu quelque créance en vos impostures, « qu'il savoit de science « certaine que ces personnes avoient détourné cet ar-
' « gcnt pour l'employer contre TÉglise et contre Té- « tat : » ce qui obligea le curé de cette paroisse, qui est un docteur de Sorbonne, de monter le lendemain en chaire pour démentir ces calomnies. C'est par ce même principe que votre père Grasset a tant prêché d'impostures dans Orléans, qu'il a fallu que M. i'évêque d'Orléans l'ait interdit comme un imposteur public, par son mandement du 9 septembre dernier, oh il déclare (( qu'il défend à frère Jean Grasset, prêtre de la com- « pagnie de Jésus, de ppv^cher dans son diocèse; et à c( tout son peuple de l'ouïr, sous peine de se rendre « coupable d'une désobéissance mortelle, sur ce qu'il (( a appris que \ed\l Ç^ra^^^V ^novV ^^\\. xav ^^^^sra.^ en
« chaire rempli de faussetés et de calomnies contre les « ecclésiastiques de cette ville, leur imposant fausse- « ment et malicieusement qu'ils soutenoient ces propo- « sitions hérétiques et impies : Que les commandements de Dieu sont impossibles; que jamais on ne résiste à « la grâce intérieure; et que Jésus-Christ n'est pas mort « pour tous les hommes, et autres semblables, condam- « nées par Innocent X. » Car c'est là, mes pères, votre imposture ordinaire, et la première que vous reprochez à tous ceux qu'il vous est important de décrier. Et quoiqu'il vous soit aussi impossible de le prouver de qui que ce soit, qu'à votre père Crasset de ces ecclésiastiques d'Orléans, votre conscience néanmoins demeure en repos : « parceque vous croyez que cette manière « de calomnier ceux qui vous attaquent est si certaine- « ment permise, » que vous ne craignez point de le déclarer publiquement et à la vue de toute une ville.
£n voici un insigne témoignage dans le démêlé que vous eûtes avec M. Puys, curé de Saint-Nisier, à Lyon; et comme cette histoire marque parfaitement votre esprit, j'en rapporterai les principales circonstances. Vous savez, mes pères, qu'en 1649, M* Puys traduisit en françois un excellent livre d'un autre père capucin, « touchant le devoir des chrétiens à leur paroisse contre « ceux qui les en détournent, » sans user d'aucune invective, et sans désigner aucun religieux, ni aucun ordre en particulier. Vos pères néanmoins prirent cela pour eux ; et, sans avoir aucun respect pour un ancien pasteur, juge en la primatie de France, et honoré de toute la ville, votre père Alby fit un livre sanglant contre lui, que vous vendîtes vous-mêmes dans votre propre église, \ejour de i'Assomption, où \\ l'accvx^o\\. ^^"^-
274 OUINIIÈMB LETTRE V-
sieurs choses, et entre autres de «t s'être mdu scanda- <c leux par ses galanteries, et d'être suspect d'impiété, «d'être hérétique, excommunié, et enfin digne du <c feu. » A cela M. Puys répondit; et le père Alby tootinl, par un second livre, ses premières accnsaticMU. N'est-il donc pas vrai, mes pères, ou que vous étiez des calomniateurs, ou que vous croyiez tout cela de ce bon prêtre; et qu'enfin il falloit que vous le vissiez hors de ses erreurs pour le juger digne de votre amitié? Écoutez donc ce qui se passa dans l'accommodement qui fat fait en présence d'un grand nombre des premières personnes de la ville, dont les noms sont au bas de cette page S comme ils sont marqués dans l'acte qui en fat dressé le 25 septembre i65(k Ce fut en présence detoot ce monde que M. Puys ne fit autre chose que dédarer (c que ce qu'il avoit écrit ne s'^dressoit point aux pères a jésuites ; qu'il àvoit parlé en général coutre ceux qui « éloignent les fidèles des paroisses, sans avoir pensé « en cela attaquer la société, et qu'au contraire il l'ho- « norok avec amour. » Par ces seules paroles, il revint de son apostasie, de ses scandales et de son excommunication, sans rétractation et sans absolution ; et le père Alby lui dit ensuite ces propres paroles : « Monsieur, la c( créance que j'ai eue que vous attaquiez la compagnie, (( dont j'ai l'honneur d'être, m'a fait prendre la plume
1. M. de Ville, vicaire-général de M. le cardinal de Lyon; IT. SeuroB? chanoine et curé de Saint-Panl; M. Margat, chantre; MM. Bonvaad, SèTB| Aubert et Dervieu, chanoines de Saint-Nisiei; M. du Gué, président d« trésoriers de France; M. Groslier, I prévôt des marchands; M. de Fléchère, président et lieutenant' général; MM. de Boissat, de Saint-Romain et de Bartolf, gentilshommes; M. Bourgeois, premier avocat du roi au bureau des trésoriers de France; MM. de GoUon çère et tlls; M. Bcniel; qui ont tous signé à i'ori^-inal de la déclardUou, ANet ^. "ïvx^^ ^"^ ^^ V^^«^ fe»^"^.-