‹ Lettres écrites a un provincial (volume 4)Chapitre 17 sur 47 · POUR UN AFFRONT · texte numérisé non relu

POUR UN AFFRONT

iiiëinc, tome II, ti‘. ag, c. iii, u. 5o; et le père Iléreau,iu a, a, dans ses écrits de l’Homicide; Ilurtado de Mendoza, disp. 170, sect. 16, § 187; et Récaii, Som. t. I, <j. 64, Je Homicid. ; et nos pères Flahaut et Lecourt, dans leurs écrits que l’Université, dans sa troisième requête , a rapportés tout au loiq; pour les décrier, mais «die ii’y a pas réussi ; et Escobar , au même lieu , n. 48 > disent tous les mêmes choses. Enfin cela est si généralement soutenu, que Lessius le décide comme une chose qui ii’cst contestée d'aucun casuiste, livre II, c. iv, n. 76; car il en rapporte un grand nombre qui sont de cette opinion, et aucun qui soit contraire ; et même il allègue , n. 77, Pierre Navarre, «pii, parlant généralement des affronts, dont il n’y eu a point de plus sensible «ju’uti soufflet, déclare que, selon le consentement de tous les «jasuistes , ex sentenlia omnium liccl contumeliosum occidere, si aliter ea injuria arceri neijuit. En voulez-vous davantage?

Je l’en remerciai , car je n’en avois «|ue trop entendu; mais, pour voir jusqu’où iroit une si darnnablc doctrine, je lui dis : Mais, mon père, ne sera-t-il point permis de tuer pour un peu moins? Ne saui-oit-on diriger son intention en sorte qu’on puisse tuer pour un démenti? Oui, dit le père, et selon notre père Raldelle, 1. III , disp. 24, n. 24, rapporté par Escobar au même lieu, n. 4q : « H est permis de tuer celui qui « vous dit ; Vous avez menti , si on ne peut le répri- « mer autrement. » Et on peut tuer de la même sorte pour des médisances , selon nos pères ; car Lessius ,

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f|ue le père Uéreau entre autres suit mot à mot, dit, au lieu déjà cité : « Si vous tàcliez de ruiner ma ré- « putation par des calomnies devant les personnes n d’honneur, et que je ne puisse l'éviter autrement « qu’en vous tuant, le puis-je faire? Oui, selon des «auteurs modernes, et même encore que le crime « que vous publiez soit véritable, si toutefois il est se- « cret , en sorte que vous ne puissiez le découvrir se- « Ion les voies de la justice ; et en voici la preuve. Si B vous me voulez ravir l’honneur en me donnant O un soufflet, je puis l’empêcher par la force des « armes : donc la même défense est permise quand « vous me voulez faire la même injure avec la langue. « Déplus, on peut empêcher les affi'onts: donc on « peut em[)ccher les médisances. Enfin l’honneur est « plus cher que la vie. Or on peut tuer pour défendre « sa vie : donc on peut tuer pour défendre son hou- « neur. »

Voilà des arguments en forme. Ce n’est pas là discourir, c’est prouver. Et enfin ce grand Lessius montre au même endroit, n. 78, qu’on peut tuer même pour im simple geste , ou un signe de mépris. « On peut , dit-il , attaquer et ôter l’honneur en plu- « sieurs manières , dans lesquelles la défense paroît « bien juste ; comme si on veut donner un coup de « bâton , ou un soufflet, ou si on veut nous faire af- « front par des paroles ou par des signes : sive per • signa. »

O mon père! lui dis-je, voilà tout ce qu’on peut souhaiter pour mettre l’honneur à couvert ; mais la

Digiferrl toogle

POUR DES CALOMNIES. ii,j vie est bien exposée , si , pour de simples médisances , ou des gestes désobligeants , on peut tuer le monde en conscience. Cela est vrai, me dit-il ; mais coiiunc nos pères sont fort circonspects, ils ont trouvé à propos de défendre de mettre cette doctrine en usage en ces petites occasions ; car ils disent au moins « qu’à peine doit-on la pratiquer ; practice vix probari e potest. » Et ce n’a pas été sans raison ; la voici. Je la sais bien, lui dis-je; c’est pareeque la loi de Dieu défend de tuer. Ils ne le prennent pas par-là, me dit le père; ils le trouvent permis. en conscience, et en ne regardant que la vérité en elle-même. Et pourquoi le défendent-ils donc? Écoutez-le, dit-il. C’est pareequ’on dépeuplerait un état en moins de rien, si on en tuoit tous les médisants. Apprenez-le de notre Reginaldus, liv. XXI , n. 63, page 260 : « En- « core que cette opinion qu’on peut tuer pour une O médisance ne soit pas sans probabilité dans la théo- « rie, il faut suivre le contraire dans la pratique; car « il feut toujours éviter le dommage de l’état dans « la manière de se défendre. Or, U est visible qu’en ■■ tusmt le monde de cette sorte , il se feroit un trop « grand nombre de meurtres. « Lessius en parle de même au lieu déjà cité ; « 11 làut prendre garde que « l’usage de cette maxime ne soit nuisible à l’état ; « car alors il ne faut pas le permettre ; tune enim non « est permittendus. •

Quoi ! mon père , ce n’est donc ici qu’une défense de politique , et non pas de religion ? Peu de gens s’y arrêteront , et surtout dans la colère ; car il pourroit

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être assez probable qu'on ne fait point de tort à l'état de le purger d'un méchant homme. Aussi , dit-il , notre père Filiutius joint à cette raison-là une autre bien considérable, tr. 29, ch. ni, n. 5 1 . <■ C'est qu’on « seroit puni en justice, en tuant le monde pour ce (1 sujet. » Je vous le disois bien, mon père, que vous ne feriez jamais rien qui vaille , tant que vous n’auriez point les juges de votre côté. Les juges , dit le père, qui ne pénétrent pas dans les consciences ne jugent que par le dehors de l'action, au lieu que nous regardons principalement à l’intention. Et de là vient que nos maximes sont quelquefois un peu différentes des leurs, (juoi qu’il en soit, mon père , il se conclut fort bien des vôtres qu’en évitant les dommages de l’état , on peut tuer les médisants en sûreté de conscience, jKiurvu que ce soit en sûreté de sa personne.

Mais, mon père, après avoir si bien pourvu à l’honneur, u’avez-vous rien fait pour le bien ? Je sais qu’il est de moindre considération, mais il n’importe. Il me semble qu’on peut bien diriger son intention à tuer pour le conserver. Oui, dit le père , et je vous en ai touché quelque chose qui vous a pu donner cette ouverture. Tous nos casuistes s’y accordent, et même on le permet, «encore que l’on B ne craigne plus aucune violence de ceux qm nous «ôtent notre bien, comme quand ils s’enfuient. « Azor, de notre Société, le prouve pag. 3, liv. II, ch. I, q. 20.

Mais, mon père, combien faut -il que la chose

POUR LE BIEN TEMPOREL. i/ji vaille pour nous porter à cette extrémité? « H faut , « selon Rejjinaltlus, liv. XXI, ch. v, n. 66, et Tan- «nerus, in a, 2, disp. 4, q. 8, d. 4> n. 69, que la « chose soit do grand prix au jugement d’un « homme prudent. » Et Layman et Filiutius en parlent de mémo. Ce n’est rien dire, mon père : où irat-on chercher un homme prudent, dont la rencontre est si rare, pour faire cette estimation? Que ne déterminent-ils exactement la somme? Comment! dit le père, étoit-il si facile, k votre avis, do comparer la vie d'un homme et d’un chrétien à de l’argent? C’est ici où je veux vous faire sentir la nécessité do nos casuistes. Cherchez-moi, dans tous les anciens pères , pour combien d'argent il est permis de tuer un homme. Que vous diront-ils? sinon, non occides: « Vou.s ne tuerez j)oint. » Et qui a donc osé déterminer cette somme? répondis-je. C’est, me dit-il, notre grand et incomparable Molina, la gloire de notre Société , qui , par .sa prudence inimitable , l’a estimée « à six ou sept ducats, pour lesquels il assure qu’il n est permis de tuer, encore que celui qui les em- « porte s’enfuie. » C’est en son toin. IV, tr. 3, disp. 1 6, d. 6. Et il dit de plus au même endroit: « Qu’il n’on seroit condamner d’aucun péché un homme qui « tue celui qui lui veut ôter une chose de la valeur n d’un écu, ou moins : unius aurei, vcl luinoris adhuc « valoris. » Ce qui a porté Escobar à établir cette régie générale, n. 44> “ querégulièrementon peut tuer « un homme pour la valeur d’un écu , selon Molina. » O mon père ! d’où Molina a-t-il pu être éclairé pour

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déterminer une chose de cette importance sans aucun secours de l’Ecriture , des conciles, ni des Pères? Je vois bien qu’il a eu des lumières bien particulières et bien éloifjnées de saint Aufpistin sur riioiuicide , aussi bien que sur la grâce. Me voici bien savant sur ce chapitre ; et je connois parfaitement qu’il n’y a plus que les gens d’Église qui s’abstiendront de tuer ceux qui leur feront tort en leur honneur ou en leur bien. Que voulez-vous dire? répliqua le père. Cela seroit-il raisonnable, à votre avis, que ceux qu’on doit le plus respecter dans le monde fussent seuls exposés à l’insolence des méchants? Nos pères ont prévenu ce désordre; carTannerus, t. II, d. 4, q. 8, d. 4, n. 76, dit ; « Qu’il est permis aux ecclésiasti- « ques et aux religieux même de tuer, pour défendn; O non seulement leur vie, mais aussi leur bien, ou « celui de leur communauté. » Molina , qu’Escobar rapporte , n. 43 ; Bécan , in 2 , 2 , t. II , q. 7, de Jlom. concl. 2,n. 5 ; Reginaldus , 1. XXI,c. v, n. 68;Laymau, 1. lll , tr. 3, p. 3, c. ni, n. 4; Lessius, liv. II, c. IX, d. 1 1 , n. 72 ; et les autres , se servent tous des mêmes paroles.

Et même, selon notre célébré père Lamy, il est permis aux jirétres et aux religieux de prévenir ceux tjui les veulent noircir par des médisances , en les tuant pour les en empêcher. Mais c’est toujours en dirigeant bien l’intention. Voici ses termes, t. V, disp. 36, n. 1 18 : « Il est permis à un ecclésiastique <1 ou à un religieux de tuer un calomniateur qui me- « nace de publier des crimes scandaleux de sa com-

POUR LE BIEN TEMPOREL. 14;^ « munuutc ou de iui-méme, quand il n'y u que ce » seq) moyen de l’en empêcher, comme s’il est prêt n à répandre ses médisances si on ne le tue promp- « tement : car, en ce cas, comme il seroit permis à ce Il religieux de tuer celui qui lui voudroit ôter la vie, « il lui est permis aussi de tuer celui qui lui veut ôter « rhonncur ou celui de sa communauté , de lu meme Il sorte qu’aux gens du monde. » Je ne savois pas cela , lui dis-je, et j’avois cru simplement le contraire .sans y lairedc réflexion, sur ce que j’avois ouï dire que l’Église abhorre tellement le sang, qu’elle ne permet pas seulement aux juges ecclésiastiques d’assister aux jugements criminels. Ne vous arrêtez pas à cela, dit-il ; notre père Lamy prouve fort bien cette doctrine, quoique, par un trait d'humilité bienséant à ce grand homme, il la soumette aux lecteurs prudents. Et Caramuel, notre illustre défenseur, qui la rapporte dans sa Théologie fondamentale, p. 543, la croit si certaine, qu’il soutient « que le contraire « n’est pas probable : » et il en tire des conclusions admirables, comme celle-ci, qu’il appelle la conclusion des conclusions, conclusionitm conclusio : « Qu’un « prêtre non .seulement peut, en de certaines rencon- « 1res, tuer un calomniateur, mais encore qu’il y en K a où il le doit faire : etiain aliquando debet occidere. » Il examine plusieurs questions nouvelles sur ce principe ; par exemple celle-ci : Savoir si les jésuites peuvent tueries jansénistes? Voilà, mon père, m’écriai-je, un point de théologie bien surprenant ! et je tiens les jansénistes déjà morts par la doctrine du père Lamy.

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Vous voilà atlrapé, dit le père ; Caramuel couclut lé contraire des mêmes principes. Et comment ^ela, mon père? Parce, me dit-il, cju’ils ne nuisent pas à notre réputation. Voici ses mots , n. 1 1 4I) et 1 1 47, p. 547 et 548:» Les jansénistes appellent les jésuites «pélagiens; pourra-t-on les tuer pour cela? Non, « d’autant que les jansénistes n’obscurcissent non « plus l’éclat de la Société qu’un hibou celui du so- « leil; au contraire, ils l’ont relevée, quoique contre « leur intention : occidi non possunt, quia nocere non « poluerunl.a

Eli quoi ! mon père , la vie des jansénistes dépend donc seulement de savoir s’ils nuisent à votre réputation ? Je les tiens peu en sûreté , si cela est. Car, s’il devient tant soit peu probable qu’ils vous lassent tort, les voilà tuables sans difficulté. Vous en ferez un argunu'nt en forme ; et il n’en fout pas davantage avec une direction d'intention pour expédier un homme en sûreté de conscience. O qu’heureux sont les gens qui ne veulent pas souffrir les injures , d’être instruits en cette doctrine ! Mais que malheureux sont ceux qui les offensent ! En vérité , mon père , il vaudroit autant avoir affoire à des gens qui n’ont point de religion, qu’à ceux qui en sont instniits jusqu’à cette direction. Car enfin l’intention de celui qui blesse ne soulage |K)int celui qui est blessé. Il ne s’aperçoit point de cette direction secréte , et il ne sent que celle du coup qu’on lui porte. Et je ne sais même si on n’auroit pas moins de dépit de se voir tuer brutale-

POUR LE BIEN TEMPOREL. i45 ment par des gens emportés , que de se sentir poignarder conscicncieiisement par des gens dévots.

Tout de bon, mon père, je suis un peu surpris de tout ceci; et ces questions du père Lamy et de Caramuei ne me plaisent point. Pourquoi ? dit le père: êtes-vous janséniste? J'en ai une autre raison, lui dis-je. C'est que j’écris de temps en temps à un de mes amis de la campagne ce que j’apprends des maximes de vos pères. Et quoique je ne fa.ssc que rapporter simplement et citer fidèlement leurs paroles, je ne sais néanmoins s’il ne se pourroit pas rencontrer quelque esprit bizarre qui , s'imaginant que cela vous tait tort , ne tirât de vos principes quelque méchante conclusion. Allez, me dit le père, il ne vous en arrivera point de mal , j’en suis garant. Sachez que ce que nos pères ont imprimé eux-mémes, et avec l’approbation de nos supérieurs , n’est ni mauvais, ni dangereux à publier.

Je vous écris donc sur la parole de ce bon père; mais le papier me manque toujours , et non pas les passages. Car il y en a tant d’autres , et de si forts , qu’il faudroit des volumes pour tout dire.

Je suis, etc.

Maximes corrompues des casuistcs touchant les juges, les usuriers, le contrat Mohatra, les banqueroutiers, les restitutions, etc. Diverses extravagances des memes casuistes.

De Pari», re a8 mai i656.

Monsieub,

Vous ne pensiez pas que personne eût la curiosité tle savoir qui nous sommes ; cependant il y a des gens qui essaient de le deviner, mais ils rencontrent mal. Les uns me prennent pour un docteur de Sorbonne ; les autres attribuent mes lettres à quatre ou cinq personnes , qui , comme moi , ne sont ni prêtres , ni ecclésiastiques. Tous ces faux soupçons me font c«nnoître que je n’ai pas mal réussi dans le dessein que j’ai eu de nôtre connu que de vous , et du bon père qui souffre toujours mes visites, et dont je souffre toujours les discours , quoique avec bien de la peine, ftlais je suis obligé à me contraindre; car il ne les continueroit pas, s’il s’apercevoit que j’en fusse si clioqué; et ainsi je ne pourrois m’acquitter de la parole que je vous ai donnée , de vous faire savoir leur morale. Je vous assure (jue vous devez compter pour quelque chose la violence que je me fais. 11 est bien

' Ce fui encore M. Nicole qui revit cette lettre.

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