‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 81 sur 89 · LETTRE AU PÈRE AMNAT · texte numérisé non relu

LETTRE AU PÈRE AMNAT

à ce dont on les accusoit? N'ônt-ils pas dit:Q est vrai qae nou^ admettons deux personnes en Jésus-Christ) mais nous soutenons que ce n'est point hérésie? Voilà leur langage; et c'est pourquoi ils étoient hérétiques, et le sont encore. Mais, quand vous dites que MM. de Port-Royal soutiennent que ton ne résiste point à la grâce intérieure ^ ils le nient; et, confessant avec vous que c'est une hérésie, ils en détestent la proposition : tout au contraire des autres, qui admettent la proposition, et nient que ce soit hérésie. Us ne sont donc pas hérétiques.

Quand les pères ont condamné Ëutychès, parcequ'il ne croyoit qu'une nature en Jésus-Christ, a-t-il dit que non, et qu'il en croyoit deux? S'il l'avoit dit, il n'auroii pas été condamné ; mais il disoit qu'il n'y avoit qu'une nature, et prétendoit que de le dire ce n'étoit point hérésie ; et c'est pourquoi il éloit hérétique. Quand vous dites que MM. do Port-Royal tiennent «que Jésusce Christ n'est pas mort pour tout le monde, ou pour c( tous les hommes, et qu'il n'a répandu son sang que « pour le salut des prédestinés, » que répondent-ils? Disent-ils qu'il est vrai qu'ils sont de ce sentiment? Tout au contraire, ne déclarent-ils pas qu'ils tiennent ce sentiment pour hérétique, qu'ils ne l'ont jamais dit, et ne le diront jamais? Et ils déclarent qu'ils croient au contraire qu'il est faux que Jésus-Christ n'ait répandu son sang que pour le salut des prédestinés; qu'il l'a aussi répandu pour les réprouvés, qui résistent à sa grâce. Et enfin ils croient qu'il est mort pour tous les hommes, comme saint Augustin l'a cru, comme saint Thomas l'a enseigné, et comme le concile de Trente l'a dt}fini. Cela, mon révferev\d v't\v\ wvi n ^wV-\\. v'^^ your le

moins autant que de dire qu'on le croit comme les jésuites le croient, et comnae Molina Texplique? Ils ne sont donc pas hérétiques.

Quand on a soutenu .contre les mquothélites deux volontés et deux opérations en Jésus- Christ, Cyrus d'Alexandrie et Sergius de Constantinople , et les autres, ont-ils dit qu'on leur imposoit? ont-ils déclaré qu'ils admettoient deux volontés et deux opérations en notre Seigneur Jésus-Christ? Non, ils ne l'ont pas fait; c'est pourquoi ils étoient hérétiques. Quand vous opposez à MM. de Port-Royal qu'en cet état de la nature corrompue « ils n'excluent et ne rejettent aucune « nécessité de l'action méritoire ou déméritoire, sinon « la nécessité de contrainte, » ils le nienl, et enseignent au contraire que nous avons toujours en cette vie, dans toutes les actions par lesquelles nous méritons et déméritons, l'indifférence d'agir ou de ne pas agir, môme ^ avec la grâce efficace qui ne nous nécessite pas, quoiqu'elle nous fasse infailliblement faire le bien comme l'enseignent tous les thomistes. Ils ne sont donc pas hérétiques*

Enfin, mon révérend père, quand l'Église a repris Luther et Calvin de ce qu'ils nioient nos sacrements, et de ce qu'ils ne croyoient pas la transsubstantiation, et n'obéissoient pas au pape, ces hérésiarques, auxquels vous comparez si, .souvent vos adversaires, se sont-ils plaints de ce qu'pçt leur imposoit. ce qu'ils ne disoient pas ? N'ont-ils pas soutenu, et ne soutiennentils pas encore ces propositions ? Et c'est pourquoi ils sont hérétiques. Quand vous dites à MM. de Port-Royaï « qu'ils ne reconnoissent pas le pape^ qu'ils we \!Q,ÇiCi\\^^N^ « pas le concile de Trente j etc., » Ws s^ ç,e\N^\\\ s^^'w^'^'^

ils doi|pnt, da xniTiBis nvinuratiBaiiB» c*est-àrdiréque vous en avei menti, mon révérend père; car, dans les matières de cette importance, il est permis et même nécessaire de donner nn démenti. Us ne sont donc p» hérétiques ; ou, s'ils le sont, ils n'en ont ni le génie m le caractère. Nous n'en ayons point encore vu de cette sorte dans l'Église; et il est plus aisé de montrer dans leurs adversaires la marque ei l'esprit de calomniateurs et d'imposteurs, qu'en eux le caractère d'hérétiqoes. Je trouve bien, mon révérend père, que les héréti< ques ont souvent imposé aux catholiques des hérésies* Les pélagiens ont dit que saint Augustin nioit le franc arbitre; les eutychiens ont dit que les catholiques nioient l'union substantielle de Dieu et de l'homme en Jésus^Christ; les monothélitesaccusoientles catholiques de mettre une division et une contrariété entre b volonté divine et Thumaine de Jésus-Christ; les iconoclastes ont dit que nous adorions les images du culte qui n'est dû qu'à Dieu seul; les luthériens et les calvinistes nous appellent papolâtres, et disent que le pape est VAntech?nst. Nous disons que toutes ces propositions sont hérétiques, et nous les détestons en même temps; et c'est pourquoi nous ne sommes pas hérétiques. Ainsi je crains, mon révérend père, que l'on ne dise que vous avez plutôt le caractère des hérétiques que ceux que vous accusez d'hérésie : car les propositions moliniennes qu'ils vous objectent, vous les avouez; mais vous dites que ce ne sont pas des hérésies. Celles que vous leur objectez, ils les rejettent, disant que ce sont des hérésies, et par-là ils font comme ont toujours fait les catholiques; et vous, mon révérend père, vous faites comme ont toujours Ça\V\^&\v^tfet\Q^^"5».

Mais, quand vous vous servez de leur piété et de leur zèle pour la morale chrétienne comme d'une marque de leur hérésie, c'est le dernier de vos excès. Si vous aviez démontré qu'ils sont hérétiques, il vous seroit permis d'appeler tout cela hypocrisie et dissimulation ; • mais qu'un des moyens dont vous vous servez pour ^ montrer qu'ils sont hérétiques, ce soit leur piété et leur zèle pour la discipline de l'Église et pour la doctrine des saints pères, c'est, mon révérend père, ce qui ne se peut souffrir : aussi nous nous donnerons bien de garde de vous suivre en cela.

Cependant, à vous eùtendre parler, il semble que c'en est fait; ils sont hérétiques, il n'en faut non plus douter que de Luther et de Calvin. Mais, mon révérend père, permettez-moi, dans une affaire de cette importance, de suspendre mon jugement, ou même de n'en rien croire jusqu'à ce que je les voie révoltés contre le pape et soutenir les propositions qu'il a condamnées, et les soutenir dans leurs propres termes, ainsi qu'elles ont été condamnées. Car, dites-moi, mon révérend père, si ces messieurs ne sont point hérétiques, comme je le crois certainement, me justitierez-vous devant Dieu si je les crois hérétiques? Et tous ceux qui, sur votre parole, les croient hérétiques, et le disent par-tout, seront-ils excusés au tribunal du souverain Juge, quand ils diront qu'ils l'ont lu dans vos écrits?

Voilà, mon révérend père, tout ce que j'avois à vous dire; car, pour le détail des falsifications prétendues, je vous laisse à l'auteur des lettres. Il a déjà fort malmené vos confrères, qui lui avoient fait de semblables reproches; et il ne vous épargnera pas, si ce n'est qu'après tout ii seroit bien inutile àe now^ \k^<^vw^\^^

Mi LRTTBE AC PÈHB ARMAT

pLiisquL' vous ne dites rien de considérable que ce que vos confriTes ont dit; à quoi cet auteur a Irès-adrairabk'iDdDt bien répondu ; car le livre que vous produise: aujourd'hui est un vieil écrit, que vous dites vouiimême avoir fait il y a quatre mois ; aussi vous n'y dites pas une seule parole des 10, H , 12, 13, 14 et iS'lellm, qui ont toutes paru avant voire écrit, et néanmoins vons promettez, dans le litre, de convaincre de mauvaise fui ie» lettrtK écrites depuis Pâques. Que diroit-it donc, moD rdvéreiid père, â un livre rempL d'împustures jusfpies au litre î

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