DÉMÉLIÎ ENTRE M. PUYS ET LE PÈRE ALBY
c( pour y répondre; et j'ai cru que la manière dont j*ai « usé m'etoit permise. Mais, connoissant mieux votre ina lention, je viens vous déclarer qu'il n'y a plus rien qui a me puisseempécherdevous tenir pour un homme d'es- « prit, très éclairé, dé doctrine profonde et orthodoxe, a de mœurs irrépréhensibles, et en un mot pour digne <t pasteur de votre église. C'est une déclaration que jetais a avec joie, et je prie ces messieurs de s'en souvenir. »
Us s'en sont souvenus, mes pères; et on fut plus scandalisé de la réconciliation que de la querelle. Car qui n'admireroit ce discours du père Alby ? Il ne dit pas qu'il vient se rétracter, parcequ 'il a appris le changement des mœurs et de la doctrine de M. Puys; mais seulement a parceque, connoissant que son intention n'a pas été « d'attaquer votre compagnie, il n'y a plus rien qui l'em- « pêche de le tenir pour catholique. » Il ne croyoit donc pas qu'il fût hérétique en effet? Et néanmoins, après l'en avoir accusé contre sa connoissance, il ne déclare pas qu'il a failli; mais il ose dire, au contraire, «qu'il croit « que la manière dont il en a usé lui étoit permise. »
A quoi songez-vous, mes pères, de témoigner ainsi publiquement que vous ne mesurez la foi et la vertu des hommes que par les sentiments qu'ils ont pour votre société? Comment n'avez-vous point appréhendé de vous faire passer vous-mômes, et par votre propre aveu, pour des imposteurs ou des Calomniateurs? Quoi I mes pères, un môme homme, sans qu'il se passe aucun changement en lui, selon que vous croyez qu'il honore ou qu'il attaque votre compagnie, sera « pieux ou im- « pie, irrépréhensible ou excommunié, digne pasteur « de l'Église, ou digne d'être mis au feu, et enfin catho- « lique ou hérétique ? » C'est donc une mème.ç\xo'é»^ ^^w%
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votre langage d'attaquer Yotre société et d'être hérétique? Voilà une plaisante hérésie, mes pères; gainai, quand on voit dans vos écrits quêtant de personnes catholiques y sont appelées hérétiques, cela ne veut dire autre ichose, «inon « que vous croyez qu'ils vous atta- « quent. i» U est bon, mes pères, qu'on^ entende cet étrange langage, selon leqdelîl est sans doute que je sou un grand hérétique. Aussi c'est en ce sens que vous me donnez si souvent ce nom. Vous ne me retranchei de rÉglise que parceque vous croyez que mes lettres voos font tort; et ainsi il ne me reste pour devenir catholique, ou que d'approuver les excès de votre morale, ce que je ne pourrois faire sans renoncer à tout sentiment de piété; ou de vous persuader que je né recherchées cela que votre véritable bien; et il iàudroit que vous fussiez bien revenus de «vos égarements pour la recounoître. De sorte que je me trouve étrangement enga§;é dans l'hérésie ; puisque la pureté de ma foi étant inutile pour me retirer de cette sorte d'erreur, je n'en puis sortir, ou qu'en trahissant ma conscience, ou qu'en réformant la vôtre. Jusque-là je serai toujours un méchant ou un imposteur, et quelque fidèle que j'aie été à rapporter vos passages, vous irez crier partout : « qu'il faut être or- « gane du démon pour vous imputer des cAosesdow^i/ n'y c( a marque ni vestige dans vos livres; i^ et vous ne ferez rien en cela que de conforme à votre maxime et à votre pratique ordinaire, tant le privilège que vous avez de mentir a d'étendue. Souffrez qgaje vous en donne un exemple que je choisis à dessein^ parce que je répondrai en même temps à la neuvième de vos impostures; aussi bien elles ne méritent d'être réfutées qu'en passant. IJ y a dix à douze axv^ ç^w'oiTi nw^^ \ç3^^tR^\Mi celle
maxime du père Bauny : « Qu'il est permis de recher- « cher directement, primo et per se, une occasion « prochaine de pécher pour le bien spirituel ou tempoa rel de nous ou de notre prochain, » part, i, tr. 4, q. 14, p. 94, dont il apporte pour exemple : « Qu'il « est permis à chacun d'aller en des lieux publics pour « convertir des femmes perdues, encore qu'il soit vrai- « semblable qu'on y péchera, pour avoir déjà expéri- « mente souvent qu'on est accoutumé de se laisser aller « au péché par les caresses de ces femmes. » Que répondit à cela votre père Caussin? en 1644, dans son Apologie pour la compagnie de Jésus, page 128? «Qu'on voie l'endroit du père Bauny, qu'on lise la c» page, les marges, les avant-propos, les suites, tout le « reste, et même tout le livre, on n'y trouvera pas un « seul vestige de cette sentence, qui ne pourroit tomber « que dans l'ame d'un homme exlrômement perdu de « conscience, et qui semble ne pouvoir être supposée « que par l'organe- du démon, n Et votre père Pinte reau, en même style, première parlie, page 94 : « Il « faut être bien perdu de conscience pour enseigner «une si détestable doctrine; mais il faut être pire « qu'un démon pour l'attribuer au père Bauny. Lecteur, « il n'y en a ni marque ni vestige dans tout son livre. » Qui ne croirait que des gens qui parlent de ce ton-là eussent sujet de se plaindre, et qu'on auroil en effet imposé au père ^Bauny? Avez-vous rien assuré contre moi en de plus forts termes? Et comment oseroit-on s'imaginer qu'un passage fût en mots propres au lieu môme où l'on le cite, quand on dit « qu'il n'y en a ni « marque ni vestige dans tout le livre? »
En véritéf mes pères, voilà le moyeïv àe nom^ \^vc^
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croire jusqu'à ce qu'on voob réponde; mais c'est tosri le moyen de foire qu'on ne vous croie jamais plus, après qu'on vous aura répondu . Car il est si vrai que vous menliez alors, que vous ne faites aujourd'hui aucune difficulté de reconnoltre dans vos réponses que cette maxime est dans le père Banny, au lien même oii oa l'avoit cité ; et, ce qui est admirable, c'est qu'au lies qu'elle étoit détestabk il y a douze ans, -elle est maintenant si innocente que, dans votre neuvième impoitan, page 10, vous m'accusez a d'ignorance et de maUcei de (c quereller le père Bauny sur une opinion qui n'ert (( point rejetée dans l'école. % Qu'il est avantageux, mei pères, d'avoir affaire à ces gens qui disent le pour et le contre ! Je n'ai besoin que de vous-mêmes pour voos confondre. Car je n'ai à montrer que deux choses: Tune, que cette maxime ne vaut rien; l'autre, qu'elle est du père Bauny : et je prouverai l'un et l'autre par votre propre confession. En 1644 vous avez reconnu qu'elle est détestable, et en 1656 vous avouez qu'elle est du père Bauny. Celte double reconnoissance me justifie assez, mes pères; mais elle fait plus, elle découvre Tesprit de votre politique. Car dites-moi, je vous prie, quel est le but que vous vous proposez dans vos écrits? Est-ce de parler avec sincérité? Non, mes pères, puisque vos réponses s'entre-délruisent. Est-ce de suivrais vérité de la foi? Aussi peu, puisque vous autorisez une maxime qui est détestable selon vous-mêmes. Mais considérons que, quand vous avez dit que celle 1 maxime est détestable, vous avez nié en même temps qu'elle fût du père Bauny; et ainsi il étoit innocent : el, quand vous avouez qu'elle est de lui, vous soutenez en même temps qu'e\\eeç>V\iom\^\^ViNxvs\\V^%i innocent
core. De sorte que, l'innocence de ce père étant la lie chose commune à vos deux réponses, il est visible e c'est aussi la seule chose que vous y recherchez, et e vous n'avez pour objet que la défense de vos pères,
disant d'une même .maxime qu'elle est dans vos res et qu'elle' n'y est pas ; qu'elle est bonne et qu'elle !; mauvaise; non pas selon la vérité, qui ne change nais, mais selon votre intérêt/ qui change à toute ure. Que ne pourrois-je vous dire là-dessus I car vous yez bien que cela est convaincant. Cependant rien
vous est plus* ordinaire ; et, pour eu omettre une anité d'exemples, je crois que vous vous contenterez le je vous en rapporte encore un.
On vous a reproché en divers temps une autre propoion du môme père Bauny, tr. 4, quest. 22, p. 100 : On ne doit dénier ni différer l'absolution à ceux qui sont dans les habitudes de crimes contre la loi de Dieu, de nature et de l'Église, encore qu'on n'y voie aucune espérance d'amendement : etsi emendatione futurœ spes nulla appareat. » Je vous prie sur cela, es pères, de me dire lequel y a le mieux répondu, ion votre goût, ou de votre père Pintereau, ou de •tre père Brisacier, qui défendent le père Bauny en vos îux manières : l'un en condamnant cette proposition, ais en désavouant aussi qu'elle soit du père Bauny ; lutre en avouant qu'elle est du pèreBauny, mais en
justifiant en même temps. Écoutez-les donc dis- 3urir. Voici le père Pintereau, page 18 : «Qu'appellet-on franchir les bornes de toute pudeur, et passer
au-delà de toute impudence, sinon d'imputer au père
Bauny, comme une chose avérée, une si damnable [ doctrine? Ju^ez, iecleur, de l'indigmlfe à^ e^W.^ ^^-
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« lomnie, et voyez à qai les jésuites ont aflEnn^ et A « Tautear d'une si noire supposition ne doit pas passer « désormais pour le truchement du père des mensofi- « ges. » Et voici maintenant votre père ftisacier, 4* p., p. 21 : « En effet, le père Bauny dit ce que vous npportez. » (C'est démentir le père Pintiereau bien n^ tement) a Mais, ajoute-t-il, pour justifier le pèn « Bauny, vous qui ^reprenez cela, attendez^^quand an « pénitent sera à vos pieds, que son ange iputlien hy- « pothèque tous les droits qu'il a an ciel pour être a caution. Attendez que Dieu le père jure par son dbd (I que David a menti quand il a dit, par le Saint-Esprit, (( que tout homme est menteur, trompeur et fragile; n et que ce pénitent ne soit plusmentenr, fragile, dma géant, ni pécheur comme les autres ; et vous n'appli- « querez le sang de Jésus-Christ sur personne. «
Que vous semble-t-il, mes pères, de ces expressions extravagantes et impies, que, s*il falloit attendre quH y eût quelque espérance d'amendement dans les pécheurs pour les absoudre, il faudroit attendre que Dieu le père jurât par son chef qu'ils ne tomberoient jamais plus? Quoi ! mes pères, n'y a-t-il point de différpnce entre Vespérance et la certitude ? Quelle injure est-ce faire à la grâce de Jésus-Christ de dire qu'il est si peu possible que les chrétiens sortent jamais des crimes contre la loi de Dieu, de nature et de l'Église, qu'on ne pourroit l'espérer sans que le Saint-Esprit eût menti : de sorleque, selon vous, si on ne donnoiM'absolution à ceux rfon/ot n'espère aucun amendement, le sang de Jésus-Christ demeureroit inutile, et on ne V appliquerait jamais sur personne! A quel état, mes pères, vous réduit le désir immodéré de conserver \ai ^ovc^^^N^^«»^fô»a^t^^ puisque
VOUS ne trouvez que deux voies pour les justifier, Timposture ou Timpiété; et qu'ainsi la plus innocente manière de VOUS défendre est de désavouer hardiment les choses les plus évidentes I
De là vient que vous en usez si souvent. Mais ce n*est pas encore là tout ce que vous savez faire. Vous forgez des écrits pour rendre vos ennemis odienx, comme la Lettre d'un ministre à M. Amauld, que vous débitâtes dans tout Paris, pour faire croire que le livre de la fréquente communion, approuvé par tant d'évôques et tant de docteurs, mais qui, à la vérité, vous étoit un peu contraire, avoit été fait par une intelligence secrète avec les ministres de Charenton. Vous attribuez d'autres fois à vos adversaires des écrits pleins d'impiété, comme la Lettre .circulaire des jansénistes^ dont le style impertinent rend cette fourbe trop grossière, et découvre trop clairement la malice ridicule de votre père Meynier, qui ose s'en servir, page 28, pour appuyer ses plus noires impostures. Vous citez quelquefois des livres qui ne furent jamais au monde, comme les Constitutions du Saint-Sacrement ^ d'où vous rapportez des passages que vots fabriquez à plaisir, et qui font dresser les cheveux sur la tête des simples, qui ne savent pas quelle est votre hardiesse à inventer et publier les mensonges : car il n'y a sorte de calomnie que vous n'axiez mise en usage. Jamais la maxime qui l'excuse ne pouvoit être en meilleure main.
Mais celles-là sont trop aisées à détruire; et c'est pourquoi vous en avez de plus subtiles, où vous ne particularisez rien, afin d'ôter toute prise et tout moyen d'y répondre ; comme quand le père Brisacier dit « que « ses ennemis commettent des crimes abominables^
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« mais qu'il ne les veut pas rapporter. » Ne seoMe^JI pas qu'on ne peut convaincre dlmpostore an reproche si indéterminé? Un habile homme néanmoins en a trouvé le secret; et c'est encore an capucin, mes pères. Vous êtes aujourd'hui malheureux en capucins, et je prévois qu'une antre fois vous le pourriez biep èfre en bénédictins. Ce capucin s'appelle le père Yalérien, de ^ la maison des comtes de Blagnis. Vous apprendrei ptr cette petite histoire comment il répondit à tm calmnnies. 11 avoit heureusement réussi à la- conversion do prince Ernest, landgrave de Hesse-Rheinsfelt*. Mais vos pères , comme s'ils eussent eu . quelque peine de voir convertir un prince souverain sans les y appder, firent incontinent un livre contre lui (car vous persécutez les gens*de bien par-tout), où, falsifiant un de ses passages^ ils lui imputent une, doctrine hérétique. Ils firent aussi courir une lettre contre lui, où ils lui disoient : Oh ! que nous avons de choses à découvrir, « sans dire quoi, dont vous serez bien affligé I Car, si « vous n'y donnez ordre, nous serons obligés d'en ave^ « tir le pape et les cardinaux. » Cela n'est pas maladroit; et je ne doute point, mes pères, que vous ne leur parliez ainsi de moi : mais prenez garde de quelle sorte il y répond dans son livre imprimé à Prague Tannée dernière, pag. il2 et suiv. « Que ferai-je, dit-il, contre ces « injures vagues et indéterminées? Comment convam- « crai-je des reproches qu'on n'explique point? En voici
1 . n y avoit , dans les premières éditions, « dn landgraye de Darmstidt; > mais c^est une fante. n fant > le landgrave de Hesse-Rheinsfelt; » car le prince Ernest, landgrave de Hesse, de la conversion duquel il s*agit ici, o'étoit pas de la maifion de Hesse-Darmstadt, mais fils dn prince Maurice, Undgnve de