LETTRE
AU RÉVâREND PÈRE ANNAT^ CONFESSEUR DU ROI SUR SON EÉcrr oui a foui titre
Du 15 janvier i657.
Mon RÉVÉREND PÈRE,
J*ai lu tout ce que vous dites dans votre écrit, qui a pour titre : la bonne foi des jansénistes, etc. J'y ai remarqué que vous traitez vos adversaires, c'est-à-dîre messieurs de Port-Royal, d'hérétiques, d'une manière si ferme et si constante, qu'il semble qu'il n'est plus permis d'en douter; et que vous faites un bouclier de cette accusation pour repousser les attaques de l'auteur des lettres au provincial, que vous supposez être une
\, Cette lettre, qui manque dans la plupart des éditions, se tronve dans celle de 1779, en tète dn troisième volnme, contenant les pièces attribuées à Pascal. Quoiqu'il ne soit pas invraisemblable que Pascal ait eu quelque part à cette lettre, on la croit de Nicole; du moins y retrouve-t-on la manière de raisonner, la justesse et la précision qni convenoient à cet auteur.
^Nolcdc VÈAUmA
344 LBTTRB AU PÈRB AMIIAT
personne de Port-RoyaL Je ne sais sll en est, ou xm^ mon révérend père, et j'aime mieux croire qu'il n'en est pas sur sa parole que de «croire qu'il en est sur la vôtre, puisqiiftJNMis n'en donnez aucune preuve. Pour moi, je ne suis certainement ni habitant ni secrétaire de Port-Royal ; mais je ne pois m'empôcher de vous proposer, sur cette qualité que vous leur donnes, quelques difficultés auxquelles; si vous me satisfaites nettement et sans équivoque, je ine rangerai de votre côté, et je croirai qu'ils sont hérétiques.
Vous savez, mon révérend père, que de dire à des gens qu'ils sont hérétiques, c'est une accusation vague, et qui passe plutôt pour une injure que la passion inspire, que pour une vérité, si l'on ne montre en quoi et comment ils sont hérétiques. 11 faut alléguer les propositions hérétiques qu'ils défendent, et les livres dans lesquels ils les défendent et les soutiennent comme des vérités orthodoxes.
Je vous demande donc en premier lieu, mon révérend père, en quoi messieurs de Port-Royal sont hérétiques. Est-ce parcequ'ils ne reçoivent pas la constitution du pape Innocent X, et qu'ils ne condamnent pas les cinq propositions qu'il a condamnées ? Si cela est, je les tiens pour hérétiques. Mais, mon révérend père, comment puis-je croire cela d'eux, puisqu'ils disent et écrivent clairement qu'ils reçoivent cette constitution, et qu'ils condamnent ce que le pape a condamné?
Direz-vous qu'ils la reçoivent extérieurement, mais
que dans leur cœur ils n'y croient pas ? Je vous prie,
mon révérend père, ne faites |îoint la guerre à leurs
pensées : contentez-vous de la faire à leurs paroles et à
leurs écrits : car celle îac^ow ôl'^^vc ^%\. *YWîas\fe^ vn.
marque une animosité étrange et qui n'est point chrétienne; et, si on la souffre, il n'y aura personne qu'on ne puisse faire hérétique, et môme mahométan, si Ton veut, en disant qu'on ne croit dans le cœur aucun des mystères de la religion chrétienne.
En quoi sont-ils donc hérétiques? Est-ce parcequ'ils ne 'veulent pas reconnoître que ces cinq propositions soient dans le livre de Jansénius? Mais je vous soutiens, mon révérend père, que ce ne fut jamais, et jamais ne sera matière d'hérésie, de savoir si des propositions condamnées sont dans un livre ou non. Par exemple, quiconque dit que l'attrition, telle que l'a décrite le sacré concile de Trente, est mauvaise, et qu'elle est péché, il est hérétique ; mais, si quelqu'un doutoit que cette proposition condamnée fût dans Luther ou Calvin, il ne seroit pas pour cela hérétique. De même, celui qui soutiendroit comme catholiques les cinq propositions condamnées par le pape seroit hérétique : mais qu'elles soient dans Jansénius ou non, ce n'est point, matière de foi ; quoiqu'il ne faille pas pour cela se diviser ni faire schisme. Ajoutons, mon révérend père, que vos adversaires ont déclaré qu'ils ne se mettoient pas en peine si ces propositions étoient ou n'étoient pas dans Jansénius, et qu'en quelques livres qu'elles soient ils les condamnent. Où est donc leur hérésie, pour dire et répéter avec tant de hardiesse qu'ils sont hérétiques ?
Ne me répondez pas^ je vous prie, que, le pape et les évoques disant qu'elles sont dans' Jansénius, c'est hérésie de le nier. Car je maintiens que ce peut hien être péché de le nier, si l'on n'est assuré du contraire. Je dis plus, ce seroit schisme de làe à\N\^^\ ^'^n^^^xs^.
46 LËTTitË AU PËHK ANN&T
I iHMii- re suJL-l ; mais ce ne peut jamais être hérésie, Qub si qiieltiu'im qui a àt^» juus pour lii-c ne les y a point Irouvétis, il peul dira : Je ne les y ai pus lues; sitns que pour cela oii puisse l'iipppler hérétique.
, Que (lirez-vétiâ cIodc, mon révérend père, puut h prouver que vos adversaires sont hérétiques? Vu» ■ direz sartii doute que M. Amauld, en ta seconde lellit, ' « renouvelé une des cinq propositions. Mais qui le iliLÎ ') Quelques docteurs de la Facullû, divisés sur cela d'avpc ', leurs Itères. Et sur quoi se sont-ils fondés pourlediie? ^ i Non pas sur ses paroles, car elles sont de saint CLrjsot «tdme et de saint Augustin, mais sur un sens qu'ils prétendent avoir clé dans l'esprit de M. Arnauld, el que I H. Arnauld nie avoir jamais eu. Or, je crois que In I charité obhge tout le monde à croire un prCtre et un docteur qui rend raison de ce qui est caché dans sod esprit, et qui n'est connu que de Dieu. Mais d'ailleurs, mon révérend péru, la Facullé, non pas divisée, mais t- unie, a si souvent condamné vos auteurs, et même voUt société tout entière, que vous avez trop d'intérêt de m pas vouloir qu'on regarde comme des hérétiques tons ceux qu'elle condamne.
.'Je ne trouve donc point eu quoi et comment cei personnes que vous appelez yansénûfeisonthérétiques. Cependant, mon révérend père, si dire à son frère qu'il est fou, c'est se rendre coupahle de la géhenne du feu, selon le témoignage de Jésus-Christ dans son Évangile; lui dire sanspKuve et sans nSfÔn qu'il est hêrétiqveesl bien un pIuS'.graDd crime, et qui mérite déplus grands cbfttiments. Toutes ces accusations d'hérésie, qui ne vous coulent rien qu'à les avancer hardiment, ne sont bonnes qu'à faire peucaux i%&OTuA.% «.v ^ itnoaet-dei
urnes ; mais sachez que des hommes d'esprit veulent loir où est cette hérésie. Quoi ! mon révérend père, ssius sera à couvert quand il aura pour auteur et iir garant de ce qu'il dit Victoria et Navarre; et Amauld ne le sera pas quand il parlfltt comme ont lé saint Augustin, saint Chrysostôme, saint Hilaire, it Thomas et toute son école? Et depuis quel temps itiquité est-elle devenue criminelle? quand la foi de pères a-t-elle changé?
'^ous faites tout. ce que vous pouvez pour montrer ; MM. de Port-Royal ont le caractère et Tesprit des étiques ; mais, avant que d'en venir là, il faudroit ir montré qu'ils le sont; et c'est ce que vous ne ivez faire; et je veux faire voir clairement qu'ils n'en
ui la forme ni la marque.
luand l'Église a combattu les ariens, elle les a usés de nier la consubstantialité du ûls avec le Père 'nel. Les ariens ont-ils renoncé à celte proposition? -ils déclaré qu'ils admettoient l'égalité et la consubitialité entre le père et le Ûls? Jamais ils ne l'ont , et c'est pourquoi ils étoient hérétiques. Vous usez vos adversaires de dire que les préceptes sont imnbles. Ils nient qu'ils l'aient dit. Ils avouent que c'est ésie de le dire. Ils soutiennent que, ni avant ni après ;onstitution du pape, ils ne l'ont point dit. Ils déclat avec vous hérétiques ceux qui le disent. Ils ne sont ic point héréliques.^ r
}uand les saints pèreajâtut déclaré NjajtQrius héréti- 3, parcequ'il nioit l'union hypostatîque du Verbe !C l'humanité sainte, et qu'il mettoit deux personnes Jésus-Christ, les nestariens de ce temps-là, et ceux L ont continué depuis dans TOrieul^ oxiV.-\\& \^w^\nr-^