‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 75 sur 89 · DISPUTB SUR LE SENS DE JANSÉNIUS · texte numérisé non relu

DISPUTB SUR LE SENS DE JANSÉNIUS

puisqu'ils ne l'entendent qu'en un sens catholique. Et, pour expliquer cela par un exemple, je prendrai la diversité de sentiments qui fut entre saint Basile et ^nt Âthanase touchant les écrits de saint Debis d'Âiexandric, dans lesquels saint Basile, croyant trouver le sens d'Arius contre l'égalité du père et du fils, il les condamna comme hérétiques : mais saint Âthanase, au contraire, y croyant trouver le véritable sens de l'Église, il les soutint comme catholiques. Pensez-vous donc, mon père, que saint Basile, qui tenoit ces écrits pour ariens, eût droit de traiter saint Athanase d'hérélique, parcequ'il les défendoit? Etquel sujet en eût-il eu, puisque ce n'étoit pas l'arianisme qu' Athanase défendoit, mais la vérité de la foi qu'il pensoity être? Si ces deux saints fussent convenus du véritable sens de ces écrits, et qu'ils y eussent tous deux reconnu cette hérésie, sans doute saint Athanase n'eût pu les approuver sans hérésie : mais, comme ils étoient en différent touchant ce sens, saint Athanase étoit catholique en les soutenant, quand môme il les eût mal entendus; puisque ce n'eût été qu'une erreur de fait, et qu'il ne défendoit dans cette doctrine que la foi catholique qu'il y supposoit.

Je vous en dis de même, mon père. Si vous conveniez du sens de Jansénius, et que vos adversaires fussent d'accord avec vous, qu'il tient, par exemple, qu*<m ne peut résister à la grace^ ceux qui refuseroient de le condamner seroient hérétiques. Mais lorsque vous disputez de son sens, et qu'ils croient que selon sa doctrine, on peut résister à tt grâce, vous n'avez aucun sujet de les traiter d'hérétiques, quelque hérésie que vous lui attribuiez vous-mônjcs , puisqu'Ws eou^^vwcsfôwVV^

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sens que vous y supposez, et qoe vous n'oseriez condamner le sens qu'ils y supposent. Si vous voulez donc les convaincre, montrez que le sens qu'ils attribuent à Jansénius est hérétique; car alors ils le seront euxmêmes. Mais comment le pourriez-vous faire, puisqu'il est constant, selon votre propre aveu, que celui qu'ils lui donnent n'est point condamné?

Pour vous le montrer clairement, je prendrai pour principe ce que vous reconnoissez vous-même, « que (( la doctrine de la grâce efficace n'a point été cona damnée, et que le pape n'y a point touché par sa constitution. » Et en effet, quand il voulut juger des cinq propositions, le point de la grâce efficace fut mis à couvert de toute censure. C'est ce qui paroît parfaitement par les avis des consulteurs auxquels le pape les donna à examiner. J'ai ces avis entre mes mains, aussi bien que plusieurs personnes dans Paris^ et entre autres M. Tévêque * de Montpellier, qui les apporta de Rome. On y voit que leurs opinions furent partagées, et que les principaux d'entre eux, comme le maître du sacré palais, le commissaire du saint-office, le général des auguslins, et d'autres, croyant que ces propositions pouvoient être prises au sens de la grâce efficace, furent d'avis qu'elles ne dévoient point être censurées; au lieu que les autres, demeurant d'accord qu'elles n'eussent pas dû être condamnées si elles eussent eu ce sens, estimèrent qu'elles le dévoient être, parceque

1. L'évêque de Montpellier. Ce fut Fraurois du Bosquet, qui, d'évêquede Lodcve, fut fait en 1655 évêque de Moutp«Hier, et raoïmit en 1676. C'était «u (les plus savants évêqnes de son temps, dans la science qiii convient le plus à un évèqne, c'est-à-dire dans les matières ecclébiastiques.

{Note de i'èdit, de 1812.)

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