‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 89 sur 89 · AU PÈRE ANNAT · texte numérisé non relu

AU PÈRE ANNAT

Mon révérend père,

Si" je vous ai donné quelque déplaisir par mes autres lettres, en manifestant Tinnocence de ceux qu'il vous importoit de noircir, je vous donnerai de la joie par celle-ci, en vous y faisant paroître la douleur dont vous les avez remplis. Consolez-vous, mon père ; ceux que vous haïssez sont affligés; et si MM.. les évêques exécu-^ tent dans leurs diocèses les conseils que vous leur donnez,, de contraindre à jurer et à signer qu'on croit une chose de fait qu'il n'est pas véritable qu'on croie, et qu'on n'est pas obligé de croire, vous réduirez vos adversaires dans la dernière tristesse, de voir l'Église en cet état. Je les ai vus, mon père (et je vous avoue que j'en ai eu une satisfaction extrême), je les ai vus, non pas dans une générosité philosophique, ou dans cette fermeté irrespectueuse qui fait suivre impérieusement ce qu'on croit être de son devoir; non aussi dans cette lâcheté molle et timide qui empêche, ou de voir, la vérité, ou de la suivre, mais dans une piété douce et .-A soïide, pleins de défiance d'eux-uv^m^^, ^^ ^^'^.^è^Oi.^^

M2 FRi^SHBNT D'tlKE DIS-NGDVIËUE LETTRE pour les puissances de l'Église, d'amour pour la pm, Se tendresse el de zèle pour la vérité, de désir de U connollre cl de la défendre, de crainte pour leur inliimité, de regret d'Être mis dans ces épreuves, et d'espérance néanmoins que Dieu daignera les y soulenir par sa lumière et par sa force, el que la grâce de Jf^us- Christ qu'ils soutiennent, et pour laquelle ils souiTrcnl, sera eUe-môme leur lumière el leur force. J'ai vu enfin en eux le caractère de la piété chrétienne qui fail [ a- Tollre une force

Je les ai trouvés environnés de personnes de leur connoissaoco, qui étoient venues sur ce sujet pour les porter à ce qu'ils croient le meilleur dans l'étal prési'iit des choses. J'ai ouï les conseils qu'on leur a dunaé^; j'ai remarqué la manière dont ils les ont reçus et les ■réponses qu'ils y ont faites ; en vérité, mon pÈri?, si vous y aviez été présent, je crois que vous avoueriez vous-même qu'il n'y a rien en tout leur procédé qui ne soit infiniment éloigné de l'air de révolte et d'hérésie, comme tout le monde pourra connoltre par les temperamenls qu'ils ont apportés, et que vous allez voir ici, pour conseiser tout ensemble ces deux choses qui leur sont infiniment chères , la paix et la vérité.

Car après qu'on leur a représenté, en général, les peines qu'ils vont s'attirer par leur refus, si on leur présente cette nouvelle constitution à signer, et le scandale qui pourra en nattrc dans l'Église, ils ont fait remarquer

DE l'inquisition QU'ON VEUT ÉTABLIR EN FRANCE 383

Qoi a couru sous le titre de Lettre d'un avocat au parlement à un de ses amis^ touchant Tinquisition qu'on veut établir en France à l'occasion de la nouvelle bulle du pape Alexandre Vif.

Du 1er juin 1657.

Monsieur,

Vous croyez que toutes vos affaires vont bien, parceque votre procès ne va pas mal; mais vous allez bien apprendre que vous ne savez guère ce qui se passe. Vous êtes bien heureux de voir les affaires de loin. Nous nous sommes trouvés à la veille d'une inquisition qu'on vouloit établir en France, et dont nous ne sommes pas tout-à-fait dehors. Les agents de la cour de Rome, et quelques évêques qui dominoienl dans l'assemblée.

1. Cette lettre n*est point de M. Pascal; elle yient de M. Le Maistre, frère de H. Le Maistre de Sacy, tons deiu neveux de M. Amauld par leur mère, fille du célèbre Antoine Arnanld Tavocat, si connu dans les différents des jésuites avec Taniversité de Paris. M. Le Maistre, de qui nous avons les plaidoyers, fut un des hoojmes des plus éloquents, des plus habiles et des plus vertueux de son temps. 11 quitta la profession d'avocat pour se retirer au dehors de Port-Uoyal de Paris, comme dans le sein de sa propre famille; et ensuite, pour mener une vie plus solitaire , il alla s'enterrer à Port-Royal des champs, qui étoit alors abandonné. Il s'y livra tout entier à l'étude de la religion et aux travaux de la . pénitence. Il mourut le 4 novembre 1658. .. \

384 VIHQTIËHE LETTRE

ont travaillé de concert à celilablissement, dont ils onl pris i>our rondement la bulle du pape Alexandre VU sur les cinq propositions. Ils l'ont fait recevoir au clergé, el avec des suites propres h leur dessein; cari) a été arrêté dans l'assemblée, qu'elle serait souscrite' par tous les ecdésiasti([ues du royaumesans exceplioD, et qu'il seroit procédé contre ceux qui refuseroieni de la signer, par toutes les peines ordonnées contre les hérétiques, c'est-à-dire par la perte de leurs bénéfices, et par bien d'autres violences, comme tout le monde le sait.

Vous voyez bien ce que cela veut dire, et que l'inquisition est établie, si le parlement ne s'y oppose, Cependant on parle d'y envoyer cette bulle; de sorte que, si elle y est reçue, voilà la France assujettie et bridée comme les autres peuples,

Je pense souvent à tout ceci, el je n'y trouve rien de bon. Le monde ne sait pas où cela va, ni quelles en sont les conséquences, Ce n'est point Ici une all'aire de > religion, mais de politique, et je suis trompé si le jansénisme, qui semble eu être le sujet, en est autre chose en effet que l'occasion et le préteste; car, pendant qu'on nous amuse de l'espérance de le voir abolir, on nous asseoit insensiblement à l'inquisition, qui noue opprimera avant que nous nous en soyons aperçus.

Je veux que ce soit un louable dessein de faire croire que ces cinq propositions soient de Jansénius ; mais le moyen ne m'en plaît iiullement. Je trouve que celtfi manière de priver les gens de leurs bénéfices est une

nouveauté de mauvais exemple et qui touche tel qui n'y pense pas : car croyez-vous, monsieur, que nous n*y ayons point d'intérêt, parceque nous ne sommes pas ecclésiasliques? Ne nous abusons pas, cela nous regarde tous tant que nous sommes, sinon pour nous-mêmes, au moins pour nos parents, pour nos amis, pour nos enfants. Monsieur votre fils, qui étudie maintenant en Sorbonne, ne peut-il pas avoir les bénéfices de son oncle? et mon fils le prieur n'y est-il pas intéressé pour lui-môme ? Vous me direz qu'ils n'ont qu'à signer pour se mettre en assurance. J'en demeure d'accord. Mais qu'avons-nous affaire que leur assurance dépende de IJi? Quoi I si mon fils se va mettre dans la tête que ces propositions ne sont point de Jansénius, comme j'ai peur qu'il le fasse, car il voit souvent son cousin le docteur, qui dit qu'il ne les y a jamais pu trouver, et qu'ainsi, ne croyant pas qu'elles y soient, il ne peut signer qu'il croit qu'elles y sont, parcequ'il dit que ce seroit mentir^ et qu'il aime mieux tout perdre que^/** d'offenser Dieu; si donc mon fils se met tout cela dans la fantaisie, adieu mes bénéfices que j'ai tant eu de peine à lui procurer*

Vous voyez donc bien que tel qui n'y a point d'intérêt aujourd'hui peut y en avoir demain, et que tout cela ne vaut guère. Que ne cherchent-ils d'autres voies pour montrer que ces propositions sont dans ce livre, sans inquiéter tout un royaume ? Voilà bien de quoi faire tant de vacarme ! Quand ils ne faisoient que disputer par livres, je les laissois dire sans m'en mêler* Mais c'est une plaisante manière de vider leurs difl'évents, que de venir troubler tant de familles qui n'ont point de part à leurs disputes, et de nous planter en

38<l V1N0T1ËUB LETTRE '

France unp nouvelle Inquisition qui nous méneroit beau train. Car Dieu sait combien elle croîtra en peu de tenipK. si peu qu'elle puisse preniire racine: nous verrons, en moins de rien, qu'il n'y sura personne qui puisse eire en sûreté cbez soi, puisqu'il ne hvàn qu'avoir de puissaals ennemie, qui vous défèrenl el vous accusent d'être jansénistes, sur ce que vous aureï de leurs livres dans votre cabinet, ou sur un discourt un peu libre loucbant ces nouvelles bulles, comme vous savez que nous autres avocats en faisons assu souvent; sur quoi on mettra voire bien en compromis. Et quand on ne vous feroit par-Iù qu'un procès, n'est-ce pas toujours un assez grand mal? Or il n'y a rien de si belle que d'en faire, et à cous qui en sont les moins suspects. Nous en avons déjà des exemples. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'ils méd lient ce dessein; ils se sont appris à tourmenler les gens sur la bulle et sur les brefs d'Innocent X, sur le sujet desquels vous savei combien les chanoines de Beauvais ont été inquiétés, Iquand on les voulut forcer ù y souscrire, à peine de perdre leurs prébendes, dont ils seroient peut-être dépossédés aujourd'hui, sans l'appel comme d'abus qu'ils en firent au parlement; ce qui a ruiné tous ces desseins.

Car il n'y a rien si bon contre l'inquisition que les appels comme d'abus. Aussi ils le savent bien, etilsne manquent pas de fermer celte porle quand ils veulent tyranniser quelqu'un à leur aise. C'est ainsi qu'ils en ont usé contre le curé de Libourne en Guienne, qu'ils firent accuser de jansénisme par des récollets, el le citèrent devant des commissaires qu'ils lui firent donner par les gens du conseil de M. Hurchevéque de Bordeaux»

Mais, comme ils n'éloient pas ses juges naturels, et qu'ils paroissoient d'ailleurs fort passionnés, il en appela^ et demanda d'être renvoyé par-devant les grands vicaires, ou par-devant l'official de M. de Bordeaux, ce qu'on lui refusa. De sorte qu'il en appela à M. de Bordeaux môme, et enfin au pape, sans que ces commissaires aient voulu se désister de sa cause. Mais il en appela enfin comme d'abus au parlement, qui lui donna des défenses, par où il alloit leur échapper, quand ils obtinrent un arrêt du conseil qui défendit au parlement de connoltre de cette affaire, ^t le remit entre les mains de ces premiers commissaires. De sorte qu'ils l'ont maltraité durant plus de six mois, pendant lesquels il a été obligé de quitter sa cure, et de venir à Paris avec beaucoup de peine et de dépense, pour en demander justice au roi et à son archevêque; d'où j'ai appris qu'il s'en étoit retourné depuis peu de jours dans sa cure après toute cette fatigue, que ses accusateurs ont eu le plaisir de lui causer, sans s'exposer eux-mêmes à aucun péril.

Ne troyvez-vous donc pas que l'inquisition est une manière bien sûre et bien commode pour travailler ses ennemis, quelque innocents qu'ils soient? Car celui-ci n'a pu être accusé d'aucune faute, non plus que le curé de Pomeyrol, encore en Guienne, qu'ils firent mettre d'abord en prison et dans un cachot, sans informalion précédente, et sans lui dire pourquoi, selon le style de l'inquisition romaine. Ensuite de quoi ils cherchèrent des preuves pour le convaincre de jansénisme. Mais les juges qui travailloient àsoti procès furent bien surpris de voir, par l'information qu'ils en firent, l'innocence de ce bon homme, et les superstitions incroyables de ses paroissiens; car un des plus grands chefs de

388 VINGTIÈME LETTBE

leur nccusalioo, oL où ils insistoieiit le plus, iloit celui-ci : « (Ju'il leur avoil prêché que Jésus-Christ u éUtil ilans le Saint-Sacrement, et non pas dans leur «bannière; ii parcequ'il les avoit repris de ce que, lorsqu'on icvoit la sainte hostie, ils se tuumoieal vejï leur bannière oii Jésus-Christ étoit peiat, et non pas vers le Saint-Sacrement pour l'adorer. Ce qui combl* tfilkmiËUt les juges de coarusion, qu'ils le firent snrtir incontinent de la prison où il avait été deux mois; el quelque demande qu'il fit qu'on achevât son procès, et qu'on punit ou lui, ou ses accusateurs, il ne put aroir aucune raison de tant de mauvais traitements.

En vérité, monsieur, cela n'est pas tant mal pflur des inquisiteurs qui ne font encore que commencer : et s'ils ont bien usé (le ces viblences sur des coustitiilioDi et des brefs qui n'ont pas été reçus au parlement, que ne fcroieiit-ils point sur une bulle qui y nuroîLéléreçue! Car on me fait mourir de rire quand on me dit que U déclaration du roi pour l'enregistrement de la bjille portera que ce sera sans établir d'inquisition, el sans préjudice de nos libertés. J'aimerois autant qu'on nous fit mourir sans préjudice de notre vie. Ce n'est pas le mot d'inquisition qui nous fait peur, mais la chose même. Or, de quelque mot qu'on l'appelle, c'en est bien une effective, et un véritable violement de nos libertés, que de nous traiter comme le clergé le prétend.

Et ne trouvez-vous pas de même que c'est aussi une foible consolation de nous dire que le parlement sera toujours maître des appels comme d'abus, puisqu'en recevant la bulle, il ôteroit l'un des plus grands moyens d'appeler comme d'abas, qtfon.a.vHo\\,à tL\\.fta.<iQit élé

îfusée? Mais, quoiqu'on pût toujours en appeler, ombien persécuteroit-on de gens dans les provinces, loignées qui ne pourroient se servir de ce remède I ar, que ne souffriroit point un pauvre curé du Lyonois ou du Poitou plutôt que de venir à Paris I Ils sont donc assez forts si cette bulle est reçue, ncore que les appels comme d'abus soient permis. De orte que je trouve quils ont été mal conseillés de )rendre la délibération qui se voit dans leur dernier )rocès-verbal imprimé chez Vitré, page 2 : « Que le roi «sera très humblement supplié d'envoyer à tous les «parlements une défense générale de connoître des «appels comme d'abus qu'on pourroit faire à raison « de ces signatures. » Qu'ont-ils gagné par-là, sinon de témoigner qu'ils sentent bien eux-mêmes l'injustice de leur dessein, puisqu'ils ont craint les parlements, et ïu'ils ont pensé à leur lier les mains pour le faire ["éussir? Pouvoient-ils mieux marquer la passion qu'ils M d'agir en maîtres et en souverains inquisiteurs? Ils le sont donc pas adroits d'avoir ainsi averti tout le nonde de leur intention. Car ce n'étoit pas le moyen l'obtenir l'enregistrement qu'ils demandent, que de ïiontrer ainsi par avance à quoi ils s'en veulent servir, ^ussi l'ont-ils bieç reconnu, mais trop tard. Car, après ^voir laissé courir ce procès-verbal imprimé, dont ils ^nt môme envoyé aux évêques des exemplaires en orme, et signés par les agents du clergé; quand ils se »ont aperçus que cela leur faisoit tort, ils se sont avisés d'essayer de le supprimer, ce qui ne fait que ïiontrer de mieux en mieux leur artifice. Cependant ils ^'imaginent que, parcequ'ils ne demandent maintenant lu'uae simple attache, la plus douée ^w wvow^^ <«s.

apparence, le parlement se prendra à ce piège, et ne s'arrêtera qu'à considérer simplement cette bulle qu'on lui présente, sans prendre garde à la fin à laquelle on la destine, et qu'ils ont Tait parottre si à découvert dans des pièces authentiques. Us sont admirables de vouloir prendre le parlement pour dupe. Mais je suis trompé, s'ils ne sont trompés eux-mêmes. Je vois assez l'air que cette affaire prend. Je parle tous les matins à des conseillers au sortir du palais, et il n'y en a point qui ne voie clair en tout cela. Votre rapporteur me disoit encore ce matin qu'il ne regardôit pas cette affaire comme une affaire ordinaire, et qu'en ne devoit pas considérer cette bulle comme une simple bulle qui décide quelque point contesté, ce qui seroit de peu de conséquence, mais comme le fondement d'une nouvelle inquisition qu'on veut former, et à laquelle il ne manque que le consentement du parlement pour être achevée.

J'ai été bien aise de voir que le* parlement prend ainsi les choses à fond. Et en effet, quand il n'y auroit rien en cette bulle qui la rendît rejetable par ellemême, au lieu qu'elle est toute pleine de nullités essentielles, néanmoins le parlement ne pourroit la recevoir aujourd'hui, dans la seule vue des suites qu'on en veut faire dépendre. Car combien y a-t-il de choses que l'on peut recevoir en un temps, et non pas en un autre? C'est ce que la Sorbonne représenta fort bien lorsqu'on voulut obliger tous les docteurs de protester « qu'ils ne « diroient rien de contraire aux décrets des papes, « sans restriction, et sans ajouter que ce seroit sauf l^s

1. Le pape et les évèques, joignons-y même les jésuites, n'appréhendoient rien tant que le parlement de Paris.

a droits et les libertés du royaume; » à quoi on essayoit de les porter par Texemple de quelques docteurs anciens que Ton disoit ravoirfait. Mais ils déclarèrent, dans Texamen de cette matière, que M. Fillesac, doyen de Sorbonne, fit imprimer alors en 1628, premièrement, <x que si quelques uns avoient fait cette protes- <c tatîon autrefois, c'étoit une chose extraordinaire K qui ne leur imposoit point de loi; et de plus, qu'on a pourroit l'avoir fait en d'autres temps en conscience a sans qu'on pût le faire aujourd'hui, à cause de la « nouvelle disposition des choses. » Et les raisons qu'ils en donnent, page 89, sont : ce Que depuis quelques «c siècles les papes ont fait un grand nombre de décrets, « de décrétales, de bulles et de constitutions contraires « aux anciens décrets, et même à TÉcriture sainte, » dont ils donnent plusieurs exemples, tant de ceux qui sont contre l'Écriture, que de ceux qui sont contre les libertés de l'Église gallicane et l'autorité de nos rois, et entre autres celui du pape Boniface VIII, qui déclara hérétiques ceux qui ne croiront pas que le roi de France lui est soumis, même dans les choses temporelles, et qui définit, dans sa bulle Unam sanctam^ « qu'il est de nécessité de salut de croire que le pape (x est maître de l'un et de l'autre glaive, tant spirituel « que temporel, et que toute humaine créature lui.^st <c sujette. » De sorte que c'est être hérétique, selon ce pape, que de dire le cottjçaire. A quoi ces docteurs joignent la bulle Cvm ex apostolatus, qui déclare « que « toutes sortes de personnes, rois et particuliers, qui <c tombent dans l'hérésie, ou qui favorisent, retirent, « ou recèlent des hérétiques, sont déchus et pour « jamais rendus incapables de tous honneurs, dignités

3B2 VINGTIÈME LETTHE

■1 H Liens, lesquels il expose nu premier qui s'en « pourra emparer, ails témoignenl donc sur celaqne, dans l'air présent de la cour de Rome, it est împossi- Iile de s'obliger à leur obéir sans restriction ; et c'est ce qu'ils confirment par la disposition des esprits île ce temps-li), comme ils disent, page 47, en ces termes ; <fNoiis sommes arrivés en un temps oîi, depuis cin- « qunni.e ans en ça, on a tu publier plusieurs bulles « semblables, et qui s'attribuent ce droit imaginaire de V disposer des royaumes. Nous avons vu en même « temps plusieurs livres (le cette trempe, au gi'and « préjudice de l'état, et de la vie même de nos rois; et « entre autres le livre exécrable intitulé ' Admonitio,ei. « celui de Sanctarcl, jésuite, Tait pour soutenir ces i( maximes contre le roi et ses états. D'où l'on voit « clairement, disent-ils, pag. 53 et 95, quel est le des- 11 sein de ceux qui poursuivent ces nouvelles protesta- « lions qu'on nous demande, qui n'est autre que

K« de renverser finement les maximes fondamentales de « cet état, qui sont ruinées par les décrets des papes;

l. Ce UïTB impie psmt en HÏS, aaoB Je lltra : G. fl. Tlimtosi ai Lti^ am SllI, AinKailio. etc., ÎD-t', Aii;i(fK Vindelicnnnii , II!5. — fàin, <■ alleniBDd.m-i', i62B. — Idem, en lmiir-ois,in-i: Frmubrsllte, IflSl. Ool'srtn-

«t da|i;i!B arebldiacre da Tonnui ; maïs on a su qn'it était d'Ândrè-Endaiicn' Jolisnnes, jésaite, qui vial en France avee le oardinal Buberin, légat da p>P<' Ce jésuite mourut i Rome le H décembre isab. II attu]ue dans ce lim >" alliances que le toI, poar la défense de coa Tsyaume, aïoit faites aiec dts I"''' lances pcoteslanles. Ce jésuite a semé dans ce litre nue infinité de mailmU pemicieiiseE en malitre d'état, qui révoltèrent tous les ordres du rojaume. H) été condamné pins d^nne fois; mais anjonrd'liiii i^ esl entièrement tnibli^- Sanclarel fut un antre jé&nile, dont les Écrite, cgalement dauggrem pcnr le ivi

t n'étant que trop évident et manifeste que les praticques et menées qu'ils font pour cette nouveauté n'est cpour autre sujet et autre fin que pour autoriser les i bulles contraires à l'autorité du roi, et pour éluder c les censures des livres de Sanctarel et de Mariana, < jésuite S comme aussi les arrêts du conseil et du (parlement, qui condamnent telle doctrine comme ( détestable. » D'où ils concluent ce qu'ils avoient dit )ag. 46 et 47, « que, quand il seroit vrai que depuis «longtemps on auroit consenti à faire ces protestantions, ce qui n'est pas, il seroit à présent nécessaire ï de les refuser. »

J'en dis de même sur notre affaire. Quand il seroit ?rai, ce qui n'est pas, que cette bulle pourroit être 'eçue, en ne la regardant qu'en elle-même, on ne détroit pourtant point la recevoir maintenant, parceque îe seroit favoriser les desseins visibles de ceux qui n'en lemandent la réception que pour en abuser, et nous isservir à ce vilain tribunal de l'inquisition*, sous z^eqiiel presque toute la chrétienté gémit. Mais je dis de ^lus qu'elle est tellement pleine de nullités en elle* aême, qu'elle ne peut être reçue sans blesser toutes ^ formes de la justice. Je vous dirai ici quelques unes ces nullités, car je n'ai pas encore oublié tout mon i*oit canon.

i. Le livre de Mariana, jésuite, </e Rege et Régis Instifutioney fut aussi 'Udamné an parlement, pour la maxime si dangereuse qu'il avance, en permet- ^ aux peuples de tuer les rois qu'ils regardent comme des tyrans. C'est de itte école q\ie sont sortis tant de parricides qui ont attenté à la vie de Henri IV, >^ de nos meilleurs princes.

2. Les novices en histoire savent que la seule idée d'inquisition a occasionné 1 1565 les guerres civiles des Pays-Bas, et la séparation des sept Provincesfûies.

3H VINOTIÈUE LETTRE j

Ne pensez pas rire de la première, qui est le gros \ solécisme connu de tout le monde dans le mol mpHtnantfir. Car cela la rend nulle par les décrets du pape Luce lu, c. ad Avdientiam, Ht. de Nescriptis el si indubitablflBient nulle, que la glose ajoute <c que seloD le a sentiment de tous les canonisles, on ne doil étoater ■■aucune preuve de la validité d'une bulle contre aae ( telle présomption de fausseté : contra istam prifsum- 1 ptionem est admittenda probotio; a tant cela marque qu'elle a été faite par légèreté et par surprise. Aussi on en a î.ùt beau bruit en Flandre; car il est conslaat que celle faute est dans l'original, et qu'ainsi il n'a de rien jerri de la réformer dans les dernières impressions qu'on en a faites, parceque, l'original étant nuL les copies le sont aussi ; outre qu'il est porté dans le droit, « que le moindre changement, môme d'un poini, «rend une bulle nulle, et que relui qui l'a fait est , (1 excommunié. » /« tiiitla Cœnœ, c. licet, Hebuf. in praxi.

Il Une autre nullité, et qui nous touche de plus prés, est que le pape y menace de peines ceux qui n'obéiroDl pas à sa bulle. Sur quoi je laisse au parlement à jugef ' s'il appartient au pape de menacer de peines les sujets du roi : swS pœnis ipso fado incurrendis.

Mais une antre nullité importante est la manière in- | jurieuse dont on y a rabaissé l'ordre sacré et suprême de l'épiscopat, en le mettant au rang des moindres ordres, dans 1.1 cl.nuse où la pape, jinrlanl de soi, quand il étoit cardinal el évëque, dit qu'il éloit alors inmiROribus; ce qui est une expression qui rend la bulle oullft selon le chapitre, Quam gravi, titul. de crimine falsi, où il est dit que, si un pape, parlant d'un évéque, l'appelle

son fils au lieu de l'appeler son frère, au préjudice de la société qui est entre lui et tous les évéques du monde dans répiscopat, l'acte où se trouvera une telle expression soit nul. Que dira-t-on donc de celle-ci, où le pape traite les évoques, non pas de fils^ mais de mirmtrs; ce qui est un terme si choquant et si méprisant, que rassemblée du clergé, qui n*a pas eu d'ailleurs trop de zèle pour les intérêts de Tépiscopat, Ta changé dans la version qu'elle a faite de la bulle, où Ton a réformé cette période comme on a pu? Mais ils n'ont pas relevé par-là l'honneur de leur caractère, qui demeure flétri dans l'original, et dans le latin même qu'ils rapportent. De sorte que cette correction ne rend que plus visible l'outrage qui a été fait à leur dignité, et la foiblesse qu'ils ont témoignée en le souffrant

En voulez- vous d'autres? Que direz-vous de ce que le pape ne se contente pas de défendre d'écrire, de prêcher, et de r^en dire de contraire à ses décisions, Comme on reconnoît qu'il en a le pouvoir par le rang suprême qu'il tient dans l'Église? Mais il veut aller audelà, et nous imposer de croire ce qu'il a décidé lui seul, Teneant : et c'est ce que nous ne pourrions recoilf Qoître sans confesser que « nous et nos rois somaîès «ses sujets dans le temporel même; » puféque leurs bulles déclarent nettement « que c'est une hérésie de ^ dire le contraire : » Hier sentientes hœreticos reputa- *^Us, disoit Boniface VIII à notre roi Philippe-le-Bel. Il est donc sans doute que, si nous tenons le pape pour infaillible, il faut que nous nous déclarions pour ses esclaves, ou que nous passions pour hérétiques, puisque nous résisterions à une autorité infaillible. Aussi jamais l'Église n*a reconnu cette infaillibilité dans le

pape, mais seulement daus te concile universel, auqueV on a toujours appelé des jugements injustes des pape; Et au lieu que, pour établir leur souveraine dominalion, îlsonL souvent entrepris de traiter comme hérétiques ceux qui nppelleroient d'eux aux conciles, comme firent Pie n, Jules II, et Léon X, l'Église au contraire soutient, comme il a été déterminé en plein concile nnJTersel, que le pape lut e^t soumis. Et c'est pourqooi nos rois, leurs procureurs-généraux, les universilés entières, et les particuliers, ont si souvent appelé its bulles nu concile, ainsi qu'il se voit dans tout le chapitre Jiiii des libertés de l'Église gallif-auc. Aussi le principal rondement de nos libertés, et dont M. Pithoo les feit presque toutes dépendre, et celle Jincienne maxime : « Qu'encore que le pape soit souverain is M choses spirituelles, néanraoiiis en France la puissance Il souveraine n'a point de Heu, mais qii'ellc est bornée « par les canons et règles des anciens conciles : e' « in hoc maxime consislit lîberlas Eccleàœ gallicanm, st'- Vfl Ion l'université de Paris. » Sur quoi M. Du Puj*, dans ses Commentaires sur ces libertés, dédiés à fe" M. Mole, premier président et garde des sceaux, imprimés chez Cramoisj avec bon privilège, rapporti', page 30, que nos théologiens appellent celle pleine puissance du pape, «une tenipCle consommée el une Il parole diabolique, plenam tempestalem el verbam iian boKcum. M

Voilà les sentiments de nos docteurs, selon lesquels nous avons toujours tenu « que la décision du pape w n'oblige point à croire ce qu'il a décidé, même en ffiualiére de foi, parcequ'il est sujet à errer daiisl" «itii; iiHiis stJulenituV îi tt'sïKttt àwft ft.t co\A.\*\'!<,,ï'y

« n'y en a de grandes raisons : In causis fidet^ determi- « natio solius papœ ut papœ non ligat ad credendum, quia • « est deviabilis a fide, » comme dit Gerson. Le pape entreprend donc sur nos libertés dans cette bulle, où il nous veut obliger de croire ses décisions; et ainsi c'en est une nullité manifeste.

C'en est aussi une autre plus considérable qa il ne semble, lorsque le pape dit qu'on a employé à examiner cette matière la plus grande diligence qui se puisse désirer, qua major desiderari non possit; car il y a ici un artifice secret qu'il faut découvrir : c'est que, comme je vous l^ai déjà dit, les papes veulent qu'on croie qu'ils peuvent seuls décider les points de foi, en sorte qu'après cela il ne faut rien désirer davantage ; au lieu que nous soutenons qu'il n'y a que les conciles qui puissent obliger à croire, et qui ne laissent rien à désirer. Et ainsi le pape fait fort bien, selon sa prétention, de nous vouloir faire avouer qu'on a apporté en cette malière tout ce qui se peut désirer, quoiqu'il n'ait fait autre chose que consulter quelques réguliers. Mais nous ferions fort mal d'y consentir, puisque ce seroit le reconnoître pour infaillible, blesser infiniment nos libertés, ruiner les appels au concile général, et même rendre tous les conciles inutiles, puisque le pape suffiroit seul, s'il étoit infaillible. Et ne doutez point que les partisans de la cour de Rome ne fissent bien valoir un jour la réception de cetle bulle, pour en tirer ces conséiquences.

11 y a bien d'autres nullités essentielles que je serois trop long de rapporter. Jamais bulle n'en eut tant. Mais ce qui la met le plus hors d'état d'être reçue au çarleïnentf est qu'ayant été faite par \e ça^e ^^xiîi.» '^"W\^ ^^^-

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rile, et lUCnie ^ans l'avis du collège des cardinaux, clle^ ne peul Mre considérée que comme ayant été fnile pu le propre niouvement du pnpe, ntotu propno, que l'ca tie rec DH 00 It point en France: earonn'y a jamnis reçu le» bulles faites motu /iroprio en matière de foi ou it chose qui regarde toute l'Église, quelque effort qu'aieOt fait les papes pour cela, comme fil iunocf ni X, ànK sa bulle du la résidence des cardinaux, de l'an IGM, oii il déclare « qu'encore qu'elle suit l'aile par son prou pre mnuvemeni, il entend qu'elle ait la même force « que si elle avoit été faite par le conseil des csitii- « naux. » Sur quoi feu M, l'avocal-giinéral Talon dil « que c'étoit en vain que dans celte clause le pape avoiV H voulu suppléer, par la voie de puissance, k l'esseace n d'un acte important; s de sorte qu'elle fut rejeté^ comme abusive. El la dernière cooslilulion du même pape, sur les cini[ propositions, quoiqu'elle dScidSIdes points de foi qui éloiefil reconnus de tous les Ihf'^' logiens sans exception, néanmoins, par cette seule Vaison que le pape y purloit seul, on n'osa pas seulement en demandée Tenregislrement, quelque désir qut l'on en eût. Comment dune celle d'Alexandre n'y sf" roil-elle pas refusée, puisque, quand elle n'auroil poinl tant d'autres nullités, ce défaut essentiel d'Être fai''' par le pape seul la rend incapable d'y être admiseî

Il est donc constant, monsieur, qu'il n'y cul janiiii' de bulle moins recevable qiie celle-ci, puisqu'on la ■ devioit rejeter à cause de ses nullités, quand on o'm voudrait point faire de mauvais usage, qu'on la devroit encore rejeter à cause du mauvais usage qu'o" médite d'eu faire, quand elle n'auroit point de nullités. Que sera-ce donc si l'on en considère tout ensemble d

es nullités et Tusage? N'est-il pas visible que, si celle-ci Kisse, il n'y en aura point qu'on ne soit obligé d'ad- Qettre, et qu'ainsi nous voilà exposés à toutes celles [ui pourront arriver de Rome; ce qui n'est pas d'une letite conséquence I Car on peut juger de ce qui en leut venir par ce qui en est déjà venu. Ne voyez-vous ►as qu'on ne tâche qu'à multiplier les bulles, afin que e soient autant de titres de l'infaillibilité, qui en a beoin, et que le monde s'accoutume peu-à-peu à y ajou- 3r une créance aveugle ? Quand ils se seront ainsi îndus maîtres de l'esprit des peuples, ce sera en vain ue les parlements s'opposeront aux entreprises de orne sur la puissance temporelle de nos rois. Leur ^position ne passera que pour un effet de politique,

non pas pour une décharge de conscience. On les ra passer eux-même pour hérétiques, quand il plaira Rome; car le moyen de faire croire qu'une autorité faillible se soit trompée ? De sorte qu'après les bulles 5 Boniface VIII, et de ses semblables, il n'y a point de fférence entre dire que le pape est infaillible, et dire le nous sommes ses sujets.

Vous voyez par tout cela, monsieur, et combien cette jlle est dangereuse par la fin où l'on veut la faire serr, et combien elle est défectueuse dans la manière ont eHe est drçssée. II ne me reste qu'à vous faire relarquer combien elle est peu considérable dans le md, et dans la matière qui y est décidée, laquelle n'émt qu'un simple point de fait, est bien éloignée de lérîter tout le bruit qu'on en veut faire; car il est contant, selon tous les théologiens du monde, que ce fait e peut rendre hérétiques ceux qui le nient, mais tout u plus téméraires. Or, qu'une témérité mérite qu'on

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prive les gens de leurs biens et bénéfices, et qu'on les punisse comme des hérétiques, cela n'est pas raisonnable : car pourquoi traiter comme hérétiques ceux qui ne le sont point, la dispute n'étant que sur un point de fait qui ne peut faire d'hérésie? Cependant quelques évéques, qui ont résolu de déposséder les bénéficiers, et qui n'en ont de prétexte que sur ce point de fait, ont aiTôté, dans leur lettre circulaire du 17 mars dernier, a que ceux qui refuseront de souscrire le fait se- <c ront traités comme s'ils refusoient de souscrire le « droit. I Ils ont bcciu faire néanmoins, ils ne sauroient confondre par toute leur puissance ces choses qui sont séparées par leur nature. Un simple fait demeurera toujours un simple f|iit, et celui-ci ne sauroit jamais donner lieu de priver les gens de leurs bénéfices; car j'en reviens toujours là.

N*cst-il donc pas plus clair que le jour, qu'en tout ceci ils n'ont point du tout songé à nous instruire dans la foi, mais seulement à nous assujettir à l'inquisition? C'est ce que je vous montrerois au long, si j'en avoisie loisir, tant pour le point qu'ils ont choisi pour objet de leurs décisions, que par la manière dont ils s'y prennent. Car n'est-ce pas un bel article de foi de croire que des propositions que tout le monde condamne sont dans un livre? et peut-on s'imaginer que ce soit seulement pour faire croire ce point qu'on exige des signatures de toute l'Église? Il faudroit être bien simple. S'ils avoient tant voulu le faire croire, ils n'avoientqu'à en citer les pages : et s'ils avoient eu dessein de nous éclairer tout de bon, ils nous auroient expliqué ce sens de Jansénius, qu'ils condamnent sans dire ce que c'est, comme dit fort bien la dix-huitième, que mon

fils m'a montrée ce matin. Reconnoissez-Ie donc, monsieur. Hs n'ont pensé qu'à eux, et non pas à nous. Ils n'ont choisi ce point que parcequ'il leur ôtoit favorable, à cause de la passion qu'on a contre Jansénius. Ils ont voulu ménager cette occasion , et, tournant à leurs fins le désir qu'on a témoigné de voir condamner cette doctrine, ils ont cru que nous y serions aSsez échaufi'és pour acheter leurs bulles par la perte de nos libertés.

Comme j'écrivois ces dernières lignes, je viens de voir un conseiller des plus habiles, qui m'a dit que c'est une maxime constante dans les parlements, qu'ils sont les juges légitimes et naturels des questions de fait qui se rencontrent dans les matières ecclésiastiques ; et qu'ainsi n'étant question ici que de savoir si les cinq propositions condamnées sont tirées de Jansénius, il leur appartient d'examiner si elles y sont, au cas qu'on leur présente cette bulle. De môme que dans la célèbre conférence de Fontainebleau, où le cardinal Du Perron accusa de faux cinq cents passages des Pères, allégués par Du Plessis Mornay, le roi Henri IV nomma des commissaires laïques pour juger cette affaire, où il étoil question d'examiner si ces passages étoient véritablement dans les Pères, comme il s'agit ici de savoir si ces propositions sont dans Jansénius; et quelque bruit que fît le nonce d'abord, de ce qu'on ne prenoit pas des ecclésiastiques pour connoître d'une manière ecclésiastique, ils en demeurèrent les juges, parcequ'il n'étoit question que d'examiner des points de fait. Il m'en donna encore d'autres exemples; mais celui-là suffit pour mettre la chose hors de doute, et pour montrer que, si l'on presse le parlement sur

le sujet de la bulle, nous aurons le plaisir de leur voir examiner régulièrement, et en pleine assemblée des chambres, si ces cinq propositions sont dans le livre de Jansénius : nous saurons s*il est vrai que ce soit une témérité de ne le pas croire, et nous verrons le jugement du pape exposé au jugement du parlement.

Ainsi, je ne 'puis assez admirer combien ce dessein d'inquisition a été mal concerté, pour avoir été conduit par de si habiles gens; car ils ne pouvoient choisir de base plus foible et plus ruineuse que cette bulle, qui, n'étant que sur un fait, ne pouvoit jamais être assez considérable pour soutenir une si grande entreprise. Car ne seroit-ce pas une chose honteuse et insupportable que l'inquisition, qu'on n'a point voulu souffrir en France pour les choses mêmes de la foi, s'introduisît aujourd'hui sur ce point de fait; et que tout le monde y contribuât volontairement, les évêques en l'établissant par leur autorité, et le parlement en les laissant faire?

Je ne crois pas qu'il soit disposé à cela. II n'y a point ici de raillerie. Gela les touche eux-mômes, comme j'ai dit tantôt, au moins pour leurs parents et amis, n'y ayant guère de personnes qui puissent être sans intérêt dans une affaire générale. Le moins de servitude qu'on peut est le meilleur. Les gens sages ne s'en attireront jamais de gaieté de cœur. Qu'ils cherchent donc d'autres manières de faire croire que ces propositions sont dans ce livre. Qu'ils écrivent tant qu'ils voudront, ou plutôt qu'ils se taisent tous. On n'a que trop parlé de tout cela. Qu'ils laissent le monde en repos, et nos bénélices en assurance.

Si le parlement prend connoissance de cette affaire, ]*ai d'assez bons mémoires pour montrer combien il y a de différence entre la primauté que Dieu a véritablement donnée au pape pour l'édification de l'Église, et l'infaillibilité que ses flatteurs lui voudroient donner pour la destruction de l'Église et de nos libertés.

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