‹ Lettres écrites a un provincial (volume 3)Chapitre 88 sur 89 · PAPES FAILLIBLES DANS LES FAITS · texte numérisé non relu

PAPES FAILLIBLES DANS LES FAITS

« prœscindunt ab omni profei^ente^ » comme il se voit dans leurs suffrages nouvellement imprimés : que plus de soixante docteurs, et un grand nombre d'autres personnes habiles et pieuses ont lu ce livre exactement sans les y avoir jamais vues, et qu'ils y en ont trouvé de contraires; que ceux qui ont donné cette impression au pape pourroient bien avoir abusé de la créance qu'il I a en eux, étant intéressés, comme ils le sont, à décrier W cet auteur, qui a convaincu Molina^ de plus de cinquante 1 erreurs; ce qui rend la chose plus croyable, est qu'ils | \ ont cette maxime, l'une des plus autorisées de leur théologie, « qu'ils peuvent calomnier sans crime ceux « dont ils se croient injustement attaqués; » et qu'ainsi leur témoignage étant si suspect, et le témoignage des autres étant si considérable, on a quelque sujet de supplier sa sainteté, avec toute l'humilité possible, de faire examiner ce fait en présence des docteurs de l'un et de l'autre parti, afin d'en pouvoir former une décision solennelle et régulière. « Qu'on assemble des juges <x habil{pi^'Si.disoit saint Basile sur un semblable sujet, ép. 19 ;* ligue chacun y soit libre; qu'on examine mes ce ik^tH^tfmfûA voie s'il y a des erreurs contre la foi; «j|^%il^jpll^ies 9l]|}0i»tions et les réponses, afin que ce « mai un ijBfléïhént rendu avec connoissance de cause

I. De ph» de dnq^unte erreurs. Voici, à ce qu'on prétend, l'origine de la haine des jésuites contre Jansénins. Qnand on imprima VAvgustinm de Jansé-* nias, en 1640, Liberios Fromond, célèbre professeur de Lou-vain, s'avisa de. mettre à la fin dn lirre de son ami, qui étoit mort denx ans auparavant, un parallèft de la doctrine des jésuites sur la grâce avec les erreurs des Marseillois ou dedd-pélagiens. Les jésuites, qui prirent faussement Jansénius pour Tauteur de ce^Plrallèle, commencèrent, dans les Pays-Bas mêmes, à s'élevei' cniitre son livre, par rm grand Yohime de thèses théologiq^es, q!^\ «iu\. \ût\. ^vcl^jq^^x^'*. ^ très rares, in-folio, /64f. {Ifote de l'èiit. de \&iï.^

« et dans les formes, et non pas nne diflbmation sans € examen. »

Ne prétendez pas, mon père, de dire passer poar peu soumis au saint-siége ceux qui en useroient de la sorte. Les papes sont bien éloignés de traiter les chrétiens avec cet empire que Ton voùdcpit exercer sous leur nom. « L'Église, dit le pape saint Gr^ire, mJob.^ « 1. vm, ch. I, qui a été formée dans l'école d'humilité, « ne commande pas avec autorité, mais persuade par « raison ce qu'elle enseigne à ses enfants qu'elle croit « engagés dans quelque erreur : reeia quœ errofUUrn « dicit, fum quasi ex auetorita^ prœcepit, sed ex roHm « per$uadet » Et bien loin de tenir à déshonneur de réformer un jugement où on les auront surpris, ils en font gloire au contraire, comme le témoigne saint Bernard, ép. 180. ce Le siège apostolique, dit-il, a cela de « recommandable, qu'il ne se pique pas d'honneur, et « se porte volontiers à révoquer ce qu'on en a tiré par « surprise ; aussi est-il bien juste que personne ne pro- « fi te de l'injustice, et principalement devant le saintce siège. »

Voilà, mon père, les vrais sentiments qu'il faut inspirer aux papes, puisque tous les théologiens demeurent d'accord qu'ils peuvent être surpris, et que celte qualité suprême est si éloignée de les en garantir, qu'elle les y expose au contraire davantage, à cause du grand nombre de soins qui les partagent. C'est ce que dit le même saint Grégoire à des personnes qui s'étonnoient de ce qu'un autre pape s^étoil laissé tromper. « Pourquoi admirez-vous, dit-il, liv. J, ch. iv, DiaL, V que nous soyons Irom^^és, rvous t[ui sommes des i hommes ? N*avez-\o\xa pa^ nxx lV3L^'ù^N\^^ ^^ ^^\ ^

PAPES FAILLIBLES DANS LES FAITS 37i

« âvoit l'esprit de prophétie, ayant donné cri^'ance aux a impostures de Siba, rendit un jugement injuste contre c( le fils de Jon^thas? Qui trouvera donc étrange que « des imposteurs nous surprennent quelquefois, nous (c qui ne sommes point prophètes? La foule des affaires (c nous acccible ; et notre esprit, qui, étant partagé en If tant de choses, s'applique moins à chacune en partice culier, en est plus aisément trompé en une. » £n vérité, mon père, je crois que les papes savent mieux que vous s'ils peuvent être surpris ou non. lis nous déclarent eux-mêmes que les papes et que les plus grands rois sont plus exposés à être trompés que les personnes qui ont moins d'occupations importantes. Il les en faut croire; et il est bien aisé de s'imaginer par quelle voie on arrive à les surprendre. Saint Bernard en fait la description dans la lettre qu'il écrivit à Innocent II, en celte sorte ep. 327 : « Ce n'est pas une chose étonc nante, ni nouvelle, que l'esprit de l'homme puisse « tromper et être trompé. Des religieux sont venus è^,. (c vous dans un esprit de mensonge et d'illusion. Ils « vous ont parlé contre un évêque qu'ils htiissent, et (C dont la vie a été exemplaire. Ces personnes mordent (( comme des chiens, et veulent faire passer le bion M pour le rmh .Cependant, très saint père, vous vous « mçtlci en colère contre vôtre fils. Pourquoi avez- 11 vous donné un sujet de joie à ses adversaires ? Ne « croyez pas h tout esprit, mais éprouvez si les esprits « sont de Dieu. J'espère que, quand vous aurez connu « la vérité, tout ce qui a été fondé sur un faux rapport « sera dissipé. Je prie l'esprit de vérité de vous donner la grâce de séparer la lumière des ténèbres, et de ré- « prouver le mal pour favoriser \e \i\^\v, ^N^w^ nw^-l

donc, mon père, que le degré éminent où sont les papes ne les exemple pas de surprise, et qu'il ne fait autre chose que rendre leurs surprises plus dangereuses et plus importantes. C'est ce que saint Bernard représente au pape Eugène, de Consid. 1. II, c. ult. : « Il y a « un autre défaut si général, que je n'ai vu personne c( des grands du monde qui l'évite. C'est, saint père, la « trop grande crédulité d'où naissent tant de désordres; « car c'est de là que viennent les persécutions violentes « contre les innocents, les préjuges injustes contre les « absents, et les colères terribles pour des choses de « néant, pro nihtlo. Voilà, saint père, un mal universel, « duquel, si vous êtes exempt, je dirai que vous êtes le « seul qui ayez cette avantage entre tous vos confrères. »

Je m'imagine, mon père, que cela commence à vous persuader que les papes sont exposés à être surpris. Mais, pour vous le montrer parfaitement, je vous ferai seulement ressouvenir des exemples que vous-même rapportez dans votre livre, de papes et d'empereurs, que des hérétiques ont surpris effectivement. Car vous dites qu'Apollinaire surprit le pape Damase, de même que Çélcstius surprit Zozime. Vous dites encore qu'un nommé Athanase trompa l'empereur Héraclius, et le porta à persécuter les catholiques ; et qu'enfin Sergius obtint d'Honorius ce décret qui fut brûlé au sixième concile, en faisant, dites-vous, le bon valet anpi^es de ce pape.

Il est donc constant par vous-même que ceux, mon

père, qui en usent ainsi auprès des rois et des papes,

les engagent quelquefois artificieusement à persécuter

ceux qui défendent la vérité de la foi en pensant persc-

culer des hérésies. El de \^ \\ewV qw^ \e<s. ^^^;>^^ ^ ^\\

rien tant en horreur que ces surprises, ont fait lettre d'Alexandre IIÏ une loi ecclésiastique, indans le droit canonique, pour permettre de suse Texécution de leurs bulles et de leurs décrets l on croit qu'ils ont été trompés. « Si quelquefois ce pape à l'archevêque de Ravenne, c. v, Extr, de jrip,) nous envoyons à votre fraternité des décrets choquent vos sentiments, ne vous en inquiétez pas. ou vous les exécuterez avec révérence, ou vous s manderez la raison que vous croyez avoir de ne as faire, parceque nous trouverons bon que vous :écutiez pas un décret qu'on auroit tiré de nous surprise et par artifice. » C'est ainsi qu'agissent pes qui ne cherchent qu'à éclairer les différents irétiens, et non pas à suivre la passion de ceux îulent y jeter le trouble. Ils n'usent pas de domi- 1, comme disent saint Pierre et saint Paul après Christ; mais l'esprit qui paroît en toute leur conest celui de paix et de vérité. Ce qui fait qu'ils f^ nt ordinairement dans leurs lettres cette clause. >t sous-entendue en toutes : Si ita est; se preces te nitantur : « Si la chqjse est comme on nous la entendre ; si les faits sont véritables. » D'où il se ue, puisque les papes ne donnent de force à leurs 1 iju'à mesure qu'elles sont appuyées sur des faits blés, ce ne sont pas les bulles seules qui prouvent ité des faits ; mais qu'au contraire, selon les cano-

mômes, c'esj^ la vérité des faits qui rend les ; recevables.

ù apprendrons-nous donc la vérité des faits ? Ce ies yeux, mon père, qui en sont les légitimes .

comme la raison l'est des cho^e^ Tâ\xa^^% ^

inlelligiblcs^ et la foi des choses surnaliirelles et révélées. Car, puisque vous m'y obligez, mon père, je vous dirai que, selon les sentiments de deux des plus grands docteurs de l'ÉgUse, saint Augustin -et saint Thomas» ces trois principes de nos connoissances^ les sens, la raison et la foi ont chacun leurs objets séparés, el leur certitude dans cette étendue. Et comme Dieu a voulu se senir de l'entremise des sens pour donner entrée à la foi, fides ex auditUy tant s'en faut que la foi détruise la certitude des sens, que ce seroit au contraire détruire la foi que de vouloir révoquer en doute le rapport fidèle des sens. C'est pourquoi saint Thomas remarque expressément que Dieu a voulu que les accidents sensibles subsistassent dans l'Eucharistie, afin que les sens, qui ne jugent que des accidents, ne fussent p/is trompés : Ut sensus a deceptione reddantur immunes.

Concluons donc de là que, quelque propositign qu'on nous présente à examiner, il en faut d'abord reconnoître la nature, pour voir auquel de ces trois principes nous devons nous en rapporter. S'il s'agit d'une chobe surnaturelle, nous n'en jugerons ni par les sens, ni par la raison, mais par l'Écriture et par les décisions de l'Église. S'il s'agit d'une proposition non révélée, et proporlionnée à la raison naturelle, elle en sera le propre juge. Et s'il s'agit enfin d'un point de fait, nous en croirons les sens, auxquels il appartient naturellement d'en connoître.

Cette règle est si générale, que, selon saint Augustin et saint Thomas, quand l'Écriture même nous présente quelque passage, dont le premier sens littéral se trouve contraire à ce que les sens ou la raison reconnoissenl

avec certitude, il ne faut pas entreprendre de les désavouer en cette rencontre pour les soumettre à Tautorité de ce sens apparent de TÉcriture; mais il faut interprêter TEcriture, et y chercher un autre sens qui s'accorde avec cette vérité sensible ; parceque la parole de Dieu étant infaillible dans les faits mêmes, et le rapport des sens et de la raison agissant dans leur étendue étant certain aussi, il faut que ces deux vérités s'accordent; et comme l'Écriture se peut interpréter en différentes manières, au lieu que le rapport des sens est unique, on doit, en ces matières, prendre pour la véritable interprétation de TÉcriture celle qui convient au rapport fidèle des sens. « Il faut, dit saint « Thomas, 1" pî^rt., q. 68, a. 1, observer deux choses, « selon saint Augustin : Tune, que l'Écriture a toujours « un sens véritable; l'autre que, comme elle peut rece- « voir plusieurs sens, quand on en trouve un que la « raison convainc certainement de fausseté, il ne faut « pas s'obstiner à dire que c'en soit le sens natureV « mais en chercher un autre qui s'y accorde. »

C'est ce qu'il explique par l'exemple du passage de la Genèse, où il est écrit u que Dieu créa deux grands « luminaires, le soleil et la lune, et aussi les étoiles; » par où l'Écriture semble dire que la lune est plus grande que toutes les étoiles : mais parcequ'il est constant, par des démonstrations indubitables, que cela est faux, on ne doit pas, dit ce saint, s'opiniâtrer à défendre ce sens littéral, mais il faut en chercher un autre conforme à oette vérité de fait ; comme en disant : « Que le mot de grand luminaire ne marque que la « grandeur de la lumière de la lune à notre égard, et « non pas la grandeur de son corps en lui-même. » \

:n» DIX-HDITIÈMB LETTRE

Que si OD ïoiilniten useraulrempût, ce ne seroitpas rendre l'Écriture vénérable, mais or sei-oit au conUaire l'exposer au mépris des infidèles; « parce, comme liil a saint Augustin, de Gen. ad Lit. I. I, c. xa., que, quand i( ils aupoieol connu que nous croyons dans l'Écriturf a. des choses qu'ils savent certainement être fausses, ils (I se riroient de noire crédulité dans les antres choses « qui sont plus cachées, comme la résurrection des li morts, et la vie élernelle. » Et ainsi, ajoute saint Thc- « mas, ce seroit leur rendre notre religion méprisable, H et mAme leur en fermer l'enlnie, »

El ce soroif aussi, mon père, te moyen d'on fermer l'entrée aux hérétiques, et de leur rendre l'autorité du pape méprisable, que de refuser de tenir pour cath()liques tîeux qui ne cmiroient pas que des paroles sonl dans un livre où elles ne se trouvent point, parcequ'un pape l'auroit déclaré par surprise. Car ce n'est que l'examen d'un livre qui peut faire savoir que les paroles j Ipnt. Les choses de fait ne se prouvent que par les sens. Si ce que vous soutenez est véritable, montrez-le; sinon ne sollicitez personne pour le faire croire, ce seroit inutilement. Toutes les puissances du monde ne peuvent par autorité persuader un point de fait, non plus que le changer; car il n'y a rien qui puisse faire que ce qui est nesoitpas.

C'est en vain, par exemple, que des religieux de Ralisbonne obtinrent du pape saint Léon IX un décret solennd, par lequel il déclara que le corps de saint Denis, premier évéqae de Paris, qu'on tient communément être l'aréopagite, avoit été enlevé de France, et porté dans l'église de leuc monastère. Cela n'empêche pas quels corps decesa\n\ ii'a\V\n\:^wi.ïî.fe'vfc.^N.&fc»s^

encore dans la célèbre abbaye qui porte son nom, dans laquelle vous auriez peine à faire recevoir cette bulle, quoique ce pape y témoigne avoir examiné la chose « avec toute la diligence possible, diligentissime^ et avec « le conseil de plusieurs évoques et prélats ; de sorte «qu'il oblige étroitement tous les François, districte n prœcipientes , de reconnoître et de confesser qu'ils « n'ont plus ces saintes reliques. » Et néanmoins les François, qui savent la fausseté de ce fait par leurs propres yeux, et qui, ayant ouvert la châsse, y trouvèrent toutes ces reliques entières, comme le témoiçnent les historiens de ce temps-là, crurent alors, comme on Ta toujours cru depuis, le contraire de ce !|ue ce saint pape leur avoit enjoint de croire, sachant bien que même les saints et les prophètes sont sujets à Hre surpris.

Ce fut aussi en vain que vous obtîntes contre Galilée un décret de Rome, qui condamnoit son opinion touchant le mouvement de la terre. Ce ne sera pas cela/' jui prouvera qu'elle demeure en repos ; et si l'on avoit les observations constantes qui prouvassent que c'est îlle qui tourne, tous les hommes ensemble ne l'emjêcheroient pas de tourner, et ne s'empêcheroient pas ie tourner aussi avec elle. Ne vous imaginez pas de néme que les lettres du pape Zacharie pour l'excomnunication de saint Virgile, sur ce qu'il tenoit qu'il y ivoit des antipodes , aient anéanti ce nouveau monde ; 3t qu'encore qu'il ^eût déclaré que cette opinion étoit jne erreur bien dangereuse, le roi d'Espagne ne se soit [)as bien trouvé d'en avoir plutôt cru Christophe Colomb jui en venoit, que le jugement de ce pape qui n'y voit pas été; et que l'Église n'eu a\\.T^^%^^ÇiWw^^'«^^

378 DIX-HLMTUME LETTRE

nvaiiliigc, piiisqui' cul.i ;i jirocurL' la connoissftnrc de l'Kvnngile h lant de peuples qui fussent péris dans leur infldf^tilé.

Vous voyez donc, mon père, quelle est la nature des choses de fail, et par quels principes on en doil juger; d'où il est aisé de conclure, sur noire sujiït, que, fi les cinq propositions ne sont point de JaDsénius, il est impossible qu'elles en aient été extraites, et que le seul moyen d'en bien juger et d'en persuader le monde, est d'examiner ce livre en une conférence réglée, comme on vous le demande depuis si long-lcmps. Jusque-lfi TOUS n'avez aucun droit d'appeler vos adversaires opiniâtres : car ils seront sans blâme sur ce point de fait, comme ils seront sans erreurs sur les points de foi; catholiques sur le droit, raisonnables sur le fait, et innocents en l'un et en l'autre.

Qui ne s'étonnera donc, mon père, en voyant d'un côté une justification si pleine, de voir de l'autre des .iccusations si violentes? Qui penseroit qu'il n'est question entre vous que d'un fuit de nulle importance, qu'on veut faire croire sans le montrer ? Et qui oseroit s'imaginer qu'on nt par toute l'Kglisetantdebruilpourrien, pronihilo, mon père, comme le dit saint Bernard? Mais c'est cela m6me qui est le principal artifice de votre conduite, de faire croire qu'il y va de tout en une affaire qui n'est de rien; «t de donner ù entendre aux personnes puissantes qui vous écoutent qu'il s'agit dans vos disputes des erreurs les plus pernicieuses de Calvin, et des principes les plus importants de la foi ; afin que dans cette persuasion ils emploient tout leur zèle et •toute leur autorité contre ceux que vous combattez, comme si le salul de Va reW^von ca.\iiQ\\^vift co, *i.iaiwv-

doit : au lieu que, s'ils venoient à connoitre qu'il n'est question que de ce petit point de fait, ils n'en seroient nullement touchés, et ils auroient au contraire bien du regret d'avoir fait tant d'efforts pour suivre vos passions particulières en une affaire qui n'est d'aucune conséquence pour l'Église.

Car enûn, pour prendre les choses au pis, quand môme il seroit véritable que Jansénius auroit tenu ces propositions, quel malheur arriveroit-il de ce que quelques personnes en douteroient, pourvu qu'ils les détestent, comme ils le font publiquement? n'est-ce pas assez qu'elles soient condamnées par tout le monde sans exception, au sens même où vous avez expliqué que vous voulez qu'on les condamne? En seroient-^lles plus censurées, quand on diroit que Jansénius les a tenues? A quoi serviroit donc d'exiger celle reconnoissance, sinon à décrier un docteur et un évoque qui est mort dans la communion de l'Église ? Je ne vois pas que ce soit là un si grand bien, qu'il faille l'acheter par* ' tant de troubles. Quel intérêt y a l'état, le pape, les évêques, les docteurs et toute l'Église? Cela ne les touche en aucune sorte, mon père, et il n'y a que votre seule société qui recevroit véritablement quelque plaisir de cette diffamation d'un auteur qui vous a fait quelque tort. Cependant tout se remue, parceque vous &ites entendre que tout est menacé. C'est la cause secrète qui donne le branle à tous ces grands mouvements, qui cesseroient aussitôt qu'on auroit su le véritable état de vos disputes. Et c'est pourquoi, comme le repos de l'Église dépend de cet éclaircissement, il étoit d'une extrême importance de le donner, afin que, tous ; vos dégaiseaients étant d6eou\etVç>, \\ \v^\ç^'à^^^\sssîX\^-

monde que vos arciisalion» soat sans fondement, vos iiiveranires sans erreurs, et l'Église sans hérésie.

Voilà, mon père, le bien que j'ai eu pour objet de procurer, qui me semble si consirtérable pour toute la religion, que j'ai de la peine à comprendre comnienl .■eus k qui vous donnez tant de sujet de parler peuvent jemeurer dans le silence. Quand les injures que vous leur l'ailes ne les toucheroient pas, celles que l'Église ioulTre devroient, ce me semble, les porter à s'en plaindre : outre que je doute que les ecclésiastiques puissent abandonner leur réputation h la calomnie, >ur-tout en matière de foi. Cependant ils vous laissent iire tout ce qui vous plaît; de sorte que, sans i'occaiion que vous m'en avez donnée par hasard, peut-être jue rien ne seroil opposé aux impressions scandaleuses Jnc vous semez de tous côtés. Ainsi leur patience m'étonne, el d'aillant plus, qu'elle nepcut m'être suspecte ni de timidité, ni d'impuissance, sachant bien qu'ils ne nanqucnt ni de raison pour leur justification, ni de zèle pour la vérité. Je les vois néanmoins si religieux à se taire, que je crains qu'il n'y ait en cela de l'excès. Pour moi, mon père, je ne crois pas pouvoir le faire. Laissez l'Église en paix, et je vous y laisserai de bon cœur. Mais pendant que vous ne travaillerez qu'à y entretenir le trouble, ne doutez p!is qu'il ne se trouve des enfants de la paix qui se croiront obligés d'employer tous leur.i' efforts pour y conserver la tranquillité.

Page 1