‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 83 sur 89 · IL N*Y A POINT D*HÉRÉSIE DANS L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

IL N*Y A POINT D*HÉRÉSIE DANS L'ÉGLISE

^re lettre, où j'ai fait entendre que ce n'est pas sans 'Stère que vous aviez entrépris de faire condamner sens sans l'expliquer, et que votre dessein étoit de 'C retomber un jour cette condamnation indétermi- ) sur la doctrine de la grâce efficace , en montrant \ ce n'est autre chose que celle de Jansénius, ce qui vous seroit pas difficile. Cela vous a mis dans la essité de répondre : car, si vous vous fussiez encore tiné après cela à ne point expliquer ce sens, il eût a aux moins éclairés que vous n'en vouliez en effet ji la grâce efficace; ce qui eût été la dernière confu- I pour vous, dans la vénération qu'a l'Église pour

doctrine si sainte.

'eus avez donc été obligé de vous déclarer; et c'est lue vous venez de faire en répondant à ma lettre,* où ^ous avois représenté « que si Jansénius avoii, sur ;s cinq propositions, quelque autre sens que celui 3 la grâce efficace, il n'avoit point de défenseurs ; lais que, s'il n'avoit point d'autre sens que celui de . graèe efficace, il n'avoit point d'erreurs. » Vous rez pu désavouer cela, mon père; mais vous y faites

distinction en cette sorte, page 21 : « Il ne suffit )s, dites-vous, pour justifier Jansénius, de dire qu'il 3 tient que la grâce efficace, parcequ'on la peut te-/ ir en deux manières : l'une hérétique, selon Calvin,/ iii consiste à dire que la volonté mue par la gracë a pas le pouvoir d'y résister; l'autre orthodoxe, s»- ►n les thomistes et les sorbonistes, qui est fondée ir des principes établis par les conciles, qui est qu3

grâce efficace par elle-même gouverne la volont h e telle sorte, qu'on a toujours le pouvoir d'y résiqr, 9

3jfi DIK-HDITIÈBE LETTRE

On vi>u» accorde tout cela, moD père, et vous firnsseï en tlbaiil a que Jaaséuius seroit catholique, s'il défenu doit la grâce efficace selon les thoinistes;-mats qu'il « est hÉréllque, parcequ'il est contraire aux Ihomialïs Il et conforme ft Calvin, qui nie le pouvoir de rfeistoà Il la grâce. > je n'esamine pas ici, mon père, ce poiot de fait; savoir, si Jansénius est en effet conforme à Calvin. Il me suffit que vous le priïtendiez, et que vous nous fassiez savoir aujourd'hui que, par le sens de Jansénius, voua n'avez entendu autre chose que celui de Calvin. N'éLoit-ce donc que cela, mon père, que vous vouliez dire? n'étoil-ce que l'erreur de Calvin que vous vouliez faire condamner sous le nom du sens de Jansé' tiius? Que ne le déclariez-vous plus tôt? vous vous fnssiez épargné bien de la peine; car, sans bulles ni brefs, tout le monde eût condamné celte erreur avec vous. Que cet éclaipcissement éloit nécessaire ! et qu'il lève de difficultés 1 Nous ne savions, mon père, quelle erreur les papes et les évoques avoient voulu condamner sous le nom du sens de Jansénius. Toute l'Eglise en éloil

'dans une peine extrême, et personne ne nous le voaloil expliquer. Vous le faites maintenant, monpÈre, vous que tout votre parti considère comme le chef et le premier moteur de tous ses conseils, et qui savez le secret de toute cette conduite. Vous nous l'avez donc dit, que ce sens de Jansénius n'est autre chose que le sens de Calvin condamné par le concile. Voilà bien des doutes résolus. Nous savons maintenant que l'erreur qu'ils ont eu dessein de condamiiei' sous ces termes du seiu <fe Jansénius n'est autre chose que le sens de Calvin, et qu'ainsi nous demeurons dans l'obéissance à leurs dé-

crets en condamaaal avec eu's. t* ^sna 4e> Calsia qu'ils

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nt voulu condamner. Nous ne sommes plus étonnés de oir que les papes et quelques évoques aient été si zélés Dntre le sens de Jansénius. Comment ne Tauroient-ils Eis été, mon père, ayant créance en ceux qui disent puliquement que ce sens est le même que celui de Calvin? Je vous déclare donc, mon père^ que vous n'avez plus en à reprendre en vos adversaires, parcequ'ils détes* nt assurément ce que vous détejstez. Je suis seulement onné de voir que vous Tignoriez, et que vous ayez si (u de connoissance de leurs sentiments sur ce sujet, l'ils ont tant de fois déclarés dans leurs ouvrages. Je 'assure que, si vous en étiez mieux informé^ vous au* îz du regret de ne vous être pas instruit avec un esit de paix d'une doctrine si pure et si chrétienne, que passion vous fait combattre sans la connoitre. Vous rriez, mon père, que non seulement ils tiennent qu'on siste effectivement à ces grâces foibles, qu'on appelle citantes ou inefficaces, en n'exécutant pas le bien l'elles nous inspirent, mais qu'ils sont encore ausdi rmes à soutenir contre Calvin le pouvoir que la volonlM / / de résister même à la grâce efficace et victorieuse q^k \ ifendre contre Molina le pouvoir de cette grâce surjU » Jonté, aussi jaloux de l'une de ces vérités que de lutre. Ils ne savent que trop que l'homme, par sa •opre nature, a toujours le pouvoir de pécher et de sisterà la grâce, et que, depuis sa corruption, il porte i fonds malheureux de concupiscence, qui lui augente infiniment ce pouvoir; mais que néanmoins, land il plaît à Dieu de le toucher par sa miséricorde, lui fait faire ce qu'il veut et en la manière qu'il le veut, ^ LUS que cette infaillibilité de l'opération de Dieu déuise en aucune sorte la liberté naluteWe ^^V\i^\ssttNft.v

3HS nU-HlUTIÈMB LETTRE

pnr les ■iccréles et admirables maaièreg dont Dieu opère

et- changement, que saint Augustin a si excellemmenl

expliquée*, et qui dissipent toutes les contradictions

imaginaires que les ennemis de la grace e£ûcace se figu-

\renl entre le pouvoir souverain de la grâce sur le libre

prbitre el la puissance qu'a le libre arbitre de réaisier

- à la grâce; car, selon ce grand saint, que les papes de

l'Église ont donné pour règle en cette matière, DieQ

cbangc le cœur de l'homme par une douceur céleste

qu'il y répand, qui surmontant la déleclation de la

1 chair, fait que l'homme sentant d'un côté sa mortalité

I et son néant, et découvrant de l'autre la grandeur etl'é-

' leniité de Dieu, conçoit du dégoût pour les délices du

p(!ehé, qui le séparent du bien incorruptible. Trouvant

, , sa plus grande joie dans le Dieu qui le charme, il s'j

' porte infailliblement de lui-même, par un mouvement

tout libre, tout volontaire, tout amoureus; de sorte que

re lui seroit une peine et un supplice de s'en séparer.

^ ^e n'est pas qu'il ne puisse toujours s'en éloigner, el

M q^'it ne s'en éloignât eirectivemenl, s'il le vouloil. Mali

l comment le voudroit-il, puisque la volonté ne se porle

I jamais qu'à ce ([ui lui plaît le |)lus, el que rien ne lui

1 plall tant alors que ce biea unique, qui comprend m

' soi tous les autres biens? Quod entra ampliu* nos dek-

clat, secimdum id o/teremur necesse est, comme dit saint

Augustin, £xp. Ep. ad Gai., n. 49.

C'est ainsi que Dieu dispose de la volonté libre de l'homme sans lui imposer de nécessité ; et que te libre 1 arbitre, qui peut toujours résister à la grâce, mais qui tl ne le veut pas toujours, se porte aussi librement^uliil- I failliblementJLIlieu, lorsqu'il veut l'attire r par la do up ceur SesS^inspipationsçfflEace*.

SENS DE JAN6ÉNIUS D'AOGORO AVEC LES THOMISTES 3oW

' Ce sont là, mon père, les divins principes de sainl Augustin et de saint Thomas, selon lesquels il esl vérilable que « nous pouvons résister à la grâce, )> contre 'opinion de Calvin; et que néanmoins, comme dit le )ape Clément VIIJ, dans son écrit adressé à la congrégation de auxtltis, art. 5 et 6 : « Dieu forme en nous le i mouvement de notre volonté, et dispose efficacement c de notre cœur, par l'empire que sa majesté suprême X a sur les volontés des hommes aussi bien que sur le i reste des créatures qui sont sous le ciel, selon saint < Augustin. »

C'est encore selon ses principes que nous agissons de aous-mêmes; ce qui fait que nous avons des mérites jui sont véritablement nôtres contre l'erreur de Calvin; et que néanmoins Dieu étant le premier principe de nos actions, et « faisant en nous ce qui lui est agréaoc ble, » comme dit saint Paul, « nos mérites sont des c< dons de Dieu, » comme dit le concile de Trente.

C'est par-là qu'est détruite cette impiété de Luther, condamnée par le même concile, « que nous ne coopé- } a rons en aucune sorte à notre salut, non plus que des^^ a choses inanimées : » et c'est par-là qu'est encore détruite l'impiété de l'école de Molina, qui ne veut pas reconnoître que c'est la force de la grâce même qui fait que nous coopérons avec elle dans l'œuvre de notre salut : par où il ruine ce principe de foi établi par saint Paul, « que c'est Dieu qui forme en nous et la volonté « et l'action. »

Et c'est enfin par ce moyen que s'accordent tous ceiiî passages de l'Écriture, qui semblent les plus opposés : « Convertissez-nous à Dieu : Seigneur , converlissez- « nous à vous. Rejetez vos iniquités Yiot:?» ^^n^sv^s» \ ^'^'^

360 DlX'HOITlÈXfl Lnfllft'

« Diea qai Me les iniquités de son peuple, fâftn des « œuvres dignes de pénitence rSeigmnr, venr'avci bit « en nous tontes nos œuvres. Faites-nnis un conr noo- « veau ' et un esprit nouveau : Je vous' donnend un « esprit nouveau, et je créerai en vous un cœur non- «veaU|etc.>>

L'unique moyen d'accorder ces contrariétés appir rentes qui attribuent nos bonnes actions, tantôt à Dieu, et tantôt à nous, est de reconnoltre que comme dît saint Augustin, « nos actions sont nôtres , à cause da « libre arbitre qui les produit; et qu'elles sont aussi de « Dieu, h cause de sa grâce qui fait que notre arbitre « les produit. » Et que, comme il dit ailleurs, Dieu nous fait faire ce qu'il lui plaît, en nous faisant vouloir ce que nous pourrions ne vouloir pas : A Deo faetum est ut vellent quod nolk potuissent.

Ainsi, mon père, vos adversaires sont parfaitement d'accord avec les nouveaux thomistes mêmes, puisque ^. les thomistes tiennent comme eux, et le pouvoir de ré- I sister à la grâce, et rinfaillibilité de reffet de la grâce, l qu'ils font profession de soutenir si hautement, selon I cette maxime capitale de leur doctrine, qu'Alvarez*, .l'un des plus considérables d'entre eux, répète si souvent dans son livre, et qu'il exprime, Disp. 72, 1. VIII,

1. Diego (ou Didaciis) Âlvares fat un des pins célèbres théologiens de rordre de saint Dominique : il vivoit anx seizième et dix«septième siècles, et movot en 1635. Ou Tavoit fait Tenir d'Espagne à Rome en 1596, pour y soutenir, avec le père Thomas Lémos^ les intérêts de la grâce de Jésus-Christ, énenrée et comme anéantie par le jésuite Molina. Il briUa beaucoup dans la fameuse congrégation de anàiliiê. Le livre d'Alvarez , dont il est ici question , a pour titre : Didad Alvarez de auxiliis divinœ graliœ^,el humant arbitrii viribus et liber latet oc iegitima ejuit cum efficacia eûnimdem auxilio¥um concordia, lib. XIII^ in-folio, Rmœ, <6I0; et in-mo, Ugdttni, \^1Q. ^î^ovt àe Vè^^uàtvy^vN

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